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En annonçant un renforcement du contrôle des demandeurs d'emploi, le ministre du Travail alimente le procès en droitisation du gouvernement.

Le ministre du Travail François Rebsamen ne voulait pas «stigmatiser les chômeurs» mais seulement «rappeler la loi», lorsqu’il a demandé mardi matin à Pôle emploi de «renforcer les contrôles» pour vérifier que les chômeurs «cherchent bien un emploi», selon son entourage. «Je demande à Pôle emploi de renforcer les contrôles pour vérifier que les gens cherchent bien un emploi», a déclaré le ministre sur i-TELE. «Il faut qu’il y ait, à un moment, une sanction», a-t-il ajouté, provoquant un tollé.

L'entourage du ministre assure qu'il n'a voulu que «rappeler la loi» en demandent des contrôles renforcés.«Les demandeurs d’emploi ont droit à un accompagnement de qualité, à un niveau de protection sociale, d’indemnisation, mais ils ont aussi le devoir de rechercher un emploi ou de se former pour en retrouver un. Il est normal que Pôle emploi les contrôle», a insisté la même source. «A partir du moment où il y a un nombre conséquent d’emplois non pourvus à côté de ces chômeurs qui cherchent un emploi, il faut s’interroger sur la raison de cette inadéquation. Et les contrôles sont un bon moyen de se rendre compte de ce qui ne marche pas», a-t-elle ajouté.

Selon la même source, «c’est une façon d’apporter des réponses efficaces à ce problème» : «On a déjà mis en place des formations prioritaires – c’est le plan 100 000 – mais peut-être qu’il faut les affiner, les démultiplier. Et les contrôles doivent servir à ça.» Lancé pendant l’été 2013, le plan «100 000 formations prioritaires pour l’emploi» est destiné à orienter les chômeurs vers des secteurs qui recherchent de la main d’œuvre. «En même temps, le contrôle va permettre de lever une suspicion qui existe déjà dans certains esprits mal tournés sur le fait que les demandeurs d’emploi ne cherchent pas d’emploi», a-t-elle conclu .

Mardi matin, sur I-Télé, il a donc demandé à Pôle Emploi d’ouvrir l’œil pour mieux repérer les éventuels tire-au-flanc. «Il n’est pas possible, dans un pays qui est en difficulté […] d’avoir des gens qui [ne cherchent pas de travail]», a-t-il jugé. «Donc je demande à Pôle Emploi de renforcer les contrôles». Un objectif qui exige «un état d’esprit différent, des convocations et des vérifications […] Sinon on est radié.»

La consigne est donnée alors que le nombre de demandeurs d’emploi vole de record en record. En juillet, les effectifs de la catégorie A de Pôle Emploi (inscrits n’exerçant aucune activité) approchaient les 3,7 millions. Fin août, le même Rebsamen avait reconnu l'«échec» du gouvernement à endiguer cette hausse quasi continue. Dans ce contexte, la sortie du ministre peut aisément passer pour une tentative de diversion, via la désignation de boucs émissaires. Ou encore comme l’annonce d’un tour de passe-passe statistique. «Franchement, ça manque d’originalité», sourit le secrétaire national du syndicat SNU Pôle Emploi, Philippe Sabater. «Droite ou gauche, c’est la même recette : les bonnes vieilles politiques punitives sont de retour. On peigne les fichiers, et comme ça, on a de meilleurs chiffres. Il faut obtenir des résultats, quels que soient les moyens. Mais même si ces pratiques se traduisent par une baisse du chômage, elle sera artificielle et nous reviendra à la figure comme un boomerang.»

Contrôle à temps plein

Des procédures de contrôles existent déjà, rappelle le syndicaliste. Le cadre varie selon le profil du demandeur d’emploi. Le plus fréquent, dit «accompagnement guidé», comprend trois entretiens obligatoires : à l’inscription puis aux quatrième et neuvième mois ; le conseiller peut fixer d’autres rendez-vous entre ces échéances. Le cadre le plus exigeant, dit «renforcé», concerne les chômeurs les plus éloignés de l’emploi et se caractérise par un rythme plus soutenu de rendez-vous. Des absences non justifiées peuvent se traduire par une radiation. Tout comme deux refus d’une «offre raisonnable d’emploi». En juillet dernier, les radiations administratives représentaient près de 50 000 cas, soit environ 11% du total des sorties de Pôle Emploi. Selon un rapport du médiateur de Pôle Emploi, «la majorité des radiations sont motivées par les absences à convocation. A contrario, les absences pour insuffisance de recherche d’emploi sont rares — et celles pour refus d’offre raisonnable d’emploi en quantité quasi insignifiante».

A cela peuvent s’ajouter des pratiques plus informelles, selon Philippe Sabater : «Il s’agit de ce qu’on appelle des peignages de fichier : on nous fait cibler une population, par exemple les seniors, et on convoque en masse tous ceux qui répondent aux critères. Cela ne s’est pas encore produit sous ce quinquennat. Si on nous mettait une pression supplémentaire à ce sujet, ce serait une première depuis Sarkozy».

Emplois non pourvus «Il faut que le contrôle soit réellement mis en œuvre, explique-t-on simplement au ministère. Parfois, il s’écoule plus de six mois avant qu’il y ait un entretien. Les moyens humains et matériels sont suffisants, on a recruté 4 000 conseillers supplémentaires. Il faut juste une nouvelle approche du problème, demander plus de preuves de la recherche d’emploi. A une époque, on demandait aux demandeurs d’emploi de fournir mensuellement les lettres de motivation adressées aux employeurs potentiels.» Et le ministère de se défendre des «faux débats» : «Est-ce qu’on s’attaque à ces 350 000 emplois non pourvus, ou est-ce que l’on se résigne au chômage de masse ?»

Déjà évoqués sous Nicolas Sarkozy, ces fameux «emplois non pourvus» ont aussi été désignés par François Hollande comme l’une des clés de la baisse du chômage. Problème : leur nombre, comme les raisons pour lesquelles ils restent vacants, sont sujets à caution. En 2013, pour les seuls postes dont il a la charge, Pôle Emploi dénombrait seulement 116 000 offres débouchant sur un «abandon de la procédure de recrutement faute de candidat». Qui plus est, selon une note gouvernementale, «ces échecs peuvent être imputables autant à la pénurie de candidats qu’à l’inexpérience des recruteurs et leur méconnaissance du marché local du travail». Et l’étude de noter que «comparées à nos voisins européens, les offres d’emploi publiées en France apparaissent comme beaucoup plus sélectives». Bref, une pression supplémentaire sur les demandeurs d’emploi ne suffirait sans doute pas à résorber le stock d’emplois non pourvus. Dont le nombre reste de toute façon minime au regard du nombre de demandeurs d’emploi.

Les déclarations de François Rebsamen ont provoqué de nombreuses critiques et moqueries, certains y voyant un appel au «bidouillage statistique», d’autres l’illustration d’un virage à droite du gouvernement.

From : Libération ,...............

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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure, #Société
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