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Sa démission, première secousse morale de la présidence Hollande, avait déjà sérieusement ébranlé cette dernière. Sa confession, mardi 2 avril, fait sur elle l'effet d'une réplique plus dévastatrice encore.

Magnitude sur l'échelle politique : "Maximale", résume un député PS. "Comparable à l'affaire Nafissatou Diallo", ajoute un poids lourd de la majorité. François Hollande devait faire une déclaration télévisée à l'issue du conseil des ministres, mercredi 3 avril.

L'aveu circonstancié de Jérôme Cahuzac, qui reconnaît avoir détenu un compte à l'étranger, concomitant à la mise en examen pour "blanchiment de fraude fiscale" et "blanchiment de fonds provenant d'avantages procurés par une entreprise dont les services ou produits sont pris en charge par la Sécurité sociale" de l'ancien ministre du budget précisément chargé de la répression de la fraude fiscale, constitue assurément le coup le plus terrible porté à la présidence Hollande depuis le 6 mai 2012.

 

Le pouvoir socialiste, dans cette affaire, était déjà confronté au soupçon. Le voilà désormais englué dans le mensonge politique, celui de M. Cahuzac, qui après plus de quatre mois d'ardentes dénégations a confirmé mardi sur son blog être le bénéficiaire d'un compte bancaire à l'étranger "depuis une vingtaine d'années".

 

 

Mardi soir, la direction du Parti socialiste, qui avait prévu de lancer une vaste opération de "riposte" contre ce qu'elle considère comme une "radicalisation" de la droite, a dû changer ses plans dans la précipitation. La réunion de la rue de Solférino a été en effet torpillée par l'affaire Cahuzac.

Harlem Désir, le premier secrétaire, prend le premier la parole devant ses camarades pour dire sa "stupéfaction". Le patron du PS ne s'exprimera pas publiquement, se contentant de publier en fin de soirée un simple communiqué expliquant que "les faits inconcevables, niés de façon injustifiable" par Jérôme Cahuzac sont "incompatibles avec les mandats publics qui lui avaient été confiés".

 

Dans le même temps, David Assouline, le porte-parole du parti, donne une conférence de presse. Le visage grave, il dit son "choc" et sa "révolte". "La confiance du président de la République, de la représentation nationale, comme de tous les socialistes, a été trahie", déclare le sénateur de Paris.  L'ancien ministre du budget doit-il être exclu du PS ? "Pour nous, il est évident qu'il s'est mis de facto en dehors du parti", lâche le porte-parole.

Si le ton est ferme, l'embarras est néanmoins général rue de Solférino. Plusieurs responsables socialistes – les sénateurs François Rebsamen, Luc Carvounas ou Frédérique Espagnac entre autres – quittent discrètement la rue de Solférino par une porte annexe pour éviter la presse réunie dans la cour d'entrée. Harlem Désir, lui, se replie dans son bureau au premier étage.

"Que voulez-vous qu'on dise ? Des banalités ?", glisse à sa sortie la sénatrice de l'aile gauche Marie-Noëlle Lienemann, ajoutant "que nous sommes tous bien sûr abasourdis". Carlos Da Silva, député de l'Essonne et proche de Manuel Valls, se dit "consterné" et "furieux". La ministre de la décentralisation, Marylise Lebranchu, invitée du bureau national alors que son projet de loi sur la réforme des collectivités a été repoussé et découpé en trois textes dans la matinée, réagit, elle, maladroitement, expliquant qu'"à l'heure qu'il est, (elle) ne retient que les excuses (de M. Cahuzac) qui l'honorent".

 

"Je retourne jeudi dans ma circonscription, j'ai peur de ce qui m'attend", confie un député du sud de la France, inquiet des "retombées de l'affaire dans l'opinion". "Entre un PS qui va être quoi qu'on en dise accusé de mensonge et l'UMP prise dans ses histoires de tricherie entre Copé et Fillon, Marine Le Pen va pouvoir se défouler ad nauseam sur son système UMPS", ajoute un autre élu. "Ça pue ! ", résume un troisième.

Rares sont ceux qui se projettent dans l'avenir, sauf Guillaume Balas, secrétaire général d'Un Monde d'Avance, le courant de Benoît Hamon, qui depuis plusieurs semaines déjà, critique la ligne économique sociale-libérale du gouvernement. "La seule manière de s'en sortir est de refaire de la politique pour casser l'humus sur lequel poussent la radicalisation et les populismes. Il faut reprendre la main en parlant des vrais sujets, en faisant une vraie politique de gauche et en assumant le rapport de forces avec les droites libérales en Europe. Sinon on va dans le mur et les Français auront le sentiment qu'il y a une oligarchie d'un côté et le peuple de l'autre", explique M. Balas

 

 

Après l'onde de choc provoquée par les aveux de Jérôme Cahuzac, certaines voix s'élèvent pour réclamer la démission de son ministre de tutelle, Pierre Moscovici, ou du moins lui demander des explications.

Le député UMP Claude Goasguen estime que le ministre de l'Economie et des Finances n'a pas fait le nécessaire pour découvrir la vérité. Il réclame sa démission "dans les plus brefs délais".

 

Le problème n'est pas le mensonge, qui est une affaire personnelle de Jérôme Cahuzac et qui aggrave son cas, le problème ce sont des dysfonctionnements très graves de l'Etat, censé savoir qui fraude le fisc, qui doivent être sanctionnés. Pierre Moscovici doit démissionner dans les plus brefs délais, sinon nous aurons une poussée de populisme", a déclaré ce député de Paris dans les couloirs de l'Assemblée nationale.

"Si vous avez un contrôle fiscal et que l'inspecteur des impôts vient vous voir en vous demandant, les yeux dans les yeux, si vous avez fraudé le fisc et que vous lui répondez 'non', il y a de fortes chances qu'il vérifie quand même votre comptabilité. Pierre Moscovici se contente de demander à Jérôme Cahuzac 'Vous avez fraudé le fisc ?' Il a répondu 'non', et la porte a été fermée", s'est exclamé l'élu parisien.

 

Un sentiment partagé par le directeur de Médiapart, Edwy Plenel qui estime sur BFMTV que Pierre Moscovici "a lui-même manqué à ses fonctions en instrumentalisant l'administration fiscale".

 

Le président provisoire de l'UMP, Jean-François Copé, veut savoir pourquoi Pierre Moscovici n'a demandé qu'un certificat portant sur 2006 à la banque UBS. "Je demande qu'on nous explique comment il y a eu de la part de l'exécutif une telle légèreté", demande le député-maire de Meaux.

Faux, rétorque l'intéressé sur RTL. "Il n'y a eu aucune complaisance, aucune volonté d'entraver la justice", assure Pierre Moscovici.

"Il a pu y avoir des interrogations ou des doutes", concède le ministre. "Je pense que le président de la République et moi-même avons fait ce qu'il convenait de faire", estime-t-il cependant, ajoutant avoir lui-même "fait des démarches qui visaient à aider à la manifestation de la vérité".

 

 

Selon Le Temps , l'enquête judiciaire menée en Suisse a permis d'établir l'existence d'un compte secret détenu par Jérôme Cahuzac. «Ce spectaculaire retournement de situation est intervenu peu de temps après que les avocats de Jérôme Cahuzac ont eu accès aux résultats des investigations menées à Genève» rapporte le quotidien suisse. Le procureur de Genève précise au «Temps» que ces informations n'ont pas encore été transmises à la justice française. Ajoutant «Les banques ont coopéré, elles ne sont pas incriminées, puisqu'elles n'ont finalement rien fait de pénalement répréhensible. Elles ont simplement répondu à nos demandes et nous avons trouvé ce que nous cherchions».  


Le quotidien belge «Le Soir» loue le travail du site d'information Médiapart qui a révélé l'affaire en décembre 2012. «Aujourd'hui, on ne peut que blâmer cet homme politique qui se réfugie, comme un enfant, derrière une lamentable «spirale du mensonge». Mais on a surtout très envie de louer ce bastion du journalisme, Mediapart, qui, comme le dit son cofondateur et président, Edwy Plenel, a «simplement fait son travail» écrit Béatrice Delvaux dans un édito titré « Le sacre de la presse qui fait son travail » . Ajoutant que «Ce que cette affaire nous rappelle, c'est, non pas que le mensonge est lié à l'exercice du pouvoir -quoi de neuf, en fait ? -, mais que le pouvoir exécutif ne peut exister qu'assorti des contre-pouvoirs que sont la presse et la justice.»


Pour le quotidien allemand Die Welt , les mensonges de Jérôme Cahuzac ont couvert de honte François Hollande et fragilisent la crédibilité d'un gouvernement socialiste qui voulait donner l'exemple d'un gouvernement irréprochable.


Pour le Financial Times , le séisme de l'affaire Cahuzac va surtout profiter au Front national. Le dangereux jeu populiste du parti de Marine Le Pen qui renvoie dos à dos le PS et l'UMP «aussi corrompus l'un que l'autre», risque de bénéficier de ce scandale, souligne le quotidien économique.


The Guardian insiste sur la crise gouvernementale majeure provoquée par les aveux de Cahuzac :«le plus grand scandale de la présidence Hollande».


Pour le Wall Street journal , l'affaire Cahuzac éclate alors que François Hollande est au plus bas dans les sondages d'opinions et qu'il doit «faire repartir la croissance économique et réduire le déficit budgétaire de l'Etat». Le journal cite aussi les analystes politiques qui pointent les dégâts faits à l'ensemble de la classe politique, qui ne risquent de profiter, une fois de plus, qu'au Front national.

 

 

 

Le vrai faux non-lieu de Sarkozy » Bettencourt : le parquet dément avoir pris une décision sur Sarkozy .


Le parquet va-t-il requérir un non-lieu à l'encontre de Nicolas Sarkozy, mis en examen pour abus de faiblesse dans le cadre de l'affaire Bettencourt ? On ne le saura pas avant juin voire juillet. Mais la question a provoqué de nouveaux rebondissements, vendredi 5 avril, dans un dossier où ils se multiplient depuis près de trois ans.

"Affaire Bettencourt : non-lieu requis pour Nicolas Sarkozy", titre le site du "Parisien" jeudi soir. Le "Figaro" lui emboîte le pas, affirmant que "le parquet défend un non-lieu pour Sarkozy". Les deux quotidiens se basent sur un rapport du parquet de Bordeaux transmis à la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) au ministère de la Justice, rédigé "à la demande de Christiane Taubira", écrit le "Figaro".

"C’est un non-lieu que le procureur de la République de Bordeaux requiert à l’égard de Nicolas Sarkozy", affirme sans ambages le "Parisien", tandis que son confrère est plus prudent, indiquant que le procureur "se dirige vers des réquisitions de non-lieu". Certains partisans de Nicolas Sarkozy le voient aussitôt tiré d'affaire. "La montagne va accoucher d'une souris", se réjouit le député UMP du Nord Sébastien Huygue.

 

Las ! Vendredi en fin de matinée, le procureur de Bordeaux Claude Laplaud sort de son silence habituel pour envoyer un communiqué par mail aux rédactions en forme de mise au point. Le parquet "n’a pris aucune décision quant à l’orientation des réquisitions qu’il sera amené à prendre" dans le cadre de l'affaire Bettencourt. Le texte, lapidaire, souligne que la procédure, "comportant plusieurs milliers de pièces", "doit faire l’objet d’une analyse détaillée". Sans démentir qu'au terme de cette analyse, c'est une réquisition de non-lieu qui sera bel et bien rendue par le procureur de Bordeaux.

 

Qu'a vraiment dit le parquet ?
Contactée par le "Nouvel Obs", la Chancellerie confirme l'existence d'un "rapport administratif" du parquet général de Bordeaux transmis à la DACG. "Il s'agit d'une analyse juridique à chaud sur certains point du dossier, et non des réquisitions du parquet, qui a encore trois mois pour les présenter", précise Olivier Pedro-José, porte-parole adjoint du ministère. Impossible d'en savoir plus sur le contenu du rapport. Selon des sources proches du dossier citées par l'AFP, le rapport de Claude Laplaud a bien été adressé à la Chancellerie après la mise en examen Nicolas Sarkozy. Et c'est une note d'accompagnement du parquet général de Bordeaux qui évoquerait l'insuffisance des charges pesant sur l'ex-chef de l'Etat.

 

Qu'est-ce que ce fameux rapport ?
Pour l'expliquer, le ministère de la Justice renvoie à la circulaire de politique pénale adressée par la garde des Sceaux aux parquets généraux en septembre. On y lit que ces derniers "doivent informer de façon régulière, complète et en temps utile l'administration centrale du ministère de la Justice des procédures les plus significatives en exerçant pleinement leur rôle d'analyse et de synthèse".

En clair, la Chancellerie suit avec attention l'avancée des affaires sensibles, par la "gravité des faits", la "dimension internationale de la procédure", ou la "qualité des mis en cause ou des victimes". Pour influer sur leur cours, les parquets étant hiérarchiquement soumis à la Chancellerie ? Christiane Taubira a pris l'engagement de ne plus donner d'instruction individuelle. A-t-elle commandé elle-même ce rapport sur l'explosive affaire Bettencourt, comme l'a dit le "Figaro" ? Le ministère refuse de confirmer. Pour le Syndicat de la magistrature (gauche), ce lien entre parquet et Chancellerie pose question. "Si la Chancellerie a effectivement demandé ce rapport, il serait temps que ce genre de pratiques changent", estime Eric Bocciarelli, secrétaire général du SM.

 

Quelles suites pour Nicolas Sarkozy ?
L'ex-président, mis en examen, doit-il être renvoyé en correctionnelle ? Le parquet ne se prononcera pas avant juin voire juillet. Les juges Jean-Michel Gentil, Cécile Ramonatxo et Valérie Noël ayant clôturé leur instruction le 28 mars dernier, les parties ont maintenant trois mois pour présenter leurs observations, ou d'éventuelles demandes d’actes supplémentaires ou d’annulation. Après avoir pris connaissance des demandes de chacun, les mêmes auront encore un mois pour en adresser de nouvelles le cas échéant. Ce n'est qu'à cette date que le parquet présentera son réquisitoire définitif : renvoi, ou non-lieu, comme le dit un bruit "courant avec insistance" relayé par l'AFP.

Quoi qu'il en soit, ce sont les juges instructeurs qui prendront la décision de renvoi en dernier ressort. En pratique, ces derniers suivent souvent l'avis du parquet, mais ce n'est pas toujours le cas. "Des analyses différentes du parquet et de l'instruction, ça arrive, et c'est le fonctionnement normal de l'institution", assure Eric Bocciarelli. Ainsi en 2009, Jacques Chirac avait été renvoyé en correctionnelle pour "détournements de fonds publics" et "abus de confiance" dans l'affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris, malgré des réquisitions de non-lieu du parquet. En cas de désaccord persistant, le parquet peut faire appel d'une décision de renvoi, et c'est la Cour d'appel qui tranche. Un cas de figure qui tomberait à point nommé pour la défense et les proches de Nicolas Sarkozy afin d'accréditer la thèse d'un '"acharnement" du juge Gentil, qu'ils ont vigoureusement critiqué.

 

 

 

From : le Monde , le NouvelObs, .....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
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