il n'est pas certain qu'un remaniement suffise à sauver le PS d'une autre déroute aux européennes.
Le remaniement qui devrait intervenir après la débâcle des municipales suffira-t-il à "sauver" le PS aux européennes ?
Quinze jours avant le premier tour, François Hollande avait calé sa stratégie : il fallait rendre illisible le scrutin municipal afin de mieux l'enjamber et se projeter vers les européennes de mai ou la rentrée sociale de septembre. Le gain de Marseille devait ainsi compenser la perte de quelques villes moyennes.
Ce lundi matin, cette posture est inimaginable. Le Parti socialiste perd plus de 150 villes de plus de 9 000 habitants : du jamais-vu. Pire, le chef de l'État subit quantité d'affronts personnels. À Quimper, Bernard Poignant, son ami intime et conseiller, est humilié en concédant plus de 12 points de retard au nouveau maire UMP. À Marseille, ville dans laquelle Hollande s'était personnellement et discrètement investi pendant la campagne, Patrick Mennucci est en déroute et comptera finalement autant de conseillers municipaux que le FN Stéphane Ravier. À Hayange, à l'ombre des hauts-fourneaux d'ArcelorMittal, c'est le candidat d'extrême droite, transfuge de la CGT, qui l'emporte. Tandis qu'à La Rochelle, ville chère au coeur de l'ancien premier secrétaire du PS, c'est le candidat dissident des socialistes qui l'emporte sur l'officiel.
Les européennes seront un carnage
Même dans ses pires cauchemars le président n'avait pas imaginé une telle débâcle. Impossible à présent de ne pas tenir compte de cette élection. Plus grave, il lui est désormais difficile de faire porter le chapeau à quelqu'un d'autre. Un remaniement ou un simple ajustement technique du gouvernement n'y suffiront pas. D'autant que le prochain Premier ministre (s'il y en a un) prendra ses précautions afin de ne pas être exposé en première ligne à la place du chef de l'exécutif. Car la sanction est claire. Les électeurs ont administré une fessée à François Hollande autant qu'à ses ministres ou au socialisme. Ils fustigent ses changements de pied, son manque de courage, l'amateurisme de sa présidence, son incapacité à trancher, et peut-être son comportement dans sa vie privée.
Transformer Hollande en reine d'Angleterre ?
Ces mauvais résultats sont-ils inscrits à l'encre sympathique ou au contraire au feutre indélébile ? On le sait, les européennes seront un carnage. Le PS peut au mieux espérer la troisième place... À moins qu'Europe Écologie-Les Verts ne le rejette au pied du podium ! À l'automne, le Sénat basculera à droite. Et ensuite ? Pour ne pas glisser un peu plus dans cette spirale, François Hollande dispose de quelques cartes. Se remanier lui-même comme il l'avait proposé à son prédécesseur il y a cinq ans est fort peu probable. Se cantonner à un rôle de reine d'Angleterre comme lui suggérait Jean-François Kahn dimanche soir lors de la soirée électorale du Point ? Il ne le fera jamais de son plein gré, et les parlementaires socialistes oseront-ils attenter à ce point à l'esprit de la Ve République même si une bonne poignée en rêvent ? Troisième solution, la plus classique, jouer avec les textes de la Constitution en dissolvant l'Assemblée - peu probable - ou en changeant de Premier ministre. Une solution a minima qui pourrait n'avoir que l'effet d'un cautère sur une jambe de bois. Et si nous entrions dans une crise politique doublée d'une crise de confiance de grande ampleur ?
François Hollande visage fermé, François Hollande tête baissée: à la une de vos quotidiens, la débâcle de la gauche aux municipales est une débâcle présidentielle, et doit pousser le chef de l'Etat à un profond remaniement de son gouvernement.
La défaite de la gauche aux municipales est d'abord une défaite pour François Hollande.
Le président a le visage grave à la une du Figaro. C'est que "la vague bleue déferle sur Hollande", note le quotidien, au terme d'un second tour qui "s'est transformé en déroute pour la gauche, qui a perdu de nombreuses villes importantes". L'éditorialiste Alexis Brézet y voit même "la dernière chance du président". Remanier le gouvernement "ne serait pas du luxe, tant l'équipe actuelle a brillé par son incohérence et son amateurisme".
La gueule de bois présidentielle est parlante à la une de Libération: la main sur le crâne, François Hollande encaisse "la punition". Car "si la gauche sauve Paris et Strasbourg, la droite remporte une victoire historique". Désormais, "Hollande doit décider de l'avenir d'Ayrault et de son gouvernement".
A défaut d'avoir su entendre la France gronder, le chef de l'Etat est aujourd'hui "sommé d'agir", et en réalité "condamné à changer": telle est la sanction des urnes vue par Le Parisien, observateur d'une "déroute historique". Le premier tour était déjà bien lisible; cette fois "les Français ont amplifié hier la claque infligée au premier tour à la gauche, qui perd certains de ses plus anciens fiefs".
Littéralement déchiré, le visage du président à la une de L'Humanité. Bien au-delà de l'image écornée, ces municipales sont un "désaveu massif", tant il est vrai que "les électeurs de gauche ne se sont pas mobilisés pour arrêter la vague bleue. L'abstention atteint le taux record de 38,5%. Le Front national l'emporte dans une dizaine de villes".
Horizon bleu sur la France
Cette "vague bleue" que décrit le journal Les Echos, est d'autant plus marquante qu'"il n'y a pas eu de sursaut de l'électorat de gauche" au second tour". Voilà aussi comment est arrivé "le grand soir de l'UMP", quand La Nouvelle République affiche le sourire de Serge Babary, qui fait basculer la ville de Tours.
La Ville Rose comme illustration de la vague bleue: "Moudenc revient au Capitole", titre la Dépêche du Midi, tandis que l'UMP Jean-Luc Moudenc signe des deux mains le "V" de la victoire, imité par ses partisans radieux. "Battu en 2008 par le socialiste Pierre Cohen, Jean-Luc Moudenc vient de prendre sa revanche".
A Marseille, c'est "Gaudin, le patron" titre La Provence. Alors qu'il repart à 74 ans pour un quatrième mandat, le maire UMP sortant "Jean-Claude Gaudin détient plus de pouvoir que jamais".
"Vague bleue", oui, "sauf à Rennes, Brest et Lorient" note Ouest France, et "un désastre pour Hollande", écrit Michel Urvoy. "La paire de gifles est d'autant plus cinglante que nous étions, pensions-nous, dans des élections locales (...). La liste des villes socialistes perdues est impressionnante (...) bien supérieure en tout cas, à celle des villes perdues par la droite en 2008". "Bien plus qu'un rééquilibrage", c'est "un tsunami".
Le FN s'installe dans plus de dix villes
"Trois maires FN pour le Var": à Fréjus, Cogolin et Le Luc, titre Var-Matin, alors que le Sud connaît en plusieurs points une vague bleu marine, cette fois.
Oui, "Marine Le Pen réussit son pari" en faisant "carton plein", note Le Parisien. Pendant que Robert Ménard est élu à Béziers, Steeve Briois, élu au premier tour, prend déjà ses fonctions à Hénin-Beaumont. "Le FN a montré que dans les zones où il fait des scores élevés, il pouvait réussir à s'implanter localement", y compris avec Stéphane Ravier à la mairie du 7e secteur de Marseille, qui compte plus de 100.000 habitants.
Quand la gauche sauve les meubles
Dans cette débâcle historique, la gauche pourra toujours se rassurer avec "Paris, lot de consolation du PS", commente Le Parisien: Anne Hidalgo l'a emporté face à NKM, et son prédécesseur Bertrand Delanoë, "peut espérer un destin ministériel". Le quotidien rapporte "le coup de fil" de François Hollande au maire sortant de Paris, dimanche à 21h20. De fait, "la victoire éclatante de celle qu'il avait choisie pour lui succéder rend presque incontournable l'entrée de Delanoë au gouvernement".
Elle était l'une des grandes villes sous les projecteurs: Strasbourg revient à "Roland Ries de justesse", note Dernières Nouvelles d'Alsace. Maire sortant PS et avec l'appui d'EELV, il l'emporte face à l'UMP-UDI Fabienne Keller.
Autre naufrage évité, Gérard "Collomb garde Lyon", titre Le Progrès... mais "le Grand Lyon vote à droite". C'est aussi le problème de Martine Aubry, réélue à Lille, mais qui risque de perdre la présidence de sa communauté urbaine, après la victoire de l'UMP à Roubaix et Tourcoing. La Voix du Nord ne s'y est pas trompée dans le choix de sa une: loin de mettre en avant la victoire isolée de Martine Aubry, le grand quotidien du Nord appuie sur "la chute" du PS, celle de Michel Delebarre, battu à Dunkerque, ainsi que sur les défaites de la gauche dans des bastions ouvriers historiques. Pour l'éditorialiste Jean-Michel Bretonnier, François Hollande est prévenu: "Ne rien faire, c'est préparer une explosion ou une implosion de la société".
From : le Point , BFM , .....