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Les « failles de sécurité » sur le site stratégique de l'île Longue, exposées par le Télégramme de Brest, ont été prises suffisamment au sérieux pour déclencher mardi une enquête de l'Inspection générale des armées.

Après plusieurs mois d'enquête, Le Télégramme révèle de nombreuses lacunes dans la sécurité de la base de l'île Longue, qui accueille quatre sous-marins nucléaires en rade de Brest. Le ministre de la Défense demande une enquête approfondie.

L'île Longue, située en rade de Brest dans le Finistère, est le «fleuron» de la dissuasion nucléaire française. Quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins y sont stationnés, chacun d'entre eux peut contenir jusqu'à seize têtes nucléaires, l'équivalent de 960 Hiroshima. Après plusieurs mois d'enquête, Le Télégramme révèle de nombreuses failles dans la sécurité de ce site ultrasensible. Face à ces révélations du quotidien régional, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a demandé à l'Inspection générale des armées une «enquête approfondie sur la sécurité» du site. Plusieurs événements récents témoignent de défaillances en la matière. Lors d'un exercice de sécurité en juin 2012, deux individus se sont introduits sur le site. Ils ont pu déposer un faux engin explosif dans un sous-marin nucléaire et repartir comme si de rien n'était. En cause: les badges de sécurité. Les deux hommes étaient équipés d'un «badge noir» les dispensant de contrôle.

 

Pour entrer sur la base, un simple badge nominatif équipé d'une bande magnétique suffit. Or, ces derniers peuvent aisément être copiés. Un contrôle visuel est néanmoins assuré à l'entrée par les vigiles et gendarmes présents. La diffusion de ces précieux sésames laisse également à désirer. Des personnes ayant quitté leur emploi n'auraient pas eu à restituer leur badge. Ils pouvaient toujours entrer dans la base, plusieurs mois après. Le journaliste du Télégramme Hervé Chambonnière a aussi pu consulter le document qui recense et détaille tous les badges d'accès, ce dernier n'étant pas classé «confidentiel ou secret défense». À partir de ces informations, il a eu accès à la base de vie du site.

 

«Un vulgaire morceau de feuille de papier blanc»
Quant aux contrôles routiers, ils seraient très sommaires. «Le sésame pour l'accès des véhicules, quant à lui, est un vulgaire morceau de feuille de papier blanc, où figurent quelques informations basiques, explique Le Télégramme. Un enfant de 12 ans pourrait le reproduire.» De plus, la base ne dispose d'aucun scanner pour contrôler les véhicules. Selon le journal, des commandos de l'armée, chargés il y a quelques années d'éprouver la sécurité de la base, sont parvenus à entrer sur le site dans un camion poubelle. D'autres ont pu entrer cachés dans des caisses en bois.

L'île Longue serait de cette manière vulnérable face à une attaque terroriste. Plusieurs photos ou vidéos d'apparence anodines et disponibles sur Internet permettraient de préparer un attentat. «Ces éléments révèlent quels sont la protection et l'équipement individuels des gendarmes et fusiliers marins», rapporte un spécialiste de la sécurité consulté par le journal. Les terroristes auraient notamment en face d'eux 115 gendarmes maritimes débutants - 230 fusiliers marins les accompagnent - l'île Longue étant pour une bonne partie d'entre eux leur première affectation. «À noter, également, l'absence de chicane devant l'entrée de la base et dans la base, ajoute le quotidien. Impossible d'empêcher un camion-suicide de parvenir jusqu'à la “cathédrale”, principal sas d'accès au cœur du site.» Dépourvus de missiles sol-air - l'installation d'une batterie a été envisagée en mars - et de moyens suffisants pour intercepter un bateau, les militaires ne pourraient pas contrer une attaque par les airs ou la mer. Le tout à seulement quelques kilomètres d'une agglomération de près de 150.000 habitants

 

 

Dans le Finistère, la très secrète Île Longue, coeur de la dissuasion nucléaire française, va renforcer ses mesures de sécurité. Il faut dire que d'incroyables failles rendent ce site ultrasensible vulnérable, comme le révèle notre enquête.

 
La Presqu'île de Crozon, dans le Finistère : ses plages de sable fin, ses criques sauvages aux eaux cristallines, ses sentiers de randonnée perchés sur des falaises abruptes, ses vues du «bout du monde» à couper le souffle et... ses sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE). C'est ici, en effet, dans cette impasse naturelle, niché dans la rade de Brest, que bat depuis 1970 le coeur de la dissuasion nucléaire française. Qui tient en quelques chiffres : quatre SNLE équipés chacun de 16 missiles capables de frapper presqu'en tout point du globe, sur ordre du président de la République, n'importe quel État menaçant les intérêts vitaux de la France.


960 Hiroshima
Dans le ventre de chaque sous-marin sommeillent jusqu'à 960 Hiroshima... Alors, pour veiller sur cet arsenal apocalyptique, pour éviter qu'un grain de sable ne vienne enrayer le dispositif et entamer «la crédibilité de la France», des moyens hors normes ont été mis en place. Une quarantaine de vigiles, près de 115 gendarmes maritimes, et quelque 230 fusiliers marins assurent la sécurité des deux sites de Guenvénez (stockage des fusées) et de l'Île Longue (entreposage des têtes nucléaires et maintenance des sous-marins). Ces terrains d'une superficie égale à celle de l'Île de Bréhat (ou 461 terrains de football) sont également bardés de caméras, hérissés de clôtures électriques et de barbelés et truffés de capteurs électroniques et de moyens anti-intrusion. Bref, sur le papier, le coeur de la Défense nationale est une forteresse imprenable.

Après plusieurs mois d'enquête, nous avons pourtant relevé de nombreuses failles de sécurité. Comment entrer sur la base de l'Île Longue, où aucun piéton ne peut se déplacer en zone sensible sans être immédiatement détecté et neutralisé ? Toute la sécurité du site repose sur le contrôle et l'identification des personnels autorisés à y entrer. Le dispositif actuel est l'une des principales faiblesses du site.


Badges peu fiables
Sur la base, pas de système de contrôle biométrique, qui offre pourtant une incomparable garantie d'authentification grâce à la reconnaissance digitale et/ou de l'iris de l'oeil. L'identification s'effectue au moyen de badges nominatifs équipés d'une simple bande magnétique (très facilement copiable) et d'une photo (contrôle visuel réalisé par des vigiles et gendarmes, très limité en fonction de l'affluence aux postes de contrôle et de l'état et de la fidélité de la photo). Ces badges ne permettent pas non plus de tracer leurs porteurs, et notamment de savoir s'ils ont bien quitté la base en fin de journée.

La diffusion des cartes d'accès ne semble, par ailleurs, pas contrôlée. Pourquoi des personnes quittant leur emploi peuvent-elles partir sans restituer leur badge, comme nous avons pu le constater ? Pourquoi peut-on obtenir aussi facilement la réactivation de la bande magnétique de son badge, même après plusieurs mois d'absence, comme cela nous a été rapporté à plusieurs reprises ?

Le sésame pour l'accès des véhicules, quant à lui, est un vulgaire morceau de feuille de papier blanc, où figurent quelques informations basiques. Un enfant de 12 ans pourrait le reproduire.


Document non classifiés
Le document qui recense et détaille tous les badges d'accès n'est pas classé «confidentiel ou secret défense», mais seulement «diffusion restreinte». Nous avons pu en consulter un. Grâce à ce document, nous avons pu réaliser un badge qui aurait pu nous permettre d'accéder au premier cercle de l'Île Longue. Aucune badgeuse (lecture des bandes magnétiques) ne filtre en effet l'accès aux parkings et à la zone vie de la base, ou encore aux transrades, ces bateaux qui effectuent la navette entre Brest et l'Île Longue et qui transportent chaque jour près de la moitié des effectifs travaillant sur la base (risques d'attentat suicide ou de prise d'otages). Seul un simple et succinct contrôle visuel des badges y est réalisé.


Contrôles insuffisants
Alors que le site est en travaux depuis 2006 (aménagements liés au nouveau missile M51), pourquoi les nombreux camions-bennes et toupies qui y pénètrent, et qui peuvent cacher de grandes quantités d'explosifs ou de nombreuses personnes, ne sont-ils pas systématiquement inspectés, comme nous l'avons constaté à plusieurs reprises à l'entrée de la base, et comme cela nous a été rapporté pour les sas d'accès aux autres zones du site ? Dans cette base ultrasensible, aucun scanner pour véhicule !

Chacune des zones d'accès n'est contrôlée (sauf le principal accès piétons aux zones sensibles, appelé «cathédrale») que par un ou deux gendarmes ! Selon plusieurs témoignages, les contrôles d'accès par la route sont d'ailleurs «très sommaires». Trop de monde afflue aux heures de pointe (3.000 entrées-sorties quotidiennes).


Une incroyable mine d'informations sur internet
Tout ce qui relève de la dissuasion nucléaire est protégé par le «secret défense». Sur internet, nous avons pourtant trouvé une foule d'informations sensibles, accessibles à tous : vues très détaillées du site, identités et coordonnées complètes de personnels clés, etc.

 

 

Ile Longue. Une forteresse pas si secrète ...

Vous connaissez le commandant du SNLE Le Triomphant ?
Il s'appelle Sébastien M. Dans une vidéo que l'on trouve aisément sur Internet, son nom apparaît en toutes lettres. Comme son visage. Quelques mois ou années plus tôt, vous auriez pu voir s'afficher celles d'autres commandants : Bruno R, Laurent H, François-Xavier B... Les commandants des SNLE étaient même tous réunis et visibles sur les vidéos qui ont immortalisé la visite du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, en juillet dernier.
Grâce à Google Earth (lire plus bas), on distingue très nettement leurs résidences, et celle du commandant de la base, sur l'Ile Longue. Sur place, on constate qu'une dérisoire clôture les "protège", et que le chemin qui les longe ferait "un lieu d'embuscade idéal", nous confie un spécialiste des diagnostics de sécurité des sites sensibles que nous avons sollicité (et qui souhaite rester anonyme).


De ces résidences, l'accès à la base est direct.

Christian X., chef sécurité, domicilié au 80 r. de...
Vous auriez également pu découvrir, un an auparavant, le visage et le nom d'Emmanuel L., responsable d'opération à Astrium (filiale d'EADS), société qui gère l'assemblage des missiles sur le site voisin de l'Ile Longue, à Guenvénez, ou celle de Francis L, adjoint au chef de centre du même site, ou encore celles de commandants de la base de l'Ile Longue, Philippe G, Stéphane de S, Bernard J., etc.
Facile, également, de trouver les identités et coordonnées d'autres personnels clés du site. Quelques minutes suffisent pour débusquer Anne X., l'un des responsables du site de Guenvénez, domiciliée à un lieu-dit, à P., ou encore Christian X., l'un des responsables sécurité de l'Ile Longue, domicilié au N° 80 d'une rue de X.
Qui peut empêcher de les approcher, de faire pression sur eux, et/ou d'accéder à leur précieux laissez-passer ?

 

Le diagnostic d'un spécialiste
Certaines photos et vidéos, a priori anodines, livrent pourtant de précieux renseignements. Nous les avons montrées au spécialiste de la sécurité que nous avons sollicité. Extrait de son diagnostic : "Ces éléments révèlent quels sont la protection et l'équipement individuels des gendarmes et fusiliers marins. Je connais la puissance de leur embarcation, son positionnement. Ces informations vont m'aider à choisir les munitions qui vont les coucher, à ajuster ma distance de tir pour rester hors de leur portée, à choisir plusieurs embarcations, plus puissantes que la leur, que je pourrai utiliser par mer formée (...)"

Chiens de combat et résidences des commandants


Pourquoi l'installation la plus névralgique de France est parfaitement visible, dans ses moindres recoins, sur Google Earth ? Aucun floutage. Même si le cliché date de juin 2009 (avant le début des très lourds travaux d'aménagement liés au nouveau missile M51), le détail est si précis qu'on peut voir les silos abritant les missiles. On y repère également les endroits où des parachutistes pourraient aisément se poser. Un site vient même en aide à ceux qui ignorent tout de l'interprétation des photos aériennes ou satellites. Le chenil des chiens de combat est désigné, comme le local des pompiers, le restaurant ou encore l'emplacement exact du lieu de résidence des commandants des SNLE de la base !


Pas de gros pixels
A quelques centaines de mètres de l'Ile Longue, un site sensible de la Marine (le GESMA, Groupe d'études sous-marines de l'Atlantique, expert en guerre des mines, en lutte sous-marine par petits fonds, ainsi qu'en discrétion acoustique et électromagnétique sous-marine) a eu plus de chance. De gros pixels empêchent d'en distinguer les installations. Il y a quelques semaines, la DCRI, notre service de renseignement intérieur, exigeait et obtenait (très maladroitement et temporairement) la suppression, sur Wikipédia, d'informations (bien peu) sensibles sur la station hertzienne militaire de Pierre-sur-Haute, l'un des maillons de la chaîne de transmission du feu nucléaire. L'Ile Longue et ses missiles nucléaires, eux, attendront...

 

 

Une incursion, une action malveillante, voire un attentat sont-ils possibles? La question, réactivée par l'enquête du Télégramme de Brest , ne manque pas de se poser lorsqu'on pénètre sur le site de l'île Longue, au large de Brest, la base des sous-marins de la force océanique stratégique (Fost). Pas d'enceinte imposante, pas de forces de protection visibles aux abords de la «cathédrale», le principal sas d'accès au cœur du site, et apparemment pas de patrouille maritime dans le chenal. Les «failles de sécurité» exposées par le journal brestois ont été prises suffisamment au sérieux pour déclencher mardi une enquête de l'Inspection générale des armées.

 

Dans l'entourage du ministre de la Défense, on ne «nie pas» ces informations mais on s'emploie à les relativiser. «La sécurité d'un site comme l'île Longue relève d'une adaptation permanente», explique ce proche de Jean-Yves Le Drian qui parle de «cercles de sécurité concentriques» autour de la base des sous-marins lanceurs d'engins (SNLE), prévoyant différents niveaux d'alerte et de détection des menaces. «Le risque de voir des camions-bennes transportant des explosifs accéder au site est pris en compte bien en amont», affirme-t-on au ministère de la Défense, en réponse à l'article du Télégramme. Des tests grandeur nature et des inspections sont régulièrement menés par divers organismes, notamment par la Direction de la protection et de la sécurité de la Défense (DPSD). Renseignement et cybersécurité sont largement mis à contribution pour le «bouclier» installé autour des sites les plus sensibles. «Grâce à cette protection en temps continu, des menaces nous remontent régulièrement», confie une source militaire. La prochaine loi de programmation militaire (LPM) prévoit de dégager 21 millions d'euros pour améliorer la sécurité de l'île Longue.

 

Le risque zéro n'existe pas
Depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, la sensibilité aux menaces terroristes pesant sur les emprises militaires s'est considérablement accrue. Le cas échéant, des batteries antiaériennes et antimissiles peuvent être déployées autour de l'île Longue ou de sites comparables, «mais ce n'est pas le cas actuellement», précise-t-on au ministère de la Défense. Le contexte international incite à ne pas baisser la garde. Divers rapports, notamment celui présenté récemment par le député (PS) Jean-Jacques Urvoas, soulignent qu'«il convient de ne pas écarter le risque d'un attentat sur le territoire national commandité de l'étranger, réalisé par une cellule terroriste extérieure ou par des individus résidant en France et formés à l'étranger». Un risque qui pourrait d'ailleurs également concerner des sites civils. Les incursions récurrentes de militants de Greenpeace dans des centrales nucléaires, comme celle de Bugey (Ain), l'an dernier, témoignent de vulnérabilités préoccupantes auxquelles les pelotons de gendarmerie spécialisés cherchent en permanence à apporter des solutions. Mais en matière de sécurisation, le risque zéro n'existe pas.

Voir : http://www.letelegramme.fr/ig/generales/regions/bretagne/ile-longue-la-base-ses-recoins-ses-personnages-cles-12-06-2013-2130828.php

From : le Telegramme , le Figaro ,...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tag(s) : #Stratégie - Défense - Relations Internationales
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