Publicité

Réponses aux questions soulevées par le Da Vinci Code

Réponses aux questions soulevées par le Da Vinci Code à propos de Jésus-Christ, de l’Église catholique et de l’Opus Dei

Le Da Vinci Code a éveillé dans le public un vif intérêt pour des sujets fondamentaux : l’origine de la Bible, l’histoire véritable de Jésus-Christ et de l’Église. Le roman relance aussi les controverses sur la conception de la femme dans le christianisme.


De nombreuses personnes s’interrogent : qu’y a-t-il de vrai dans les « secrets » dévoilés par le Da Vinci Code à propos de Jésus, de l’Église, de l’Opus Dei ? Le dossier que nous présentons ici se propose d’apporter des réponses aux questions soulevées par le roman de Dan Brown.

Ceux qui ont été surpris ou troublés par les « révélations » de Da Vinci Code doivent d’abord se rappeler qu’il s’agit d’une œuvre de fiction, fruit de la liberté de création d’un romancier. Pour répondre aux importantes questions soulevées par ce roman, il faut par conséquent confronter les allégations de Dan Brown aux travaux d’autorités  scientifiques reconnues.

En effet, les « révélations » que prétend faire Dan Brown dans son roman ne sont pas seulement contraire à la foi professée par les chrétiens depuis la fondation de l’Église. Elles sont également incompatibles avec des faits rigoureusement établis. Le Da Vinci Code défie autant la raison que la foi des chrétiens.

Depuis des siècles, les savants scrutent la Bible. Ils sont théologiens, historiens, spécialistes des manuscrits ou experts dans les sciences humaines. Le message chrétien est sans doute l’un des sujets les plus étudiés dans l’histoire du monde. La science apporte, sur certaines questions, des réponses importantes. L’Église elle-même fait confiance à la science et encourage ses recherches. En même temps, l’Église se sait assistée par l’Esprit Saint pour transmettre avec fidélité l’intégralité du message de salut apporté par Jésus-Christ.

 


Peut-on se fier à Dan Brown ? Notre dossier montre que la plupart de ses affirmations ne peuvent être prises au sérieux.

Contenu de la section
Que dit le Da Vinci Code ?
La foi catholique et le Code
L’Opus Dei et le Code
Documents, etc.

 

 


1. Que dit le Da Vinci Code ?

 

Résumé du livre et des principales allégations qu’il contient sur le Christ, l’Église et l’Opus Dei
Le Da Vinci Code est un « thriller ésotérique » tournant autour du « secret » de la descendance de Jésus. Un professeur de Harvard, aidé d’une policière française, doit faire échouer les manœuvres de l’Opus Dei, et d’un mystérieux « Maître », visant à s’emparer du secret pour des fins inavouables. 

La trame « historique »

Le roman repose sur une prétendue trame historique, empruntée par Dan Brown a divers ouvrages issus des mouvances ésotériques. Selon l’historien Jean Chélini, d’Aix-en-Provence, « Dan Brown a rejeté les conventions de la fiction pour présenter des contre-vérités comme des réalités historiques. De ce point de vue, il est coupable d’une véritable contrefaçon. »

Sur son site, l’auteur, Dan Brown, fait la déclaration suivante :
« Le secret que je révèle a été chuchoté pendant des siècles. Ce n’est pas moi qui l’ai inventé. Cela dit, on peut admettre que c’est la première fois que ce secret est dévoilé sous la forme d’un thriller populaire. Mais l’information en soi n’a rien de nouveau. »

Quel est ce fameux « secret » ? C’est que Jésus-Christ n’était qu’un homme, un simple prophète, qu’il fut marié à Marie Madeleine et eut une descendance avec elle. C’est à Marie Madeleine qu’il voulait confier la direction de son Église.

Cependant les apôtres, jaloux de Marie Madeleine, et emplis de préjugés envers les femmes, l’ont écartée du pouvoir et ont pris le contrôle de l’Église, qu’ils ont dotée d’une hiérarchie purement masculine. Ils forcèrent Marie Madeleine à s’ exiler (d’où sa fuite en Provence), et effacèrent les traces de la volonté originelle de Jésus.

Au IVème siècle, le Concile de Nicée fabriqua de toutes pièces le dogme de la divinité de Jésus. À l’instigation de l’ empereur Constantin, les Évangiles furent réécrits en ce sens, tous les autres témoignages historiques étant impitoyablement écartés… du moins le croyait-on.

Pendant ce temps, la descendance de Jésus et Marie Madeleine prospérait en Provence, et fut à l’origine de la dynastie des Mérovingiens.
La « vérité » authentique sur Jésus ne fut pas entièrement perdue. À l’époque des Croisades, une société secrète, le Prieuré de Sion, fut fondée pour préserver et transmettre le « secret » sur la descendance de Jésus. Des documents auraient même été découverts, dans les ruines de l’ancien Temple de Jérusalem, et l’ordre militaire des Templiers aurait été créé pour en assurer la protection. Lorsque l’ordre des Templiers fut supprimé par le pape, au XIVème siècle, les documents se volatilisèrent.

Le secret se matérialisa alors sous le nom de « sang royal », déformé en « Saint Graal » : le Saint Graal n’est pas le calice de la dernière Cène, mais, en réalité, désigne symboliquement Marie Madeleine et sa descendance. Recherché depuis des siècles, le secret du Saint Graal fut jalousement préservé, jusqu’à nos jours, par les membres du Prieuré de Sion…

 

 


Le roman


Le Da Vinci Code, qui se déroule à l’époque contemporaine, raconte la « quête du Graal » d’un professeur américain, Robert Langdon, qu’assiste une jeune policière française, Sophie Neveu. Leur enquête est entravée par de nombreux obstacles, semé par les forces ténébreuses qui veulent à tout prix les empêcher de découvrir la vérité.
Da Vinci Code s’ouvre sur le meurtre sanglant du conservateur du Louvre, Jacques Saunière, par un moine en bure présenté comme membre de l’Opus Dei. Rapidement, un professeur de Harvard, Robert Langdon, est appelé sur les lieux du crime. Il comprend que le conservateur assassiné était un membre du Prieuré de Sion, et qu’il est mort à cause du secret.

Une course de vitesse, doublée d’une chasse au trésor, s’engage alors. D’un côté, Langdon, associée à une jeune policière, Sophie Neveu, s’efforce de décrypter les indices laissés par Saunière pour remonter la piste du Saint Graal. De l’autre, le moine tueur, dénommé Silas, cherche à effacer toutes les traces du secret, qui pourrait mettre en péril l’ existence même de l’Église. Il agit sur les ordres d’un « Maître » mystérieux, et ne recule devant rien, éliminant un par un tous les affidés du Prieuré de Sion. La police, qui suspecte d’abord Langdon du meurtre de Saunière, est également sur la trace des deux héros en fuite.

Guidés par des indices laissés par Léonard de Vinci dans ses tableaux, Langdon et Sophie Neveu vont du Louvre au coffre-fort d’une banque parisienne, puis s’envolent pour l’Angleterre, Londres puis l’Écosse. Langdon dévoile peu à peu à Sophie le résultat de ses propres recherches savantes sur le Graal et le culte du « féminin sacré » dont Marie Madeleine serait une sorte de témoin.

Pendant ce temps, les agissements de Silas s’éclairent d’un nouveau jour. Le « Maître » qui manipule le moine a conclu un marché avec le prélat de l’Opus Dei, Mgr Aringarosa : il lui offre de récupérer les « documents » contenant le secret du Graal, en échange de 20 millions d’euros. Aringarosa devait en outre mettre Silas, son protégé, au service du « Maître ».

Pour le prélat, cette offre est inespérée : elle lui permettra peut-être, en exerçant un chantage sur l’Église, de sauver l’Opus Dei que le nouveau pape, d’orientation libérale, veut désavouer. En effet, quelle que soit l’hostilité du pape envers l’Opus Dei, il ne saurait accepter que soit divulgué le secret sur la véritable histoire de Jésus, et sur la trahison de son dessein par l’Église catholique. En récupérant les documents sur le Graal, Aringarosa dispose d’un moyen de pression tout puissant : l’Église doit renoncer à supprimer l’Opus Dei, en échange des documents secrets.

Les documents ne seront pas retrouvés. Aringarosa comprend, trop tard, qu’il a été joué par le Maître, qui se révèle être un certain Leigh Teabing : celui-ci n’a jamais eu l’intention de livrer les documents à l’Église, qu’il déteste ; il voulait simplement se couvrir en les faisant chercher par le moine Silas. Bien plus, Teabing avait assuré Aringarosa que le sang ne serait pas versé. Silas sera tué par la police, Teabing arrêté, Aringarosa disculpé au nom de sa bonne foi.

Quant à Langdon et Neveu, à défaut de découvrir les documents, ils auront compris le sens profond du « secret » : la vraie religion est ouverte au « féminin sacré », dont Marie-Madeleine n’est qu’une figure. Une religion centrée sur la « culte de la déesse », et non la religion machiste incarnée par l’Église catholique. Sophie Neveu se voit même révéler la véritable histoire de sa famille, et apprend qu’elle n’est autre… que la dernière descendante des Mérovingiens, et donc du Christ et de Marie Madeleine.

À la fin du roman, Langdon est ramené au point de départ de toute l’histoire : le musée du Louvre, et sa pyramide inversée qui symbolise à la fois Marie-Madeleine, le Saint Graal, et le principe féminin sacré. La recherche d’un document matériel s’achève en « quête mystique », en pèlerinage, et il tombe à genoux au pied de la pyramide…

 

 

 

Le rôle attribué à l’Opus Dei dans le roman


L’Opus Dei, malgré ce que pense le lecteur au début, n’est pas le véritable « méchant » du livre. Le vrai méchant, Leigh Teabing, est hostile à l’Église, et ne se sert de l’Opus Dei que comme couverture. Néanmoins, le Da Vinci Code donne une image très négative de l’Opus Dei, et n’hésite pas à répandre des allégations calomnieuses à son égard.

Le président général de l’Opus Dei est un évêque espagnol, Mgr Aringarosa, qui vit à Murray Hill Place, un vaste bâtiment new-yorkais, présenté comme le siège mondial de l’Opus Dei.

Quelques mois avant l’action, le nouveau pape a fait savoir à ce prélat que l’Opus Dei devait quitter l’Église. C’est alors qu’un mystérieux « Maître » prend contact avec lui, et lui promet des documents secrets contre 20 millions d’euros.

Pour le prélat, cette offre est la dernière chance de sauver l’Opus Dei : s’il entre en possession des documents, l’Église ne pourra rien contre lui. Aringarosa accepte le marché, sans savoir à qui il a affaire. Il ignore que des meurtres vont être commis à son insu. Lorsqu’il l’apprendra, il collaborera avec la police, et donnera les 20 millions aux familles des victimes.

Il est en quelque sorte la victime du « Maître » et de son désir, mi-pieux, mi-machiavélique, de maintenir le pouvoir de l’Opus Dei au sein de l’Église.

Le seul autre membre de l’Opus Dei qui apparaît dans l’histoire est Silas, un membre numéraire, dont le portrait est très éloigné de ce que sont en réalité les membres de l’Opus Dei. Alors que ceux-ci sont des laïcs, vivant dans le monde et ayant une activité professionnelle, Silas est présenté comme un moine fanatique, vêtu d’une robe de bure. Il a fait vœu de célibat, et pratique des mortifications sanglantes. Il est dévoué corps et âme à Mgr Aringarosa, qui lui a sauvé la vie. Son obéissance aveugle l’amèneront à perpétrer plusieurs assassinats, en étant convaincu d’agir ainsi pour la gloire de Dieu.

À divers endroits du roman, l'Opus Dei est présenté comme une institution manipulatrice et sectaire, pratiquant le lavage de cerveau, la coercition, et prônant des mortifications corporelles exagérées. L’auteur associe l’Opus Dei à diverses affaires criminelles : des membres de l’Opus Dei auraient drogué des étudiants ; un autre aurait failli mourir des suites d’une infection due au port d’un cilice ; un riche banquier s’est suicidé après avoir légué sa fortune à l’Opus Dei… L’espion américain Robert Hanssen est mentionné, ainsi que l’ODAN, organisme de lutte contre les sectes spécialisé dans l’Opus Dei.

On affirme que l’Opus Dei aurait renfloué la banque du Vatican, et que c’est en échange de ce service qu’il aurait reçu le statut de prélature personnelle (appelé dans le roman « prélature pontificale »).
L’Opus Dei est présenté comme profondément traditionnel, voire réactionnaire : hostile au concile Vatican II, à la science, au progrès, n’hésitant pas à s’opposer au pape jugé trop « libéral ». L’Opus Dei aurait en outre une vision très négative de la femme, et obligerait les femmes de l’Opus Dei à se livrer à des travaux avilissants dans les centres de l’ Opus Dei.

Il est concédé que l’Opus Dei a pu aider certaines personnes – plutôt faibles et malléables – à mener une vie droite, mais son existence est présentée comme une sorte d’aberration d’un autre âge.
Alors que ce que dit le roman est constitué principalement d’inventions plus ou moins fantastiques, tout est fait pour donner une impression de véracité, qui peut induire en erreur de nombreux lecteurs.

 

 


La foi catholique d’après le Da Vinci Code

 

Le roman veut accréditer de nombreuses erreurs doctrinales, tendant à montrer que la foi catholique repose sur une manipulation de l’histoire et la destruction des documents authentiques sur le véritable Jésus-Christ.

Voici quelques unes des affirmations soutenues dans le Da Vinci Code :
« Une grande partie de ce que l’Église nous a enseigné – et nous enseigne encore – sur Jésus est tout simplement faux. »
Jésus-Christ n’était qu’un homme, bien que grand prophète. Il a été marié à Marie Madeleine, dont il a eu un enfant. Il était le « premier féministe de l’histoire ».
L’Église catholique est une institution purement humaine. Les apôtres en ont usurpé le tête, que le Christ voulait confier à Marie Madeleine. Ils ont ensuite sciemment déformé l’enseignement du Christ.
Au IVème siècle, l’empereur Constantin, pour des motifs politiques, poussa l’Église à forger la doctrine de la divinité du Christ. Pour accréditer cette invention, il manipula les Évangiles, et chercha à faire disparaître des textes plus anciens qui racontaient l’histoire authentique.


Le péché originel est une invention de l’Église catholique. L’Église a une vision très négative de la sexualité et de la femme, qu’elle n’a cessé de réprimer au long des siècles.
Les rites et les symboles chrétiens sont empruntés aux religions païennes.

 

 

 


2. La foi catholique et le Code

 

Le Da Vinci Code face à l’histoire et à la foi chrétienne

Peut-on se fier aux Evangiles ?

Ce que dit le Da Vinci Code : les quatre Evangiles contenus dans le Nouveau Testament (Matthieu, Marc, Luc et Jean) ont été selectionnés par l’empereur Constantin, au IVème siècle, parce qu’ils présentaient Jésus comme divin. D’autres évangiles, plus anciens, ont été rassemblés et brûlés, pour effacer toute trace des « aspects humains de Jésus ». Ce sont ces évangiles, appelés « apocryphes », qui présentent le vrai visage de Jésus.

Ce que dit l’histoire : les quatre évangiles contenus dans le Nouveau Testament furent rédigés entre les années 60 et  100. Dès le début, de nombreux autres récits sur le Christ circulèrent (les évangiles dits « apocryphes »), mais les chrétiens les jugèrent non conformes à l’enseignement reçu des Apôtres. Même pour des non chrétiens, les écrits du Nouveau Testament sont, du point de vue historique, la source la plus complète et la plus fiable pour connaître la vie du Christ et la foi des premiers chrétiens.

Le Nouveau Testament ne cache absolument pas les « aspects humains » de Jésus. Ils parlent de sa venue au monde, « né d’une femme », de l’enfance du Christ, disent qu’il a eu soif, qu’il s’est nourri, qu’il a été fatigué, qu’il a pleuré, qu’il a souffert, qu’il est mort. Ces aspects fort humains, en revanche, sont gommés dans les évangiles dits « gnostiques ».

Ces textes, rédigés longtemps après les événements, n’insèrent pas les paroles de Jésus dans un contexe réel. Ils ne font que rapporter une série de discours mystérieux, et présentent le Christ comme un « maître de sagesse » désincarné.

Le témoignage du Nouveau Testament sur Jésus-Christ est-il crédible ? Il est vrai que les écrits du Nouveau Testament sont seulement une petite partie des nombreux récits sur Jésus qui sont parvenus jusqu’à nous. Mais les textes conservés dans le Nouveau Testament furent dès l’origine considérés, parmi les premiers chrétiens, comme rapportant fidèlement la vie et les enseignements de Jésus. Ces témoignages résultent de la mise par écrit de la première prédication des disciples du Christ

Dans le Nouveau Testament, les témoignages les plus anciens sur le Christ ne sont pas les évangiles, mais les épitres de saint Paul, rédigées environs vingt ou trente ans après la mort de Jésus (vers l’an 30). Ces épitres, dont le contenu est conforme à celui des évangiles, se présentent comme le rappel d’un enseignement déjà transmis oralement.



Quant aux évangiles, la critique contemporaine, se fondant sur des critères linguistiques et historiques, s’accorde à situer entre les années 60 et 80 la rédaction des évangiles de Matthieu, Marc et Luc, et vers l’année 100 celle de l’ évangile de Jean.


Le texte de ces évangiles, tel que nous le connaissons actuellement, est sans doute possible fidèle au texte original. Comme pour tous les textes anciens, la version que nous connaissons est établie à partir de manuscrits qui sont eux- mêmes copiés d’après un texte original. La fiabilité du texte dépend donc, d’une part, du nombre et de la qualité des manuscrits que l’on possède, et d’autre part de l’accord de ces manuscrits entre eux, qui permet de supposer qu’ils sont conformes à un même original.

On compte par milliers les manuscrits du Nouveau Testament. Ils sont remarquablement semblables entre eux. Par comparaison, la plupart des auteurs de l’antiquité classique ne nous connus qu’à travers un petit nombre de manuscrits, souvent fragmentaires, et très tardifs : le plus ancien manuscrit de La Guerre des Gaules, de Jules César, date du IXème-Xème siècle ; des Annales, de Tacite (rédigées vers 110 ap. J.-C.), nous possédons un manuscrit du IXème siècle, un autre du XIème, les autres « témoins » datant du XVème siècle ; La Guerre des Juifs de Flavius Josèphe (contemporain du Christ) nous est connue à travers des manuscrits du X-XIIème siècles…

La situation du Nouveau Testament est bien différente. Il existe plusieurs manuscrits complets datant du IVème siècle, et ce fait est déjà exceptionnel. Sur un fragment de papyrus de l’année 130 environ (le papyrus Ryland), on a retrouvé des versets de l’évangile de saint Jean. Le papyrus Bodmer, de la fin du IIème siècle, contient la totalité de cet évangile, et d’autres écrits du Nouveau Testament. Tous les manuscrits que nous possédons donnent, à quelques variantes près, le même texte. C’est un fait exceptionnel, qui témoigne du grand soin apporté, dès l’origine, à la transmission fidèle du texte original. On peut soutenir qu’aucun texte de l’Antiquité n’offre autant de garantie de fidélité à l’original que celui du Nouveau Testament.

Constantin a-t-il fait modifier la Bible ? Lorsque Dan Brown suggère que l’empereur Constantin aurait pu « commander et financer » la rédaction d’une nouvelle Bible, et faire disparaître les témoignages plus anciens sur Jésus, il projette sur le IVème siècle une conception très moderne de l’édition… et de la propagande. À l’époque de Constantin, le texte actuel du Nouveau Testament était reconnu comme fidèle à l’enseignement des Apôtres depuis au moins deux siècles.

La moindre altération du message aurait été vivement rejetée par les milliers de chrétiens déjà répandus dans tout l’ Empire. En outre, le texte du Nouveau Testament circulait déjà dans d’innombrables copies, traitées avec vénération par les communautés chrétiennes : il est inimaginable que ces textes aient pu être détruits, ou même altérés, sur les ordres de l’empereur romain. Enfin, il est faux que l’empereur Constantin ait « commandé » une nouvelle Bible.

Des témoignages très anciens montrent que les premiers chrétiens considéraient comme authentiques les récits des évangiles. Par exemple, saint Irénée, dont le maître Polycarpe avait été disciple de saint Jean, écrivait, au IIème siècle :
« C’est par les apôtres que nous avons connu la vérité, c’est-à-dire l’enseignement du Fils de Dieu (…). Cet évangile, ils l’ont d’abord prêché ; ensuite, par la volonté de Dieu, ils l’ont transmis dans des Écritures, pour qu’il soit le fondement et la colonne de notre foi (...). Ainsi, Matthieu écrivit l’évangile en la langue des Juifs, alors que Pierre et Paul évangélisaient Rome et fondaient l’Église. Après la mort de ceux-ci, Marc, disciple et interprète de Pierre, nous communiqua par écrit ce que Pierre avait enseigné. Et Luc, qui avait accompagné Paul, mit par écrit l’évangile que celui -ci prêchait. Enfin Jean, disciple du Seigneur, celui qui avait reposé sur le sein du Seigneur, écrivit l’évangile à Éphèse en Asie » (Contre les hérésies, III, 1, 1).

Que sont les évangiles apocryphes ? Les « évangiles apocryphes » sont un ensemble hétéroclite de textes d’origine et de valeur très diverse. Certains peuvent être considérés comme rapportant des faits authentiques, mais mêlés à des imaginations plus ou moins naïves (par exemple, le texte connu comme « Protévangile de Jacques » est la source de la tradition concernant le nom des parents de la Vierge Marie, Anne et Joachim). D’autres évangiles apocryphes, en revanche, déforment profondément la vie et l’enseignement du Christ, pour les faire coïncider avec les idées de groupes extérieurs à l’Église. C’est le cas, notamment, des évangiles dits « gnostiques », qui furent rédigés autour du IIIème et du IVème siècles. La caractéristique des évangiles gnostiques est qu’ils prétendent rapporter la doctrine « secrète de Jésus », transmise seulement à quelques initiés – en marge, par conséquent, de l’enseignement « public » du Christ.

Ces textes gnostiques, dont plusieurs manuscrits furent découverts en Égypte (à Nag Hammadi) en 1945, sont évidemment d’un grand intérêt pour l’historien. Datant du IVème siècle, les manuscrits nous renseignent en effet sur les idées de certains groupes religieux influencés par le christianisme. Mais ils ne constituent en aucun cas une source de renseignements sur le Christ et ses premiers disciples : ils sont trop tardifs, contiennent très peu de faits historiques, et expriment des préoccupations religieuses marquées par certaines tendances du judaïsme et par l’ hellénisme.

Ceci vaut également pour « l’évangile de Judas », récemment édité et traduit. Selon le Pr Rodolphe Kasser, de Genève, qui a traduit le texte, « il faut dire et redire qu’il s’agit d’une interprétation postérieure, imaginée au IIème siècle après J.-C. Vous ne trouverez ici aucune information historique nouvelle sur le véritable Judas l’Iscariote. »
Origène, écrivant au IIIème siècle, donne un témoignage très clair sur la façon dont les chrétiens ont voulu, dès le début, protéger les évangiles authentiques contre les falsification des apocryphes :

« Au temps du Nouveau Testament, beaucoup ont essayé d’écrire des évangiles, mais tous n’ont pas été acceptés (…). Matthieu, Marc, Jean et Luc n’ont pas essayé d’écrire : c’est remplis du Saint-Esprit qu’ils ont écrit les évangiles (…). L’Église possède quatre évangiles ; les hérétiques, un très grand nombre (…). Ainsi beaucoup ont essayé d’écrire, mais quatre évangiles seulement sont approuvés ; et c’est d’eux que l’on doit tirer, pour le mettre en lumière, ce qu’il faut croire de la personne de notre Seigneur et Sauveur. Je sais qu’il existe un évangile que l’on appelle “selon Thomas” et un autre “selon Matthias” ; et nous en lisons quelques autres encore pour ne pas avoir l’air d’être des ignorants à cause de ceux qui s’imaginent savoir quelque chose, quand ils connaissent ces textes. Mais, en tout cela, nous n’ approuvons rien sinon ce qu’approuve l’Église : on doit admettre quatre évangiles seulement » (Homélies sur saint Luc, 1).

 

 

Publicité
Tag(s) : #Livres - Lectures
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :