Publicité

"On ne peut pas répondre à tout aujourd'hui. Je ne veux pas donner d'inexactitudes", a prévenu;le procureur de la République de Paris François Molins jeudi 22 mars. Quelques minutes plus tôt, après 32 heures d'un interminable siège, l'intervention du Raid prenait fin avec la mort de Mohamed Merah, 23 ans, abattu par les policiers après qu'il a ouvert le feu sur eux.

 

Le vendredi 23 mars, le directeur central du renseignement intérieur Bernard Squarcini a tenté pour sa part, dans "Le Monde", de faire le point sur le déroulement de l’enquête. Mais à ce jour, des zones d’ombre demeurent.

 

 

 - Pourquoi la cyber-enquête a-t-elle pris autant de temps ?
Dix jours pour remonter une piste considérée par les forces de l’ordre comme prioritaire, c’est long. La cyber-enquête a-t-elle patiné ? Dès le dimanche 11 mars, les policiers identifient qu'Imad Ibn Ziaten, le parachutiste assassiné à Toulouse, est tombé dans un traquenard après avoir posté une petite annonce pour vendre sa moto sur le site LeBonCoin.fr.
Mais ce n'est que le vendredi 16 mars, cinq jours plus tard (et au lendemain de la deuxième tuerie à Montauban) qu’est établie la liste de 576 adresses IP identifiant les abonnés internet s'étant connectés à la petite annonce. Il faudra encore une journée aux enquêteurs pour obtenir des fournisseurs d’accès à internet, le samedi 17 mars, toutes les identités.

 

"Un délai inhabituel pour une opération de cette nature [...] qui ne prend que quelques minutes [voire] '48h maximum'", pointe "Owni" dès le 21 mars. Selon le site, la police n'aurait réclamé ces adresses au BonCoin que le vendredi 16 mars. A moins que le site de vente en ligne n'ait tardé à répondre.

 

Il faudra encore le week-end pour identifier dans cette liste une certaine Zoulika Aziri. Puis pour faire le lien avec ses deux fils, Abdelkader et Mohamed Merah, en croisant l’identité de la mère avec les premières données récoltées par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Comme l’explique Bernard Squarcini au "Monde" :

La DCRI a commencé à échanger avec la police judiciaire dès le vendredi 16 mars. Le samedi au soir, ils nous ont transmis des données à cribler dans notre documentation. Le service a travaillé tout le week-end sur les propriétaires de T-Max, de 11.43, les habitués des stands de tir, les noms liés aux adresses IP qui se sont connectées à l'annonce du premier militaire, 24.000 données au total"

 

 

 - Pourquoi la DCRI n'a-t-elle pas surveillé Merah plus tôt et de plus près ?
Après le premier meurtre de Toulouse, les policiers disposent de peu d’indices. Ce n’est qu’à la suite de l’attaque des trois militaires de Montauban jeudi 15 mars que la piste djihadiste est prise au sérieux. Et que la DCRI entre en scène. Le nom de Mohamed Merah apparaît. Mais il ne s’imposera aux enquêteurs que le lundi 19 mars.

Pourtant, Mohamed Merah est connu depuis plusieurs années. Non seulement par les services de police en tant que "délinquant de droit commun", coupable d’une quinzaine de larcins et condamné à 18 mois de prison ferme entre 2007 et 2009. Mais aussi de la DCRI, qui l’avait fiché à la suite de ses voyages en Afghanistan et au Pakistan en 2010 et 2011.

 

De plus, Mohamed Merah figurait sur la liste des personnes suspectées de terrorisme, interdites sur les vols à destination et en provenance des Etats-Unis, a indiqué "CNN." D’ailleurs, à partir de novembre 2011, il était également inscrit "au fichier des personnes recherchées de la DCRI, pour être informé en cas de contrôle et de déplacement", indique Bernard Squarcini. Mais le suspect n’a pas été contrôlé et ne s’est pas déplacé avant le 11 mars.

 

 

 - Pourquoi les enquêteurs n'ont-ils pas interpellé le suspect à la sortie de chez lui ?
Dans la nuit du mardi au mercredi, le Raid le cerne. Mais à 3h30, selon "Le Monde", le ministre de l'Intérieur Claude Guéant appelle Nicolas Sarkozy "pour lui dire que cela ne se passait pas bien." Il faudra finalement 32 heures de siège pour mettre la main sur le suspect, finalement abattu d'une balle dans la tête jeudi en fin de matinée.

"On aurait pu lui tendre une souricière. Attendre qu'il sorte et le coincer", estime Christian Prouteau, le fondateur du GIGN (Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale). Il dénonce dans "Ouest-France" une opération "menée sans schéma tactique précis."

 

Interpeller Merah à la sortie de son appartement aurait été "beaucoup trop risqué", selon une source policière contactée par "Le Nouvel Observateur" : "Du fait du profil du suspect et des faits dont il est alors soupçonné", il serait sorti de chez lui armé, entraînant des "risques collatéraux trop importants. Et si un voisin avait été touché ? Qu'aurait-on dit ?"

Mais plusieurs fonctionnaires de la PJ de Toulouse estiment au contraire qu'il était tout à fait possible d'envisager une telle intervention : "L'endroit le permettait, d'autant plus que c'est une rue peu fréquentée", affirme l'un d'eux dans "Libération"  D’autant plus que le suspect ignorait qu'il avait été localisé.

 

 

 

- Pourquoi les policiers du Raid n'ont-ils pas utilisé de gaz incapacitants ?
S'ils ont fait plusieurs fois usage de grenades assourdissantes, les policiers du Raid n'ont pas fait usage de gaz incapacitants, ce qui a suscité de nombreuses interrogations. Pourtant, il n'en aurait jamais été question, selon une source proche de l'affaire citée par "Le Parisien" : "Au regard des lieux, il aurait fallu une très importante quantité de gaz, sans garantie qu'il s'endorme aussitôt."

Ce que confirme au "Nouvel Observateur" une source policière :

Ces gaz ne marchent absolument pas. Leur usage est totalement aléatoire : certains les supportent très bien, alors qu'ils peuvent déclencher chez d'autres des effets secondaires comme de l'agressivité. Ils peuvent même, chez certains individus souffrant de certains pathologies, provoquer la mort"

 

Après l'assaut de Toulouse, Christian Prouteau, fondateur du Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale, dénonce une opération «sans schéma tactique précis».  
«Comment se fait-il que la meilleure unité de la police ne réussisse pas à arrêter un homme tout seul?» Christian Prouteau, le fondateur du Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) s'interroge dans les colonnes de Ouest France. L'ancien préfet, colonel de réserve de la gendarmerie, s'étonne que l'opération du Raid se soit soldée par la mort de Mohamed Merah. «On aurait pu lui tendre une souricière, explique-t-il. Attendre qu'il sorte et le coincer». «Il fallait le bourrer de gaz lacrymogène à très haute dose. Il n'aurait pas tenu cinq minutes. Au lieu de ça, ils ont balancé des grenades à tour de bras. Résultat: ça a mis le forcené dans un état psychologique qui l'a incité à continuer sa ‘guerre'.»

«En fait, je pense que cette opération a été menée sans schéma tactique précis. C'est bien là le problème», poursuit Christian Prouteau, qui va jusqu'à comparer les pertes humaines du GIGN et celle du Raid, deux unités concurrentes. «Cela peut paraître présomptueux mais, en soixante-quatre opérations menées par le GIGN sous mon commandement, il n'y a pas eu un mort.»

 

Réagissant aux propos du préfet Christian Prouteau, fondateur du GIGN, qui a regretté que le Raid n'ait pas eu recours au gaz pour endormir Merah, M. Guéant répond que "ce sont des moyens illégaux proscrits par les conventions internationales".

 

 

 

Le renseignement français a-t-il failli ? Mohamed Merah était-il membre d'Al-Qaïda comme il l'affirmait ? Avait-il des complices ? Les zones d'ombre de l'affaire...

 

La DCRI a-t-elle failli ?

Son avocat Me Christian Etelin dit avoir appris « il y a deux ans » la radicalisation d'un Mohamed Merah apparu sur les radars des Renseignements intérieurs après ses voyages en Afghanistan en 2010 et au Pakistan en 2011. La DCRI enquête alors sans résultat probant : « Pas d'activisme idéologique, pas de fréquentation de la mosquée », explique le patron du contre-espionnage français Bernard Squarcini.

 

Pas considéré comme dangereux, il est toutefois fiché. Et après l'assassinat des militaires à Toulouse et Montauban, Merah et son frère aîné Abdelkader figurent sur une liste fournie par la DCRI de sympathisants connus de l'islam radical dans la région. Mais « dans le parcours des salafistes toulousains comme dans celui de Mohamed Merah, jamais n'est apparue une tendance criminelle », insistait jeudi le ministre de l'Intérieur Claude Guéant.

Les Américains l'avaient pourtant inscrit sur sa liste noire des personnes interdites de vol aux Etats-Unis. Parmi les critères pour y figurer : « Présenter des doutes raisonnables d'être impliqués dans une activité terroriste présumée ».

 

Le procureur de Paris a dit sa volonté de rechercher « tout complice » qui « l'aurait soit convaincu de commettre ces actes, soit fourni les moyens de les commettre ». Il faudra élucider qui a fourni à Merah son impressionnant arsenal qu'il disait avoir payé, selon le procureur, à coup de cambriolages.

 

 

 

F.Bayrou au Zénith :" à Toulouse un assassin désaxé, dont on apprend qu’il était repéré par tous les services, identifié et sur la liste noire des services de renseignement américains, peut se constituer un arsenal d’armes de guerre, s’entraîner, commettre ces meurtres, les plus horribles de ces dernières années, sans que nul ne soit en alerte, alors la République a des questions à se poser.

 

 

 

Et quand sans aller jusqu’au terrorisme , la violence et l’intolérance montent dans toutes les couches de la société, que les appels à la haine tournent sur internet, alors la République, si elle ne se pose pas de questions, ne fait pas son devoir.

Et lorsque, devant le chômage, devant les déficits, devant l’appauvrissement du pays, devant l’intégration manquée, la vie politique refuse de regarder en face les questions les plus graves de son temps, ruse avec les demi- mensonges et les demi-vérités, multiplie les promesses fallacieuses et les polémiques partisanes, alors la République est désertée par ceux qui devraient la défendre....." 

 

 

 

Eva Joly la candidate à l'élection présidentielle a estimé dimanche soir qu'en raison des "dysfonctionnements" dans le traitement de l'affaire Merah, le directeur central du renseignement intérieur (DCRI), Bernard Squarcini, et le patron de la police, Frédéric Péchenard, devraient démissionner.   

"Dans n'importe quel autre pays démocratique, Bernard Squarcini et Fréderic Péchenard n'oseraient plus se montrer. Voir aujourd'hui qu'ils pavoisent et qu'ils expliquent que la France a besoin d'un nouveau texte" pour "permettre de surveiller l'internet sans limites" est anormal, a déclaré la candidate EELV à la présidentielle et ancienne magistrate sur BFM-TV. Relancée, elle a ajouté que "ces deux responsables devraient démissionner parce que leurs services ont dysfonctionné et ce dysfonctionnement n'est pas nouveau".

 

 

 

"Bernard Squarcini est mis en examen pour avoir violé les règles et espionné les journalistes, dont les sources sont protégées", a-t-elle souligné. "Il n'avait pas démissionné alors mais aujourd'hui, alors que nous avons un dysfonctionnement tellement évident et avec des conséquences tellement dramatiques pour notre communauté, comment est-ce possible qu'il reste en poste?", s'est-elle interrogée.  

Eva Joly a par ailleurs reproché au ministre de l'Intérieur "d'avoir fait une mise en scène, qui jette de la suspicion sur l'enquête. C'est inutile". "On a vu un Claude Guéant qui commentait en temps réel, qui se faisait le haut-parleur des dires du suspect et en fait donnait une forme de crédibilité à sa parole. Il était dans tous les rôles, il était à la fois ministre de l'Intérieur, celui qui dirige l'enquête, celui qui dirige le Raid, celui qui fait le journaliste", a-t-elle ajouté.  

 

 

 

- Selon son avocate, Me Anne Sophie Laguens,Abdelkader Merah nie cependant les propos qui lui ont été prêtés: il aurait été «outré» par les informations indiquant qu’il était «très fier» de son petit frère. «Il n'a jamais été fier de ses actes là», assure son avocate. Reste à déterminer l’influence que le grand frère a eu sur son cadet.

"Il n'est pas du tout fier des actes de son frère comme ça a été dit un peu partout dans la presse", a-t-elle indiqué aux journalistes dans un couloir du palais de justice de Paris. "Il les condamne fermement.

From : le Monde , la Dépêche ,le Figaro,l'Express, le Telegramme, ...

 

 

Publicité
Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :