Le chef de l'Etat a appelé au respect de sa vie privée après l'article sur sa liaison supposée avec l'actrice Julie Gayet. Mais certains éléments de l'affaire relèvent de la sphère publique et méritent des éclaircissements.
Il a beau invoquer "le respect de sa vie privée", François Hollande doit quelques explications aux Français, à commencer par ceux qui les informent, les journalistes. Le chef de l'Etat doit justement rencontrer la presse à l'occasion de sa conférence de rentrée, mardi 14 janvier.
Les révélations de Closer sur sa relation présumée avec l'actrice Julie Gayet ne pouvaient pas plus mal tomber. "Théoriquement, la vie privée n'a pas sa place dans une conférence de presse à l'Elysée, remarque le journaliste politique Patrice Duhamel auprès de francetv info. Mais comme cette liaison supposée est à présent sur la place publique, y compris via son propre communiqué, il est contraint de clarifier les choses".
Voici les trois questions soulevées par cette affaire et qui appellent une mise au point.
Quel avenir pour la Première dame ?
Qu'en est-il de la relation entre François Hollande et sa compagne officielle, Valérie Trierweiler ? Non seulement le chef de l'Etat n'a pas démenti les allégations de Closer, mais l'annonce de l'hospitalisation de la Première dame après la parution du magazine people tend à accréditer l'existence d'un sérieux différend au sein du couple présidentiel.
"La confirmation par l'Elysée de l'hospitalisation de Valérie Trierweiler a achevé de transformer une simple histoire de couple en affaire publique sur laquelle le chef de l'Etat ne fera pas l'économie d'une explication", analyse Le Figaro. Quid de l'état de santé de la compagne de François Hollande ? Va-t-elle honorer ses rendez-vous à venir ? Une visite officielle aux Etats-Unis est notamment prévue le 11 février, à l'invitation du président Barack Obama et de son épouse, Michelle.
De même, des suspicions de rupture ne peuvent continuer à planer sur le couple élyséen. Valérie Trierweiler "a conscience qu'elle ne peut pas continuer à avoir un cabinet, à utiliser les moyens de l'Etat, qu'il y a un effort de transparence à faire", souligne dans Le Figaro un journaliste du Parisien, avec lequel elle se serait entretenue depuis l'hôpital.
Cette affaire relance le débat sur le statut de la Première dame en France, déjà sujet à controverses au moment de l'élection de François Hollande, le président n'étant pas marié à Valérie Trierweiler. En juin dernier, le député UMP Jean-Charles Taugourdeau avait déposé un amendement visant à obtenir la publication du patrimoine de Valérie Trierweiler, qui, outre une page sur le site internet de l'Elysée, "bénéficie d'un certain nombre d'avantages payés par le contribuable français" (hébergement à l'Elysée, mise à disposition d'un secrétariat et d'un officier de sécurité…). Valérie Trierweiler a elle-même mis du temps à s'approprier ce rôle et à mettre de côté sa carrière de journaliste, comme elle le confiait en octobre 2012.
La sécurité de Hollande était-elle assurée ?
Dans son communiqué, François Hollande "déplore profondément les atteintes au respect de la vie privée", respect auquel "il a droit comme tout citoyen". Mais "le président de la République n'est pas un citoyen comme les autres", fait valoir l'éditorialiste Philippe Tesson dans Le Point. Notamment sur les questions de sécurité. Ses déplacements nécessitent une surveillance de tous les instants, assurée par des policiers du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), un service pris en charge par l'Etat. Il "fonctionne de manière totalement autonome", insiste auprès du Parisien le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, soupçonné par certains médias, comme Mediapart ou Le Point, d'avoir couvert les escapades du président.
Selon Le Monde, le chef de l'Etat est escorté dans tous ses déplacements privés par deux hommes, "des policiers de confiance qu'il a personnellement choisis". Ces hommes, poursuit le journal, étaient présents lors des visites de François Hollande dans l'appartement situé rue du Cirque, dans le 8e arrondissement, à deux pas de l'Elysée. C'est là, selon Closer, que François Hollande rencontrait Julie Gayet.
Le Monde indique avoir eu confirmation par l'Elysée de dix visites du président à cet endroit depuis l'automne 2013. Toujours selon le quotidien du soir, François Hollande a bien utilisé un deux-roues "appartenant à la flotte de l'Elysée, conduit par un membre de sa sécurité. Un second équipage assurait en outre [sa] protection".
Mais l'appartement a-t-il été "dépoussiéré" au préalable ? Ce terme du jargon policier implique, selon Le Parisien, de "faire venir des équipes de démineurs avec leurs chiens, mais aussi des techniciens pour vérifier si les lieux n'ont pas été truffés de micros ou de caméras indiscrètes". Une chose est sûre : les policiers n'ont pas repéré les paparazzis qui avaient loué l'appartement d'en face.
Savait-il à qui appartenait l'appartement ?
C'est l'autre imprudence, semble-t-il, de François Hollande dans cette affaire. Les "policiers n'ont pas enquêté sur le passé de la locataire de l'appartement, et ses liens avec des individus au profil sulfureux", relève Le Monde. Plusieurs médias ont affirmé, dimanche, que l'appartement en question était lié au grand banditisme corse. La réalité est un peu plus nuancée.
Si le nom de Michel Ferracci apparaît bien sur la boîte aux lettres et dans les pages blanches à cette adresse, c'est parce qu'il est le père des deux enfants de la locataire de l'appartement, Emmanuelle Hauck, comédienne et amie de Julie Gayet. Mais ils sont séparés depuis six ans. Michel Ferracci, qui a joué dans la série télévisée Mafiosa, a été condamné en novembre 2013 à 18 mois de prison avec sursis dans l'affaire des détournements du cercle de jeux parisien Wagram au profit de membres du gang corse de la Brise de mer.
Emmanuelle Hauck a par ailleurs été la compagne de François Masini, réputé proche du milieu corse et assassiné en mai 2013. Quant au propriétaire des lieux, il ne s'agit pas, comme l'affirmait Valeurs actuelles, d'un grand patron du CAC 40, mais d'un commerçant à la retraite âgé de 71 ans, Jean-Pierre Discazeaux, qui vit désormais à Biarritz. Il a vécu dans cet appartement de 1962 à 2003, avant de le mettre en location. "Je suis extrêmement choqué de tout ce qu'on peut dire sur moi : que je serais un ancien mafioso, un patron du CAC 40, ou que l'appartement que j'ai habité pendant quarante ans était un bordel", s'offusque-t-il.
Mais le président de la République était-il informé des personnalités ayant gravité autour de la locataire des lieux ? C'est un des points sur lequel le brouillard demeure.
Le magazine Closer a-t-il été informé des escapades de François Hollande rue du Cirque par des proches de Nicolas Sarkozy, comme l’ont sous-entendu certains médias?
Depuis quelques jours, plusieurs «révélations» consécutives aux informations sur la vie privée de François Hollande publiées par l'hebdomadaire Closer soulèvent des questions sur une possible instrumentalisation de l'affaire.
Des questions alimentées, notamment, par les éventuels liens entre l’appartement qui aurait abrité les rencontres, au 20 rue du Cirque (Paris VIIIe), et le grand banditisme. Un appartement loué par l’actrice Emmanuelle Hauck, une amie de Julie Gayet, mais figurant dans l'annuaire au nom de son ex-mari, Michel Ferracci.
Comédien dans la série Mafiosa, ce dernier est aussi connu pour son rôle dans l’affaire Wagram, un cercle de jeu qui a longtemps servi de blanchisseuse à la Brise de mer, le fameux gang bastiais. En novembre 2013, il a été condamné à 18 mois de prison avec sursis pour abus de confiance dans ce dossier.
Durant l’instruction judiciaire, le même Ferracci a déclaré à propos de Bernard Squarcini, qui fut patron du renseignement et officier traitant de la Sarkozie jusqu’en 2012:
«Je le trouvais très sympathique. J’avais sa carte avec son téléphone.»
Il n’en fallait pas plus pour voir ressurgir le spectre d’un cabinet noir.
Machine à rumeurs et complots
Depuis, Michel Ferracci a démenti être le propriétaire de l’appartement, son nom apparaissant simplement sur la boîte aux lettres car ses enfants occupent toujours les lieux avec leur mère. Le véritable propriétaire, un septuagénaire basé dans le sud de la France, a menacé de poursuites les médias ayant relayé l’information.
Ce qui n’a pas empêché l’hebdomadaire Valeurs actuelles d’écrire de son côté que l’appartement appartiendrait en fait à un grand patron du CAC 40. L’endroit aurait même servi autrefois à «de très hautes personnalités de l’Etat» pour des «rendez-vous galants et autres affaires en tout genre». La machine à rumeurs et complots est lancée.
Que savaient exactement les services de renseignement de ces rencontres secrètes et de l’appartement qui les abritait? Et qui fait aujourd’hui fuiter dans la presse ces informations plus ou moins fiables?
A gauche, beaucoup soulignent la naïveté de Hollande tout en sous-entendant que les réseaux sarkozystes pourraient être à la manœuvre. Il y aurait un scandale dans le scandale. Selon le Canard Enchaîné, François Hollande lui-même a évoqué des «barbouzeries» devant ses proches. Le chef de l’Etat a également fait référence à un rapport de la BAC ayant fuité dans la presse en décembre et impliquant le fils de Valérie Treiweiler dans une affaire de possession de cannabis. Une fuite «signée», selon le chef de l'Etat.
Une constante de la Ve RépubliqueCette hypothèse d’une opération de déstabilisation est-elle crédible? Oui, si l’on se réfère à l’histoire politique de ces quarante dernières années. Les cabinets noirs et les officines sont une constante sous la Ve République, en particulier à droite.
Nicolas Sarkozy en sait quelque chose, lui qui se gausse ouvertement, ces derniers jours, des déboires sentimentaux de son rival. Plusieurs fois, avant d’accéder à l’Elysée, lui-même s’était dit victime de machinations.
En marge de l’affaire Clearstream, bien sûr, mais aussi en 2005, lorsque les pires rumeurs circulaient sur son couple. Le bruit d’une main courante déposée par Cécilia Ciganer-Albeniz au Val de Grâce avait alors agité les rédactions pendant plusieurs semaines.
Persuadé d’être victime d’un complot, Sarkozy s’était ouvertement offusqué du rôle de certaines officines accusées de souffler sur les braises. Il était même allé jusqu’à établir un parallèle entre ses mésaventures et l’affaire Markovic sous Pompidou, lorsque, en 1968-1969, des (fausses) photos montrant l’épouse du futur président dans des positions compromettantes enflammaient le tout-Paris.
A l’époque, l’exploitation de cette affaire scabreuse avait été attribuée au Service d’action civique (SAC), la police parallèle gaulliste où cohabitaient truands patentés et policiers ripoux. Trente ans plus tard, la référence reste très parlante à droite.
«Réseaux Pasqua» des années 80Le SAC a été officiellement dissous en 1981 mais l’arrivée de la gauche au pouvoir n’a pas mis fin aux vieilles méthodes, loin s’en faut. Au sein de la police, les réseaux gaullistes, rebaptisés dans les années 1980 «réseaux Pasqua», sont restés très puissants.
Quand il arrive au ministre de l’Intérieur en 1986, Charles Pasqua limoge d’emblée dix-neuf directeurs de la police sur vingt. Une mainmise qui va s’amplifier sous la seconde cohabitation, à partir de 1993.
Les luttes les plus violentes opposent alors les deux clans ennemis de la droite, chiraquiens et balladuriens. En dehors des structures officielles, chaque camp peut également s’appuyer sur une pléiade d’officines fondées par d’anciens policiers, qui sont de plus en plus nombreuses à graviter autour du pouvoir.
Avec l’élection de Chirac à l’Elysée, en 1995, la paranoïa atteint son comble au sommet de l’Etat. Un véritable cabinet noir se met progressivement en place autour du secrétaire général de l’Elysée, Dominique de Villepin, et du patron des Renseignements généraux, l’incontournable Yves Bertrand.
Verrouillage sous Sarkozy
Surnommé le «Hoover français» pour sa longévité à la tête des RG, Bertrand a passé douze ans à la tête du service, survivant à deux cohabitations et huit ministres de l’Intérieur. Consignant le moindre bruit de couloir susceptible d’être exploité, il a longtemps griffonné ses ragots sur des petits carnets à spirales et rencardé quelques journalistes triés sur le volet.
C’est la grande époque des «blancs», ces notes non signées dans lesquelles figuraient toutes sortes d’informations sensibles, vraies ou fausses. Le nom de Nicolas Sarkozy, considéré comme un traître depuis son ralliement à Balladur en 1993, figure en bonne place dans ces carnets. «Je vais redevenir le patron de ceux qui font des enquêtes sur moi», menace ce dernier en 2005, avant d'obtenir la tête d’Yves Bertrand dès son retour place Beauvau et de sortir indemne de l’affaire Clearstream.
Une fois à l’Elysée, Sarkozy verrouillera à son tour un peu plus la police et les services de renseignement. Symbole de cette emprise: la nomination de Bernard Squarcini à la tête de la toute nouvelle DCRI, fusion des RG et de la DST. Pour protéger son patron, le «Squale» ne reculera devant rien, n’hésitant pas à faire les «fadettes» d’un journaliste afin d’identifier sa source dans l’affaire Woerth-Bettencourt (le procès est fixé au 17 février prochain).
Outre Squarcini, Nicolas Sarkozy a également réussi à placer ses affidés à tous les postes clefs: Frédéric Péchenard comme directeur général de la Police nationale (DGPN), Michel Gaudin à la Préfecture de police de Paris et Claude Guéant au secrétariat général de l’Elysée puis au ministère de l’Intérieur. Rarement un chef de l’Etat avait eu une telle mainmise sur l’appareil policier.
Reconversions et liens étroitsEn arrivant à l’Elysée, en mai 2012, François Hollande affiche sa volonté de rompre avec les cabinets noirs et les vieilles méthodes sarkozystes. Mis sur la touche, les principaux pontes policiers se sont depuis reconvertis. Frédéric Péchenard est désormais engagé dans la campagne municipale de Nathalie Kosciusko-Morizet dans le XVIIe arrondissement de Paris. Bernard Squarcini travaille comme «consultant» pour le compte de LVMH. Et Michel Gaudin officie désormais comme directeur de cabinet de l’ex-chef de l’Etat.
Mais tous ont conservé des liens étroits avec de nombreux policiers et continuent à entretenir leurs réseaux à l’Intérieur. Et en dépit de l’alternance, la «maison Poulaga» reste largement acquise à la cause sarkozyste.
Pour assurer la transition avec son prédécesseur sans donner l’impression de mener une chasse aux sorcières, Manuel Valls a préféré s’accommoder de cette situation en redistribuant les postes au compte-gouttes. Mais l’affaire Hollande-Gayet vient rappeler la fragilité de ce dispositif.
Le ministre de l’Intérieur pouvait-il ignorer les escapades de François Hollande rue du Cirque et les «antécédents» de l’appartement? Au-delà de la question de la sécurité présidentielle, c’est aussi celle de la loyauté des services de police qui est aujourd’hui posée. En première ligne: le GSPR (Groupement de sécurité de la présidence de la République), où des fidèles de l’ancien chef de l’Etat sont encore en poste. «Il y a des gens qui étaient au GSPR du temps de Sarkozy, qui ont des informations et qui doivent les transmettre à leurs amis», a déploré François Hollande, selon le Canard Enchaîné.
«Dans cette affaire, la sécurité du Président n’a jamais été menacée», s’est défendu de son côté Manuel Valls. Le ministre de l’Intérieur rappelle qu’à son arrivée place Beauvau, il a lui-même reformaté le service de protection en réaffectant des gendarmes à l’Elysée. Exactement comme lors de l’alternance de 1981, quand François Mitterrand se méfiait trop de la police, jugée totalement gangrénée par le SAC.
From : FranceTVInfo,..Emmanuel Fansten Slate,....