Snowden, Manning, Schwartz : les informateurs /alerteurs ?
"Les informateurs : pourquoi une nouvelle génération d''hacktivistes' dévoile les secrets du gouvernement américain", titre le magazine.
Une vingtaine de 'fuiteurs' d’informations sensibles comme Edward Snowden (scandale de la NSA), Bradley Manning (fuites sur Wikileaks) et Aaron Swartz (hacker et co-fondateur de Reddit), sont considérés comme une menace pour la sécurité nationale par le gouvernement américain, mais comme des héros sur Internet.
"A l'instar des pacifistes au temps de la guerre du Vietnam qui défendaient l'idée que la paix était l’état naturel de l’homme, cette nouvelle espèce de technophiles radicaux pense que la transparence et la vie privée sont les fondements d’une société libre", soutient l'hebdomadaire.
Dans son analyse élogieuse, Time fait l’historique de cette génération de geeks qui, depuis les années 1990, diffusent des informations sensibles en risquant de perdre leur propre liberté. Comme le souligne le magazine, "on peut aujourd'hui s'attendre à ce que le nombre de fuites augmente à mesure que les "natifs du numérique" deviennent adultes et que des personnages comme Edward Snowden sont élevés au rang de martyrs de l'Internet".
Scandale Prism : pour la presse chinoise, l'extradition de Snowden serait une "trahison"
L'extradition aux Etats-Unis de Edward Snowden serait une "trahison" de la confiance mise par l'ex-agent de la CIA dans la démocratie à Hong Kong et une "perte de face" pour Pékin, a estimé lundi 17 juin le quotidien officiel chinois Global Times, dans ce qui constitue la plus directe prise de position publique chinoise sur l'affaire Prism.
"Extrader Snowden aux Etats-Unis ne serait pas seulement une trahison de la confiance de Snowden, mais aussi une déception des attentes dans le monde entier", écrit le journal en anglais du groupe du Quotidien du Peuple, organe officiel du Parti communiste chinois (PCC). "Snowden croit en la démocratie et la liberté de Hong Kong", où il se cache, assure le journal, pour qui l'ancien agent de la CIA, qui a révélé des programmes américains de surveillance massive de l'internet et des communications téléphoniques, "n'a fait de mal à personne" et s'est contenté de "donner l'alerte sur la violation des droits civiques par le gouvernement" américain.
"En conséquence, ce serait une perte de face à la fois pour le gouvernement de (...) Hong Kong et pour le gouvernement central chinois si Snowden était extradé", avertit le Global Times, quotidien au ton nationaliste souvent virulent. "L'image de Hong Kong en serait ternie à jamais", ajoute-t-il, assurant que "la réaction locale" à une éventuelle extradition "provoquerait plus de trouble" dans l'ancienne colonie britannique et en Chine même. "La puissance grandissante de la Chine attire les gens pour y demander l'asile", affirme encore le journal, pour qui "c'est inévitable et doit servir à accumuler du prestige moral".
Le gouvernement chinois est resté quasiment muet depuis le déclenchement de l'affaire, une porte-parole des affaires étrangères chinoises déclarant la semaine dernière n'avoir "aucune information" à fournir.
Selon un sondage publié dimanche, la moitié des Hongkongais sont hostiles à une telle extradition. Quelques centaines personnes ont manifesté samedi contre une telle éventualité.
Hong Kong, où la justice est indépendante, bénéficie d'une certaine autonomie sous la tutelle de la Chine et a signé de longue date un accord d'extradition avec les États-Unis. Mais Pékin a le droit d'opposer son véto aux décisions de son territoire. Edward Snowden, réfugié depuis le 20 mai à Hong Kong, est sous enquête du FBI mais aucune demande officielle d'extradition n'a encore été annoncée.
Surveillance électronique : La Grande-Bretagne a espionné des diplomates lors du G20 de Londres
Le GCHQ (Government Communications Headquarters), service de renseignements électroniques du gouvernement britannique, est impliqué dans le scandale du cyberespionnage.
La Grande-Bretagne a mené une large opération d'espionnage des communications des participants au G20 de Londres en avril et septembre 2009 révèle The Guardian, lundi 17 juin. Une nouvelle révélation issue des documents transmis par Edward Snowden, l'ancien collaborateur des services secrets américains qui a divulgué une série de documents sur le système d'écoutes téléphoniques et d'espionnage des données personnelles mis en place aux Etats-Unis.
Une information qui risque de créer des tensions diplomatiques alors que s'ouvre, lundi matin, le sommet du G8 en Irlande du Nord.
Selon les documents consultés par The Guardian, le Government Communications Headquarters (GCHQ), le service de renseignement électronique du gouvernement britannique, a eu accès aux communications Internet et téléphoniques des participants du G20 qui s'est tenu à Londres en avril et septembre 2009.
PIRATAGE DE BLACKBERRY
The Guardian fait état de "capacités révolutionnaires de renseignement" et détaille les techniques employées par le renseignement britannique pour accéder aux communications des délégués présents. Une équipe de 45 personnes était, selon les documents consultés par le quotidien britannique, affectée, vingt-quatre heures sur vingt-quatre à cette vaste opération de surveillance.
Elle incluait notamment le piratage des ordinateurs utilisant les connexions Internet dans des cafés leur permettant d'intercepter des courriels. Les Britanniques ont également eu accès aux e-mails et aux appels passés depuis les téléphones de marque Blackberry des participants.
L'agence avait par ailleurs installé un dispositif permettant de savoir quand les délégués se contactaient les uns les autres et ciblé certaines personnalités, en particulier le ministre des finances turc, selon les documents dont le journal a eu connaissance. Des ordinateurs sud-africains ont également été identifiés pour être l'objet d'une attention spéciale, selon un des documents.
Selon la même source, l'agence GCHQ a reçu un rapport de son homologue américaine National Security Agency (NSA) sur ses tentatives pour écouter le président russe de l'époque, Dmitri Medvedev, faire un appel à Moscou par satellite.
L'ancien consultant des services secrets américains livre de nouvelles informations au «Guardian».
Le centre britannique des écoutes (GCHQ) traite des données obtenues par un accès aux câbles assurant le trafic internet et les appels téléphoniques mondiaux, selon des documents dévoilés au Guardian par Edward Snowden, qui accuse l’agence britannique d’être «pire» que son homologue américaine.
Selon ces documents transmis par l’ex-consultant, qui a été inculpé pour espionnage aux Etats-Unis pour avoir divulgué des programmes américains de surveillance des communications, le GCHQ britannique traite de grandes quantités de données privées, qu’il partage avec l’Agence de sécurité nationale américaine (NSA).
Le Quartier général des communications du gouvernement (GCHQ) peut stocker pendant une période allant jusqu’à 30 jours les données obtenues par le biais des câbles à fibres optiques, afin de les analyser dans le cadre d’une opération portant le nom de code «Tempora», qui a commencé il y a 18 mois, rapporte samedi le journal.
«Il ne s’agit pas juste d’un problème américain. Le Royaume-Uni a un rôle majeur dans l’affaire», a déclaré Snowden, cité par le Guardian. «Ils (GCHQ) sont pires que les Américains», ajoute-t-il.
Une porte-parole de l’agence britannique, basée à Cheltenham (centre) a quant à elle assuré que le GCHQ respectait «scrupuleusement» la loi. «Nous ne faisons pas de commentaires sur les questions touchant au renseignement. Nos agences de renseignement continuent à agir en respectant un strict cadre légal», a-t-elle dit.
Selon le Guardian, le GCHQ et la NSA ont la possibilité d’accéder à des données concernant aussi bien des suspects ciblés que des utilisateurs «innocents». Ces données incluent des enregistrements de conversations téléphoniques, le contenu de courriels, de messages sur Facebook, l’historique de l’activité en ligne d’un internaute.
Les documents consultés par le Guardian montrent qu’en 2012, l’agence britannique avait accès à plus de 200 câbles à fibres optiques et pouvait traiter 600 millions de communications téléphoniques chaque jour.
Les deux principales composantes du programme de surveillance de GCHQ sont «Maîtriser l’internet» («Mastering the Internet») et «Exploitation des télécommunications mondiales» («Global Telecoms Exploitation») et sont, indique le Guardian, menées sans «que le public en ait eu la moindre connaissance ou qu’il y ait eu le moindre débat».
Le Guardian révèle, vendredi 21 juin, que les services secrets britanniques ont "secrètement accès" au réseau de câbles sous-marins reliant l'Amérique du Nord à l'Europe, et se servent de cet accès pour surveiller, analyser et partager avec la NSA le trafic internet qui y transite.
Le journal britannique se base sur de nouveaux documents fournis par Edward Snowden, qui a déjà révélé l'existence du programme Prism, conduit par la NSA. "[Les Britanniques] sont pires que les Américains", a expliqué Snowden à propos de ces nouvelles révélations.
Selon le Guardian, la capacité du Government Communications Headquarters (GCHQ), l'équivalent de la NSA, à surveiller tout le trafic passant par les fibres optiques a fait de la Grande-Bretagne "une superpuissance du renseignement", et ce depuis 2008.
Cette capacité d'interception et de surveillance comprend des appels téléphoniques, le contenu d'e-mails, des posts sur Facebook ou encore "l'historique de navigation des internautes". Une source explique cependant au Guardian que les services ne scrutent pas toutes les données collectées et se concentrent sur "quelques aiguilles au sein de la botte de foin".
SURVEILLANCE DES CÂBLES
En 2012, le service de renseignement britannique avait accès à 200 câbles de fibre optique et pouvait gérer les données de 46 d'entre eux simultanément.
Pour ce faire, les espions de sa majesté ont déployé des sondes positionnées sur les câbles transatlantiques qui font la liaison entre l'Europe et l'Amérique du Nord et débouchent en Grande-Bretagne. Comment ? En nouant des partenariats avec les entreprises qui les gèrent, appelées par le GCHQ "partenaires d'interception". Ces entreprises, précise le Guardian, étaient forcées, secrètement, à coopérer.
Fin 2011, cette surveillance s'accélère. Le GCHQ lance Tempora, un programme plus large qui comprend une évolution technologique majeure : les espions ne se contentent plus de consulter les données en direct mais peuvent désormais les stocker pour un usage ultérieur (trois jours pour du contenu et trente jours pour les métadonnées, qui renseignent entre autres la date, l'heure ou le lieu d'une communication).
PARTAGE AVEC LA NSA
Mais la principale innovation de Tempora, c'est la collaboration très étroite du GCHQ avec son homologue américaine, la NSA, avec qui le service britannique partage les données obtenues par sa surveillance. La NSA a un intérêt bien compris : le GCHQ est en avance sur elle, notamment concernant les métadonnées. C'est ainsi que 250 agents de la NSA étaient chargés, en mai dernier, de l'analyse des données récoltées par les Britanniques.
Au total, selon le Guardian, ce sont 850 000 employés de la NSA et sous-traitants américains qui avaient accès aux données récoltées par le GCHQ. Tempora vient donc s'ajouter à Prism, dont le Guardian redit qu'il consiste en un accès aux "systèmes internes" des grandes entreprises d'Internet.
DE FAIBLES GARDE-FOUS
Le GCHQ profite d'une faille dans une loi ancienne pour mener à bien son entreprise de surveillance. Cette loi, qui date de l'an 2000, exige un mandat pour intercepter des données, mais prévoit une dérogation dans le cas où la source des données surveillées est à l'étranger. C'est en vertu de cette dérogation que le GCHQ surveille les câbles sous-marins.
"Nous ne lisons pas des millions d'e-mails. Il n'y a pas de volonté d'utiliser ce programme pour regarder du trafic national, des Britanniques parlant à des Britanniques", affirme ainsi une source au Guardian. Mais, comme le note le journal, la nature même du trafic d'Internet passant par ces fibres optiques fait que des données de citoyens britanniques sont également interceptées.
Une source précise cependant au Guardian que des garde-fous ont été mis en place, notamment en restreignant les motifs d'interception aux seuls "sécurité, terrorisme et crime organisé", tout en mettant en place des "mécanismes d'audit, pour savoir si l'interception est justifiée ou non". Mais cela n'a pas empêché les juristes du GCHQ d'expliquer aux analystes américains de la NSA : "Nous avons des mécanismes de supervision bien plus légers que les vôtres."
Lire : " Prism aurait permis d'empêcher un attentat en Belgique"
Cette même source indique que "la majorité des données sont détruites sans que nous les ayons regardées" et que ce programme avait permis de déjouer plusieurs "crimes sérieux", notamment terroristes ou liés à la pédopornographie. Mais, note le journal britannique, les critères utilisés sont maintenus secrets, loin du "débat public", tout comme les audits pour s'assurer que la GCHQ se conforme à ces critères.
l'UE demandent des explications
«La France a demandé aujourd’hui des explications aux autorités américaines au sujet des informations dévoilées par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel selon lesquelles la National Security Agency (NSA) aurait espionné les institutions de l’Union européenne», a indiqué le chef de la diplomatie française Laurent Fabius dans un communiqué. «Ces faits, s’ils étaient confirmés, seraient tout à fait inacceptables», a-t-il ajouté.
Harlem Désir, premier secrétaire du PS, a qualifié également dimanche d'«inacceptable» tout espionnage américain des institutions européennes, réclamant un accord sur la protection des données personnelles en préalable à un accord avec Washington, tandis qu’un autre socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, plaide pour une suspension des négociations USA-UE.
Interrogé par Radio J sur les révélations du magazine Der Spiegel, assurant que le programme d’espionnage de la NSA américaine (Agence nationale de sécurité), a aussi visé l’Union européenne, le numéro un du PS a tranché : «s’il était confirmé que les USA ont espionné les institutions européennes, ce serait inacceptable». «Ca montre que l’Europe ne doit pas être naïve sur ses relations» avec Washington.
«Exiger des garanties»
Il a observé que la France a «déjà mis des lignes rouges» dans la négociation du traité commercial transatlantique, en saluant «la victoire de François Hollande» sur l’exclusion du domaine culture de la négociation. «Il faut exiger des garanties sur la protection des données personnelles», a insisté M. Désir.
«Dans ces négociations transatlantiques, l’Europe doit exiger comme préalable un accord de garantie» de «protection des données personnelles». Il s’est dit certain que sa position, exprimé en tant que numéro un du PS «est en phase» avec celle de l’exécutif.
Dans un communiqué, le député Jean-Christophe Cambadélis, secrétaire national du PS en charge de l’Europe et de l’international, va plus loin : «Si les révélations sur les écoutes américaines des institutions européennes s’avéraient exactes, alors il faudrait a minima suspendre les négociations du traité de libre échange transatlantique».
«Incorrigible Amérique qui pense que son bon droit lui permet tous les droits», ajoute l’élu parisien. «Peut-on croire que la lutte contre le terrorisme nécessitait l’écoute de parlementaires européens, voire du Conseil ? L’Europe se déconsidérerait si elle passait l’éponge», selon le député PS.
Mélenchon demande l'asile pour Snowden
Jean-Luc Mélenchon a lui réclamé dimanche «l’arrêt immédiat des négociations» commerciales entre l’UE et les Etats-Unis, et a demandé que «la France accorde l’asile politique» à Edward Snowden, «qui a permis de démasquer ce complot».
«Les Etats-Unis d’Amérique espionnent l’Union Européenne. Or, le mandat de négociation de la Commission européenne en vue d’un marché unique avec les Etats-Unis est resté caché pour les citoyens et les parlementaires, au motif du secret des pourparlers. Je demande l’arrêt immédiat des négociations et la publication du mandat européen», écrit le coprésident du Parti de gauche dans un communiqué .
Nombreuses réactions
Les réactions ont été aussi outrées que nombreuses hier. « Entre partenaires, on n'espionne pas ! », a lancé la commissaire européenne à la Justice, Viviane Reding. « On ne peut pas négocier sur un grand marché transatlantique s'il y a le moindre doute que nos partenaires ciblent des écoutes vers les bureaux des négociateurs européens », a-t-elle estimé, A Berlin, la ministre de la Justice a aussi réclamé des comptes : « Il faut que, du côté américain, on nous explique immédiatement et en détail si ces informations de presse à propos d'écoutes clandestines totalement disproportionnées [...] sont exactes ou non. » Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a estimé que si cela se confirmait, il s'agirait d'un « immense scandale ». A Paris, on en profitait pour réclamer la suspension immédiate des discussions sur l'accord de libre-échange.
Le gouvernement américain a fait savoir hier soir qu'il répondra par le canal diplomatique aux demandes d'explication. « Nous discuterons de manière bilatérale avec les Etats membres de l'UE, a déclaré un porte-parole de laNSA. Nous n'allons pas faire publiquement de commentaires [...] Les Etats-Unis recueillent certaines informations à l'étranger comme le font tous les pays. »
L'Union européenne, ses Etats membres et ses institutions seraient également, et depuis de longues années, la « cible » de l'Agence nationale de sécurité américaine (NSA). Selon les journalistes du « Spiegel » qui disent avoir eu accès à un document confidentiel daté de septembre 2010 grâce à Edward Snowden, l'ancien agent de la NSA aujourd'hui en fuite, non seulement les services secrets américains surveillaient les communications électroniques dans le monde entier, mais ils espionnaient plus particulièrement les représentations diplomatiques de l'Union européenne. Le document suggère que des micros étaient installés dans le building de l'Union à Washington DC, et que le réseau informatique était également infiltré permettant de lire les mails et les documents internes. La représentation de l'Union à l'ONU était surveillée de la même manière et la NSA avait même étendu ses filets jusqu'à Bruxelles. Du coup est revenue hier à la surface une affaire d'écoutes jamais élucidée sur le réseau téléphonique et Internet du bâtiment Justus Lipsius, le siège du Conseil de l'Union européenne qui remontait quand même jusqu'au quartier de l'Otan, à Bruxelles.
La Commission attend des réponses
«Nous avons pris contact immédiatement avec les autorités américains à Washington et à Bruxelles et les avons mis face aux informations de presse. Ils nous ont dit qu’ils vérifiaient l’exactitude des informations publiées hier et qu’ils reviendraient vers nous», a annoncé pour sa part dimanche la Commission européenne dans un communiqué.
Le président du Parlement européen, l’Allemand Martin Schulz, a estimé de son côté que «si cela se confirme, il s’agit d’un immense scandale. Cela nuirait considérablement aux relations entre l’UE et les Etats-Unis».
A Berlin, la ministre de la Justice a aussi réclamé des comptes. «Il faut que du côté américain on nous explique immédiatement et en détail si ces informations de presse à propos d’écoutes clandestines totalement disproportionnées par les Etats Unis dans l’Union européenne sont exactes ou non», a déclaré Sabine Leutheusser-Schnarrenberger dans un communiqué
Pour le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselbron, «les États-Unis feraient manifestement mieux de surveiller leurs services de renseignement plutôt que leurs alliés».
L’espionnage américain est «hors de contrôle», a-t-il jugé, soulignant que si les activités de renseignement «sont justifiées par la lutte contre le terrorisme (...) l’UE et ses diplomates ne sont pas des terroristes».
L’Union européenne a fait partie des «cibles» de la NSA, accusée d’espionner les communications électroniques mondiales dans le cadre du programme Prism, écrit Der Spiegel dimanche.
L’hebdomadaire allemand fonde ses accusations sur des documents confidentiels dont il a en partie pu avoir connaissance grâce à l’ancien consultant américain de la NSA, Edward Snowden, à l’origine des révélations sur Prism .
Les lanceurs d'alerte : héros des temps modernes ?
Qui a vu Edward Snowden ? Depuis le 23 juin et son départ de Hongkong, le jeune Américain dont les révélations sur l'espionnage généralisé auquel se livre la très puissante Agence nationale de Sécurité (NSA) américaine vit comme un banni mondial. Remake des années de guerre froide, il a attendu, enfermé dans la zone de transit de l'aéroport de Moscou, qu'une porte s'ouvre pour l'accueillir. Vingt et un Etats ont refusé de lui tendre la main, y compris ceux qui comme la France avaient haussé le ton au sujet des écoutes, demandant que cesse "immédiatement" ce "type de comportement".
C'est finalement au Venezuela qu'il devrait trouver asile. Encore faudra-t-il pouvoir s'y rendre. Privé de passeport par Washington, Snowden est un passager encombrant, les Etats traversés par l'avion qu'il pourrait prendre pouvant lui interdire leur espace aérien comme la France l'a fait il y a neuf jours pour l'avion du président bolivien soupçonné, à tort, de transporter le jeune informaticien.
Héros des temps modernes ?
Outre la diplomatie schizophrène des Occidentaux - s'insurger d'avoir été espionné par les Américains mais refuser l'accueil au porteur de la nouvelle -, l'affaire Snowden révèle un mouvement de fond. Manning, Snowden, Assange, les anarcho-hackers américains, mais aussi Irène Frachon, la pneumologue bretonne, ou encore les banquiers Falciani et Condamin-Gerbier : partout des petits, des inconnus, des solitaires se lèvent et sortent du rang, la besace chargée de secrets qu'ils disent ne plus pouvoir couvrir ou de dangers qu'ils estiment devoir révéler à tous. Même Delphine Batho s'est présentée comme une lanceuse d'alerte au lendemain de son débarquement du gouvernement. C'est au nom de la démocratie, de nos libertés individuelles ou de notre intégrité physique qu'ils agissent, disent-ils.
Héros des temps modernes pour les uns, défiant seuls les plus puissantes institutions, ils sont pour les autres de simples balances ou, pire, les complices des terroristes à qui ils révèlent des secrets d'Etat. Dans une époque obsédée par le principe de précaution et taraudée par le fantasme complotiste, dans un monde où il ne se passe pas un jour sans qu'une alerte météo, sanitaire ou alimentaire soit lancée, le lanceur d'alerte est roi.
Le "whistleblower" à l'américaine
"Il faut distinguer le "whistleblower" à l'américaine, qui dénonce des vérités cachées et révèle des scandales délictueux, et le lanceur d'alerte à la française, qui prévient d'une menace qu'il repère dans son domaine, le plus souvent environnemental ou médical", explique le sociologue Francis Chateauraynaud, qui fut, en 1995, un des inventeurs du terme même de lanceur d'alerte.
Irène Frachon est les deux, lanceuse d'alerte lorsqu'elle détecte dès 2007 des pathologies cardiaques chez des patients traités par le Mediator, alors largement utilisé comme coupe-faim, et whistleblower lorsqu'elle engage le bras de fer avec le puissant laboratoire Servier.
Devenu l'égérie des résistants aux lobbys industrialo-pharmaceutiques, le docteur Frachon exerce au CHU de Brest. Contrairement à d'autres, moins chanceux, elle n'a pas perdu son travail. Souvent le lanceur d'alerte est la première victime collatérale de la bombe qu'il fait exploser.
"Je risque la prison à vie ou même la mort"
"Il est improbable que j'aie un procès juste ou que je sois traité de façon convenable avant le procès, et je risque la prison à vie ou même la mort", écrit Edward Snowden dans une lettre de demande d'asile au Nicaragua. L'ex-consultant de la NSA a raison de s'inquiéter. La loi américaine sur l'espionnage, au nom de laquelle il est poursuivi, a été utilisée neuf fois depuis sa promulgation en 1917, dont six fois depuis que Obama est président. Bradley Manning en est l'exemple le plus terrible. Analyste de l'armée américaine, il est accusé d'avoir transmis à WikiLeaks des documents classés secret-défense pour dénoncer le "porno guerrier" des conflits en Irak et en Afghanistan et provoquer un débat public. A 25 ans, il encourt la prison à perpétuité.
En comparaison, l'histoire de Philippe Pichon est une promenade de santé. En 2007, le numéro deux du commissariat de Coulommiers (Seine-et-Marne) rédige une note à ses supérieurs sur les dysfonctionnements du fichier Stic, le système informatique de recensement des personnes mises en cause dans des infractions pénales et de leurs victimes : inscription de noms sur simple dénonciation, absence de mise à jour du fichier et, pire encore, mentions sur les opinions politiques. Aucune réponse de la hiérarchie. Le policier transmet son rapport au procureur. "Voir si les choses se sont passées conformément à ce qu'indique le commandant Pichon et, dans l'affirmative, faire les mises au point qui s'imposent", voilà ce que demande le magistrat aux policiers. En vain.
"J'ai lancé une alerte dans les règles et rien ne s'est passé, témoigne le commandant Pichon. Laisser tomber n'est pas dans ma nature." Il fait publier par le site Bakchich les fiches Stic de Johnny Hallyday et de Jamel Debbouze, bourrées d'erreurs grossières. La foudre hiérarchique s'abat sur lui. Mis en examen pour violation du secret professionnel, il est suspendu puis mis à la retraite d'office. Il avait pourtant raison. En 2009 et en juin dernier, la Commission nationale de l'Informatique et des Libertés a relevé les graves irrégularités du Stic. Pichon, lui, se bat depuis deux ans pour obtenir sa réintégration.
Le droit d'alerte
On est donc loin de la protection du whistleblower. En Europe, seule la Grande-Bretagne a un dispositif juridique sur le lanceur d'alerte. En France, la protection est garantie au salarié du secteur privé signalant de bonne foi des faits de corruption (loi du 13 novembre 2007), aux dénonciations d'atteintes sanitaires (loi du 16 avril 2013) ou des conflits d'intérêts en politique (juin 2013). "Le législateur refuse de concevoir le droit d'alerte dans sa globalité, observe la juriste Marie-Angèle Hermitte. La loi procède donc par à-coups, au gré des scandales."
La loi du 16 avril 2013 institue une Commission nationale de la Déontologie et des Alertes qui aurait dû être chargée de l'instruction des alertes pour vérifier si elles sont justifiées ou non. "Destinataire de certaines alertes, elle n'a aucun pouvoir pour les instruire, aucun pouvoir pour obtenir les documents nécessaires ni pour auditionner qui que ce soit, regrette la juriste. La loi ne protège que les salariés, en sanctionnant les représailles exercées dans leur sphère professionnelle. Mais, sur le plan individuel, les lanceurs d'alerte sont seuls. En cas de brimades, ils doivent financer leur défense, s'armer de patience le temps que la justice se prononce et supporter l'opprobre d'une partie de leur entourage." Bref, payer l'addition.
Dénonciation ou délation
"La protection du lanceur d'alerte nécessite deux piliers, observe l'avocat William Bourdon : la garantie de son anonymat et la possibilité de sanctionner sévèrement les délateurs de mauvaise foi. Cela permettrait de séparer le bon grain de l'ivraie." Car il arrive que sous la cape du whistleblower se cache un vulgaire délateur ou un manipulateur, agissant par vengeance. Comment reconnaître le vrai lanceur d'alerte ? Posture de héros moderne se levant seul pour briser l'omerta ou imposture de mauvais perdant mu par de sombres intentions ? La frontière est mince, mais les lanceurs d'alerte sont à cet endroit précis où dénonciation ne vaut pas délation, où fendre le silence est un courage et parfois même un sacrifice.
Pierre Condamin-Gerbier et Hervé Falciani, ex-cadres bancaires en Suisse, en sont-ils ? Pendant des années, ils ont participé à un système aussi opaque que juteux, croisant dans les couloirs feutrés ou dans les listings informatiques les clients venus du monde entier planquer leur magot. Un jour, ils décident que ce n'est plus tenable. Pierre Condamin-Gerbier la joue modeste :"J'espère que le peu que j'ai pu faire contribue à une prise de conscience." Ancien associé gérant de la société fiduciaire suisse Reyl et Cie, un temps chargé de la gestion du compte de Jérôme Cahuzac, ce financier affirme avoir remis le 2 juillet à la justice une liste d'une quinzaine de personnalités politiques françaises détentrices de comptes en Suisse.
Président de la délégation de l'UMP en Suisse en 2007 lors de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, il soutient avoir agi sous le coup de la "colère, depuis trop longtemps intériorisée à force de voir ce qu'[il a] vu". La presse suisse est moins sentimentale, qui le présente comme un homme aux abois qui chercherait à se refaire une virginité en balançant sur les turpitudes du système bancaire suisse.
Le cas Falciani
Avant de se rendre célèbre, Hervé Falciani, informaticien de 41 ans, cadre à la banque HSBC, n'était qu'un employé indélicat. En poste à Genève, il a subtilisé des fichiers clients de sa banque avec l'intention de les monnayer auprès de concurrents. Malgré des contacts avec des filiales de grandes banques au Liban, l'affaire ne se fait pas. Hervé Falciani se tourne alors vers... la police française ! C'est ainsi qu'il transmet quelques noms de contribuables français ayant des comptes non déclarés en Suisse, en profitant dit-il de "failles dans la sécurité informatique" de sa banque, donnant accès à quelque 130.000 dossiers d'évadés fiscaux dont près de 9.000 Français.
La justice suisse l'accuse de viol du secret bancaire. En France, il bénéficie aujourd'hui d'une protection officielle du ministère de l'Intérieur. Falciani collabore avec le fisc, la justice et les parlementaires, pour confondre les fraudeurs mais aussi pour mettre au jour toute architecture bancaire occulte mise en place à HSBC Genève. L'ancien personnage sulfureux est devenu un saint de la lutte contre la fraude fiscale, un authentique lanceur d'alerte concourant à l'intérêt général. "Sans des 'insiders' comme lui, il serait impossible d'essayer d'y voir clair dans les trous noirs de la finance", insiste son avocat William Bourdon.
Isabelle Monnin et Olivier Toscer (avec Alice Campaignolle) -
From : le Monde Liberation,Echos,.Le Nouvel Observateur...