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Un chef de parti, des proches favorisés et des liens avec le Qatar... Depuis dix jours, c'est le dernier scandale politico-médiatique qui secoue l'UMP. Son patron, Jean-François Copé, fait l'objet de plusieurs accusations du Point. Des révélations de l'hebdomadaire, le 27 février, à la conférence de presse « solennelle » du chef de parti, retour sur l'« affaire Copé ».

 


■De quoi M. Copé est-il accusé ?
Les surfacturations. Le Point affirme, dans un article du 27 février, que la société de communication Bygmalion, ou plus précisément sa filiale Events & Cie, a été rémunérée par l'UMP 8 millions d'euros pour l'organisation des meetings de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012. Une somme jugée importante eu égard aux prestations fournies.

Selon l'hebdomadaire, l'entreprise aurait bénéficié « de juteuses commandes sans appels d'offres et payées rubis sur l'ongle » par le groupe UMP de l'Assemblée nationale, lorsque M. Copé en était le président. Il affirme aussi que l'entreprise a décroché de nombreux contrats à partir de 2010, date à laquelle Jean-François Copé en est devenu le secrétaire général.

Le Qatar. Le Point évoque particulièrement « le mystère sur l'origine des fonds » de Bygmalion. L'entreprise aurait fait un montage financier complexe avec la société luxembourgeoise Centuria Capital, un « fonds d'investissement de plus de 4 milliards d'euros largement abondé par les Qatariens », selon l'hebdomadaire.

Le patron de ce fonds aurait notamment servi d'intermédiaire lors de « la vente de deux joyaux appartenant à l'Etat » – l'hôtel Kinski, pour 38 millions d'euros, en 2006, et le centre de conférences Kléber pour 404 millions d'euros, en 2007 –, lorsque M. Copé était ministre du budget.
■Quels sont les liens entre Bygmalion et M. Copé ?
Les deux fondateurs de Bygmalion, Bastien Millot et Guy Alves, sont tous deux proches de Jean-François Copé. Ces communicants ont tous deux travaillé avec lui à la mairie de Meaux, dont M. Copé est maire, puis dans son cabinet lorsqu'il était ministre délégué au budget, entre 2004 et 2007.

Elu à la tête de l'UMP en 2012 dans des conditions controversées, le député UMP a confié l'intégralité de la communication du parti à M. Alves, qui est également le contact identifié au Journal officiel de l'association Génération France, le microparti de M. Copé. Il en a même été le trésorier, selon Le Point.

Le troisième homme de l'affaire est Emmanuel Limido, le patron de Centuria Capital. Qualifié d'« investisseur fantôme » par le Point, il aurait joué les intermédiaires lors de la vente des deux biens immobiliers de l'Etat. Or, entre ces deux ventes, M. Limido aurait embauché M. Alves en tant que directeur du développement.

Lire : Affaire Copé : ce qu'on sait, ce qu'on savait, ce qu'on ignore

■Quelle est la défense de M. Copé et celle de Bygmalion ?
D'un côté comme de l'autre, les intéressés nient en bloc les accusations du Point. Bygmalion et son dirigeant, M. Alves, ainsi que M. Copé, ont indiqué qu'ils allaient porter plainte en diffamation contre l'hebdomadaire.

Pour Jean-François Copé, peu soutenu par son parti, il s'agit d'un « coup monté de manière ignoble. (...) Il y a derrière ça un homme, Franz-Olivier Giesbert, qui depuis des mois et des mois nous attaque, Nicolas Sarkozy comme moi-même, pour nous détruire ». Il s'est d'abord défendu sur Europe 1, avant de répliquer point par point une semaine plus tard, lors d'une conférence de presse, en promettant de mettre à disposition l'intégralité de sa comptabilité... qui est pourtant déjà publique.

Voici les principaux arguments de Jean-François Copé :

Il n'a jamais été au courant des ventes de l'immobilier de l'Etat organisées par France Domaine.
En tant que ministre délégué au budget, il a piloté la vente d'une partie du patrimoine de l'Etat.

Guy Alves était dans le privé au moment des ventes au Qatar.
Si M. Alves a quitté le cabinet de M. Copé quelques mois avant la vente, cela ne veut pas dire qu'il n'a pas participé aux négociations en amont.

Il n'a pas choisi Bygmalion, qui travaille avec l'UMP depuis 2002.
Depuis 2010, et particulièrement depuis son arrivée à la tête de l'UMP, l'omniprésence de Bygmalion dans l'organisation des événements du parti fait grincer des dents, surtout chez les pro-Fillon.

Lire : La difficile défense de Jean-François Copé face au « Point » et  M. Copé annonce des mesures qui existent déjà

Les deux cofondateurs dénoncent pour leur part, dans un entretien à L'Express, mardi 4 mars, un « règlement de comptes politique, orchestré à quelques semaines des municipales et visant le président du principal parti d'opposition ».

Les principaux arguments de MM. Millot et Alves :

Ils précisent avoir aussi travaillé pour François Fillon et des élus de gauche.
Ce qui semble normal pour une grande entreprise de communication, particulièrement quand une de ses filiales, Ideepole, est spécialisée dans la formation continue d'élus.

Ils affirment ne pas savoir à quoi correspondent les 8 millions de chiffre d'affaires réalisés avec la campagne du parti en 2012.
Difficile de l'affirmer étant donné que l'UMP se refuse à donner le montant de ces prestations.

Ils refusent de publier les comptes de Bygmalion, car cela constitue une « donnée concurrentielle importante », une décision qu'ils « assume[nt] totalement ».
Puisque Bygmalion est une société par actions simplifiées, c'est une infraction à la loi, sanctionnée de 1 500 euros d'amende.

■Quelles sont les questions qui restent en suspens ?
Les défenses des deux parties laissent un flot de questions sans réponses, d'un côté comme de l'autre : le rôle de Bygmalion auprès de l'UMP reste flou, tout comme les liens exacts entretenus par M. Copé avec MM. Millot, Alves et Limido. Enfin, on se demande toujours pourquoi M. Copé nie s'être chargé de ventes immobilières de l'Etat lorsqu'il était ministre du budget, alors qu'il en a piloté le projet.

 

 

Les questions auxquelles Copé ne répond pas

Jean-François Copé avait ménagé ses effets. Dans une déclaration aux accents solennels, le chef de file de l'UMP, a répondu lundi 3 mars au Point qui l'avait mis en cause, jeudi, pour les relations très étroites entre la société Bygmalion, dirigée par plusieurs de ses proches, et le parti. M. Copé a évoqué une nouvelle loi sur la transparence, la possibilité de mettre à disposition les pièces comptables de la campagne 2012 (qui sont déjà disponibles à la Commission nationale des comptes de campagne et pour des financements politiques - CNCCFP), demandé des déclarations d'intérêts pour les patrons de presse… Mais n'a pas répondu à un certain nombre de questions, qui auraient pourtant pu lever le doute sur les affirmations du Point.
■Quel rôle joue Bygmalion à l'UMP ?
Le Point affirme disposer de pièces prouvant que la société Bygmalion fournit des prestations de service pour l'UMP au travers de plusieurs filiales, notamment Events & Cie, la société qui a organisé une quarantaine de meetings de campagne pour l'UMP et Nicolas Sarkozy.
Combien d'argent cette société a-t-elle touché de l'UMP ? Quelle part du budget du parti pour les événements est-elle attribuée à Events & Cie ? De quelles autres tâches se charge Bygmalion ? Autant de questions auxquelles M. Copé aurait pu répondre.

■Cette société a-t-elle vu ses contrats augmenter depuis que M. Copé est à la tête du parti ?
Toujours à propos de Bygmalion, l'une des questions essentielles porte sur le fait que M. Copé ait, depuis qu'il est à la tête de l'UMP, favorisé Bygmalion, lui offrant de plus en plus de contrats. Là aussi, le patron de l'UMP aurait pu répondre, chiffres à l'appui, en donnant année par année le montant total des contrats passés avec Bygmalion et ses filiales. Il ne l'a pas fait.

■ Quels liens exacts entretient M. Copé avec les principaux acteurs de l'affaire, Bastien Millot, Emmanuel Limido et Guy Alves ?
Autre question posée par les révélations du Point : les relations entre M. Copé et les principaux acteurs de Bygmalion et de la filiale Events & Cie, qu'il connaît depuis de nombreuses années.

Notamment : Bastien Millot, très proche de M. Copé, qu'il conseille ; Guy Alves, actuel patron de Bygmalion, qui fut son chef de cabinet au ministère du budget avant de passer par Centuria Capital ; Emmanuel Limido, actuel patron de Centuria Capital et ex-intermédiaire de l'Etat pour la vente de biens immobiliers au Qatar quand M. Copé était ministre du budget.

Jean-François Copé ne s'est jamais expliqué sur ses relations avec ces trois hommes.

■Pourquoi M. Copé nie-t-il s'être chargé de ventes immobilières de l'Etat lorsqu'il était ministre du budget ?
Selon Le Point, outre Guy Alves et Bastien Millot, un troisième investisseur se cache derrière Bygmalion, Emmanuel Limido, à la tête de Centuria, « un fonds d'investissement de plus de 4 milliards d'euros largement abondé par les Qatariens ». Ce fonds aurait notamment servi d'intermédiaire lors de « la vente de deux joyaux appartenant à l'Etat », quand Jean-François Copé était ministre du budget. Invité vendredi 28 février sur l'antenne d'Europe 1, le président de l'UMP a assuré n'avoir jamais eu connaissance des biens immobiliers dont l'Etat s'est séparé.

Or à cette époque, le président Jacques Chirac, dont c'était le second mandat, a lancé une ambitieuse politique de cession des biens immobiliers de l'Etat, afin d'alléger la facture en terme de gestion et, évidemment, de faire entrer de l'argent dans les caisses. Pour la seule année 2006, ces ventes ont permis d'engranger quelque 800 millions d'euros.

M. Copé était alors ministre délégué au budget ; à ce titre, il a piloté la politique souhaitée par le président Chirac et notamment installé le Conseil immobilier de l'Etat, agence qu'il a portée officiellement sur les fonts baptismaux en signant le décret. Etant donné les sommes en jeu – 799 millions d'euros pour la seule année 2006 – ainsi que la forte pression politique, M. Copé ne pouvait ignorer ces ventes.

N'ayant pas souhaité répondre aux questions de la presse, M. Copé n'a pas eu à y répondre, et a pu concentrer son allocution « solennelle » sur les propositions de loi qu'il entend déposer. Sans contradiction.

 

 

La difficile défense de Jean-François Copé face au « Point »
Au lendemain des révélations du Point sur les liens entre Jean-François Copé et la société Bygmalion qui aurait surfacturé des prestations à l'UMP, le président du parti se défend.
■Le ministre du budget et les biens immobiliers de l'Etat
Ce qu'il a dit : "Je n'ai jamais eu à connaître des ventes organisées par France domaine de l'immobilier de l'Etat."

Pourquoi c'est faux : Vérifier les propos des personnalités politiques n’est pas toujours chose aisée. Les frontières sont minces entre le vrai, le faux, l’exagération, l’oubli – volontaire ou non – ou encore l’imprécision… Mais il est des cas où l’on peut oublier ces nuances. Ainsi en est-il de la sortie de Jean-François Copé sur les ventes de l’immobilier de l’Etat, qu’il assure ne jamais avoir connues.

C’est totalement faux. Jean-François Copé a été, entre 2004 et 2007, ministre du budget de Jean-Pierre Raffarin, puis de Dominique de Villepin. A ce titre, il a piloté la vente d’une partie du patrimoine de l’Etat, jugé trop coûteux.

Les documents qui attestent du fait que M. Copé a eu connaissance de ces ventes sont légion. Face à l’inaction des gouvernements qui se sont succédé, un rapport parlementaire présenté par le député Georges Tron en mars 2006 enjoignait l’exécutif de "sortir de l’immobilisme" en matière de gestion immobilière.

Ce rapport détaille alors les entrées d’argent et les économies que souhaite le président Chirac et loue l’action de M. Copé en la matière :

"La politique immobilière est un chantier emblématique de l'action que le gouvernement conduit en vue de la réforme de l'Etat. L'impulsion donnée par M. Jean-François Copé est indéniable et le chemin parcouru, important."

Quelques jours plus tôt, M. Copé, en conseil des ministres, avait présenté ses pistes en vue de cette nouvelle gestion, comme il en fait part dans une lettre adressée aux préfets quelques semaines plus tard.

En juin 2006, M. Copé a installé le Conseil immobilier de l’Etat, agence qu’il a portée officiellement sur les fonds baptismaux en signant le décret qui l’a officiellement créée quelques mois plus tard.

Etant donné les sommes en jeu – 799 millions d'euros pour la seule année 2006 – ainsi que la forte pression politique, M. Copé ne pouvait ignorer ces ventes.

■Le rôle de Guy Alves
Ce qu'il a dit : “Guy Alves, il n'était plus mon collaborateur, il était parti dans le privé” (au moment des ventes au Qatar)

Pourquoi c'est douteux : Guy Alves, personnage clé de l’affaire Copé, fut son chef de cabinet dans plusieurs ministères, et notamment au budget, entre 2002 et septembre 2006. Il devint ensuite “managing director” de Centuria Capital, société luxembourgeoise qui travaille avec le Qatar, et avec laquelle Bygmalion a des liens financiers. M. Alves dirige à partir de 2008 la société Bygmalion.

Sur le papier, M. Copé a raison : la vente au Qatar du centre Kléber, pour un montant de 400 millions d’euros, selon divers articles de l’époque, s’est conclue en janvier 2007, quelques mois donc après le départ de M. Alves.

Mais une vente de cette importance se conclut-elle en quelques mois ? On peut en douter, d’autant qu’il n’y avait pas que ce seul hôtel en jeu. Et que, on l’a vu, M. Copé, en tant que ministre, était alors en pleine opération de ventes d’immobilier de l’Etat. Par ailleurs, M. Alves est passé du cabinet de M. Copé à la société Centuria, liée justement au Qatar, ce qui pose également question.

■ Bygmalion et l'UMP
Ce qu'il a dit : "Ni moi ni Nicolas Sarkozy n'avons choisi Bygmalion, cette société travaille avec l'UMP depuis sa fondation en 2002."

Pourquoi c’est de la mauvaise foi : La société Bygmalion a eu deux vies : elle était d’abord dirigée par Patrick Dray, conseiller en communication proche de la droite, qui a conseillé Roselyne Bachelot, Valérie Pécresse, François Fillon ou… Jean-François Copé. Bygmalion travaillait donc déjà avec l’UMP.

En 2008, Patrick Dray, par ailleurs proche de Bastien Millot et Guy Alves, leur revend sa société. La société continue de travailler avec l’UMP.

Mais à partir de 2010 et de l’arrivée de M. Copé à la tête du parti, celle-ci récupère de plus en plus de contrats, selon plusieurs élus UMP, le plus souvent opposés à Copé. Dès 2012, l’omniprésence de Bygmalion fait grincer des dents, notamment chez les partisans de M. Fillon.

Sur Europe 1, M. Copé suggère qu’il n’est pas à l’origine des premiers contrats entre Bygmalion et l’UMP de 2002. Mais il a bien choisi et privilégié, au moins à partir de 2010, cette société appartenant à ses amis.

■Les comptes de campagne
Ce qu'il a dit : "En réalité, tout cela s'est fait dans une parfaite transparence, je veux rappeler que les comptes de campagne, comme les comptes de l'UMP, sont validés, certifiés par la Commission nationale des comptes de campagne. Tout cela est public, est connu."

Pourquoi c’est une question délicate : M. Copé oublie un peu vite que les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy n’ont pas été "validés" par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP). Elle les a en fait rejetés. Et ce, car des déplacements faits par le chef de l’Etat auraient dû, selon la commission, être imputés à sa campagne, et donc aux comptes de celle-ci, et ne l’avaient pas été. Mais effectivement, ni la CNCCFP ni le conseil constitutionnel n’ont jugé les prestations de Bygmalion irrégulières en soi.

■La "cabale" du patron du Point
Ce qu'il a dit : "Il y a derrière cela, on l'a bien compris, une opération menée par Franz-Olivier Giesbert, depuis des mois..."

Pourquoi c'est douteux : L'axe de défense de M. Copé passe aussi par la mise en cause du directeur du Point, Franz-Olivier Giesbert, accusé de mener un "coup monté" contre lui, mais aussi contre Nicolas Sarkozy.

Pourtant, si les mots échangés entre le patron de l'UMP et celui de l'hebdomadaire sont de notoriété publique, M. Copé oublie que le numéro de jeudi avait pour surtitre "Copé a-t-il volé Sarkozy ?".

 

 

 

From : le Monde  (Anna Villechenon ,Jonathan Parienté,Samuel Laurent )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
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