Les électeurs PS lui ont tourné le dos aux municipales et qu'une partie de sa majorité ne voit plus la différence entre sa politique de rigueur et celle qu'aurait menée la droite.
Venu célébrer le centenaire de la mort de Jaurès, le chef de l'État a profité de cette parenthèse mémorielle pour défendre son action, et la remettre en perspective. Cela faisait des mois que ses proches espéraient qu'il quitte sa casquette de «superministre de l'Économie», obsédé par les courbes (du chômage) et les chiffres (50 milliards) pour parler aux Français, leur «expliquer où il voulait les mener». Dans la salle François Mitterrand, ou ce dernier avait lancé sa campagne il y a trente ans, son successeur s'y est enfin employé.
Hollande a dit entendre les «interrogations», y compris de ses «propres amis». «À ceux qui se disent: pourquoi tant d'efforts pour réduire les déficits? Pourquoi faire des réformes que nos prédécesseurs n'ont pas engagées? Je réponds: j'ai été élu pour redresser la France. C'est parce que c'est difficile que nous devons montrer de la cohérence, de la constance et de la volonté.» Et le président de rappeler qu'il avait confié une «mission» à Manuel Valls: «agir vite, efficacement, prendre des risques parce que le pire risque c'est de ne pas en prendre». Niant avoir remisé ses promesses de campagne, il a défendu sa politique en faveur des entreprises, «pour qu'elles créent des emplois»: une «action au service de tous».
À l'intention de l'aile gauche du PS, qui lui reproche de céder à Bruxelles, il a réaffirmé le primat du politique. «Beaucoup pensent que les États sont devenus impuissants, beaucoup craignent que les marchés aient pris toute la place. Je n'ignore pas la résistance de la réalité. S'il a pris son parti de l'impopularité, Hollande veut se montrer comme un responsable courageux. «Aujourd'hui être fidèle à Jaurès ce n'est pas renoncer, céder, c'est le contraire», a-t-il expliqué. Son optimisme - béat, selon ses détracteurs - serait, là encore, une marque de courage: «Jaurès n'était pas un rêveur, il était un optimiste, a lancé le président. On se moque toujours des optimistes, on pense qu'ils imaginent une réalité à leur manière. (…) L'optimiste, selon Jaurès, c'était le courageux. Et le courage c'est de supporter sans fléchir les épreuves».
Hollande, par ce plaidoyer, a tenté de renouer lien avec les Français. Un lien abîmé. À son arrivée à Carmaux, le président a été accueilli par des applaudissements, aussitôt recouverts par les sifflets. «Pour un socialiste, se faire siffler à Carmaux, patrie de Jaurès, il faut le voir pour le croire…», soupire un habitant. Hollande va au-devant des Carmosins qui avaient voté pour lui à 70% en 2012 mais qui ont accordé 20% de leurs suffrages au FN aux municipales. «Jaurès, il parlait pas comme vous, M. le président! Pensez à nous!», lui lance une dame. «Vous ne tenez pas vos promesses!», lui lance une autre.
Il y a deux ans, La Marseillaise avait conclu le discours du candidat, prononcé devant une foule en liesse. Une Marseillaise émouvante, chantée par des centaines de vieux militants, de fils de mineurs. C'est encore une Marseillaise qui a retenti, avec roulements de tambour, après un dépôt de gerbe, au pied de la statue de Jaurès. Mais il n'y avait plus personne pour la chanter. La place a été vidée, cadenassée. Les habitants, bloqués derrière des barrières, fulminent. «Quand il est venu en 2012, les barrières étaient ouvertes, soupire Joseph, 74 ans. À ce moment-là, il lui fallait tout le monde! Là, il a peur de quoi?» Joseph a toujours voté à gauche. Mais, en 2017, il l'assure «c'est fini», dit-il. «Jaurès, c'était le socialisme? Hollande, c'est quoi?», interroge une habitante. Tout au long de sa déambulation, dans la rue commerçante quasi déserte, Hollande tente de répondre à chacun. «Si tout avait été fait, il n'y aurait plus rien à faire», résume le président. Optimiste, toujours.
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