Nicolas Sarkozy veut changer le nom, pas le siège de l'UMP
A quelques heures de son intervention télévisée, prévue dimanche 21 septembre dans le journal de 20 heures de France 2, Nicolas Sarkozy poursuit l'orchestration de son retour en politique en accordant un entretien au Journal du dimanche (JDD).
Deux jours après avoir officiellement annoncé, sur sa page Facebook, son intention de revenir en politique et d'être « candidat à la présidence de [sa] formation politique », évitant soigneusement d'en prononcer le nom, l'ancien chef de l'Etat continue de dévoiler sa stratégie pour reprendre la tête de son parti.
Il le répète, il souhaite transformer l'UMP sous sa forme actuelle et, c'était attendu, « changer le nom du parti ». Hors de question, assure-t-il cependant au JDD, de quitter les locaux de la fomation politique, au prétexte qu'« on ne va pas les vendre en pleine crise immobilière ».
L'ancien président veut « mettre en place une nouvelle organisation, installer une relève et faire revenir les adhérents et donateurs pour redresser les comptes », affirme-t-il. En somme « remettre [sa] famille politique au travail » et empêcher ses adversaires, Alain Juppé et François Fillon, de s'imposer à sa place en tant que leader du parti. « Si je réussis cette nouvelle formation, ils [Juppé et Fillon] ne pourront plus me rattraper », assure-t-il.
Son combat, il le répète, c'est donc bien sa formation politique et non briguer, pour l'heure, un nouveau mandat de chef de l'Etat, lui qui rêvait de revenir en homme providentiel sans repasser par l'UMP. « Je n'annoncerai pas que je suis candidat à la présidentielle » dimanche soir sur le plateau de France 2, insiste-t-il dans les colonnes du JDD, ajoutant que « ce sera un autre temps.
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Ennuis judiciaires, primaire, concurrence interne... la présidence de l'UMP n'est que la première étape du retour de l'ex-chef de l'Etat. Et sans doute la plus facile.
C’est la fin du faux suspense que se sont efforcés d’entretenir les sarkozystes autour du retour politique de leur patron. Nicolas Sarkozy vient de confirmer qu’il briguait la présidence de l’UMP, poste laissé vacant en juin par un Jean-François Copé grillé par l’affaire Bygmalion. Sa victoire sur Bruno Le Maire et Hervé Mariton, le 29 novembre, lui est évidemment assurée, le noyau du parti lui restant acquis, même si certains jeunes lui résistent. Reste le véritable objectif que vise le faux retraité de la droite : la prochaine présidentielle. Les deux échéances sont, pour lui, étroitement liées : «Etre candidat à la présidence de l’UMP, c’est aussi être candidat à l’élection présidentielle», expliquait à Presse Océan son ex-conseiller en communication, Franck Louvrier, début septembre. Si la première étape tient du parcours de santé, la route de Nicolas Sarkozy jusqu’à 2017 est jalonnée d’embûches. Tour d’horizon des défis que devra relever le vraisemblable prochain chef de l’UMP.
Le boulet judiciaire au pied
C’est la pression judiciaire qui a obligé Sarkozy à précipiter son come back. C’est aussi l’accumulation d’affaires qui pourrait compromettre son rêve de revanche sur François Hollande. Certes, ses soutiens sont convaincus que l’ancien Président n’est que la victime d’un «acharnement» politico-médiatico-judiciaire et, une fois redescendu dans l’arène, lui pense pouvoir plus facilement se défendre publiquement. Mais dans son camp, certains craignent qu’il ne traîne ses affaires comme un boulet, injustement ou non. Et ne se réjouissent pas de voir le parti, déjà ridiculisé par le scandale Bygmalion, vivre au rythme des rendez-vous judiciaires.
L’affaire «des écoutes» est la plus avancée : Sarkozy a été mis en examen en juillet pour corruption active et trafic d’influence. Selon les échanges téléphoniques avec son avocat, il est soupçonné d’avoir promis un poste à Monaco à un magistrat de la cour de Cassation, contre des informations dans le dossier Bettencourt. Des juges enquêtent aussi sur des soupçons de financement de sa campagne de 2007 par le régime libyen de Kadhafi. Quant à celle de 2012, Sarkozy serait«tombé de l’armoire» en écoutant Jérôme Lavrilleux décrire le système de fausses factures payées à Bygmalion par l’UMP. Rien ne démontre en effet qu’il était au courant mais la manipulation servait à éponger les frais colossaux de sa propre campagne. Même s’il n’est pas en cause, son nom figure aussi dans l’affaire Bettencourt – Sarkozy a obtenu un non-lieu – et le dossier Karachi sur la campagne d’Edouard Balladur en 1995 dont il était porte-parole.
Une primaire à torpiller
Ses amis assurent désormais qu’il n’est pas question de se passer de la primaire. Mais ils espèrent bien que cette innovation inscrite dans les statuts de l’UMP perdra sa raison d’être, une fois le «chef» revenu. A les croire, Sarkozy, par son statut d’ancien Président, n’aurait pas besoin de cette onction et reste le candidat naturel. Lorsqu’il aura repris les commandes, Sarkozy pourrait à loisir, sinon annuler la primaire, du moins minimiser la compétition, en faire un simple «sacre». Toutefois la primaire ne sera pas si facile à torpiller. Alain Juppé, François Fillon et Xavier Bertrand, qui sont déjà sur les rangs, comptent la défendre coûte que coûte et ne cessent, ces dernières semaines, d’avertir sur la nécessité d’organiser une primaire «ouverte au centre» et «équitable». «Après le congrès, il faudra que chacun retrouve ses chances», insiste un filloniste. Faute de quoi «certains Français risquent de le comprendre comme un coup d’Etat intérieur», prévient Hervé Mariton, candidat à la présidence de l’UMP.
Le concurrent Juppé à évincer
La primaire sera d’autant plus difficile à contourner pour Sarkozy que le mythe de l’homme providentiel de la droite s’est effondré. Ses amis assurent qu’il écrase la concurrence, qu’il serait le seul à pouvoir battre Marine Le Pen en 2017. Ce n’est plus vrai. Sarkozy reste nettement le favori des sympathisants UMP mais Alain Juppé affiche depuis un an une insolente cote de popularité et talonne Nicolas Sarkozy dans les sondages face à la patronne du FN. Sans attendre que son rival revienne, le maire de Bordeaux a décidé de se présenter à la primaire. Au grand dam des sarkozystes, persuadés que jamais Juppé n’oserait défier Sarkozy. Difficile dès lors de déclarer superflu le rendez-vous de 2016.
L’opposition interne à gérer
Bon nombre l’avouent encore loin des micros mais Nicolas Sarkozy n’est plus attendu comme le Messie par les élus de l’UMP. L’inventaire du quinquennat précédent est encore timide et les soutiens de la dernière heure se sont multipliés, de Wauquiez à Raffarin. Mais il n’y a pas eu d’appel massif réclamant son retour, pas de tribune de parlementaires. Son projet de passer par la case «parti», après avoir répété ne plus vouloir se mêler de politique politicienne, a été parfois mal compris : sans être hostiles à l’ex-chef de l’Etat, certains auraient préféré qu’il passe son tour et se réserve pour 2016. Plus véhéments, d’autres — fillonistes mais pas seulement — s’étranglent de voir Sarkozy prétendre aujourd’hui voler à la rescousse du parti qu’il «a contribué à couler».
Une ligne à dessiner
A ses visiteurs, qui se succèdent dans ses bureaux rue de Miromesnil, Sarkozy promet qu’il va «tout changer». Sur le fond du projet, pas question de reprendre la ligne «Buisson» de 2012. Mais il aura tout de même à conforter le noyau dur des troupes UMP. Bref, trouver une ligne qui pourra concilier NKM, partisane d’un rapprochement avec le centre, et Laurent Wauquiez, nouveau chantre d’une «droite de rupture qui assume ses idées». «Le plus difficile sera de parler aux militants et de s’adresser aux Français», prévoit un de ses proches. Sur le fonctionnement du parti, Sarkozy envisage aussi de tout chambouler. Il n’a pas le choix, le voilà obligé de vendre une transformation du sol au plafond, de faire rêver à nouveau. Il imagine un congrès de refondation visant à créer un grand parti de la droite et le centre. En clair : la vocation de l’UMP en 2002… avant que Sarkozy ne laisse partir Jean-Louis Borloo et ses amis. Une OPA sur le centre qui n’a pas du tout été du goût des responsables de l’UDI. Ils ont rappelé, de leur côté, qu’ils tenaient à leur indépendance et ne comptaient pas emboîter le pas de la droite : l’UDI, ont-ils prévenu, «n’est pas à vendre».
From : Laure Equy ,...............
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Le bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy n’est pas tel qu’il puisse justifier le retour de l’ancien président. Et la "réflexion" ne saurait tout absoudre. L’honneur, le panache Gaullien seraient de respecter sa promesse de 2012, quand il avait dit qu’il se retirerait de la vie politique s’il était battu. Une promesse d’ores et déjà non tenue.
Les Français sont fatigués des duels d’égos et des volontés de revanche. Ils en ont par-dessus la tête des "affaires" d’une classe politique discréditée et le nom de Nicolas Sarkozy, sans doute à tort on l’espère, y est cité. Pour sa part, l’UMP ne peut se payer le luxe indécent d’un très mauvais feuilleton judiciaire à rebondissements, quelle qu’en soit l’issue.
Le retour de l’ancien président risque, comme par le passé, de "cliver" un peu plus notre vie politique, et diviser notre pays qui au contraire a besoin d’apaisement et de rassemblement. Au pire, pourrait-il faire le bonheur d’une gauche explosée, trop heureuse de retrouver la recette éculée de son anti-sarkozysme primaire pour afficher un semblant d’unité.
Loin de jouer l’éternel retour, les Français ont besoin de rassemblement, de confiance et d’espoir.
Il faut pour cela un projet de redressement avec une équipe solide, renouvelée et irréprochable pour le conduire. Ce projet, les Français l’attendent - encore un peu - sans plus trop l’espérer. Ils ne veulent plus de ces promesses d’un jour, vite oubliées le lendemain.
Ils veulent qu’on leur dise simplement ce que l’on va faire pour sortir d’une crise qui leur semble parfois sans issue, et surtout ils veulent qu’on leur dise concrètement comment on va le faire.
Comment, par exemple, car le sujet est brûlant, on engage la réduction de la dette de la France. Quelles dépenses sont réduites, voire supprimées. Il faut pour cela la lucidité de l’analyse et le courage de l’action.
Le retour de l’île d’Elbe et les "Cent jours" risquent fort de se terminer à Sainte-Hélène. Mais après Waterloo.
From : NouvelObs