Un magazine grec publie la fameuse liste, le directeur de la publication arrêté.
Samedi 27 octobre, le magazine grec Hot Doc publie la liste Lagarde qui lui a été remise de façon anonyme. Elle comprend 2059 noms parmi lesquels des dirigeants de renom et deux hommes politiques en fonction. Une enquête est ouverte le jour-même pour retrouver et arrêter le responsable de la publication de Hot Doc accusé d'avoir publié des informations privées sans autorisation.
La couverture de Hot Doc
"Au lieu d'arrêter les voleurs et les ministres violant la loi, ils veulent arrêter la vérité", a commenté Kostas Vaxevanis sur son compte twitter selon le site France 24. Kostas Vaxevanis est arrêté dès le lendemain, interrogé pendant de nombreuses heures par la police, il est finalement libéré dimanche 28 octobre au soir.
«La crise n'est pas le fait de tous les Grecs»
«Au lieu de lutter contre les fraudeurs fiscaux, on coupe les salaires des juges et des retraités», a-t-il affirmé, soutenu par nombre d'ONG internationales des droits de l'homme, Reporters sans Frontières (RSF), Amnesty International ou le Comité de Protection des Journalistes (CPJ). Une pétition en ligne sur Avaaz.org avait été lancée pour dénoncer dans cette affaire une démocratie bafouée et demander l'abandon de toutes charges contre le journaliste.
Dans une tribune publiée mardi par le «Guardian», Kostas Vaxevanis estime que «la crise grecque n'est pas le fait de tous les Grecs. Et tous les Grecs n'en font pas les frais. Le club fermé des dirigeants tente aujourd'hui de se dédouaner en faisant semblant d'essayer de sauver la Grèce. En réalité, ils ne font qu'exacerber les contradictions d'un pays au bord du gouffre», selon une traduction de Presseurop.eu.
Récemment, le gouvernement grec de coalition dirigé par le conservateur Antonis Samaras, sous le feu des critiques pour les nouvelles mesures d'austérité a accru ses pressions sur la presse. Par ailleurs ce jeudi, aucun accord n'avait été trouvé entre la Grèce et ses créanciers, le FMI et l'UE.
Selon le 'Financial Times', un procureur financier d'Athènes, a enjoint hier le parlement d'ouvrir une enquête pour savoir pourquoi le gouvernement a enterré la "liste Lagarde" et n'a ouvert aucune poursuite contre les fraudeurs présumés. Si cette procédure suit son cours, elle pourrait aboutir à une mise en cause judiciaire des ministres des Finances George Papaconstantinou, puis Evangelos Venizelos, en poste successivement de septembre 2009 à juin 2012, selon des experts cités par le 'FT'.
Ainsi, George Papaconstantinou a reçu la fameuse liste en octobre 2010 de la part de Christine Lagarde, alors ministre de l'Economie française, mais il n'a demandé aucune enquête policière et a expliqué plus tard qu'il avait "égaré" la liste. Son successeur a lui aussi laissé le sujet dormir... Officiellement, les autorités avaient expliqué que la liste ne pouvait être utilisée, car elle émanait d'un ancien employé de HSBC, qui l'avait volée et remise à la justice et au fisc français (qui l'ont eux-mêmes utilisée pour inciter des fraudeurs français à s'amender...)
La Grèce négocie toujours
Quant à l'actuel ministre grec des Finances, Yannis Stournaras, il affirme n'avoir trouvé aucune trace de la fameuse liste lorsqu'il a pris ses fonctions en juin dernier. Sur la base d'autres sources, le nouveau ministre a néanmoins engagé des enquêtes sur 400 Grecs ayant acheté des actifs immobiliers à Londres, ainsi que sur des transferts vers l'étranger de 22 milliards d'euros effectués par 54.000 de ses concitoyens. Aux dernières nouvelles, le ministère des Finances a indiqué avoir repéré au moins 15.000 virements non déclarés au fisc, dont il espère récupérer au moins 2,5 milliards d'euros en taxes impayées.
Le ministre des finances grec Yannis Stournaras a indiqué avoir «redemandé» à la France de lui communiquer la «liste Lagarde», le document qui contient des données détaillées sur quelque 2000 détenteurs grecs de comptes bancaires en Suisse. Ces personnalités sont aujourd’hui soupçonnées de corruption et de fraude fiscale. Yannis Stournaras est actuellement «dans l’attente» d’une réponse de la part du gouvernement français.
Retour en 2010. L’actuelle cheffe du FMI Christine Lagarde, à l’époque ministre française des finances, transmet à la Grèce ce document explosif, contenu dans une clé USB. Sa liste provient des données dérobées à la banque HSBC à Genève par Hervé Falciani en 2008.
Fraude fiscale impunie
D’après le président du parti socialiste Pasok Evangélos Venizélos, l’ex-ministre des finances grec Yorgos Papakonstantinou «a reçu cette clé fin 2010 et l’a transmise à la police financière en juin 2011».
L'existence de cette liste a été révélée par la presse début octobre, dans un pays où la fraude fiscale reste largement impunie. Après plusieurs jours de confusion, la brigade financière a remis un CD comportant des données détaillées sur quelque 2 000 détenteurs grecs de comptes en Suisse à un procureur spécial.
Confusion
Tour à tour égarées, retrouvées et manipulées, ces données sèment la confusion: difficile de déterminer qui a mis la main sur le document original et qui en a pris connaissance de manière «informelle».
Le gouvernement avait d’abord exclu d’utiliser des documents obtenus illégalement. Mais il a changé d'avis sous la pression de la rue, face à une austérité accusée d’épargner les riches et les puissants.
Sait-on à combien s'élève le total de l'évasion fiscale lors des trois dernières années ?
La question n'est pas de savoir combien d'argent a été transféré, mais de savoir s'il a été transféré légalement et les taxes payées. Les estimations varient mais on pense qu'environ 13 milliards d'euros se sont volatilisés à l'etranger. je ne sais pas s 'il y a d'autres listes mais ce que je sais c'est que la liste Lagarde totalisait au moment ou elle a ete donnée au gouvernement grec environ 2 milliards d'euros. D'apres mon enquête, la filiale suisse de HSBC servait à faire transiter ces sommes. J'ignore pourquoi la banque a donné cette liste à Christine Lagarde. Il faudrait le lui demander. Mais il serait logique de penser qu'il y a d autres comptes de grecs dans d'autres banques etrangeres dont les banques suisses. Comme il serait logique de penser que depuis deux ans que cette liste est dans les mains du gouvernement, les detenteurs, du moins essentiellement ceux qui ont fraudé, on eu tout le temps de transferer leur argent ailleurs.
Oui, mais il y a beaucoup de sociétés off shore dont on ne connaît pas encore les propriétaires et puis surtout il y a des amis d'hommes politiques et d'hommes d'affaires. Par exemple, monsieur Markelos, un entrepreneur, est un très bon ami de la famille Papandreou et de l'ancien ministre des finances, monsieur Papaconstantinou. Il y a des patrons de presse et du BTP comme monsieur Bobolas. Il y a la famille Lanaras, propriétaire de l'un des plus grosses industries grecques, officiellement en faillite et qui a baissé les salaires des ses employés pourfinalement ne pas les payer. Il y a des sociétés qui se sont mise en faillite, mais qui ont de l'argent en Suisse. Il faudrait rechercher les liens entres ces societes off shore et le mondes des affaires, des patrons de presse, et des poltiques. Il faut suivre la route de l'argent.
En attendant, la coalition au pouvoir en Grèce négocie toujours avec ses créanciers le versement de la prochaine tranche d'aide européenne, qui doit lui éviter une nouvelle fois de faire défaut sur sa dette publique. Hier, les ministres des Finances de la zone Euro ont exigé d'Athènes un vote du parlement, avant le 12 novembre, sur les réformes et mesures budgétaires supplémentaires. En échange, la Grèce obtiendrait sa prochaine tranche d'aide, mais aussi un délai additionnel de deux ans, jusqu'en 2016, pour rétablir ses comptes... L'accord butte toujours sur ce sujet, car un report de deux ans se traduirait par un nouveau besoin d'aide de 16 à 18 milliards d'euros, dont les modalités de financement s'avèrent complexes, selon les experts.
La liste volée de HSBC ne comporte pas 10 mais 24.000 noms
Dans l'affaire des listings volés, ce sont finalement 24.000 clients de la filiale helvétique d'HSBC qui pourraient s'être fait dérober leurs données personnelles. 9000 clients auraient depuis lors quitté l'établissement bancaire.
La filiale helvétique d'HSBC Private Bank, qui avait minimisé l'ampleur du vol de données secrètes commis chez elle il y a trois ans, a reconnu jeudi que le délit avait permis à la France de récupérer des informations datant de 2006 sur 24.000 clients, dont 15.000 actuels. "Il apparaît clairement aujourd'hui que le vol, qui a été perpétré par un collaborateur du service informatique, pourrait concerner quelque 15.000 clients existants dont les comptes ont été ouverts en Suisse avant octobre 2006", a indiqué le PDG de la banque, Alexandre Zeller lors d'une conférence de presse.
Au total, le vol concerne environ 24.000 détenteurs de comptes mais 9.000 d'entre-eux ont quitté depuis l'établissement bancaire, a précisé M. Zeller. La filiale suisse de la banque britannique a pu réaliser ce décompte après avoir reçu le 3 mars "des copies d'une importante partie des données volées" par le Procureur général de la Confédération. Ce dernier avait lui-même obtenu les copies fin janvier de la France qui, au grand dam de Berne, avait récupéré ces données volées par l'ancien informaticien d'HSBC à Genève, Hervé Falciani , désormais réfugié dans le midi de la France.
Au départ, seuls "10 noms" devaient être concernés
Gênée par une affaire aussi rocambolesque que compromettante révélée en décembre 2009, la banque avait alors assuré qu'"à sa connaissance", le vol ne concernait que "moins de 10 clients".
A nouveau, elle a tenté de temporiser jeudi en expliquant que ces chiffres ne portaient que sur "moins d'un cinquième" des clients d'HSBC Private Bank dans le monde. Sans préciser la proportion pour la Suisse ni les montants concernés. M. Zeller s'est par ailleurs dit convaincu que ces données "ne permettront pas à des tiers d'avoir accès à des comptes".
La liste "concoctée" par M. Falciani contient des informations, mais elle est très difficile à déchiffrer car elle est "fragmentée et manipulée", émanant de différentes sources, a-t-il encore expliqué à l'AFP. "Ce sont des fichiers codés, cryptés pour lesquels M. Falciani a probablement essayé de créer des liens entre eux" mais "qui juridiquement, légalement ne donnent aucune information consistante", a-t-il assuré.
Selon le responsable, les noms de la liste ne sont par exemple pas forcément ceux des clients et peuvent être ceux "d'un avocat, un mandataire... ou quelqu'un qui reçoit le courrier tout simplement".
Un secret bancaire écorné
Nombre de clients étrangers, qui n'ont pas déclaré à leur fisc les sommes cachées en Suisse, devraient toutefois commencer à trembler. Car les données, qui concernent des Français et "d'autres nationalités", permettent tout de même d'avoir des éléments suffisants pour "porter atteinte à la sphère privée" de ces personnes, a reconnu la banque. En clair, cela signifie qu'il existe bel et bien pour certains les noms, numéros de compte et montants pouvant les mettre en difficulté, explique une source chez HSBC. D'autant que Paris, qui a constitué une liste de quelque 3.000 noms à partir des données de M. Falciani, n'a jamais caché son intention de s'en servir . En conséquence, le refus de Berne de collaborer sur le dossier ne devrait pas trop gêner le fisc français.
Au total, l'affaire met non seulement en cause un secret bancaire helvétique déjà très écorné mais aussi la capacité des banques à éviter les fuites. "La façon dont Falciani a pu physiquement voler ces informations n'est toujours pas claire", a reconnu M. Zeller assurant toutefois que l'affaire avait eu un effet "marginal" sur les activités de la banque. Cette dernière a tout de même vu ses clients européens lui retirer 1 milliard de francs suisses (684 millions d'euros) en 2009.
From : l'Expansion , la Tribune , .....