Bygmalion : la trésorière de l'UMP met en cause le clan Sarkozy
De nouveaux rebondissements ? Selon "Marianne", plusieurs personnalités de l'UMP savaient. Quant à la trésorière du parti, elle charge le clan Sarkozy.
L'affaire Bygmalion, révélée par Le Point en février dernier, n'en finit plus de faire des vagues. Nos confrères de Marianne ont pu consulter les procès-verbaux de l'audition, par les policiers de la brigade financière, de Fabienne Liadzé. La directrice administrative et financière de l'UMP y charge clairement l'entourage de Nicolas Sarkozy.
Selon ces procès-verbaux que s'est procurés l'hebdomadaire, la trésorière du parti fait état du rôle central d'Éric Cesari, surnommé "l'oeil de Sarko" à l'UMP, dans le montage frauduleux. Ce serait d'ailleurs ses déclarations qui auraient conduit les trois juges d'instruction chargés du dossier à mettre en examen Eric Cesari pour abus de confiance.
Cesari "vérifiait les devis"
"Oui, il avait un pouvoir administratif de décision. Il vérifiait les devis et me demandait régulièrement les justifications des dépenses. Je précise que j'avais affaire hiérarchiquement à Eric Cesari", a-t-elle ainsi lâché aux enquêteurs, d'après Marianne.
"Quand il me faisait part d'une décision, je ne sais pas si elle venait de lui ou de Jérôme Lavrilleux", précise-t-elle à propos de l'ex-directeur général de l'UMP. "Une fois le devis validé par le demandeur, il y avait engagement de dépenses. Je transmettais à Éric Cesari pour visa", raconte encore Fabienne Liadzé aux enquêteurs. Ainsi, selon elle, le regard de "l'oeil de Sarko" s'était posé sur toutes ces dépenses exorbitantes.
Wauquiez était-il au courant ?
Et, comme le relève Le Lab d'Europe 1, il n'aurait pas été le seul à connaître l'existence du scandale. Interrogé par Marianne au sujet de l'affaire, Jérôme Lavrilleux évoque un déjeuner au cours duquel Laurent Wauquiez cherche à le recruter.
Cependant, quelque chose chiffonne le nouveau secrétaire général de l'UMP. "Il faut que tu lâches Copé, il ne survivra pas à l'affaire Bygmalion", le prévient-il ce 26 février. Problème, le scandale, mis en lumière par Le Point, n'éclate que le lendemain...
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Bygmalion : le parquet fait entrer Sarkozy dans la danse
Jusqu'ici, la défense de Sarkozy repose sur le fait qu'il ait dit ignorer l'existence de Bygmalion.Jusqu'ici, la défense de Sarkozy repose sur le fait qu'il ait dit ignorer l'existence de Bygmalion.
L’ajout de «financement illégal de campagne» aux chefs d’accusation fait de l’ex-président le principal bénéficiaire du montage.
Ce n’est plus seulement une affaire Bygmalion, mais bien une affaire Sarkozy. Fin novembre, le parquet de Paris a élargi le spectre de l’enquête visant l’agence de communication - initialement ouverte pour «faux et usage de faux» et «abus de confiance» - au chef de «financement illégal de campagne électorale». Un délit mineur, passible d’un an de prison et de 3 750 euros d’amende (contre trois ans et 375 000 euros pour l’abus de confiance), mais symbolique d’une procédure pénale ciblant désormais ouvertement l’ex-président de la République.
Ce «réquisitoire supplétif», en jargon judiciaire, était dans les tuyaux depuis début octobre. Un rapport de synthèse des policiers enquêteurs, dévoilé par Le Monde, posait déjà la problématique : «Les fausses factures adressées par Event & Cie [filiale de Bygmalion] à l’UMP, sciemment établies par les deux parties, constituent également l’infraction de financement illégal de la campagne de Nicolas Sarkozy.» Outre un «dépassement du plafond des dépenses électorales», le code électoral vise des «éléments sciemment minorés dans le compte de campagne.» Le candidat paraît avoir coché les deux cases : outre le dépassement attesté en son temps par le Conseil constitutionnel (pour un montant minime de 2,1% sur un plafond de 22,5 millions d’euros), les dirigeants de Bygmalion ont confessé avoir imputé l’essentiel des dépenses (18,5 millions) sur le dos de l’UMP pour éviter de crever le plafond.
Friable. Cette extension ouvre la séquence la plus politique de l’enquête judiciaire. Par vagues successives, sept personnes ont déjà été mises en examen. Après les anciens responsables de Bygmalion, puis les cadres de l’UMP en contact avec eux, les magistrats ciblent désormais le sommet de la pyramide : l’ex-patron de l’UMP, Jean-François Copé, et son successeur, Nicolas Sarkozy.
La défense de l’ancien président, qui jure avoir appris le nom de Bygmalion bien après sa campagne, pourrait apparaître friable. Avait-il personnellement connaissance du micmac ? «Difficile de penser que Nicolas Sarkozy n’était au courant de rien», suggérait Bastien Millot, cofondateur de Bygmalion, début octobre dans L’Express.«Je n’ai jamais évoqué ce sujet avec lui», l’a au contraire dédouané Jérôme Lavrilleux. Certes, Eric Cesari, ancien directeur général de l’UMP surnommé «l’œil de Sarko», a été mis en examen, mais rien ne permettrait à ce stade de mettre Nicolas Sarkozy en cause personnellement.
L’élargissement de la saisine pénale pour «financement illégal» de sa campagne permettrait de contourner la problématique de son degré de connaissance : il peut à présent être poursuivi en tant que principal bénéficiaire de la combine.
La situation juridique est totalement inédite. L’UMP s’étant constituée partie civile cet été, Nicolas Sarkozy le devient à son tour en tant que président du parti. Pataquès garanti : il se retrouve dans la position de victime dans un dossier ou lui-même est mis en cause. Nonobstant la schizophrénie, cette double posture lui permettra d’avoir accès au dossier pénal avant même d’être convoqué - et de conserver un coup d’avance.
Incendie. La position peut toutefois se révéler inconfortable car Nicolas Sarkozy est impliqué dans une sous-affaire, celle des pénalités infligées après l’annulation de ses comptes de campagnes : outre la privation de subvention électorale, Nicolas Sarkozy avait été sanctionné personnellement à reverser au Trésor Public le montant du dépassement du plafond de dépenses (363 615 euros). Une somme réglée en novembre 2013 par l’UMP sous présidence Copé. Suite à une alerte cet été du triumvirat Juppé-Raffarin-Fillon, une information judiciaire a été ouverte début octobre pour abus de confiance. Croyant éteindre cet incendie-là, Sarkozy s’est empressé de signer un chèque de remboursement sitôt élu à la présidence du parti, «pour ne pas laisser prospérer une polémique entretenue». Mais cela n’éteint en rien les poursuites : dès le lendemain, l’ex-trésorière de l’UMP, Catherine Vautrin, était mise en examen…
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Comment la comptabilité du meeting de Villepinte a été truquée
"Marianne" a pu consulter dans leur intégralité les auditions de la directrice administrative et financière de l'UMP menées par la brigade financière dans le cadre du dossier Bygmalion. Fabienne Liadzé est passée aux aveux sur le meeting de Villepinte, expliquant aux enquêteurs qui a pris la décision de la double facturation. Elle cite plusieurs noms de la Sarkozie, et des réunions. A lire dans notre numéro en vente en kiosques demain, vendredi, et disponible au format numérique dès aujourd'hui.
La comptabilité du meeting qui s’est tenu à Villepinte le 11 mars 2012 a bien été truquée. Le plus grand rendez-vous de la campagne de Nicolas Sarkozy, qui coûta 3 millions d’euros, a fait l’objet d’une double facturation.
L’information, qui a été confirmée aux enquêteurs par Fabienne Liadzé, la directrice financière de l’UMP, risque d’avoir des conséquences judiciaires considérables. Elle atteste un truquage organisé des comptes de la campagne de 2012 impliquant les plus proches de Nicolas Sarkozy.
Aux enquêteurs, Fabienne Liadzé a donné de nombreux détails sur les circonstances de cette double facturation, qui a permis au candidat Sarkozy de répartir les coûts de ce meeting entre les comptes officiels de campagne et la comptabilité de l’UMP.
Dans les procès verbaux que Marianne a pu consulter, on découvre ainsi les noms de plusieurs responsables de l’équipe de campagne de Nicolas Sarkozy et de l’UMP qui ont décidé de ce tour de passe-passe. Le témoignage de Fabienne Liadzé met en cause directement la Sarkozie, et pas le seul Jérôme Lavrilleux, ancien directeur-adjoint de la campagne, et proche de Jean-François Copé.
On apprend ainsi dans les déclarations de Fabienne Liadzé dans quelles circonstances cette décision a été prise au sujet du meeting de Villepinte. L’ancienne responsable cite plusieurs réunions, et l’ensemble des responsables au courant du trucage.
Ce témoignage démontre que le système de double facturation de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, à l’origine de l’affaire Bygmalion, ne met pas en cause cette seule société de prestation. L’autre co-organisateur du meeting de Villepinte, Agence Publics, est également mis en cause par Fabienne Liadzé pour avoir facturé des éléments de prestations liés à ce meeting à l’UMP.
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