Caquetages dans l'hémicycle: le sexisme à l'Assemblée en accusation
L'Assemblée nationale, régulièrement taxée de machisme, a de nouveau prêté le flanc à cette accusation, quand un député UMP a imité mardi soir le caquetage d'une poule pendant l'intervention d'une de ses collègues écologistes, ce qui a provoqué riposte des élues de gauche et sanction contre l'intéressé.
En plein débat sur les retraites, peu après 22 heures, "sous le regard goguenard et les rires d’une partie de ses collègues, Philippe Le Ray, député du Morbihan, n’a rien trouvé de mieux à faire que d’imiter la poule", alors que Véronique Massonneau défendait un amendement, ont déploré les écologistes mercredi, dénonçant "une manifestation de sexisme" insultante pour les femmes et pour le travail parlementaire.
Les caquetages s'étant poursuivis durant toute l'intervention de la députée de la Vienne, le président PS de l'Assemblée a suspendu la séance. Claude Bartolone a fait, à la reprise des travaux, une sèche mise au point, applaudie à gauche mais aussi par certains à droite.
Le député apparenté UMP s'est excusé mercredi, selon une source proche de son groupe. Mais cela n'a pas empêché Claude Bartolone, avec l'accord unanime de tous les représentants des groupes politiques, de prononcer à son égard "un rappel à l'ordre avec inscription au procès-verbal", sanction qui va automatiquement le priver pendant un mois de 1.378 euros, soit le quart de son indemnité parlementaire.
Avant la réunion de la conférence des présidents de groupes de l'Assemblée qui a approuvé cette sanction, les députées de la majorité sont arrivées en retard, en signe de protestation, aux questions d'actualité, provoquant des applaudissements à gauche et le départ furieux de la plupart des députés de droite.
Tout en reconnaissant "un incident tout à fait regrettable", le président du groupe UMP Christian Jacob s'en est vivement pris à Claude Bartolone qu'il a accusé d'être "caution" d'une "mascarade".
Si elles ont considéré que "de tels comportements, observés sur tous les bancs de l’hémicycle, doivent être condamnés", les élues de l'UMP ont critiqué une "instrumentalisation politicienne de la cause des femmes".
"Il y a des comportements machistes, sexistes, contre lesquels il faut lutter", a lancé le chef de file des députés PS Bruno Le Roux. L'Assemblée nationale ne comporte que 26% de femmes.
"Dîners bien arrosés"
La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, a regretté que "certains aient du mal à conserver une attitude conforme à leur fonction, après des dîners manifestement bien arrosés", tandis que la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine a jugé ce comportement "insupportable". Pour sa collègue à la Culture Aurélie Filipetti, "chassez le naturel et il revient au galop pour certains".
Présente mardi soir au moment de l'incident, qui a également "choqué" selon elle quelques députés UMP chevronnés, la présidente de la Délégation aux droits des femmes de l'Assemblée nationale Catherine Coutelle (PS) a déclaré à l'AFP qu'au-delà du comportement de "trois-quatre individus un peu éméchés qui se sont crus drôles", "le sexisme ordinaire reste assez fréquent".
Dans "ce lieu de pouvoir, les hommes ne sont pas forcément à l'aise quand des femmes s'imposent", a raconté cette députée, évoquant des "horreurs" lors du débat sur le mariage homosexuel et des "remarques violentes" sur la proposition de loi à venir sur la prostitution. "Même dans les députés PS, nous avons quelques machos, dont un m'a dit récemment ne pas être contre les femmes mais tout contre", dans une allusion à une citation de Sacha Guitry.
"On a des souvenirs assez cuisants de ce qui a pu arriver à des députées femmes, des ministres femmes, dans cet hémicycle, Dominique Voynet, et avant elle, Edith Cresson, Simone Veil", avait souligné en juillet 2012 la coprésidente des députés écolos Barbara Pompili, après les sifflets envers la ministre du Logement Cécile Duflot parce qu'elle portait une robe.
"Le machisme prend toutes les formes", a affirmé mercredi la présidente PS de la commission des Affaires sociales, Catherine Lemorton, racontant qu'un élu UMP lui avait décerné les "plus belles jambes de l'assemblée" en 2008 quand elle montait à la tribune et n'avoir "remis une jupe que cet été".
Le député UMP Philippe Le Ray, qui a imité mardi soir le caquètement d'une poule pendant l'intervention d'une de ses collègues écologistes, a été sanctionné mercredi 9 octobre à l'unanimité par la conférence des présidents de l'Assemblée nationale.
Le député sera privé d'un quart de son indemnité parlementaire pendant un mois, ont précisé le président de groupe UMP, Christian Jacob, et l'UDI, Philippe Vigier.
Dans la soirée de mardi, la député de la Vienne Véronique Massonneau a été interrompue dans sa prise de parole contre la loi sur les retraites par des caquètements provenant des bancs de l'UMP, où se trouvait notamment l'élu du Morbihan Philippe Le Ray. "Arrêtez, je ne suis pas une poule !" a-t-elle lancé, avant de reprendre, tant bien que mal, son intervention.
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L'incident, rapporté par les greffiers de l'Assemblée nationale :
– Plusieurs députés du groupe UMP : Cot, cot, cot codec !
– Mme Véronique Massonneau : Arrêtez ! Cela suffit ! Faut-il que je ne sois considérée que comme une poule ?
– M. le président : De tels comportements sont franchement incroyables, mes chers collègues !
– Mme Véronique Massonneau : (...) L'étude d'impact n'a pas mesuré les conséquences de cet allongement sur le chômage des seniors ni sur celui des jeunes. (Mêmes interruptions sur les bancs du groupe UMP.)
– Mme Catherine Coutelle : Ce comportement est honteux, scandaleux !
– M. Patrice Carvalho : Ils sont alcoolisés !
– M. Michel Issindou, rapporteur : Complètement avinés !
(...)
– M. le président : Finissez, je vous prie, madame Massonneau.
– M. le président : Mes chers collègues, laissez-moi vous dire, avant que nous ne poursuivions nos travaux, que je ne veux pas que l'hémicycle se transforme en cour de récréation. Certaines attitudes sont inacceptables. C'est pourquoi je vous propose une minute de suspension afin que chacun puisse retrouver son calme.
Ce dérapage a provoqué la colère des députées de gauche, qui ont boycotté mercredi l'ouverture de séance, comme le rapporte la journaliste du Monde Hélène Bekmezian sur son compte Twitter.
From : la Dépêche , le Monde,....