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Des milliers de Français roulés par un cartel mexicain

 

 

82 000 Français pensaient mettre leur argent à l’abri du fisc en misant sur des sites web gérés par d’obscures sociétés financières. Pas de chance : leurs arnaqueurs travaillent pour le plus gros baron de la drogue du Mexique.

 

Des machines à laver

Le 7 février 2008, Jean-Marie V. effectue un « petit » virement de 22 000 dollars sur un compte ouvert par la société Crown Gold auprès de la banque Wells Fargo, à Carson City, Nevada.

Il en fera d’autres. A la même destination : 32 000 dollars le 20 février, puis 15 000 le 11 mars. Au total, le malheureux et son épouse vont jouer plus d’un million de dollars (environ 740 000 euros) sur l’autel de l’argent vite perdu.

Dans les mêmes circonstances, un couple d’amis a investi à perte 921 281 dollars (environ 671 000 euros) en quelques mois. Ils ont misé leur argent sur des sites Internet censés investir sur le marché des devises étrangères, et qui promettaient de très hauts rendements. Ils ont tout perdu.

Ces quatre Français ont embauché un avocat américain. Leur plainte introduite en octobre 2011 devant un tribunal de Floride vise les sociétés EMG et DWB, travaillant avec Crown Gold, ainsi que leurs anciens dirigeants : Germán  Cardona, Daniel Fernandes Rojo Filho, Pedro Benevides et Heriberto Pérez Valdés.

Sans succès jusqu’à présent. Et pour cause ! Derrière ces escrocs présumés se cacherait une organisation mafieuse très puissante.

 

 

82 000 Français arnaqués

En 2010, Annie Gallecier, une consultante lyonnaise, elle aussi victime des offres mirobolantes du site Finanzas Forex (la marque commerciale de la société offshore panaméenne EMG), a créé l’association Recours Escroqueries International (ARCES International), qui regroupe des victimes en vue d’une action judiciaire sur le sol français.

Elle estime que 82 000 Français se sont fait flouer par EMG, mais nombre de victimes se taisent car elles ont perdu de l’argent soustrait au fisc ou ont embarqué d’autres victimes dans leur galère. Après deux ans d’enquête, la brigade financière française serait sur le point de présenter ses conclusions.

Ces Français sont les « oubliés » d’une étonnante affaire. Ils ont abouti entre les griffes de bandits internationaux qui, au départ de la Floride, auraient monté une gigantesque opération de blanchiment d’argent.

Ils auraient agi pour le compte du cartel mexicain de Sinaloa dont le chef historique Joaquin « El Chapo » Guzman a été arrêté ce samedi 22 février après treize ans de cavale.

 

L’arrestation du chef du cartel de Sinaloa « El Chapo Guzman »
Les autorités mexicaines semblaient faire « joujou » avec l’un des criminels les plus recherchés de la planète, échappé du pénitencier de Puente Grande (Guadalajara) grâce à d’évidentes complicités internes, le 20 janvier 2001 [l’homme est sorti de la prison caché dans un chariot de linge sale, ndlr].

Les Etats-Unis eux-mêmes ont été accusés d’indulgence à l’égard de leur voisin mexicain, laxiste avec les barons de la drogue. L’arrestation de Guzman signifie-t-elle que la chasse aux barons de la drogue est enfin ouverte et que les Français pillés augmentent leur chance de récupérer leurs économies ?

 

294 barres d’or et des millions de dollars

Pour comprendre cette histoire rocambolesque, il faut remonter au vendredi 22 août 2008.

Des enquêteurs américains travaillant pour la DEA (la police anti-drogue américaine) font une découverte spectaculaire sur des comptes ouverts en Arizona par le Brésilien Rojo Filho et l’Américano-Portugais Benevides, établis en Floride.

Leur société holding, DWB, est active dans les secteurs du « global trading », de la finance, de l’énergie, de l’aviation et du commerce de l’or. L’enquête met à jour un magot :
•il y a là quelque 42 millions de dollars (un des comptes contient à lui seul 24 millions de dollars) ;
•9 voitures de luxe ;
•et 294 barres d’or.

Tout est saisi de manière préventive.

En fait, un rapport confidentiel commandé par le Pentagone (le département américain de la Défense) à l’Institute for Defense Analyses (IDA) désigne Daniel Fernandes Rojo Filho et Pedro Benevides comme « l’une des composantes financières » du cartel mexicain de Sinaloa.

 

 

Une pyramide à la Madoff

Il s’agit d’une des organisations criminelles les plus puissantes au monde, qui étend son emprise sur le commerce de la drogue et dont la guerre avec les autres cartels a causé la mort de 90 000 personnes au Mexique ces sept dernières années.

Selon des sources recoupées, de 2007 à 2009, le cartel aurait blanchi plus de 150 millions d’euros par le truchement de DWB, tout en escroquant des dizaines de milliers de petits investisseurs.

Car le mécanisme était double. A la lessiveuse d’argent sale s’ajoutait une gigantesque « pyramide de Ponzi ». Ce type d’escroquerie à grande échelle, popularisée par le financier américain Bernard Madoff – condamné à 150 ans de prison en juin 2009 – consiste à attirer des investisseurs dont les avances financent les intérêts des clients situés aux niveaux supérieurs. Jusqu’au moment où, faute de liquidités, la pyramide s’effondre au préjudice des derniers arrivés.

 

 

*Tout était factice

La pyramide financière aurait été montée à l’origine par la société panaméenne Evolution Market Group (EMG), promue par DWB.

De 2007 à 2009, donc, des investisseurs étaient recrutés sur le Net via le site « Finanzas Forex » (FFX), la marque commerciale d’EMG. Celle-ci se présentait comme « une société d’intermédiation financière », « composée d’une équipe de professionnels et d’experts en investissements sur le marché des devises ».

L’inscription sur le site FFX était totalement gratuite. Chaque nouveau membre attiré sur le Net recevait l’accès à un compte présentant deux colonnes : celle des débits et des crédits.

Toute somme soi-disant investie sur le marché des devises était imputée dans les crédits. Idem en cas de parrainage. C’était rassurant en soi.

Le recrutement de « filleuls » rapportait des commissions allant jusqu’à 6%. Les promoteurs de FFX annonçaient des rendements mensuels de 10 à 20 %, intérêts et commissions additionnés. En réalité, tout était factice et l’argent des investisseurs s’est notamment retrouvé sur les fameux comptes d’Arizona, détenus par des escrocs.

 

 

*Les affaires reprennent pour les escrocs

Des victimes de cette énorme fraude DWB/EMG ont été identifiées partout en Europe, en Amérique centrale, du sud et du nord et jusqu’en Océanie.

Le principal dirigeant d’EMG, Germán Cardona, arrêté à Valence (Espagne) en mars 2011, a été libéré un an plus tard. Quant à Rojo Filho et Benevides, accusés d’avoir mené la belle vie avec l’argent des petits investisseurs, ils sont tous deux en liberté.

Notre enquête a pu l’établir : ces deux hommes engagent même de nouvelles affaires en Floride, malgré les lourds soupçons qui pèsent sur eux.

Le 31 octobre 2013, le tribunal civil du « Middle District » d’Orlando (Floride) a pourtant confisqué leurs avoirs de manière définitive. Mais tant que l’enquête criminelle américaine n’aura pas abouti, les chances d’indemnisation des victimes restent précaires.

 

 

*Des banques complices et récidivistes

 

Accord entre un investisseur français et la banque Wells Fargo

L’enquête américaine a démontré que près de trente sociétés et dix banques seraient impliquées dans le dossier EMG/DWB. Rien qu’entre décembre 2007 et mai 2008, environ 189 millions de dollars (139 millions d’euros) – provenant d’investissements dans les produits d’EMG – ont été déposés auprès de la banque Wells Fargo. De l’argent blanchi a aussi été retrouvé chez Wachovia.

Ce n’est pas la première fois que ces deux banques sont éclaboussées par des affaires de blanchiment. Wachovia a été rachetée par le groupe américain Wells Fargo en 2008. En 2010, elle a été condamnée à payer une amende de 110 millions de dollars pour avoir aidé le cartel de Sinaloa à dissimuler l’argent de la drogue.

Un an plus tard, l’hebdomadaire britannique The Observer indiquait qu’entre 2004 et 2007, Wachovia aurait permis à Sinaloa d’ainsi blanchir 378 milliards de dollars (277 milliards d’euros), soit un tiers du produit national brut du Mexique.

 

*Trois sources de revenus et un 3e volet

Comme l’explique un document judiciaire de 95 pages, les comptes d’Arizona de DWB/EMG étaient approvisionnés de trois manières :
•d’abord par le commerce de la drogue ;
•ensuite par les placements des petits investisseurs dans la fameuse pyramide de Ponzi ;
•et enfin par des placements stériles dans le secteur des énergies renouvelables.

Les mouvements financiers à toute vitesse empêchaient de tracer l’origine exacte des fonds. En parallèle, DWB donnait une justification économique à ses autres activités, en faisant croire à de vrais investissements industriels dans les biocarburants.

Cette affaire de biocarburants, qui a d’inattendues ramifications belges, est en effet le troisième volet de l’escroquerie mondiale montée par les financiers présumés du cartel mexicain.

 

*Un proche du premier Ministre belge

Au hasard d’enquêtes sur des dossiers politico-financiers en Belgique, les policiers du Royaume ont en effet découvert des contacts entre les dirigeants de l’américaine DWB et Pierre Urbain, le secrétaire communal de Mons, la ville de l’actuel premier Ministre Elio Di Rupo.

Des échanges de mails, des courriers, des partenariats dûment signés et des transactions financières prouvent que Daniel Fernandes Rojo Filho et ses complices sont entrés en contact en 2006-2007 avec Pierre Urbain et d’autres Belges appâtés par des placements à hauts rendements.

 

*Accord entre Rosalus Invest et DWB

A l’époque, Pierre Urbain et ses partenaires en affaires transforment des sociétés délaissées. C’est le cas de Rosalus Invest, qui deviendra « une fausse banque », selon le procureur du Roi de Mons, Christian Henry.

Les Américains y entrent aussi. Par ce biais, DWB entend capter des investisseurs européens pour des projets dans les énergies renouvelables. En janvier 2007, la holding américaine fait signer à Rosalus un accord de partenariat portant sur le développement d’une usine de biodiesel en Europe.

En échange d’une promesse de prise de participation, Rosalus apporte sa contribution financière au projet de 480 millions de dollars (350 millions d’euros). Qui n’a jamais vu le jour.

« Je n’ai pas envie de finir dans un pont »

Les Belges attirent aussi des investisseurs d’Europe de l’Est. De « petits » épargnants qui finissent par montrer les dents quand ils flairent la supercherie.

Le 12 mars 2007, le mandataire public Pierre Urbain s’adresse alors à ses amis américains :


« Nous aussi, nous sommes menacés par nos investisseurs. Je n’ai pas envie de finir [coulé] dans un pont d’autoroute ni même en prison. »

Pierre Urbain a été inculpé par la justice belge en mars 2013 pour sa participation présumée à une « organisation criminelle ». Une enquête reste ouverte en Belgique. Elle n’avance guère, semble-t-il.

Selon des documents judiciaires américains, DWB aurait également abusé 418 investisseurs attirés par des placements illusoires auprès d’une autre firme établie en Floride, Green Power Systems (GPS), aujourd’hui à l’état végétatif. Mêmes promesses, mêmes espoirs déçus.

En Arizona, 24 millions de dollars ont été retrouvés sur un compte ouvert par DWB auprès de la Bank of America. De l’argent soi-disant placé dans GPS, mais en fait détourné.

 

 

*De l’argent pas assez « criminel »

Pour l’avocat américain Francis Boyer, qui défend les intérêts de quatre Français :


« L’argent saisi est considéré suffisamment criminel pour le geler, mais pas pour le restituer. »

Il s’étonne des lenteurs de l’enquête pénale et évoque un possible « marchandage » : les Etats-Unis engrangeraient de l’information sur les filières de la drogue, en échange d’une forme d’impunité en ce qui concerne les escroqueries.

 

Daniel Fernandes Rojo Filho, « Chancelier » des relations Etats-Unis-Brésil

En juillet dernier, en Floride, le Brésilien Daniel Fernandes Rojo Filho a reçu les honneurs à l’occasion d’une cérémonie parrainée par une association culturelle de Sao Paulo (le CICESP). Il se targue publiquement d’être le « Chancelier des relations Etats-Unis/Brésil ».

Cet escroc présumé développe désormais de nouvelles affaires dans les mêmes secteurs de l’or et de l’énergie. En toute impunité, il pourrait faire de nouvelles victimes. Avec la bénédiction des autorités américaines.

 

****************

 

Gros-becs

Pubs fantômes et drôles d’oiseaux : enquête sur une arnaque

 


Sur le forum de gros-becs.net, où échangent habituellement des passionnés d’ornithologie, Maud est tombée sur une discussion qui la concerne : les arnaqueurs aux encarts publicitaires.

 

Une (drôle) de boîte aux lettres en forme de coq

Maud Avril triture une pochette en plastique. « Je me sens tellement bête ! Qu’est-ce qui m’a pris de signer ça ? » La trentenaire sort un papier froissé, un ordre d’insertion d’encart publicitaire dans un plan de ville de Paris, « distribué à des milliers d’exemplaires, dans les boîtes aux lettres ». Il émane de la société IV&COM (pour « information villes et communes »).

Maud a lancé son affaire de « coaching en développement personnel » et d’hypnothérapie le 18 janvier 2014, avec un petit capital d’une centaine d’euros. Quand une commerciale lui a téléphoné pour lui proposer une publicité gratuite, elle y a vu une occasion de se faire connaître.


« Elle m’a d’abord annoncé que j’avais été sélectionnée pour un emplacement gratuit. Elle me disait qu’un annonceur s’était désisté, qu’ils étaient en cours de bouclage et que c’était urgent. Elle était très insistante. »

Maud tique mais sort la calculette

Au moment de conclure l’affaire et de lui envoyer le bon de commande, la commerciale lui dit qu’il faut « régler les frais postaux ». 720 euros TTC. Maud tique, mais sort la calculette.


« Les Pages Jaunes font payer 50 euros par mois pour une annonce premium. Ramené à l’année, c’était à peu près la même chose. »

Elle finit par accepter, et se fait envoyer le fameux ordre d’insertion, avant de le signer et de l’adresser à IV&COM avec son règlement. Au bout de trois semaines, elle reçoit un bon à tirer « très moche », mais l’accepte « pour qu’on [lui] foute la paix ». Puis plus rien. Le bouclage du plan de Paris ne semble plus aussi urgent que prévu.

Dans un courrier daté du 2 avril dernier, la société lui promet une parution en mai. Dans les conditions générales de vente, ces petites lignes que Maud n’a pas eu le courage de lire, le délai annoncé pour la parution des plans est de onze mois. En voyant ça, elle « commence à avoir des doutes ».

 

Capture du forum de Grosbecs.net

Maud cherche des informations sur IV&COM. Sur son moteur de recherche, elle découvre, parmi les premiers résultats, l’existence d’un forum appelé gros-becs, où échangent habituellement les passionnés d’ornithologie.

Une modératrice y a ouvert une discussion sur une autre sorte d’oiseaux : les arnaqueurs aux encarts publicitaires.

 

De 600 à 6 000 euros de préjudice

Tous les internautes racontent la même histoire. Ils sont plombier, coiffeur, coach sportif, gérant d’auto-école. Leur rêve d’entreprise s’est transformé en cauchemar quand ils ont été démarchés par la société IV&COM. Elle leur a vendu très cher des publicités dans des plans de ville qui n’ont, pour la plupart, jamais été distribués. Ils ont été naïfs, souvent par manque d’expérience.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les démarcheurs s’en prennent toujours aux même « cibles » : de petites entreprises, nouvellement créées, avec peu de moyens.

Leur mode opératoire ? Un « classique », selon ce commandant de la Brigade de répression de la délinquance astucieuse (BRDA), à Paris :


« Ils épluchent les registres du commerce pour cibler les créations d’entreprise. Ce sont des proies d’autant plus faciles qu’elles ont rarement les moyens de prendre un avocat. »

Le montant du préjudice varie de 600 à 6 000 euros selon les clients, qui se comptent par dizaines à travers toute la France.

« Ils jouaient sur la peur »

Boris Colart, jeune gérant d’une auto-école à Beauvais (Oise), fait partie de la fourchette haute. Un commercial venu de Paris en scooter lui a d’abord fait signer un bon de commande pour un encart publicitaire. Puis il a continué à recevoir des appels de la part des employés de la société de plans.


« Ils me disaient que je leur devais encore de l’argent, que je n’avais payé que pour un trimestre : alors j’ai renvoyé plusieurs chèques, jusqu’au moment où je ne pouvais plus. Ils jouaient sur la peur, se faisaient passer pour le service recouvrement ou même parfois pour des huissiers. »

Comme les autres, Boris n’aurait « jamais dû payer avant l’exécution des prestations », analyse Luc Plantin, directeur depuis 40 ans d’une société qui édite des (vrais) plans de ville dans l’Oise. Les démarcheurs commerciaux sont-ils au courant qu’ils vendent du « vent » ?

« Forcément », acquiesce-t-il.

Les clients lésés par IV&COM se disent « impuissants », ne pouvant faire opposition sur leurs chèques « ni perdus ni volés ». Et lorsqu’ils souhaitent porter plainte, les forces de l’ordre refusent la plupart du temps. En entonnant toujours le même refrain : « Litige commercial ! »

Les petits chefs d’entreprise ignoraient qu’ils n’étaient pas protégés par le code de la consommation, notamment par le délai de rétractation de sept jours.

« Monsieur Bénisty ? Il est en rendez-vous »

IV&COM. Derrière ces lettres mystérieuses se cache un homme, Sacha Bénisty qui affiche sa gueule d’ange sur les réseaux sociaux, cheveux mi-longs et barbe de trois jours. Il est aux manettes de l’entreprise depuis 2009.

Rue de Turbigo à Paris, un immeuble haussmannien abrite ses locaux commerciaux. Je passe le voir à l’improviste. A l’interphone, un homme bredouille.


« Monsieur Bénisty ? Il est en rendez-vous à l’extérieur. »

J’insiste un peu.


« Je ne sais pas quand il sera de retour. Par téléphone, c’est mieux. »

 

Va pour le téléphone.

Le forum gros-becs « monte la tête des clients, les incite à porter plainte », selon Sacha Bénisty. Il serait le signe qu’une « concurrence déloyale veut (lui) nuire ». Mais quelle concurrence ? « Je ne peux pas citer de noms », assure le directeur de la société. Il est même allé jusqu’à menacer certains internautes de poursuites en diffamation. Et a notamment envoyé un courrier à Christophe Strebler, un client d’Haguenau (Bas-Rhin) inscrit sur gros-becs.net.

 

 

Soupçonnés d’être des « infiltrés »

Dans cette lettre, Sacha Bénisty assure qu’il a « fait des copies d’écran et noté les adresses IP » des utilisateurs du forum qui dénigrent ses services.

Certains pseudos sont soupçonnés d’être des « infiltrés » d’IV&COM, se faisant passer pour des clients de la société très satisfaits de ses prestations. « Une de mes commerciales surveille les conversations », concède simplement le directeur.

Interrogé par la police à deux reprises pour des faits d’escroquerie en 2012, selon des procès-verbaux que nous nous sommes procurés, Sacha Bénisty affirmait n’avoir eu « que trois problèmes » avec des clients. Il soutenait également que « des entreprises se faisaient passer pour IV&COM » pour réclamer de l’argent.

« Il incombe à l’entreprise de prouver l’usurpation d’identité », réagit un officier de police judiciaire.

1,8 millions d’euros de chiffre d’affaires

Le 30 octobre 2012, Sacha Bénisty était convoqué au commissariat de Montrouge (Hauts-de-Seine) après la plainte déposée contre lui par un client. Ce dernier avait voulu se rendre dans les locaux d’IV&COM, alors domiciliée à Montrouge, car il n’avait jamais reçu le plan pour lequel il avait payé. Mais sur place, il n’avait trouvé personne.

« C’est une simple adresse postale », justifiait Sacha Bénisty lors de son audition. Pendant trois ans (de 2009 à 2012), son entreprise aura donc indiqué à ses clients une adresse « fantôme ». Et IV&COM continue de créer la confusion en se présentant sous différents noms commerciaux. Tantôt les « Editions du plan », tantôt « DesCartes éditions ».

Les plaintes qui s’accumulent, notamment sur Internet, n’arrangent pas les affaires de la société. « Des prises de rendez-vous sont annulées tous les jours », se plaint Sacha Bénisty.


« Notre chiffre d’affaire est en baisse et il y a d’importantes répercussions commerciales. »

En 2012, IV&COM a pourtant réalisé 1,8 million d’euros de chiffre d’affaires. En octobre de la même année, Sacha Bénisty affirmait au commissariat de Montrouge travailler avec « une vingtaine de commerciaux ». Aujourd’hui, il aurait « une soixantaine d’employés », en comptant les régies par le biais desquelles il embauche des commerciaux.

 

 

Une enquête ouverte

La théorie du complot et les arguments avancés par Sacha Bénisty paraissent ne convaincre que lui. Après avoir reçu « plusieurs dizaines de plaintes » contre IV&COM, la Direction départementale de la protection des populations de Paris (DDPP) a ouvert une enquête pour « pratiques commerciales trompeuses ». Un délit pénal, passible de deux ans d’emprisonnement et de 37 500 euros d’amende.

En juillet 2013, la DDPP a finalement jugé la situation suffisamment sérieuse pour transmettre au procureur de Paris le dossier IV&COM. Lequel est en cours d’instruction au tribunal de grande instance.

Stella Sautebin, à la tête d’une petite société de plomberie dans le Haut-Rhin, est une des rares victimes à avoir pris un avocat. Flouée d’environ 2 000 euros, elle a décidé de « ne pas s’asseoir sur son argent ».

Ses défenseurs ont mis en demeure IV&COM avant assignation, signifiant que la société n’avait « jamais exécuté ni respecté les dispositions contractuelles convenues » et qu’à ce titre, « ses agissements sont de nature à engager (sa) responsabilité tant sur le plan civil que pénal ».

 

 

Faire des encarts « bidon »

Face aux pressions, Sacha Bénisty semble néanmoins avoir quelques astuces pour apporter, de temps à autre, des preuves de ses prestations.
•Imprimer moins d’exemplaires que prévu : à Colmar, Corinne Panzer, coiffeuse à domicile, a fini par recevoir un plan dépliant… un an après la commande.


« Je n’ai eu aucun retour client, personne qui n’a eu ce plan dans sa boîte aux lettres à part certains annonceurs comme moi. »

Sur son site internet, IV&COM promet une diffusion minimum de 10 000 exemplaires à tous ses adhérents. « C’est contractuel », assure Sacha Bénisty. « Ce n’est jamais moins. » Sauf que Médiapost, l’opérateur chargé de la diffusion, dit avoir posté 7 000 plans répartis sur deux communes, Colmar et Mulhouse. Ce n’est même pas une carte de la ville, mais un plan départemental du Haut-Rhin.
•Demander de l’aide à une autre entreprise : à Colmar toujours, Sacha Bénisty dit également avoir « mutualisé » les moyens avec une autre entreprise éditrice de plans, Médiaplan, qui se fait aussi appeler « institut de cartographie française ».

« On fait ça quand on n’arrive pas à boucler », bafouille-t-il, un peu gêné. La vérité pourrait se trouver ailleurs. Acculé par les mises en demeure, Sacha Bénisty se serait-il « empressé de publier un plan pour être lavé de tout soupçon », comme l’affirme un juriste ?
•Faire des encarts « bidon » pour remplir les plans : dans le plan de Colmar, encore, des entreprises qui n’étaient pas clientes ont eu droit à un encart « gracieux », sans en être informées. C’est le cas de l’Hôtel Bristol, à Mulhouse, comme la direction nous l’a confirmé par téléphone. Mais Sacha Bénisty persiste :
« On ne fait pas de publicité gratuite. Ils doivent être clients mais ne s’en souviennent pas. »

 

From : http://rue89.nouvelobs.com/2014/11/02/pubs-fantomes-droles-doiseaux-enquete-arnaque-255796

 

 

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Tag(s) : #Société
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