« Valls 2 » : un positionnement social-libéral assumé
Sur l'échelle de Richter de la crise politique, les départs d'Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Aurélie Filippetti avaient atteint des sommets inégalés depuis le début du quinquennat Hollande. La réponse, en termes de casting gouvernemental, est symboliquement tout aussi puissante.
L'ancien secrétaire général adjoint de l'Elysée chargé des affaires économiques, Emmanuel Macron, parti du staff présidentiel en juillet dernier, est nommé ministre de l'économie en remplacement d'Arnaud Montebourg, démissionné pour cause de divergence idéologique. Le secrétaire général de l'Elysée, dont M. Macron est proche, a annoncé cette nomination surprise avec un grand sourire, pas peu fier de l'effet de surprise.
« Un gouvernement clair dans ses objectifs avec la continuité nécessaire et le renouvellement qui s'imposait », a vanté mardi au 20 heures de France 2 le premier ministre, Manuel Valls.
Dans le cas de M. Macron, le message est limpide ; le basculement, spectaculaire. Entre le flamboyant ministre de l'économie sortant, ex-troisième homme de la primaire socialiste de 2011, chantre de la « démondialisation » puis d'un colbertisme et d'un patriotisme économique exacerbé depuis son installation à Bercy, d'une part, et l'ancien associé gérant de la banque Rothschild, d'autre part, les divergences de vues sont radicales. Presque un grand écart idéologique. Relais des chefs d'entreprise, M. Macron, qui servait aussi de sherpa économique dans les conseils européens et les sommets économiques internationaux, présente l'avantage de rassurer les marchés financiers, Bruxelles et l'Allemagne, quelque peu échaudée par la charge d'Arnaud Montebourg.
Autres évolutions significatives : les promotions de Najat Vallaud-Belkacem et de Fleur Pellerin, respectivement bombardées ministre de l'éducation nationale et ministre de la culture et de la communication. La première, bonne élève des gouvernements Ayrault et Valls I, poursuit sa progression dans l'orbite de François Hollande après s'être progressivement éloignée de son ancienne mentor, Ségolène Royal.
Première femme à devenir ministre de l'éducation nationale, elle présente l'avantage de la loyauté et de la discrétion, même si sa nomination a déjà crispé à droite et à l'extrême droite, où on l'a érigée en bête noire au chapitre des « ABCD de l'égalité ». La seconde, à la fibre libérale affirmée, se voit également promue après des passages au numérique puis au commerce extérieur.
La direction est clairement indiquée : après le pacte de responsabilité en janvier, après la nomination de Manuel Valls en avril, une étape supplémentaire est franchie dans le remplacement de la ligne sociale-démocrate initiale par un positionnement social-libéral assumé.
Quelques autres nominations tempèrent cette direction clairement affichée : entre autres, celle de Patrick Kanner, proche de Martine Aubry, au ministère de la ville, de la jeunesse et des sports, ou le retour de l'ancien secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement Alain Vidalies, issu de l'aile gauche du PS, cette fois au secrétariat d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche. Mais ces nominations cosmétiques ne rééquilibrent pas le tour nettement plus libéral que revêt le casting de cette équipe Valls 2.
François Hollande et Manuel Valls avaient opté, plutôt que pour un départ sec d'Arnaud Montebourg, en faveur d'un remaniement plus étendu. Ceci à des fins de « clarification » et de « cohérence » idéologique et gouvernementale. Une façon de se séparer dès maintenant d'éventuels fauteurs de trouble ultérieurs, afin de s'éviter une réédition du coup de théâtre du week-end dernier. Cette solution présentait l'avantage de permettre un grand nettoyage politique de rentrée.
DE NOMBREUX REFUS ESSUYÉS
Mais elle s'est aussi apparentée à un casse-tête, infiniment plus complexe qu'un simple remplacement du ministre de l'économie, occasionnant une certaine confusion.
Manuel Valls et François Hollande ont essuyé nombre de refus, dont ceux du socialiste François Lamy, des écologistes et de l'ancien communiste Robert Hue. Nombre de personnalités approchées ont également pris le parti, contrairement aux usages, de communiquer à l'envi sur ces approches avant même l'annonce officielle du gouvernement.
L'essentiel, pourtant, demeure : la ligne, clarifiée, et le casting, nettoyé. « Il y a une seule ligne et les membres du gouvernement ne peuvent pas se donner en spectacle », a donc répété M. Valls, mardi soir, avant d'évacuer sans tarder les critiques venues de la gauche de la gauche, PCF, PG et écologistes, notamment, quant au choix du nouveau patron de Bercy. « Emmanuel Macron s'inscrit dans la ligne que nous avons définie », a défendu M. Valls, dénonçant « des critiques, des étiquettes qui sont surannées ».
Des nominations calculées
Il s’est aussi offert un symbole de renouvellement avec les promotions de Fleur Pellerin (Culture et communication) et surtout de Najat Vallaud-Belkacem à l’Education nationale, qui poursuit son ascension éclair en devenant la première femme à ce poste. Parce que la politique est aussi affaire de psychologie, le porte-parole des députés PS Thomas Thévenoud, élu de Saône-et-Loire qui entretient de bonnes relations avec Arnaud Montebourg tout en restant légitimiste, fait son entrée au gouvernement comme secrétaire d’Etat au Tourisme, au Commerce extérieur et aux Français de l’étranger. Alain Vidalies, proche de Jean-Marc Ayrault et ancien soutien de Martine Aubry, fait lui son retour dans l’équipe.
Des nominations calculées mais pas de nature à consolider la base parlementaire du gouvernement subitement rétrécie par les départs de lundi. Les Radicaux de gauche conservent leurs ministres aux mêmes postes. Sollicités, les écologistes ne rejoignent pas l’équipe qui ne comptent pas non plus de nouveaux fidèles de Martine Aubry.
« Une cohabitation entre deux gauches »
A l’Assemblée, les majorités s’annoncent donc aléatoires. Même avec les Radicaux de gauche, la majorité tient à 16 voix (sans le renfort des écologistes). Or le nombre de frondeurs du PS a oscillé entre 41 (fin avril sur le plan d’économie de 50 milliards) et 33 (début juillet, sur le budget rectificatif de la sécurité sociale). Il faudra donc compter sur des voix écologistes toujours incertaines. Parmi les socialistes, les animateurs de la fronde espèrent bien élargir leur périmètre à des fidèles de Benoît Hamon (une dizaine) jusque-là disciplinés, ou à d’autres élus ébranlés par l’absence de résultat et ce qu’ils considèrent comme un signal de fermeture politique envoyé par le gouvernement. « Il y a désormais une cohabitation entre deux gauches au sein même du PS », souligne le député de la Nièvre Christian Paul, qui assène en direction de l’exécutif : « La réponse par la purge est un aveu de faiblesse extraordinaire ».
A l’Elysée, on se rassure avec les propos mesurés tenus par Benoît Hamon lundi soir : « Je ne vais pas entrer dans l’opposition ». « Il y a un bon usage à faire de Hamon au Parlement » , insiste un ministre, qui estime qu’il sera plus aisé de discuter avec l’ex-ministre de l’Education qu’avec les animateurs actuels de la fronde. Voilà pour ceux qui positivent. Mais telle n’est pas l’ambiance prédominante au gouvernement et au Parlement. « Quel ataquès, la situation s’est emballée », soupire un autre ministre. « Nous les députés, on a pris un 33 tonnes dans la figure hier », lâche un élu.
*******************
Recourir à l’article 49.3
Manuel Valls a décidé de prendre de front la difficulté. Il a annoncé ce mardi soir sur France 2 qu’il sollicitera un vote de confiance à l’Assemblée alors que rien ne l’y oblige. Pour les projets de loi qui suivront, à commencer par le budget 2015, tous les scénarios circulent au sein du gouvernement et dans la majorité. Le recours à l’article 49.3 (qui permet l’adoption d’un texte sans vote), jusqu’à présent exclu par François Hollande et Manuel Valls ? « C’est sous Rocard qu’on a le plus souvent utilisé cet article et on dit aujourd’hui qu’il a fait les réformes les plus efficaces. Le moyen d’y arriver importe peu », déclare désormais le président de la commission des Lois, Jean-Jacques Urvoas, un fidèle du Premier ministre. Un ministre proche du chef de l’Etat va plus loin. « Allons-y franchement : gouvernons par ordonnance.
Une déclaration d'amour moins de 24 heures après la formation de son nouveau gouvernement. Manuel Valls a loué, mercredi 27 août, le rôle des entreprises en France lors de l'ouverture de l'université d'été du Medef à Jouy-en-Josas (Yvelines). Même si le Premier ministre a exhorté le patronat à faire "plus et plus vite" en matière d'investissements et d'emplois, il a prononcé un discours salué par une longue "standing ovation". Car le chef du gouvernement a su conquérir son public.
Francetv info a sélectionné cinq passages de son intervention qui sont allés droit au cœur des chefs d'entreprise.
"J'aime l'entreprise !"
"La France a besoin de ses entreprises, de toutes ses entreprises (...) car ce sont elles qui, en innovant, en risquant les capitaux de leurs actionnaires, en mobilisant leurs salariés, en répondant aux attentes de leurs clients créent de la valeur, génèrent de la richesse qui doit profiter à tous. Et moi, j'aime l'entreprise !", a martelé le Premier ministre. Une déclaration d'amour qui intervient au lendemain d'un remaniement ministériel affirmant la ligne social-démocrate de l'exécutif, notamment avec la nomination d'Emmanuel Macron au ministère de l'Economie à la place d'Arnaud Montebourg.
"Absurde de parler de cadeaux faits aux patrons"
Répliquant sans la désigner à la frange la plus à gauche du Parti socialiste, qui demande moins d'aides aux entreprises et plus pour les ménages, Manuel Valls a jugé qu'"il est absurde de parler de cadeaux faits aux patrons, ce langage n'a aucun sens. Une mesure favorable aux entreprises est favorable au pays tout entier. (...) Il est d'usage d'opposer la gauche et le monde de l'entreprise, a-t-il poursuivi. Mais notre pays a besoin de sortir des postures, des jeux de rôles auxquels nous sommes tellement habitués. (...) Notre pays crève de ces postures." Le Premier ministre a ensuite insisté pour sortir des clivages idéologiques. "Cessons d'opposer systématiquement Etat et entreprises, chefs d'entreprise et salariés, organisations patronales et syndicats, a-t-il poursuivi. Cherchons plutôt à coopérer."
"Le droit actuel (...) freine les initiatives"
Le Premier ministre s'est engagé la "stabilité" en matière de fiscalité des entreprises. Il a également promis de s'attaquer à des revendications du Medef, comme l'autorisation du travail le dimanche. "Nous allons accroître la concurrence, alléger certaines règles, je pense à celles relatives au travail du dimanche ou à l’urbanisme commercial. C’est un fait : le droit actuel maintient des prix artificiellement élevés, freine les initiatives", a-t-il dit. Manuel Valls s'est également engagé sur un assouplissement du droit du travail, qui "à l'extérieur, est perçu comme contraignant" :"Le droit actuel freine les initiatives (...), il faut rendre à la France son attractivité."
La question "légitime" des seuils sociaux
"Vos représentants participeront à des négociations qui vont s'ouvrir sur la représentation des salariés et le dialogue social. Ces négociations poseront aussi la question des seuils. C'est une question légitime", a déclaré le Premier ministre, alors que les entreprises voient dans ces seuils sociaux, qui les soumettent à des obligations, comme la mise en place de représentants du personnel ou de CE, au-delà d'un certain nombre de salariés, un frein à la croissance et à l'embauche.
"Nous devons baisser notre dépense publique"
"L'impôt plutôt que la réduction des déficits et des dépenses : ce choix a trop duré, a lancé Manuel Valls. Nous devons baisser notre dépense publique. Il en va de l'avenir de notre pays. (...) La France vit au-dessus de ses moyens depuis quarante ans."
From : le Monde , les Echos ,FranceTV info,..............