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«La pauvreté est une humiliation pour la République»

François Hollande se plaît à refaire du terrain. Après Angoulême (Charente) la semaine dernière, le président de la République a participé, mardi matin à Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine), à une table-ronde destinée à dresser le bilan -en demi-teinte- d'un plan de lutte contre la pauvreté lancé deux ans plus tôt.

Le chef de l'Etat a essuyé les critiques sur la « stigmatisation des chômeurs ».
Un de ses proches avait prévenu que les associations de lutte contre la pauvreté « ne sont pas franchement des béni-oui-oui ». François Hollande, hier, n'a pas été déçu. En déplacement dans les locaux de l'Agence du don en nature à Clichy (Hauts-de-Seine), le chef de l'Etat a essuyé les critiques des acteurs de terrain. Alors qu'un plan quinquennal a été annoncé en décembre 2012, globalement « la lutte contre la pauvreté n'avance guère. […] L'intensité de la pauvreté s'accroît », a résumé François Soulages, le président du collectif Alerte qui rassemble une quarantaine d'associations. Par la voix du délégué général adjoint, Christophe Robert, la Fondation Abbé Pierre a épinglé « des renoncements », regrettant que les plus fragiles ne soient « pas au coeur de l'action gouvernementale ».

« Principe républicain »

Surtout, les associations ont toutes fustigé la « stigmatisation des chômeurs » dans « trop de discours publics », évoquant les débats sur les allocations chômage, les offres non pourvues et le contrôle des chômeurs. « Ce n'est pas un bon message à porter actuellement », a pointé Thierry Kuhn, le président d'Emmaüs. La Fnars, fédération des associations d'accueil et de réinsertion sociale présidée par Louis Gallois, a elle aussi dénoncé « un débat détestable sur l'assistanat ».

François Hollande a concédé une « aggravation » de la pauvreté (la France compte, selon le seuil de pauvreté choisi, de 5 à 8,6 millions de pauvres), faisant valoir que « l'économie est au ralenti depuis six ans » et promettant d'appliquer le plan de lutte « dans toute sa rigueur ». Il a défendu ce qui a été fait, insistant sur la revalorisation du RSA de 2 % par an prévue jusqu'en 2017. Le dernier coup de pouce est intervenu le mois dernier, l'exécutif renonçant, sous la pression de la majorité, à un gel d'un an pour contribuer au plan d'économies. Surtout, le président s'est appliqué hier à tenir la « parole forte » réclamée par les associations. « Les pauvres sont des citoyens non pas comme les autres mais à l'égal des autres. […] La solidarité n'est pas un supplément d'âme », mais « un principe républicain », « la fierté d'une nation », a-t-il dit, qualifiant la pauvreté d' « humiliation pour la République ».

Manière pour François Hollande, qui avait promis la semaine dernière le maintien des fonds prévus par le plan autisme, de se positionner sur ce qui fait encore le modèle français. Et de tordre le cou aux accusations de Valérie Trierweiler sur les « sans-dents ».

L'objectif pour le chef de l'Etat : montrer qu'il est« toujours là», comme il l'a affirmé en fin de semaine. Avec la volonté manifeste de renouer le lien brisé avec les Français qui ne sont que 16% à lui accorder leur confiance, selon un dernier sondage.

Lors de ce déplacement, le chef de l'Etat a été vivement interpellé par des associations de lutte contre l'exclusion et des élus de gauche, qui dénoncent une politique de stigmatisation des exclus et des chômeurs. Cette visite intervient aussi près d'un mois après la publication de «Merci pour ce moment», le brûlot de son ex-compagne, Valérie Trierweiler, dans lequel elle l'accusait de nommer les précaires «les sans-dents». Des propos que François Hollande a rejetés et dont il s'est dit «blessé».

Si le ton de la dizaine de dirigeants d'organisations caritatives de premier plan qui l'entouraient est resté policé, leurs interpellations ont été sans détours sur la progression de la pauvreté dans le pays. Thierry Kuhn, président d'Emmaüs France, a regretté les «paroles, y compris au plus haut niveau de l'Etat, sur la stigmatisation des chômeurs», évoquant le «projet de contrôle renforcé des chômeurs» avancé début septembre par le ministre du Travail François Rebsamen.

«Encore trop de discours publics continuent à entrer dans la stigmatisation des chômeurs», a déploré de la même manière le président du Collectif Alerte, François Soulage, ancien président du Secours catholique. S'il a éludé cette question précise, le chef de l'Etat a répondu aux préoccupations des associations sur l'aggravation de la pauvreté par un discours de principe, en conclusion de la table-ronde.

Le cri d'alerte des associations

«Les pauvres dans notre pays sont des citoyens non pas comme les autres mais à l'égal des autres», a-t-il dit. Et de souligner : la pauvreté «est une blessure pour celles et ceux qui sont concernés mais c'est une humiliation pour la République». Il a fait valoir que «la pauvreté, ce n'est pas les autres». Et que les Français ressentaient, selon lui, le «risque que les enfants et les petits-enfants puissent un moment, eux-aussi, être touchés».

Pour François Hollande, «la solidarité n'est pas un supplément d'âme, n'est pas la générosité» mais «un principe républicain qui ne passe pas par l'Etat mais par l'ensemble de la société française». Il a ajouté : «La fierté collective, c'est de permettre que nous puissions, non pas supprimer, éradiquer la pauvreté mais faire en sorte que tous ceux qui sont loin puissent être ramenés, raccrochés, repris par l'action collective». Puis d'insister : «C'est ça qui fait non pas seulement la dignité d'un individu mais la fierté d'une nation».

Très écouté par le chef de l'Etat auquel il avait inspiré son pacte de responsabilité, Louis Gallois, président de la Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale (FNARS), avait appelé auparavant à «une parole politique forte (...) face à la marée de la pauvreté». Quant à Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, il avait pointé le «renoncement» du président à l'une de ses promesses de campagne, la garantie universelle des loyers qui ne concerne finalement plus que les jeunes salariés et les personnes en situation précaire.

Signe des temps, le directeur général de la Croix-Rouge française, Stéphane Mantion, a lancé une «alerte importante», évoquant ses propres «bénévoles qui deviennent des bénéficiaires», étant eux-mêmes frappés par la misère sociale. En 2011, selon la dernière enquête en date de l'Insee sur ce sujet, 8,7 millions de personnes, soit 14,3% de la population, vivaient (avec 977 euros mensuels) en dessous du seuil de pauvreté. Ce qui fait dire à la secrétaire d'Etat à la lutte contre l'exclusion, Ségolène Neuville, qu'il «reste encore beaucoup à faire».

From : les Echos , le Parisien ;.........

http://www.lesechos.fr/journal20141015/lec1_france/0203857757768-pauvrete-hollande-malmene-par-les-associations-1053701.php?S3I8Hjg2VctEQRMI.99

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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
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