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Rassemblement contre Dieudonné à Paris


Des manifestants hostiles à Dieudonné ont fait face, jeudi 16 janvier au soir, à des soutiens du polémiste dans le quartier de son fief parisien, le Théâtre de la Main d'Or, situé dans le 11e arrondissement, en présence d'un très important dispositif policier.
En fin d'après-midi, plusieurs dizaines de personnes, scandant notamment des slogans favorables à Israël, se sont rassemblées place de la Bastille, à l'appel de certaines associations juives pour manifester contre Dieudonné, dont le spectacle Le Mur a été interdit dans plusieurs villes pour antisémitisme.

 

Plusieurs dizaines de véhicules des forces de l'ordre étaient stationnés, et les manifestants étaient encerclés par CRS et gendarmes mobiles. Tout autour, dans une certaine confusion, plusieurs dizaines de supporteurs de Dieudonné se sont réunis par petits groupes. Les deux camps ont échangé des provocations verbales et invectives, mais aucun incident n'a été constaté.

Parmi les pro-Dieudonné, surtout de jeunes hommes, certains se sont fait prendre en photo en faisant la « quenelle », geste présenté comme antisystème, mais jugé antisémite par ses détracteurs.

Le face à face s'est ensuite déplacé vers le Théâtre de la Main d'Or, où se produit régulièrement l'humoriste controversé, toujours en présence des forces de l'ordre, qui bloquaient le passage du même nom.

 

Les CRS ont ensuite dispersé le gros des manifestants. Seuls des soutiens de Dieudonné restaient en milieu de soirée devant le théâtre. Deux stations de métro, Faidherbe-Chaligny et Ledru-Rollin, ont été momentanément fermées en raison de ces rassemblements

 

Jeunes, de gauche et fans de Dieudonné

 Dans un sketch, Dieudonné comparait son public à « une boîte de crayons de couleurs ». Il suffit d’assister à l’une de ses représentations au Théâtre de la Main d’Or, à Paris, pour lui donner ce crédit : il est peu de salles en France dans lesquelles on retrouve – côte à côte et riant des mêmes blagues – des Arabes, des Noirs, des Blancs, des jeunes de cités, des électeurs de gauche, d’extrême gauche, d’extrême droite, des racistes, des antiracistes, des antisémites et des antisionistes… Tous réunis pour rire aux dépens de la communauté juive – grande absente, à de rares exceptions près, de la « boîte de crayons » – dans un même plaisir jubilatoire à transgresser l’ultime tabou : la Shoah.

A cette foule hétéroclite, dans une France profondément divisée, on attribue souvent un dénominateur commun : la haine des juifs. Mais parmi les spectateurs de Dieudonné – et les centaines de milliers de fans de ses vidéos en ligne –, se trouvent aussi des jeunes issus de la classe moyenne, politiquement modérés, souvent de gauche et qui se défendent de tout antisémitisme. C’est à eux que nous avons donné la parole. La dizaine de spectateurs que nous avons rencontrés – par les réseaux sociaux ou au hasard des relations – vouent un culte à l’humoriste qu’ils considèrent comme « le plus doué de sa génération ».

Nico, 22 ans, adore Dieudonné depuis ses 16 ans, ce qui ne laisse pas d’exaspérer son père, journaliste de gauche. Lui est étudiant en droit à la Sorbonne. Aux dernières élections, il a voté NPA au premier tour, PS au second. La découverte de ce « provocateur » hors pair a été un choc « brutalement salutaire » dans une société « lisse, compassée et bien-pensante ». Nico résume d’une phrase le « combat » de « Dieudo » : « L’égalité de tous devant le rire. »

 

 

« RIRE DE L’ESCLAVAGE, DE LA COLONISATION ET DE LA SHOAH »

Un rire « libérateur » auquel a également succombé Guillaume, 22 ans. Etudiant en master de langue à Rennes, « plutôt de gauche », il estime que le rôle d’un humoriste est « de s’emparer de sujets sérieux », une ambition délaissée, selon lui, par les comiques actuels. Dieudonné a ouvert chez lui des pistes de réflexion, sur le conflit israélo-palestinien, « mais aussi le sort des Aborigènes en Australie », qui l’ont amené à faire des « recherches sur Internet sur ces sujets dont les médias ne parlent pas ». « Dubosc, Gad Elmaleh et consorts, c’est marrant, mais le cerveau est sur off. Dieudonné, lui, fait réfléchir », abonde Patrick, fonctionnaire de 29 ans à la mairie de Marseille.


Rire et réfléchir. Deux verbes indissociablement liés pour le public de Dieudonné. Dans la ligne de mire de ce tir croisé : la Shoah. Nico est un jeune homme intelligent, doué d’une conscience politique. Aussi avoue-t-il « chercher ses mots » avant de s’aventurer sur un terrain aussi miné : « Est-ce que la Shoah doit être le tabou par excellence ? Le meilleur moyen d’assumer notre histoire passe par le rire : rire de l’esclavage, de la colonisation et de la Shoah. S’il y a un truc dont il faut rire, c’est bien des communautés, de toutes les communautés, seule façon d’arriver à l’idéal républicain d’origine. »

Pour Guillaume, si la Shoah est l’ultime défi de l’humoriste, c’est bien parce que son « instrumentalisation par les sionistes » – orchestrée, selon lui, par des associations comme la Licra ou le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) – est devenue le tabou par excellence du débat démocratique. La censure de Dieudonné valide a posteriori la dimension politique de ses « provocations ». Il faudrait rire de tout au nom du droit à critiquer le sionisme.

 

 

« LA SHOAH, ON EN A MANGÉ JUSQU’À LA TERMINALE »

Cette « sacralisation » contestée de la Shoah, les amateurs de Dieudonné la font remonter à leurs cours d’histoire à l’école, dont ils gardent un souvenir pesant. « On nous en parle depuis la primaire, soupire Nico. A 12 ans, j’ai vu un film où des tractopelles poussaient des cadavres dans des fosses. Nous subissons une morale culpabilisatrice dès le plus jeune âge. » Une culpabilité qu’il aimerait laisser aux générations précédentes et dont il cherche à se libérer par le rire. Les spectacles de Dieudonné agissent comme un puissant exutoire et une tentative de corriger par l’outrance ce « déséquilibre » perçu dans l’enseignement des crimes racistes. « La Shoah, on en a mangé jusqu’à la terminale. Je respecte ce moment de l’histoire, mais pas plus que d’autres. Le génocide rwandais, je n’en ai pas entendu parler », avance Guillaume, effaçant d’un trait tout le débat, toutes les recherches, sur la spécificité de la Shoah.


Pour certains jeunes issus de l’immigration, cette transmission de la mémoire à l’école est même vécue comme une « hiérarchisation des racismes ». De père tunisien et de mère française, Karim a 35 ans. Ancien étudiant à Sciences Po, « anticolonialiste et propalestinien », il est diplômé de sciences politiques et de sociologie. « A l’école, on nous parle des crimes de l’Allemagne, et beaucoup moins de ceux de la France : la colonisation et l’esclavage. Il existe une crainte de créer un sentiment anti-français chez les jeunes issus de l’immigration. Mais c’est l’inverse qui se passe. Ce deux poids deux mesures dans notre lecture ethnocentrée de l’histoire posera problème tant qu’il ne sera pas réglé. Cela dépasse de loin le phénomène Dieudonné et les saloperies qu’il a pu dire. Sarkozy voulait que chaque élève de CM2 prenne en charge la mémoire d’un enfant mort dans les camps. C’est trop, c’est une poudrière. On n’arrive pas à penser la Shoah avec les mêmes outils intellectuels que les crimes coloniaux. Dieudonné a mis le doigt là-dessus. Pour tous les jeunes issus de l’immigration, ça a été une révélation : enfin quelqu’un en parlait. »

 

 

« ÉMASCULATION DU DÉBAT »

Plus rares sont les fans de Dieudonné à être de confession juive. C’est le cas de Jonathan Moadab, journaliste indépendant de 25 ans, juif pratiquant antisioniste. Lui aussi a développé avec le recul une lecture critique de ses visites des chambres à gaz en Pologne quand il était enfant. Cet « endoctrinement victimaire », qu’il a longtemps porté, a généré selon lui chez les personnes de confession israélite un « syndrome de stress prétraumatique », qui les conduit à redouter « la résurgence des chambres à gaz à chaque sketch de Dieudonné ».

 

Lui l’a vu à la Main d’Or, à Paris, en 2011. C’était trois ans après que l’humoriste a fait monter sur scène l’historien négationniste Robert Faurisson pour lui remettre le « prix de l’infréquentabilité ». Un sketch qui ne le choque pas. « Les blagues de Dieudonné sur la Shoah, comme sa chanson Shoananas, ne visent pas la Shoah en elle-même, croit-il comprendre, mais l’instrumentalisation de l’Holocauste décrite par le politologue américain Norman Finkelstein. Malheureusement, nous sommes tombés à un tel niveau d’émasculation du débat qu’on n’arrive plus à discuter avec les gens qui ne partagent pas notre avis. »


Rire de tout, parler de tout et avec tout le monde. Cette « liberté de parole absolue » au cœur de la culture Internet, souvent anonyme, Dieudonné lui a fait traverser l’écran pour l’incarner sur scène. Ce nivellement des points de vue – qui, tous, auraient droit de cité – se retrouve dans le parcours politique de l’humoriste, passé de la gauche antiraciste à Alain Soral, et par ce même Soral, passé de l’extrême gauche à l’extrême droite. Une confusion libertaire qui exerce une certaine fascination chez son public, convaincu qu’il y a « une haine de la liberté d’expression en France », selon les mots de Karim. Pour Corinne, une comédienne de 30 ans, métisse franco-camerounaise, Alain Soral, colistier de Dieudonné aux européennes de 2009, a ainsi parfaitement « le droit d’être d’extrême droite, et on a le droit de ne pas l’aimer ».


« OBSESSION JUIVE DÉLIRANTE »

A l’image de certains fans plus structurés politiquement, Karim a cependant pris ses distances avec l’humoriste depuis que celui-ci fréquente Alain Soral, en raison de « son obsession juive délirante ». Mais l’ostracisation du comique agit comme un baume fédérateur, et lui-même se dit désormais prêt à retourner le voir en salle. Cette fidélité s’explique par la radicalisation progressive de l’artiste, que ses fans racontent et justifient : Dieudonné a longtemps « tapé » sur toutes les communautés, jusqu’à ce fameux sketch « raté » sur un colon juif en 2003, qui aboutit à son bannissement de la sphère médiatique et qui sera le départ de son parcours devant les tribunaux. C’est là qu’il entre en « résistance », au prix de nombreux dérapages contre ses ennemis – le « système » – qu’il identifie au « lobby sioniste », croit comprendre Karim. « Après, c’est vrai, il y a une crispation, et il y a largement contribué », concède Henry, 31 ans, avocat à Paris et électeur socialiste « désabusé ». « Au lieu de faire ses excuses, Dieudonné a persisté. Et depuis dix ans, le système cafouille », affirme Karim.

Comme nombre de défenseurs de l’humoriste, Guillaume invoque Desproges pour dénoncer « l’acharnement » qui vise son comique préféré : « Quand Desproges dit des juifs qu’ils prenaient le train gratuitement pendant la seconde guerre mondiale, c’est très drôle. Aujourd’hui, c’est impossible. » Pierre Desproges, lui, ne laissait planer aucun doute sur son positionnement idéologique. En refusant de lever l’ambiguïté sur son antisémitisme et ses visées politiques, Dieudonné entend fédérer un public élargi en mettant les rieurs de son côté. Ce qui ne va pas sans semer un certain trouble chez ses fans historiques.

Est-il antisémite ? Les avis sont partagés. Pour Karim, Dieudonné n’est pas un « antisémite primaire », mais il a pu développer des « tendances antisémites ». Samy Ghernouti, 39 ans, athée, de père algérien, grand amateur de « quenelles » et peintre aéronautique chez Eurocopter à Marseille, est catégorique : « Ceux qui sont là pour casser du juif n’ont rien compris, on n’en veut pas. » Pour Guillaume, le rire l’emporte : « Je suis un peu hypocrite, j’essaie de passer à autre chose quand il dit des choses dégueulasses. » Nico avoue lui aussi un certain trouble : « Dieudonné est-il antisioniste ou antisémite ? Je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne sert plus la cause qu’il servait à l’origine, en refusant de clarifier les choses. »

 

 

Même les panneaux avec le nom Dieudonné disparaissent ! 

Quel est le rapport entre Dieudonné, l'humoriste controversé, et une toute petite commune calme et paisible de l'Oise ? A priori aucun. Sauf que cette bourgade de 850 âmes s'appelle Dieudonné et qu'elle est devenue ces derniers temps la cible d'adeptes de la tristement célèbre « quenelle ».
L'histoire aurait pu s'arrêter là. Mais depuis quinze jours, deux panneaux de ville ont disparu. Volés. La semaine dernière, des drapeaux français et allemand, fixés sur un chapelet d'ananas ont été retrouvés suspendus à l'entrée de la commune. Des photos de « quenelliers » prises devant l'entrée de Dieudonné circulent également sur les réseaux sociaux.

 

Le maire dépose plainte contre X

 

 

 

 

Exaspéré par cette mauvaise publicité et les disparitions répétées de ses panneaux, le maire de Dieudonné, Alain Lerivérend s'est finalement décidé à déposer plainte... contre X. Un brin fataliste. « Je veux qu'on laisse ma commune tranquille, souffle-t-il. Il y a d'abord eu un premier panneau volé, puis la semaine dernière, un deuxième. J'ignore qui a fait ça. Je me doute que c'est lié à l'autre Dieudonné, celui qui est célèbre. Mais je ne tiens pas à voir la ville associée en quoi que ce soit à ce triste personnage », tempête l'élu, qui a longuement hésité à évoquer l'affaire devant la presse, de peur d'entretenir malgré lui un buzz qui le dépasse, et de perdre encore un panneau de ville. « Remarquez, il n'en reste plus que trois à voler », ironise-t-il.

Parce qu'aujourd'hui, pas question de remplacer les deux écriteaux manquants à l'appel. S'il compte en commander de nouveaux, flambant neufs, Alain Lerivérend joue la prudence. « Je les garderai au chaud en attendant que cette affaire Dieudonné retombe un peu . Tout ce que je veux, c'est qu'on laisse ce petit village de l'Oise tranquille. Nous, on ne demande rien à personne, hormis vivre en paix ».

 

 

  

 

 

From : Soren Seelow (le Monde ),le Parisien,......

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
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