Trierweiler publie un livre où se mêlent l'intime et la politique
L'ancienne compagne de François Hollande, Valérie Trierweiler, publie jeudi 4 septembre un livre dans lequel elle raconte avec force détails les dix-huit mois qu'elle a passés à l'Elysée, de l'élection de M. Hollande à leur rupture. Merci pour ce moment (Les Arènes, 330 p.) ne révèle aucun secret d'Etat, il n'est ni une bombe ni un scandale. Dans ce récit, Mme Trierweiller chronique le début d'un quinquennat submergé par la vie privée.
L'ex-première dame que l'on voyait toujours à quelques pas derrière le président dans les voyages officiels, hésitant à fouler le tapis rouge et n'échangeant que de très rares regards avec son compagnon, s'est sentie de son propre aveu "illégitime" à l'Elysée,. "Question secrets d'Etat, il (François Hollande) peut dormir sur ses deux oreilles. Valérie parle d'amours, de déchirures et de passions", écrit cependant la journaliste Catherine Schwaab dans les colonnes de Paris Match.
C'était l'un des premiers accrocs du quinquennat de M. Hollande. Son ancienne compagne, Ségolène Royal, a été désignée comme la candidate du Parti socialiste pour les élections législatives à La Rochelle, au détriment d'Olivier Falorni – un dissident qui remportera finalement la partie. D'un tweet, Mme Trierweiller avait apporté son soutien au rival de Ségolène Royal, provoquant une tornade politique : « J'appuie sur le détonateur et j'en suis la seule responsable. Mais la bombe à retardement a été fabriquée par François Hollande et Ségolène Royal, avec leur jeu constant entre privé et public, à coups de photos de famille et de déclarations ambiguës. »
Avant cela, Mme Trierweiler écrit que le président de la République s'était engagé à ne pas soutenir la mère de ses enfants. Las, M. Hollande apportera bel et bien son soutien à la candidate Royal. Valérie Trierweiler explose : « Il m'assure qu'il n'y est pour rien. Que c'est le secrétaire général de l'Elysée qui s'est occupé de cette affaire. Le mensonge est énorme. C'est le coup de grâce. »
La liaison avec Julie Gayet En mars 2013, quand enfle la rumeur d'une liaison du président, elle lui demande : « Jure moi sur la tête de mon fils que c'est faux et je ne t'en parle plus ». Il jure, évoque une « faribole ».
Puis paraissent à la « une » de Closer les photos de M. Hollande en scooter, les détails de sa liaison. « Je craque, je ne peux pas entendre ça, je me précipite dans la salle de bains. Je saisis le petit sac en plastique qui contient des somnifères (...). François m'a suivie. Il tente de m'arracher le sac. Je cours dans la chambre. Il attrape le sac qui se déchire. Des pilules s'éparpillent sur le lit et le sol. Je parviens à en récupérer. J'avale ce que je peux. Je veux dormir. Je ne veux pas vivre les heures qui vont arriver. Je sens la bourrasque qui va s'abattre sur moi et je n'ai pas la force d'y résister. Je veux fuir. Je perds connaissance. »
Quelques jours plus tard, M. Hollande officialise sa rupture avec Mme Trierweiller – « dix-huit mots glacés » qui ont mobilisé trois conseillers à l'Elysée. « Ceux que je connais le mieux sont aux abonnés absents. Valls et Moscovici, dont on me disait si proche, n'ont pas dû se souvenir de mon numéro de téléphone », écrit-elle.
Sur ses origines modestes
C'est dans les pages les plus personnelles de son livre que Valérie Trierweiler porte l'estocade. Fille d'un invalide et d'une caissière de patinoire qui ont eu cinq enfants, elle a grandi dans une ZUP près d'Angers et elle est fière de ses origines. Elle rapporte que M. Hollande, lors d'un repas familial, a raillé sa famille, ses origines modestes – « une gifle ». « Il s'est présenté comme l'homme qui n'aime pas les riches. En réalité, le président n'aime pas les pauvres. Lui, l'homme de gauche, dit en privé : ‘les sans-dents' très fier de son trait d'humour. » Elle a écrit ces lignes chez elle dans le plus grand secret pendant six mois, sur un ordinateur qu'elle avait pris soin de ne relier à aucune connexion. Pendant toute cette période, François Hollande lui envoyait des fleurs, multipliait les invitations à dîner et envahissait son téléphone de messages. Selon un proche du chef de l'Etat cité par Le Parisien, personne à l'Elysée n'était au courant de la sortie du livre : « Il ne sait pas ce qu'il y a dedans. Il est un peu atterré. »
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Le livre de Valérie Trierweiler provoque une tempête politique Pour de nombreux politiques, le livre de Valérie Trierweiler est une intrusion dans le domaine de la vie privée du président de la République.
Plusieurs hommes politiques affirment que, dans une période difficile pour la France, ce n'était absolument pas le moment de publier un livre. Les réactions politiques s'enchaînent mercredi depuis l'annonce de la publication par Valérie Trierweiler, ex-compagne de François Hollande, d'un livre sur sa vie à l'Élysée Merci pour ce moment.
Brice Hortefeux, eurodéputé UMP "Je ne suis pas sûr de le lire, mais de ce que j'en ai entendu ce matin, à l'évidence François Hollande est dépeint comme cynique et indifférent, et l'auteur souhaite visiblement que cela se sache." "C'est de la liberté de chacun. Je ne suis pas sûr que l'on doive commenter les aspects de la vie privée, mais, là, visiblement, au-delà de la vie privée, c'est le tempérament d'un homme qui est décrit, et ce cynisme et cette indifférence, à l'évidence, sont préoccupants", a-t-il dit sur France Info.
Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication "Ce qui relève de l'intime relève de l'intime par définition, et je n'ai absolument aucune envie d'entrer dans ce type de curiosité vis-à-vis de quelqu'un qui est chef de l'État", a lâché Fleur Pellerin sur France Inter.
Anne Hidalgo, maire PS de Paris "J'ai beaucoup d'amitié pour Valérie Trierweiler, mais franchement... D'abord je ne lirai pas ce livre, et je pense que dans la situation de crise, de profonde déstabilisation de la société française, il y a peut-être d'autres messages à passer", a expliqué la maire de Paris sur Europe 1. "Ce spectacle politico-médiatique sur la vie privée des uns et des autres, je crois que les Français en ont marre." Cela aura un effet "à mon avis forcément négatif". "Cela affaiblit la politique et la démocratie"
Claude Bartolone, président PS de l'Assemblée nationale "Je ne lirai pas ce bouquin, et tout ce qui relève de l'accompagnement de la politique d'une manière paparazzi, cela ne m'intéresse pas." "Vous connaissez une séparation qui se passe bien ? Il y a 50 % des couples qui divorcent en région parisienne. Chacun a sa souffrance et sa petite histoire. Tout le monde n'a pas la chance de pouvoir écrire un bouquin." "Sur les grandes histoires d'amour, il faut aussi savoir trouver la bonne chute."
Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture et porte-parole du gouvernement "Je ne l'ai pas lu et je ne le lirai pas", a tranché celui qui fut directeur de cabinet de Hollande lorsqu'il était Premier secrétaire du PS. Relancé sur une citation de Valérie Trierweiler, assurant que Stéphane Le Foll l'a intimée de passer par lui pour avoir une soirée avec son compagnon pendant la campagne présidentielle, le ministre a soupiré : "Je ne ferai aucun commentaire, mais d'imaginer que je puisse dire une chose pareille... Je laisse chacun juger."
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Un ouvrage qui fera beaucoup de bruit.
En voici les principaux extraits. Décapant et saignant Mais que s'est-il donc passé pendant l'été ? En juin, Valérie Trierweiler disait à ses proches qu'elle ne projetait pas d'écrire le livre dont tout le monde parlait. Jeudi 4 septembre, son livre sera dans toutes les librairies. "Il y a un truc qu'elle n'a pas digéré et qui l'a poussée à faire ce livre, estime un ami de la journaliste. François Hollande a dû l'exaspérer une fois de plus, une fois de trop. Merci pour ce moment, publié par les éditions des Arènes, a été imprimé à 200 000 exemplaires en Allemagne dans le plus grand secret. Sur la couverture, le bandeau laisse entrevoir que la langue de bois est prohibée : "Tout ce que j'ai écrit est vrai. À l'Élysée, je me sentais parfois en reportage et j'ai trop souffert du mensonge pour en commettre à mon tour." Ce que le président de la République et les amoureux de la politique redoutaient - pour des raisons différentes - est arrivé. Valérie Trierweiler raconte ses neuf ans aux côtés de François Hollande.
Paris Match en publie quelques extraits choisis.
Pendant la campagne de 2012, Stéphane Le Foll, futur ministre de l'Agriculture et collaborateur le plus proche de François Hollande, la prévient : "Si tu veux une soirée avec François, il faut que tu passes par moi." Sympa ! Plus tard, avant un dîner d'État à l'Élysée, le président se montre d'une muflerie insensée : "Ça te prend beaucoup de temps pour être aussi belle ? - Oui, un peu. - En même temps, on ne te demande rien d'autre." Sans commentaire ! On découvre un homme jamais apaisé, tout entier accaparé par son ambition. Ainsi le soir où DSK est arrêté à New York : "Je ne me souviens plus de l'heure, 2-3 heures du matin ? Je le réveille à nouveau : Je t'assure, il se passe quelque chose de grave. La presse américaine l'annonce : Strauss-Kahn a été arrêté pour viol. Cette fois-ci, il bondit, se cale contre l'oreiller et regarde à son tour son iPhone. Pas une minute à se gausser de DSK, François est déjà mentalement dans le coup d'après. Ce n'est pas une bonne nouvelle, il risque d'y avoir un réflexe de légitimité autour de Martine Aubry."
Jusqu'à 29 textos par jour !
La scène de la rupture est poignante tant Valérie semble seule et désespérée : "L'information Julie Gayet est le premier titre des matinales. (...) Je craque, je ne peux pas entendre ça, je me précipite dans la salle de bains. Je saisis le petit sac en plastique qui contient des somnifères (...) François m'a suivi (sic). Il tente de m'arracher le sac. Je cours dans la chambre. Il attrape le sac qui se déchire. Des pilules s'éparpillent sur le lit et le sol. Je parviens à en récupérer. J'avale ce que je peux. Je veux dormir. Je ne veux pas vivre les heures qui vont arriver. Je sens la bourrasque qui va s'abattre sur moi et je n'ai pas la force d'y résister. Je veux fuir. Je perds connaissance." Après leur séparation, le président bombarde son ex de SMS. "Il me dit qu'il a besoin de moi. Chaque soir, il me demande de dîner avec lui. Qu'il veut me retrouver, quel que soit le prix à payer..." "Ses messages me parlent d'amour. Il m'écrit que je suis toute sa vie, qu'il ne peut rien sans moi." Quand elle finit par lui répondre, il redouble d'ardeur au point de lui adresser jusqu'à 29 textos en une journée... " Croit-il ce qu'il écrit ? Ou suis-je le dernier caprice d'un homme qui ne supporte pas de perdre ? Il me dit qu'il me regagnera, comme si j'étais une élection ?"
Au final le portrait de François Hollande semble terrible. On découvre un homme froid, sans coeur, totalement dépassé par les événements, calculateur, parfois méchant, enfermé dans une bulle...
Le timing de la parution de Merci pour ce moment est parfait ou désastreux. Parfait, car il prend tout le monde de surprise. L'éditeur et l'auteur peuvent faire un coup d'édition magistral. Désastreux, car au moment où François Hollande pensait enfin repartir de l'avant le voici confronté à "la vengeance d'une blonde". Les bienfaits d'un remaniement spectaculaire, d'une révision drastique de la politique économique sont déjà estompés. Pour l'Élysée, c'est le scénario noir : à deux semaines de sa conférence de presse de rentrée, le chef de l'État prend encore un paquet de mer en pleine figure. Rien n'y fait ! Dès que le président espère déployer ses ailes, il s'effondre un peu plus encore... Présidence exemplaire, vie privée exemplaire, où êtes-vous ?
From : le Monde , le Point ,
http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/09/03/ce-que-contient-le-livre-de-valerie-trierweiler_4480790_823448.html
http://www.lepoint.fr/politique/ce-que-valerie-trierweiler-dit-dans-son-livre-03-09-2014-1859552_20.php?