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Sarkozy , ce n'est pas le Retour , mais un grand Détour pour revenir au pouvoir , afin d'étouffer ses affaires !?

"Sarkozy est un colosse aux pieds d'argile"


Selon le politologue Thomas Guénolé, Nicolas Sarkozy a parfaitement orchestré son retour. Décryptage de ses forces et faiblesses


« Sud Ouest Dimanche ». Comment analysez-vous la candidature de Nicolas Sarkozy à la présidence de l'UMP ?

Thomas Guénolé. (1). C'est sa dernière fenêtre de tir pour supprimer l'article 34 des statuts de l'UMP : sa motivation principale est là. Cet article, qui a été ajouté en juin 2013, à la suite des réclamations de François Fillon, dit que le candidat à la présidentielle est désigné par une primaire ouverte, sur le même modèle que le PS en 2011.


L'effet des affaires


Même si 1 Français sur 2 le gratifie encore d’une stature d’homme d’État, l’ancien président n’a pas un boulevard devant lui : là sont les enseignements de notre sondage Ifop-« Sud Ouest Dimanche ».

Cette enquête révèle combien l’image de l’ancien locataire de l’Élysée s’est dégradée depuis 2006, date à laquelle, ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy volait au-dessus de la mêlée dans les enquêtes d’opinion. Problème plus épineux aujourd’hui pour celui qui rêve d’un retour dans les habits du sauveur rassembleur. La représentation qu’en ont les Français s’est fortement détériorée, surtout depuis un an (notre infographie ci-contre).

L’accumulation des affaires autour de sa personne (financement de ses campagnes, mise en examen pour trafic d’influence, surfacturation de Bygmalion, prestataire de services de communication pour l’UMP…) a laissé des traces. Dont la plus profonde est une image très dégradée de sa probité : seulement 29 % des Français le croient aujourd’hui honnête, contre 63 % il y a huit ans.

Autre écueil de taille : sa capacité de réformer. Là encore, l’érosion est significative (8 points), alors que l’intéressé a toujours fait de cette énergie à faire bouger les choses l’ADN de son engagement politique. Confirmation auprès du directeur du département opinion de l’Ifop, Jérôme Fourquet : « C’est assez sévère. Tant que Nicolas Sarkozy continue de dire j’ai failli gagner en 2012, plutôt que j’ai perdu ; tant qu’il refusera l’inventaire de son bilan, il peinera à restaurer son image. Même si son ballon d’oxygène se nomme Hollande par comparaison, cela ne peut tenir lieu de sauf-conduit. Car, dans toutes les dimensions de l’exercice du pouvoir, son image est sérieusement écornée. Et l’on voit bien que l’opinion n’est pas du tout anesthésiée, qu’elle n’a rien oublié et qu’elle n’est pas prête à accepter un récit magnifié de son retour. »

Une primaire ouverte est donc dangereuse pour lui…

Si ce sont les adhérents de l'UMP qui choisissent le candidat de la présidentielle, Nicolas Sarkozy est nettement en tête. Si ce sont les sympathisants de droite, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé sont au coude-à-coude. Si ce sont les sympathisants de la droite et du centre, là, c'est Alain Juppé qui passe en tête. Moralité : sous couvert de sauver la droite, Nicolas Sarkozy reprend la présidence de l'UMP pour se sauver lui-même d'une procédure de désignation du candidat qui risquerait de le faire perdre.

Nicolas Sarkozy président de l'UMP, ça ressemblerait à quoi ?

Il prépare de très nombreux changements pour l'UMP. Pas forcément un changement de nom, d'ailleurs, mais un renouvellement générationnel de l'UMP et probablement, donc, de nouveaux statuts. Dans les précédentes procédures de désignation à la présidence de l'UMP, il a toujours eu affaire à des seconds, voire des troisièmes couteaux. Donc, on ne sait pas ce que ça donne quand il a un adversaire vraiment consistant en face de lui. Entre deux candidats à niveau égal, l'image personnelle joue, et celle de Nicolas Sarkozy reste mauvaise.


Quelle sera la nature de son discours ?

Son premier axe sera celui de l'homme providentiel qui va transformer la droite et le pays. C'est le mythe de Cincinnatus : le sage désintéressé des affaires qui revient pour sauver Rome. En réalité, c'est Richard III vu par Shakespeare. C'est-à-dire l'homme qui, une fois qu'il a éliminé ses rivaux, fait semblant de ne pas vouloir la couronne et ne la prend que par devoir. Nicolas Sarkozy, c'est Richard III déguisé en Cincinnatus.

Comment peut-il procéder pour renouer le contact avec les Français ?

Il va se présenter comme un Tony Blair de la droite. Et revenir aux méthodes de communication qui ont été les siennes entre 2004 et 2006. Cela se traduira par des prises de position très régulières sur des sujets précis, avec des propositions concrètes. Mais, deux fois sur trois, celles-ci satisferont une des sous-catégories de sa cible électorale de premier tour. Et une fois sur une trois, il y aura une triangulation, c'est-à-dire : une proposition favorable à une sous-catégorie de l'électorat du concurrent.

Peut-on parler d'un retour de Nicolas Sarkozy ?

Ces deux dernières années, la plupart des médias ont « acheté » le «story telling» de l'absence et du retour de Nicolas Sarkozy alors que la mise en scène était grossière. Nicolas Sarkozy n'a pas été absent, il s'est simplement exprimé par lieutenants interposés. Ce n'est pas un retour.

Est-il le meilleur candidat de la droite pour 2017 ?

Ça dépend à quel tour de scrutin. Pour un premier tour, parce qu'il rassemble au plus large l'électorat de droite, il est le meilleur candidat possible pour l'UMP. Au second tour, parce qu'il rassemble au plus large contre lui toute la gauche et l'extrême gauche, Nicolas Sarkozy est le candidat le plus mauvais au second tour pour l'UMP.

Dans ces conditions, Alain Juppé, son plus sérieux adversaire à ce jour, a-t-il une chance ?

Alain Juppé, c'est le contraire. Il est moins rassembleur du peuple de droite que Nicolas Sarkozy au premier tour, mais c'est le meilleur candidat possible de l'UMP au second tour, parce qu'il a conservé une autorité morale auprès du peuple de droite, parce que c'est le candidat favori des centristes. Et parce que, dans l'électorat de gauche, sa candidature est acceptable, à l'inverse de celle de Nicolas Sarkozy.

L'alliance objective qui se dessine entre Alain Juppé et François Bayrou peut-elle peser face à Nicolas Sarkozy ?

Ces éléments de combinaison sont secondaires. Ce qui compte, ce sont les rapports de forces dans l'opinion. Manuel Valls a démarré sa carrière nationale sans aucun appui dans l'appareil, mais il a construit une stratégie d'opinion. Il a bâti son socle directement dans l'opinion publique. Ce qui fait que si François Hollande n'est pas candidat, son actuel Premier ministre est en pole position pour être celui de la gauche en 2017.

Nicolas Sarkozy a-t-il changé ?

Il peut avoir changé en termes de positionnement politique, car sa plasticité tactique est extrême. Il ne part jamais dans l'improvisation. C'est quelqu'un qui planifie, et c'est le meilleur stratège politique en France. En clair, il sait s'adapter au terrain et choisir le meilleur champ de bataille. À cet égard, il a changé, mais parce qu'il change tout le temps.

Faut-il en déduire que son projet de redevenir président de la République est loin d'être gagné ?

La question centrale, pour cet homme qu'on a longtemps comparé à Bonaparte, c'est : a-t-on affaire à une reconquête ou aux Cent Jours ? Sur ce point, je ne sais pas. Nicolas Sarkozy a une mise en scène d'invincibilité et une réalité de fragilité. C'est un colosse aux pieds d'argile. Il est en position de force au premier tour, mais en position de faiblesse au second tour. Sauf, bien sûr, si le FN est au second tour. Il mise d'ailleurs dessus.

À la lueur de la percée de Marine Le Pen, ce n'est pas à exclure…

Selon moi, ce n'est pas le scénario le plus probable. Quand vous avez 80 % de participation à l'élection, pour que le Front national soit au second tour, il faut que la gauche se disperse ou s'effondre. Or, je pense que, François Hollande, soit il aura des résultats sur le front du chômage dans la dernière ligne droite, et il sera alors au second tour, soit il n'aura pas ces résultats, et il ne sera pas le candidat. Et un autre candidat socialiste que François Hollande sera au second tour, du moment qu'il y a un rassemblement des forces de gauche au premier tour.

Quelle attitude Nicolas Sarkozy peut-il adopter face aux affaires ?

Sur le front des affaires, il utilise, vis-à-vis de l'opinion publique, la méthode Berlusconi. À savoir : toute procédure judiciaire qui le met en cause directement ou indirectement est un complot politique. Mais ces procédures font de lui le Damoclès de la droite : à chaque épée judiciaire qui tombe, il peut y laisser sa trajectoire politique. Mais, pour l'instant, ça n'a pas été le cas.

Les sondages ne lui sont toujours pas favorables. Est-ce un handicap ?

Trois Français sur quatre se moquent de son retour. Dans l'absolu, c'est une situation qui est mauvaise, mais, d'un point de vue comparatif, il évolue dans un univers où la plupart des présidentiables sont dans une situation de rejet très marqué. Donc, il n'a pas besoin d'être plébiscité, il lui suffit d'être le moins rejeté. Et, à cette aune-là, il est plutôt en bonne posture. Mais le vrai danger, pour lui, c'est de passer le cap de la désignation de procédure du parti.

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L’ancien président se présente avec un programme flou, qui se résume pour l’instant à sa seule personne.«A un centriste, Sarkozy dit qu’il est centriste, à un gaulliste, qu’il est gaulliste»

Il revient en homme «rassembleur», «volontariste» et «nouveau», jurent ceux qui l’ont vu rue de Miromesnil. Ce qui est toujours plus vendeur que sectaire, hésitant et rebattu. Au-delà de ces poncifs, on sait encore peu de choses sur la ligne que compte adopter Nicolas Sarkozy saison 2014.

Et pour cause. Si son principal programme était… lui-même ? «C’est un mauvais procès, il n’est pas encore passé du off au on, attendez qu’il s’exprime», fait patienter Geoffroy Didier, du courant ultrasarkozyste la Droite forte. En même temps, ses soutiens, qui en appellent à un «vrai chef» au secours de la droite orpheline, soulignent que Sarkozy, par son statut d’ex-président et son autorité, serait le seul à même de raccommoder le parti désuni.

Le peut-il ? En tout cas, il le doit, lui qui passe pour trop clivant. Ils sont d’ailleurs nombreux à espérer que Nicolas Sarkozy abandonne clairement la ligne «Buisson» de la dernière présidentielle. Ses proches assurent qu’il n’entend rééditer ni la campagne de 2012 qui glorifiait les frontières et méprisait les corps intermédiaires, ni celle, victorieuse, de 2007. «Ça l’ennuie de reproduire des trucs qu’il a déjà pratiqués, fait mousser un de ses anciens conseillers. Il va tout réinventer.» De la boutique UMP, qu’il entend retaper du sol au plafond pour créer «un nouveau et vaste rassemblement», à son corpus politique.

Séduction. Avant de «tout changer», Nicolas Sarkozy a voulu s’assurer le maximum de soutiens, voire retourner ceux de ses rivaux. Pour ce faire, chaque invité rue de Miromesnil se voit servir le discours qu’il voulait entendre. «A un centriste, il dit qu’il est centriste. A un gaulliste, qu’il est gaulliste. Il est dans une phase de séduction tous azimuts», s’amuse un parlementaire sortant de son bureau.

A l’exercice du grand écart, Sarkozy s’était déjà échauffé cet été. Confiant à Valeurs actuelles : «Sur le plan économique, la définition des mesures à prendre ne dépend pas de savoir si l’on est libéral ou social-démocrate, mais de savoir ce que font nos concurrents ou partenaires.» Autre contorsion, sur l’Europe : «La question n’est plus entre souverainistes et fédéralistes, mais de savoir qui dirige la zone euro.» Contre «l’égalitarisme» porté par la gauche, il voit «toute différence comme une richesse… Il faut attaquer l’égalitarisme par les différences». Formule qui mettra tout le monde d’accord à l’UMP. La liste de son comité de soutien atteste aussi des efforts de l’ex-chef de l’Etat pour concilier les contraires. De François Baroin à Jean-François Copé, de Jean-Pierre Raffarin et NKM à Laurent Wauquiez et la Droite forte. Comment plaire à tous ? Sarkozy devra trancher un certain nombre de sujets, comme la loi sur le mariage pour tous et son détricotage si la droite revient au pouvoir.

Lorsqu’il est interrogé sur cette possibilité de revenir sur l’union des couples homos, Sarkozy élude. Il pointe les obstacles juridiques, ne promet ni n’exclut rien selon les animateurs de Sens commun, petit réseau né de la Manif pour tous pour faire du lobbying auprès des leaders UMP, qui ont déjeuné avec lui la semaine dernière.

Laurent Wauquiez, qui a rallié Nicolas Sarkozy, se répand, lui, partout pour appeler la droite à s’engager à abroger la loi. Et constate que personne, rue de Miromesnil, ne lui a demandé de se recentrer.

Fièvre. Côté dossiers économiques, François Fillon s’amusait jeudi sur RTL d’entendre que Nicolas Sarkozy ne voulait «pas toucher aux 35 heures, ni à l’âge de la retraite, ni au code du travail», semblant surpris de ce manque d’audace. Petite revanche contre celui qui s’était moqué de la fièvre réformatrice de son ex-Premier ministre : «Promettre les 39 heures payées 35 et la retraite à 65 ans. Bon courage à celui qui veut se faire élire là-dessus !»

Candidats à la primaire, François Fillon et Alain Juppé, tout comme Bruno Le Maire, challenger à l’élection interne de l’UMP (lire ci-contre), ont tous trois pris soin d’investir des créneaux qui les identifient clairement : libéralisme à la Thatcher et purge radicale du code du travail pour le premier, rapprochement avec le centre et la bataille contre le FN pour le maire de Bordeaux, et enfin «renouveau», credo du député de l’Eure. Face à eux, Nicolas Sarkozy pourra-t-il se contenter d’essayer, comme à son habitude, de brouiller les pistes ? D’aucuns ne doutent pas qu’il saura aussi, le moment venu, piocher dans les propositions de ses adversaires

From : Sud Ouest , FranceInfo ,........

(1) Thomas Guénolé, politologue et maître de conférence à Sciences Po, est l'auteur, notamment, du « Petit Guide du mensonge en politique » (éd. First).
http://www.sudouest.fr/2014/09/21/en-un-an-son-imag-e-s-est-deterioree-1678617-4706.php

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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
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