Pour Hamon, l'exécutif «menace la République», Le Foll l'invite à quitter le PS
Ce mercredi, le Parti socialiste se déchire dans les médias. Filippetti et Hamon critiquent durement le gouvernement, Le Foll et Cambadélis répondent.
Benoît Hamon est à l'offensive. Au lendemain du vote du budget à l'Assemblée nationale, sur lequel il s'est abstenu, l'ancien ministre tape dur sur son ancien gouvernement. Invité de RFI, le député des Yvelines estime que la ligne suivie par l'exécutif «menace la République [...] parce qu'elle réduit les capacités d'intervention de la puissance publique».
Celui qui a quitté le gouvernement le 25 août dernier juge que cette ligne, «c'est la préparation tout droit, comme on s'y prépare pour 2017, d'un immense désastre démocratique.» Il pointe le risque de voir le Front national, «non seulement à l'arrivée au second tour de la présidentielle», mais aussi à la tête du pays.
Une critique que ne digère pas Stéphane Le Foll. Avec cette prise de distance, Benoît Hamon doit-il quitter le Parti socialiste? C'est ce que pense le ministre de l'Agriculture et porte-parole du gouvernement. Invité de BFMTV, il estime qu'il serait cohérent que Benoît Hamon «quitte le PS». «Il va trop loin. Une limite a été franchie. La cohérence serait qu'il quitte le PS», a lancé ce proche de François Hollande.
Le porte-parole du gouvernement a durement jugé l'attitude de l'ancien ministre et d'Aurélie Filippetti, qui s'est elle aussi abstenue lors du vote du premier volet du budget 2015. Il y voit un «manquement au devoir». «Le budget, ce n'est pas une décision anodine», poursuit Stéphane Le Foll. «Il y a des devoirs quand on est dans une majorité. La question budgétaire est essentielle.»
Malgré cette position à l'écart de la ligne gouvernementale, Benoît Hamon réfute le terme de «frondeur», alors qu'avec 38 autres députés il n'a pas voté le budget souhaité par le gouvernement. «J'ai fait le choix difficile de m'abstenir», a-t-il justifié. «Ce qui est cohérent avec les raisons pour lesquelles je ne suis plus membre du gouvernement». Il regrette que la politique économique du gouvernement entérine «la réduction des déficits pour financer 40 milliards d'aides et de soutien aux entreprises». «Mais ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas dans ce budget des mesures extrêmement positives pour les Français», tempère-t-il.
Une attitude « déplorable » et « pas loyale ». C'est en ces termes que le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a dénoncé l'abstention des anciens ministres Aurélie Filippetti et Benoît Hamon, lors du vote sur le volet recettes du budget 2015.
Interrogé sur RTL mercredi 22 octobre, le numéro un socialiste s'est dit « choqué » par le fait que « deux ministres de la République qui ont quitté le gouvernement et qui avaient accepté les arbitrages budgétaires au mois de juillet se soient abstenus ». Cela pose, selon lui, « un problème éthique » :
« Ce n'est bon ni pour eux, ni pour le Parti socialiste ni même pour ceux que l'on appelle les frondeurs »
La grosse réprimande du patron du PS n'a visiblement pas intimidé Benoît Hamon. L'ancien ministre de l'éducation nationale a en effet enfoncé le clou en critiquant durement, sur RFI, la politique du gouvernement qui, selon lui, « menace la République (...) parce qu'elle réduit les capacités d'intervention de la puissance publique ».
« Et la menace de la République, c'est la préparation tout droit, comme on s'y prépare pour 2017, d'un immense désastre démocratique. (...) Non seulement l'arrivée au second tour de la présidentielle de Marine Le Pen sans coup férir, mais en plus la menace que demain, elle dirige le pays ».
Suite à ces propos, le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a estimé sur RMC et BFMTV qu'« il serait cohérent que Benoît Hamon quitte le PS ». « Je ne peux pas l'accepter et je ne comprends pas », « il va trop loin », a déclaré le porte-parole du gouvernement. Concernant l'abstention des deux anciens ministres sur le vote du budget, Stéphane Le Foll a notamment critiqué un « manquement au devoir ».
« AUCUNE LEÇON À RECEVOIR »
De son côté, Aurélie Filippetti a rétorqué sur iTélé qu'elle n'avait « aucune leçon à recevoir de qui que ce soit ». « Je dois des comptes à mes électeurs et aux Français », a ajouté l'ex-ministre de la culture, tout en accusant le premier secrétaire « d'une part de mauvaise foi ».
Les ministres de la culture, Aurélie Filippetti, et de l'éducation, Benoît Hamon, avaient quitté le gouvernement le 25 août en même temps que leur collègue à l'économie, Arnaud Montebourg, au lendemain d'une fête de la Rose dans le fief de ce dernier, où les critiques avaient plu contre l'exécutif.
Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a minimisé mercredi midi ses précédentes déclarations au sujet de l'ancien ministre devenu député Benoît Hamon. Ce dernier avait eu des déclarations contre la politique économique de l'exécutif, qu'il accuse de mettre en danger la République et mène vers un "immense désastre démocratique" en 2017.
"Je ne peux pas l'accepter et je ne comprends pas", "il va trop loin", avait déclaré le porte-parole du gouvernement. "Une limite a été franchie", avait encore estimé M. Le Foll. "Si c'est ça, qu'il quitte le Parti socialiste alors".
Interrogé par la presse, après le conseil des ministres, sur le fait de savoir si M. Hamon devait effectivement quitter le Parti socialiste, M. Le Foll a jugé qu'après de telles déclarations "il y a des questions qui doivent se poser". "Mais elles se posent à lui, ce n'est pas moi qui demande. Je n'ai pas l'intention de demander à quiconque ni de démissionner, ni de rentrer", a-t-il ajouté.
"Un déferlement du FN"
"Je vous rassure, (...) je ne vais pas quitter le Parti socialiste", a déclaré M. Hamon sur France Info. "En France, c'est l'Etat qui permet à la République d'accomplir sa promesse d'égalité et en retour c'est la République qui donne sa légitimité à l'intervention forte de l'Etat dans la vie quotidienne des citoyens", s'est expliqué le député des Yvelines par la suite dans un communiqué. "Affaiblir l'État c'est donc prendre le risque d'affaiblir la République dans ses fondements les plus intimes. Et cet affaiblissement peut préparer à mes yeux le désastre démocratique d'une élimination des socialistes au premier tour de la présidentielle et d'un déferlement du Front National dans la vie politique française".
From : le Figaro , le Monde ,,?????,.........