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Jusqu’au bout, le retour médiatique d’Aquilino Morelle aura été contrarié. L’ex-conseiller politique de François Hollande avait imaginé un plan média en béton armé, pour «faire mal» au chef de l’Etat. Et rétablir sa vérité. Mardi soir, ce fut un grand carambolage d’«exclusifs». Le Nouvel Observateur lance le premier le match des confidences sur son site avec la publication des confessions de Morelle. «J’ai vu François nu, plus bas que terre, je l’ai ramassé à la petite cuillère. Peu à peu, il s’est relevé. Alors il n’a plus supporté mon regard.» Quelques heures plus tard, c’est au tour du Monde de mettre en ligne son interview, dans laquelle il déclare «il n’y a pas d’affaire Morelle».

L’intéressé a pourtant bien été débarqué de l’Elysée le 18 avril suite à la publication, quelques jours avant, d’un article de Mediapart. Il est accusé d’avoir travaillé pour un laboratoire pharmaceutique quand il était inspecteur à l’Igas et, surtout, de s’être fait cirer les chaussures dans un salon de l’Elysée. Aquilino Morelle était alors au sommet de son influence. Et du jour au lendemain, plus rien. Flingué en vol, comme une perdrix. «Il a pris très très cher», confie un actuel collaborateur du chef de l’Etat.

Morelle ruminait sa revanche depuis de longues semaines. Mais à force de courir plusieurs lièvres à la fois, il s’est pris les pieds dans les franges du grand tapis médiatique.

Plan média à la rentrée

Nous sommes au début de l’été, 2014. Aquilino Morelle rêve alors d’un long entretien dans la presse nationale, suivi et/ou doublée d’une télévision, voir d’un journal de 20 heures, à la rentrée de septembre. Pour reprendre la parole. Rétablir sa version des faits. Il prévoit, fin 2015, la publication d’un livre, cette fois, plus politique, qui finirait d’enterrer François Hollande, tout en mettant sur orbite son ami Arnaud Montebourg. Début juillet, après trois mois de silence, Morelle reprend donc contact avec quelques journalistes politiques. Dont celui de Libération. Il expose ses plans. Il sait que la presse est prête à lui dérouler le tapis rouge. Il en profite. Fait monter les enchères. Prend la pose de celui qui se sait désiré.

On avait imaginé retrouver un homme à ramasser à la petite cuillère. Pas du tout. Il est enragé, animé de la colère des humiliés. Il ne comprend pas la violence médiatique à son endroit. Il se dit «innocent», lâché par Hollande, par «faiblesse». Victime d’un règlement de compte politique. A la fin du repas, il prend son doigt, l’humecte de salive et se met à frotter le cuir à son mocassin. «Vous voyez, il m’arrive aussi de cirer mes chaussures moi-même.» Avant de se quitter, et de se donner rendez-vous à la rentrée, Morelle demande que notre conversation reste confidentielle.

Course à la publication

A la rentrée, la sortie du livre de Valérie Trierweiler l’oblige à temporiser. Mais pas question pour lui d’abandonner son projet. Surtout pas. Il continue à voir la presse. Et protégé par le off, il se lâche. Avec une journaliste du Point, il revient encore une fois sur son éviction. Il confie : «La logique qui est en œuvre est une logique de purification ethnique. C’est les Hutus contre les Tutsis. Tout cela est limpide. On a commencé par moi, et maintenant Arnaud [Montebourg, ndlr]. Là, ils ont signé leur crime. C’est d’une pureté !» Mais cette fois, ses propos sont publiés. Morelle dément avoir accordé une interview. Mais pas vraiment les propos qu’il y tient. Tous ceux qui connaissent un peu l’animal (sanguin, très sanguin) comprennent qu’il a effectivement prononcé ces phrases.

Une semaine plus tard, on le retrouve autour d’un café. Il se dit «dégoûté» par le petit «jeu médiatique». Il va répondre dans une vraie interview, à visage découvert.

Peut-être dans Libération, mais probablement dans le Monde, le «journal du Président». Il réfléchit encore.

From : http://www.liberation.fr/politiques/2014/09/24/le-plan-media-contrarie-d-aquilino-morelle_1107478

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Aquilino Morelle : "J'ai vu Hollande plus bas que terre"

Six mois après son éviction de l’Elysée, l’ex-conseiller politique de François Hollande s’estime victime de ténébreux complots. Et se lâche.

En bref•La chute fut brutale et la blessure, inguérissable. Aquilino Morelle, l'ancien conseiller politique du président de la République, chassé de l'Elysée après avoir été

rattrapé par un vieux contrat avec un laboratoire pharmaceutique et ridiculisé par ses habitudes de dandy, règle ses comptes.


•Enquête à lire dans "le Nouvel Observateur", en kiosque le jeudi 25 septembre. Extraits.

A peine a-t-il goûté son expresso qu’il se déchausse. Ses pieds caressent le velours grenat de ce bar d’hôtel de Saint-Germain-des-Prés. C’est un message subliminal, sans doute, une manière de dire "regardez-moi bien, je suis Aquilino Morelle, avec mon bronzage de Toscane, mon blazer chic, mon parfum sucré, je me tiens comme je veux, je fais ce que je veux, et je vous conchie, vous, les journalistes qui m’avez trucidé pour une grotesque histoire de souliers".

Il est vrai que ses séances de cirage de chaussures à l’Elysée, dévoilées en avril par Mediapart, et abondamment commentées, ont entraîné sa chute, autant, sinon plus, que la révélation du contrat passé, en 2007, avec le laboratoire Lundbeck alors qu’il était encore inspecteur à l’Igas (Inspection générale des Affaires sociales). Il a payé. Liquidé en 24 heures chrono, prié par François Hollande de quitter illico le Palais. Brutalité risquée à l’égard d’un conseiller qui sait beaucoup, beaucoup de choses, après avoir côtoyé l’intimité du président.

"L'enfoiré"

"L’enfoiré", l’appelle désormais Aquilino Morelle tant la colère le dévaste. L’ancien chef de la communication élyséenne laisse filer les mots, lui qui maîtrisait si bien son langage. Il veut tout contrôler mais ne contrôle plus rien. Il est délicieux, détestable, passe de l’analyse froide à la haine indomptable, d’une sagesse quasi orientale à la paranoïa la plus totale. Le passé, il veut y revenir mais il lui fait mal. Alors, dès qu’une question le gêne, il se cabre, éructe et clame, sombre, raide comme s’il affrontait le Politburo :

C’est simple, j’ai été victime d’une élimination politique planifiée."

Son ami Me Georges Kiejman lui avait conseillé d’attendre que le cyclone passe, après l’avoir dissuadé de porter plainte contre Mediapart. Surtout ne plus faire de bruit, ne pas indisposer les juges du pôle financier qui enquêtent sur une possible prise illégale d’intérêts liée au contrat signé en 2007 avec le laboratoire pharmaceutique.

L’avocat a toujours pensé qu’il fallait protéger ce "cher Aquilino", d’abord de lui-même :

Ce garçon brillant et attachant passe parfois de l’autre côté du cheval", note-t-il.

Le silence fut évidemment un supplice pour le conseiller en communication, dont le métier, porte-parole officieux du prince, consistait précisément à dialoguer avec les journalistes. Il a tenu cinq mois, espérant être rapidement entendu par la justice, jusqu’à ce que l’attente devienne insupportable.

Je ne peux pas rester immobile toute ma vie. Je dois m’expliquer pour ma femme, mes enfants, mes amis, tous ceux qui n’ont pas compris mon silence… Le dossier est vide, je n’ai rien à me reprocher."

"Ca peut saigner"

Morelle voulait trouver le bon timing, c’est ce qu’il confiait à "l’Obs" au cours de nombreux entretiens. Il n’avait pas prévu que Valérie Trierweiler et son brûlot viendraient brouiller sa rentrée. En hollandie, ces temps-ci, mieux vaut dégainer vite.

Lui aussi va écrire un livre "et ça peut saigner", murmure-t-il, tout en assurant ne pas vouloir causer de tort à ses camarades socialistes.


[…]

Il envisage, dans ses Mémoires, de revenir sur tout, la vie au Palais, François, Valérie, Manuel et les autres… Sur le sort si injuste réservé à sa femme, Laurence Engel, l’ancienne directrice de cabinet d’Aurélie Filippetti emportée elle aussi dans la tempête. "Je ne peux pas faire autrement…", avait prétexté l’ancienne ministre.

Il défendra aussi ses convictions, celles qu’il partage avec le dernier répudié, Montebourg, pour une vraie gauche, proche du peuple, colbertiste, libérée du carcan de Bruxelles.

Tous ceux qui avaient l’audace de penser différemment, de dire que la marche forcée vers la réduction des déficits ne ferait qu’accentuer la crise ont été excommuniés, observe-t-il. Hollande a fait le choix de la non-discussion."

Morelle, lui, a pris le soin de le prévenir de son projet littéraire. "

Il tremble, François ", prétend-il, comme si le roi n’était pas mithridatisé.

Aquilino Morelle, lui, ne passe sur aucune blessure […]

L'affaire Trierweiler

"Jamais nous n’avions été aussi proches qu’en cet hiver 2014", se rappelle le conseiller. Un lien particulier s’est noué entre les deux hommes, après le fiasco Leonarda et plus encore durant l’affaire Trierweiler. Aquilino, informé par ses amis journalistes, n’ignorait rien des incartades présidentielles. Jamais il n’en parlait. Une ou deux fois, il avait simplement dit :

François, je suis désolé, mais il faut que je te parle d’un truc un peu spécial…"

"François" toujours esquivait. Et c’est Morelle qui a posé l’exemplaire de "Closer" sur le bureau du chef de l’Etat. Visage livide, rage, désespoir, crise politique et conjugale.

J’ai vu François nu, plus bas que terre, je l’ai ramassé à la petite cuillère. Peu à peu, il s’est relevé. Alors il n’a plus supporté mon regard."

Quand il pousse la porte du bureau de Hollande au lendemain des révélations de Mediapart, le communicant sait que ses jours sont comptés. Il tente encore d’expliquer qu’il est victime d’une offensive des jaloux du Palais, probablement nourrie par Servier. La firme pharmaceutique, qui n’a jamais digéré son rapport au vitriol sur le Mediator, ni son témoignage à charge lors du procès des victimes à Nanterre, aurait enfin trouvé le moyen de le ­discréditer. Il plaide que cela ne tient pas sur le plan pénal, que ce contrat avec un laboratoire – unique et vieux de sept ans – ne prouve rien.

Où est le crime ? Demander à un chauffeur d’aller chercher son fils quand on ne peut pas y aller soi-même ? Faire venir un cireur à Marigny ?"

Hollande, bientôt rejoint par Jean-Pierre Jouyet, ne veut rien entendre :

Ils ne vont pas te lâcher. Ils seront comme un chien après un os. On ne va pas y arriver", répète-t-il avant de soupirer : "Quelle bêtise. Pourquoi diable, as-tu fait venir ce cireur, pourquoi ne pas avoir demandé cela à ta femme de ménage ?"

Morelle explose :

Et toi tu n’as jamais fait de connerie, peut-être ? Allez te faire gauler rue du Cirque, avec ton casque, comme un débutant..."

Des noms d’oiseaux fusent.

Je n’ai pas employé le mot “salaud”, contrairement à ce qui a été écrit, jure l’ancien conseiller. Mais ce n’était pas loin."

[…]

Dépit amoureux

Il y a presque du dépit amoureux chez cet homme qui dit encore :

François se comporte avec moi comme avec Valérie, incapable d’assumer une rupture qui était aussi d’ordre affectif."

Il y a aussi de la haine car il en est certain désormais : Hollande a bien donné sa bénédiction à Mediapart. "M. Aquilino Morelle rêve", rétorque Edwy Plenel. Pas tant que ça, selon un proche du président, qui souhaite rester anonyme :

Hollande savait, évidemment, que l’article était dans les tuyaux. Il a laissé faire, il cherchait depuis longtemps un moyen d’exfiltrer Aquilino qu’il trouvait ingérable et qui formait avec Montebourg un duo incontrôlable."

Une dernière fois, un week-end, le conseiller revient à l’Elysée vider son beau bureau, trier un à un les documents destinés aux Archives nationales. Il aurait pu tout détruire, comme Claude Guéant. Mais enfin, il se sent mieux noyé dans la paperasse que face à ces regards qui le dévisagent après l’avoir vu passer en boucle à la télé, comme un criminel.

C’est une déferlante. Une enquête préliminaire est ouverte par le nouveau parquet financier. Selon la presse, l’Igas veut le sanctionner (ce qu’elle n’a pas fait à ce jour)

et son titre de médecin pourrait lui être retiré. En réalité, la présidente du Conseil de l’Ordre a reçu Morelle, et a décidé de ne pas déclencher de poursuites.

Un "lynchage insupportable"

Il s’accroche à tous les signes d’amitié, ceux du président de Paris-I, de l’ancien président du Comité consultatif national d’Ethique Didier Sicard, qui a même adressé au "Monde", dès la révélation de "l’affaire", une tribune dénonçant un "lynchage insupportable". Le répudié jure qu’il se sent mieux.

Je revis d’une certaine manière. Vendre des billets de 5 euros pour des billets de 500 commençait à m’abaisser intellectuellement. Aujourd’hui, je suis serein."

[…]

Hollande, qui l’a reçu à l’Elysée avant l’été, l’a trouvé très en forme. Il lui a dit qu’il était triste de toute cette affaire et désolé, pour lui, pour son épouse, qu’il les aiderait à "se recaser". Quelques coups de fil ont été passés, sans succès. Laurence Engel a réintégré le Conseil d’Etat, Aquilino Morelle, lui, a repris le chemin de l’Igas et s’attelle à une mission sur la restructuration hospitalière, en attendant des jours meilleurs. La politique :

Ce n’est pas fini, loin de là."

Le dialogue est un peu distendu avec "Manuel", mais pas avec "Arnaud". Ensemble, certainement, ils batailleront encore. L’insouciant remet ses mocassins et s’éloigne, la tête haute :

Le taureau, ce n’est pas parce que tu lui plantes deux banderilles de chaque côté que tu l’as tué."

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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure, #Société
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