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Quelles en sont les conséquences politiques ?

Christophe Bouillaud : Faut-il rappeler ici que les élections municipales et européennes de 2014 ont été toutes deux des déroutes pour le parti du président, le Parti socialiste ? Faut-il rappeler le niveau de popularité de F. Hollande selon les sondages disponibles ? Faut-il rappeler le rétrécissement de la majorité politique de F. Hollande depuis son élection ? Si bien sûr F. Hollande ne peut être tenu pour seul responsable de tout cela, il y est pour beaucoup.

André Bercoff : Le roi est nu ! François Hollande n'est plus écouté, et il n'est plus écoutable y compris dans son propre camp. C'est comme si vous aviez un cône de sable qui s'écroulerait au moindre grain qui se rajouterait. Je ne sais pas si le livre de Valérie Trierweiler sera ce grain de trop mais on voit bien que François Hollande qui dit pourtant des choses souvent intelligentes sur les réformes à faire n'a plus l'écoute de personne. Cela va être difficilement rattrappable.

De par la position qu'elle affiche

la gauche PS n'occupe-t-elle pas la position la plus intenable : se voulant proche du peuple alors qu'elle est déconnectée sociologiquement de leurs préoccupations ?

Christophe Bouillaud : En tout cas, du point de vue strictement électoral, la séquence 2012-14 représente effectivement une débâcle majeure pour le PS, et celle-ci résulte en très grande partie d’une déception au sein d’une bonne part du "peuple de gauche", en particulier de son aile la plus populaire (ouvriers, employés). Il est certain qu’en ne prenant pas la montée du chômage vraiment au sérieux – qui touche prioritairement ces groupes sociaux, en ne comprenant pas non plus que le pouvoir d’achat – en particulier le coût du logement - était un problème bien réel pour ces mêmes groupes et en donnant la priorité sur tout le reste à la grande politique européenne (austérité, maintien de la zone Euro), F. Hollande et son parti ont complètement raté ces deux années du point de cet électorat populaire. Le PS n’est pas le seul à être déconnecté sociologiquement, à mon avis la droite républicaine et le centre le sont aussi. Ils ne veulent pas comprendre non plus que le chômage est vraiment le problème central de notre société. En fait, tous les partis de gouvernement acceptent le chômage, parce que le gros de leurs cadres et militants ne sont pas concernés, car ils n’appartiennent pas à ces milieux populaires, et parce que la vulgate économique actuelle considère que le plein emploi est devenue un objectif inaccessible dans un pays comme la France. La dernière remarque de François Rebsamen sur le contrôle des chômeurs à renforcer montre bien qu’il ne veut pas comprendre que le chômage de masse possède des causes qui vont bien au-delà des individus concernés directement. Il nie ainsi en fait le terme même de chômage : privation involontaire d’emploi à raison du contexte économique.

Hervé Joly : Je ne crois que les élus soient nécessairement déconnectés des préoccupations du peuple. Ils les connaissent même mieux que d’autres, pour y être confrontés dans leurs permanences ou sur le terrain. Leur problème est qu’ils n’ont pas les moyens politiques d’y répondre, en particulier les élus de gauche qui, dans la logique de la concurrence électorale, sont amenés, pour se démarquer de leurs adversaires conservateurs, à adopter des positions hostiles aux lois du marché. Une fois arrivés au pouvoir, ils sont bien obligés de s’inscrire dans cette économie de marché, sauf à devoir élever des barrières aux frontières comme en 1983, lorsque le gouvernement Mauroy avait dû, pour limiter le déficit de la balance des paiements, interdire aux Français de dépenser plus de 2 000 F lors de leurs voyages à l’étranger. Le défi de la gauche dans les prochaines années est d’arriver à mettre son discours en adéquation avec sa pratique gouvernementale, en montrant qu’une politique sociale-démocrate ou sociale-libérale assumée comporte une dimension sociale qui mérite d’être prise au sérieux, et qui suffit à se démarquer électoralement de la politique menée par ses adversaires libéraux.

La fille des « sans-dents » mord où ça fait le plus mal.

Après les odes aux patrons de Manuel Valls et avant les restrictions sur les remboursements des soins dentaires, le « sans-dents » alimente les critiques de la gauche mécontente de la politique social-libérale et les sarcasmes sur les réseaux sociaux.

L’Élysée coupe court à toute demande de réaction. Le ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll déclare de sa hauteur qu’il « ne lira pas le livre ». Au PS comme dans l’opposition, chacun veillait à ne pas tomber dans le degré people de la politique en commentant un tel étalage de déboires conjugaux.

Sur le plan de l’établissement des faits, c’est sans doute à F. Hollande de décider s’il attaque ou non V. Trierweiler devant les tribunaux pour lui avoir prêté ce genre de propos. Ces derniers seraient évidemment graves s’ils étaient exacts, parce qu’effectivement, en France, la capacité d’assumer des soins dentaires coûteux constitue un marqueur social. Ce qui est malheureusement révélateur pour F. Hollande, c’est qu’aussi bien Florian Philippot du FN que la personne qui tient le compte Twitter d’Attac prennent cette révélation pour argent comptant, comme de nombreux internautes qui réagissent avec le hashtag #sansdents. En somme, en premier lieu, c’est la propension à croire d’emblée véridique un tel propos rapporté de F. Hollande par une "ex" qui révèle la distance qui s’est créé avec ce dernier. Par ailleurs, si tels propos avaient été réellement tenus – ce qui je le répète reste à prouver -, cela ne serait qu’un épisode de mépris très ordinaire de ceux qui se croient dominants vis-à-vis de ceux qu’ils dominent .

André Bercoff : Sans tomber dans l'antiélitisme primaire, je pense qu'il y effectivement un problème avec l'ENA. Il y a une trentaine d'années, j'ai rencontré Alain Gomez, lui-même ancien élève de l'ENA. Je lui avais demandé "comment réformer la France ?" Il m'avait répondu "il faut brûler l'ENA. Elle enseigne à des gens de vingt ans de se comporter comme s'ils en avaient cinquante ou soixante." L'ENA reproduit certes un modèle très brillant, mais quand vous en sortez aux meilleures places, votre poste est garanti pour l'éternité… y compris la retraite. Or, il est difficile d'avoir sur le monde de la précarité le même regard que celui que l'on peut avoir sur la haute fonction publique. Même s'il y a des gens très bien à l'ENA, je ne dirais pas qu'ils méprisent le peuple, mais qu’ils ont un mental "d'abrité", ce qui n'aide pas à comprendre certaines réalités.

André Bercoff : Vous savez, la Révolution française a été faite soit par des nobles, soit par des bourgeois. Saint-Just ou Mirabeau ne venaient pas de milieux modestes. Je pense d'ailleurs que beaucoup de personnes issues de milieux conservateurs et bourgois ont envie d'aller à gauche par souci de justice face aux privilèges. Le cliché est loin d'être faux. Le vrai problème se pose quand cette gauche-là se fige.

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Un homme déconnecté de la réalité?

Loin du président "normal", elle le décrit comme déconnecté de la réalité, amateur de grand luxe. "Il aime les grands restaurants (...) les grands hôtels (...), ne mange pas mes fraises si elles ne sont pas des "gariguettes", ne goûte pas aux pommes de terre si elles ne proviennent pas de Noirmoutier, et met directement à la poubelle la viande si elle est sous vide." Les accusations se font plus personnelles lorsqu'elle lui reproche de l'avoir parfois surnommé "Cosette", et d'avoir "méprisé" sa famille aux origines modestes. "Je me souviens d'un soir , au sortir d'un repas de Noël chez ma mère (...). Il se tourne vers moi, avec un petit rire de mépris, et me jette: "Elle n'est quand même pas jojo, la famille Massonneau."

« Les “sans-dents” prêtés à Hollande risquent de devenir un marqueur de son quinquennat, à l'instar du “Cass'toi pov'con” de Nicolas Sarkozy », note Libération.

Pour le Parisien : « Lui qui passait pour un homme sympathique, proche et soucieux des gens, apparaît ici comme un hypocrite à l'humour cynique, un calculateur glaçant et sans affect. La pique sur ces “sans-dents” de pauvres risque notamment de faire des ravages. »

Même tonalité au Figaro, où Guillaume Tabard écrit : « Ainsi donc le successeur de De Gaulle à la tête de l'Etat et de Jaurès à la tête de la gauche raillerait les pauvres, affublés du qualificatif de “sans-dents”. Comment un président de gauche déjà abandonné dans les urnes par l'électorat populaire peut-il se remettre d'une telle anecdote ? »

L’image atteinte

Jusqu’à présent, selon toutes les enquêtes d’opinion, les Français reprochaient à François Hollande de mener une politique injuste, inefficace, pas toujours lisible. Mais sa personnalité ne dégageait pas d’antipathie ni d’orgueil, au contraire.

Du personnage de François Hollande raconté par son ex, transpire aussi une certaine lâcheté : à propos de la liaison avec Julie Gayet, .... La réputation d’humilité, de simplicité, s’effondre.

Reste à en mesurer les effets sur l'opinion. Pour Jérôme Saint-Marie (PollingVox), il est abusif de parler d'un "coup de grâce". Le politologue juge notamment que "contrairement à Nicolas Sarkozy auquel on reprochait d'exposer sa vie privée, François Hollande n'est pas à l'initiative de ce mélange des genres".

Jérôme Fourquet (Ifop) y voit pour sa part une "embûche supplémentaire dans un parcours qui en était déjà constellé" susceptible "d'affecter l'une de ses seules cartes qui restait au président, son capital de sympathie, d'empathie et de proximité avec les Français".

Plus grave encore, selon lui, l'épisode pourrait "alimenter le discours d'une partie de la gauche qui fait le procès des rapports de la sociale-démocratie aux pauvres , après DSK et la domestique du Sofitel, Cahuzac et ses comptes à l'étranger, Aquilino Morelle et son cireur de chaussures et, maintenant, Hollande et les +sans-dents+".

From :Atlantico , .............

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Les "sans-dents" / Documents historiques : une autre facette  de l'histoire de la monarchie républicaine ... "épisode de mépris très ordinaire de ceux qui se croient dominants vis-à-vis de ceux qu’ils dominent" .
Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure, #Société
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