Dans les premiers mois, sa personnalité et sa méthode plaisaient par contraste avec celles de Ayrault ou de Hollande, dit-il. Mais dans la mesure où la politique menée a été la même, voire plus dure, il a perdu son crédit.»«Le contexte politique et économique risque d'évoluer à la rentrée, poursuit Baumel, et pousser d'autres parlementaires à s'interroger, ceux qui au printemps voulaient rester loyaux et donner une chance aux résultats.» Économiste chevronné et député PS de Lyon, Pierre-Alain Muet est aussi sombre. En vacances à Delphes, il se désole, telle une Pythie, que son oracle n'ait pas été entendu par François Hollande avec qui il a passé une heure en tête-à-tête avant le sommet social de juillet. «Je ne comprends pas l'autisme du gouvernement! C'est ne rien comprendre de la crise que traversent l'Europe et la France», indique le député qui offre sur son blog son analyse de la crise et des faiblesses de l'exécutif
Les frondeurs du PS, de leur côté, n'ont pas attendu pour s'emballer. Quelques phrases de Manuel Valls, dimanche dans Le JDD, ont suffi à les tirer de leur torpeur estivale. «Il est hors de question de changer» de politique, a déclaré Valls. «Le pacte de responsabilité et ses 40 milliards de baisse de coût du travail vont véritablement entrer en œuvre maintenant», a-t-il dit, accusant «certains à gauche» de tenir «des propos irresponsables».
Animateur de l'aile gauche du PS, l'eurodéputé Emmanuel Maurel, membre du courant Maintenant la gauche, en est resté «pantois». «Ils ne veulent rien changer alors que tout le monde observe que cela ne fonctionne pas? C'est absurde…» Une sorte de folie également dénoncée par l'ex-ministre écologiste Cécile Duflot. «Cuiusvis hominis est errare, nullius nisi insipientis perseverare in error», a-t-elle commenté sur Twitter en latin de cuisine, faute à l'appui. «Tout homme peut se tromper, seul l'insensé persiste.»
Emmanuel Maurel promet que «les frondeurs vont hausser le ton à la rentrée et pas seulement en interne au PS». La sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, du même courant PS, devrait s'exprimer assez clairement samedi lors de l'université d'été des écologistes à Bordeaux, dans un forum consacré à cette question: «Les promesses du Bourget ont-elles été tenues?» Mais Maurel soutient que «l'inquiétude va bien au-delà de l'aile gauche de la majorité». «Des parlementaires comme Jean-Marc Germain, Christian Paul, Pierre-Alain Muet ou moi-même sommes l'expression que la fronde ne concerne pas que l'aile gauche», confirme Laurent Baumel, député PS d'Indre-et-Loire. Tous prévoient cependant de se retrouver à La Rochelle le samedi 30 août lors de l'université d'été du PS autour du slogan «Vive la gauche!». Laurent Baumel, avec d'autres frondeurs comme Jérôme Guedj, Édith Gueugneau ou Arnaud Leroy, sera déjà ce dimanche à la Fête de la rose à Frangy-en-Bresse organisée par Arnaud Montebourg, ministre de l'Économie, avec cette année Benoît Hamon pour invité vedette.
"Vive la gauche!" Ce nom sonne comme un pied de nez envers Manuel Valls. C'est désormais ainsi que se nomme le mouvement des députés frondeurs socialistes. Malgré l'échec de "l'appel des 100", ils comptent bien se faire entendre. Et annoncent donc un nouveau nom pour leur mouvement, qui se réunira le 30 août prochain à la Rochelle, à l'occasion de l'université d'été du PS.
Thierry Mandon, le secrétaire d'Etat à la Réforme de l'Etat et à la simplification, a accusé les frondeurs de "couper la corde de la cordée qui essaie de gravir la montagne".
"Chercher des boucs émissaires, c'est une perte de temps", "une très mauvaise tactique", réplique Christian Paul, l'un des députés socialistes frondeurs, interrogé par l'AFP.
"La métaphore de la cordée n'est pas à la hauteur des solutions qu'il faut chercher collectivement", regrette-t-il. Le gouvernement doit faire preuve de "modestie dans la recherche de solutions" économiques. "On est dans un moment de déflation. Ce ne sont pas les désaccords des socialistes qui sont la cause de cette situation".
Les désaccords internes sont pourtant loin d'être résolus. L'université d'été du PS, qui commence le 29 août prochain, en sera peut-être un témoin supplémentaire
Face à l'absence de résultats, cette stratégie est-elle pertinente ? Francetv info pèse le pour et le contre.
La rentrée sera "difficile en matière de conjoncture économique", prévenait Manuel Valls dès le 1er août. Alors que le gouvernement se réunit à l'Elysée pour un Conseil des ministres de rentrée, mercredi 20 août, on ne peut que donner raison au Premier ministre.
Comme au premier trimestre, la croissance a été nulle (0%) au deuxième trimestre 2014. L’objectif de ramener le déficit public à 3,8% semble compromis et, loin de s'inverser, le chômage continue de grimper... Tous les indicateurs économiques sont au rouge en France. Un scénario noir pour François Hollande et le gouvernement, qui avaient promis un "retournement" pour l'économie française et une "inversion de la courbe du chômage". Face à l'absence de résultats, la question de la pertinence de la politique économique menée par l'exécutif se pose.
Pourtant, ce dernier n'entend pas changer de cap. Dans un entretien au Journal du Dimanche, le Premier ministre a affirmé le 17 août qu'il est "hors de question" de changer de politique. "La politique que le président de la République a décidé de mettre en œuvre nécessite du temps pour produire des résultats", explique Manuel Valls. Le gouvernement a-t-il raison de s'entêter ? Francetv info pèse le pour et le contre.
Non, la politique de l'offre ne porte pas ses fruits
Depuis le début de son quinquennat, le président de la République mise sur une politique de l'offre (axée sur les entreprises) plutôt que sur une politique de la demande (axée sur la consommation des ménages). D'abord via le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE). D'un montant de 20 milliards d'euros, il permet aux entreprises d'alléger le coût du travail. Puis, via le pacte de responsabilité, qui prévoit 20 milliards d'euros d'allègements de charges et de baisses d'impôts pour les entreprises. Si ce dispositif doit entrer en vigueur le 1er janvier 2015, le gouvernement tablait sur une anticipation de la part des entreprises des gains liés au CICE et ainsi une relance des investissements. Mais il n'en est rien.
Cette panne de l'investissement peut avoir différentes causes : "Délai de latence entre l’application de la mesure et la réaction des entreprises, attentisme des entrepreneurs face à une conjoncture plus que morose", explique Libération (article payant). Mais elle pourrait aussi provenir d'une absence de demande : "Les entreprises n’investissent pas… car elles n’ont personne, en face, à qui vendre", résume Libé.
Si ce scénario se confirme, la politique menée par François Hollande se montrerait doublement contre-productive. Non seulement la demande n'est pas stimulée, mais les ménages pourraient en souffrir. Car les économies consenties aux entreprises par le gouvernement sont financées par des coupes dans les dépenses publiques, qui concernent notamment les ménages. "Financer une politique de l’offre par une politique de la demande négative, en transférant, quasiment euro pour euro, les fonds des ménages vers les entreprises, conduit à neutraliser les gains potentiels de la politique de l’offre par l’effet négatif provoqué sur la demande", résume dans le journal Eric Heyer, de l’Observatoire français des conjonctures économique.
Oui, car le chef de l'Etat mise sur 2017
Le 14 juillet, François Hollande le martelait : "Il faut garder le cap." "Si on ne soutient pas les entreprises, le pays ne se relèvera pas", renchérissait Manuel Valls le 17 août. Pour Jean-Daniel Levy, directeur du département opinion et politique à l'institut Harris Interactive, le chef de l'Etat peut avoir intérêt à assumer et poursuivre la politique économique menée par l'exécutif.
"Les Français ont beaucoup reproché à François Hollande une forme d'inconstance dans la prise de décision et son incapacité à pouvoir tenir un cap, doublée d'une difficulté à pouvoir définir une stratégie sur le moyen et sur le long terme", indique Jean-Daniel Levy à francetv info. Désormais dans la tempête, le président de la République souhaite montrer que le "cap est fixé" et que c'est lui le "chef qui le garde", poursuit-il.
Ce cap, dont il ne faut pas dévier, correspond également à "une vision au long terme de François Hollande, qui pense que les effets se feront sentir plutôt en 2017 qu'en 2014, 2015 ou 2016", ajoute ce spécialiste de Harris Interactive.
Oui, car le président est sous contraintes
Pour Stéphane Rozès, politologue et président de Conseil, analyses et perspectives (CAP), François Hollande est dans une "situation difficile". "Le président doit convaincre le pays de fournir des efforts alors que les premiers résultats ne vont pas dans le bon sens, explique-t-il à francetv info. Il doit faire en sorte que le pays consente à être réformé." Selon Stéphane Rozès, le chef de l'Etat a recours à un double message : "Premièrement, il dit : 'C'est à l'Europe de permettre aux gouvernements qui font des efforts structurels de ne pas rentrer en récession'. Et deuxièmement, il peut affirmer : 'Nous ne changerons pas de cap, nous poursuivrons les efforts nécessaires'."
Car la marge de manœuvre de François Hollande est faible. "La politique qui vise à restaurer les comptes publics nous est demandée par l'Europe", précise Stéphane Rozès. Et le pays doit aussi faire face "aux marchés financiers et aux taux auxquels la France peut emprunter", il y a donc une "pression bien réelle sur le pays", selon le politologue. "Il y a un risque d'incompréhension de la part de l'opinion, concède Stéphane Rozès. Mais politiquement, il n'y a pas beaucoup d'autres solutions" que de garder le cap.
Non, car la majorité de Hollande est fragile
Le gouvernement n'a pas encore fait sa rentrée, mais il sait que les frondeurs du Parti socialiste l'attendent au tournant. Ils font mouche à gauche de la gauche en appelant le président à rompre avec la politique d'austérité actuelle et en dénonçant le pacte de responsabilité, qu'ils considèrent comme un "cadeau offert au patronat".
Confortés par les mauvais chiffres de l'économie, ils font entendre leur petite musique. "Avec la seule stratégie et le seul soutien du Medef", le cap n'est "plus tenable", estime ainsi Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice PS. "Ce qui est irresponsable, c’est la politique de l’offre actuellement menée. Si on veut de la croissance, il va falloir aller la chercher", martèle Laurent Baumel, député PS, interrogé par Libération. Les élus frondeurs souhaitent une révision du pacte de responsabilité, qui favoriserait les ménages.
Jusque-là, ils ne sont pas parvenus à faire trembler le gouvernement. Lors du vote du projet de loi de finances rectificative de la Sécurité sociale, "l'appel des 100" contestataires s'est transformé en 33 abstentions. La censure par le Conseil constitutionnel de l'allègement des cotisations des salariés, présenté comme une compensation du pacte de responsabilité pour les ménages, a réveillé leur colère au début du mois d'août. Et leurs rangs pourraient grossir à mesure que les mauvaises performances s'accumulent pour le gouvernement. "Ce ne sont ni des gauchistes ni des adversaires du gouvernement. Ils reflètent la majorité du parti", explique François Lamy, ancien ministre délégué à la Ville, à Libération.
Face à l'inflexibilité de l'exécutif, le camp de la fronde compte bien se faire entendre. Les frondeurs organiseront une réunion à La Rochelle pendant l'université d'été du PS. Le vote sur le budget 2015, qui aura lieu cet automne, s'annonce animé, alors que le PS compte 291 élus à l'Assemblée, et que la majorité absolue est fixée à 289 députés
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Désaccords entre économistes
Pour Henri Sterdyniak et Dominique Plihon, la croissance ne repartira pas avec la politique économique actuelle. Mais ces keynésiens restent minoritaires parmi leurs pairs.
Avant de partir en vacances, Manuel Valls, le Premier ministre, avait prévenu les Français : "la rentrée va être difficile." Et effectivement, le retour vers le chemin des écoliers a un goût amer. Le chiffre de la croissanceDécouvrez la définition de ce terme avec Saxobanque nulle au deuxième trimestre 2014, publié par l’Insee jeudi 14 août, remet en cause la stratégie du gouvernement qui prône une politique de l’offre.
Politique de la Demande
C’est en tous les cas l’avis des frondeurs, ces députés PS représentants de l’aile gauche du parti, qui ont lancé "l’appel des 100" avant l’été. Depuis, un certain nombre d’économistes leur ont emboîté le pas. Ils sont tous partisans d’une relance de l’économie par un soutien à la demande en s'inspirant de Keynes.
Une demande intérieure déficitaire
Parmi eux, Dominique Plihon, professeur d’économie financière à l’université Paris XIII. Pour lui, le problème de la stagnation française est dû à une "insuffisance de la demande. Les carnets de commandes ne sont pas pleins. L’appareil productif est en sous-régime." Pour cet économiste qui est aussi le porte-parole d’Attac, Le gouvernement va dans le mur : "Il préfère mettre l’accent sur l’offre en espérant que les entreprises investissent. Mais, il ne suffit pas que ces dernières reconstituent leurs marges pour que l'économie reparte. Il faut aussi qu’il y ait une demande en face et que les agents économiques consomment. Aujourd’hui, il y a un déséquilibre préjudiciable pour l’économie française en faveur de l’offre. Il faudrait au contraire favoriser la demande en améliorant le pourvoir d’achat des Français et en effectuant une réforme fiscale d’ampleur."
Ce constat est partagé par Henri Sterdyniak, Directeur du Département économie de la mondialisation de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). "Les économies européennes ont connu un choc négatif de demande en 2008 suite à la crise financière des subprimes. Mais grâce à des plans de relance, l’activité était repartie en 2009 jusqu’en 2011. A cette date, les pays européens ont changé de paradigme en prônant l’austérité. Les salaires ont été limités, la dépense publique réduite… Du coup, on vit dans une zone où la demande intérieure est déficitaire", commente-t-il.
Politique de l'Offre
Ces économistes s’opposent à ceux favorables aux politiques de l’offre. Parmi ces derniers on retrouve des proches de François Hollande qui, pour préparer son programme présidentiel, avait réuni autour de lui des universitaires tels qu’Elie Cohen, Philippe Aghion ou encore Gilbert Cette. Tous les trois sont les auteurs du livre Changer de modèle : de nouvelles idées pour une nouvelle croissance.
Ce groupe d’experts, baptisé Rotonde, a influencé les choix du président et la mise sur pied du pacte de responsabilité et du CICE. "Les réformes entreprises par le gouvernement vont dans le bon sens. Nous ne sommes plus dans une économie de rattrapage comme pendant les Trente Glorieuses. Aujourd’hui, il faut restaurer la compétitivité de la France pour pouvoir rentrer de plain-pied dans la nouvelle économie, celle de l’innovation. En ce sens, le pacte de responsabilité et le CICE sont des bonnes orientations. Même s’il faudrait aller plus loin", avance Gilbert Cette, professeur associé à l’université d’Aix-Marseille.
Et de poursuivre son raisonnement : "Nous préconisons un triple big-bang : des réformes structurelles sur le marché du travail, le marché des biens et services et une réforme profonde de l’Etat." L’urgence selon cet économiste est de restaurer les marges des entreprises qui se sont effondrées durant la dernière décennie. Avec pour conséquence un recul des investissements et in fine des capacités à innover, et donc à exporter.
D’ailleurs, les chiffres de l’Insee tendent à confirmer ce diagnostic. L’investissement des entreprises a reculé de 0,8% au deuxième trimestre 2014 alors qu’il était déjà en baisse de 0,7% au premier trimestre. Ce qui fait dire à Gilbert Cette que "la France est en train de devenir à petit pas le grand pays malade de l’Europe."
Négocier avec les frondeurs et Bruxelles
Autre partisan de la politique de l’offre, Gilles Moec, chef économiste Europe chez Deutsche Bank, affirme qu’il "serait dommage à ce stade d’inverser la vapeur sur la politique de l’offre. Le CICE commence à porter ses fruits en faisant baisser le coût du travail. Même si pour l’instant, les effets ne se font pas encore sentir sur la courbe du chômageDécouvrez la définition de ce terme avec Saxobanque, il a permis de préserver des emplois."
Fin 2013, l’ancien ministre de l’Economie et des Finances, Pierre Moscovici, évaluait à 30.000 le nombre d’emplois sauvés grâce au CICE. Ces efforts pour restaurer la bonne santé des entreprises françaises vont se poursuivre. En prenant en compte le CICE, les charges et impôts des entreprises seront allégés de 25,5 milliards l’année prochaine et de plus de 37 milliards en 2017.
Reste à convaincre l’aile gauche du PS, rétive idéologiquement aux politiques de l’offre, de poursuivre dans cette voie. "La seule option pour le gouvernement est de laisser filer d’un demi-point, voire d’un point, le déficit budgétaireDécouvrez la définition de ce terme avec Saxobanque pour faire avaler la pilule aux frondeurs", avance-t-il.
Mais pas sûr que la Commission européenne n’accorde un troisième délai consécutif à l’Etat français pour lui permettre de revenir dans les clous des critères de Maastricht. La France fait déjà l’objet d’une procédure de déficit excessif de la part de Bruxelles. La partie s’annonce donc serrée pour Michel Sapin, ministre des Finances en charge des négociations avec la Commission. Ce proche de François Hollande doit remettre le projet budgétaire de la France pour 2015 en octobre prochain.
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