Certains élus trustent parfois plus de 20 fonctions, selon Europe 1 et L’Express. Tour d’horizon.
Un mandat ne leur suffit pas. Alors certains élus en ont deux, parfois trois, et ils peuvent aussi cumuler leurs fonctions électives avec des responsabilités supplémentaires. Ces élus sont les rois des cumulards, ceux qui sont visés par la future loi sur le non-cumul, qui sera discutée devant le Sénat à partir de la semaine prochaine. En partenariat avec Europe 1, L’Express a enquêté sur ces champions du cumul et établi un classement de 141 boulimiques du pouvoir. Et certaines situations sont à peine croyables.
Delebarre champion toutes catégories. Tout en haut de ce classement se trouve le socialiste Michel Delabarre. Cet ancien ministre est sénateur-maire de Dunkerque, mais aussi président de communauté urbaine. Trois fonctions électives donc, à laquelle il faut ajouter la bagatelle de… 23 fonctions. L’homme est ainsi ^président de l’Association des communautés urbaines de France, président du conseil de surveillance d’un hôpital, d’une société HLM, ou encore d’une chaine de télé locale. Selon L’Express, ce magma de fonctions représentent pas moins de sept emplois à temps plein.
Baylet ne voit pas le problème. Le podium est complété par deux autres barons locaux. D’abord le sénateur-maire socialiste de Tours, Jean Germain, qui collectionne 12 mandats et fonctions, et le radical de gauche Jean-Michel Baylet, qui est notamment sénateur, président du département du Tarn-et-Garonne et patron de La Dépêche du Midi. "Moi, je travaille sept jours sur sept. C’est un choix. Je délègue et les choses se passent très bien", rétorque le président du PRG, interrogé par Europe 1.
"Les élus doivent être des élus de proximité. Je considère que le cumul est un gage d’efficacité quant à la capacité à régler les gros dossiers qui ne se règlent pas en province mais qui continuent à se régler à Paris. Donc, tout ce débat est totalement démagogique. Quant à ces classements, je ne sais sur quels critères ils sont faits. J’aurais 10 responsabilités ou fonctions. Bon. Je n’en vois pas 10, mais enfin, je vais vérifier", conclut celui qui est aussi conseiller municipal de Montjoi.
L’UMP juste devant le PS. Globalement, dans ce classement des 141 plus gros cumulards, c’est l’UMP qui arrive en tête avec 57 super-cumulards, à commencer par Christian Estrosi et Jean-François Copé, tous les deux dans le Top 10. Le PS arrive juste derrière avec 55 super-cumulards. Mais en moyenne, c’est à l’UDI de Jean-Louis Borloo que les élus cumulent le plus.
Le projet de loi bientôt étudié au Sénat ne mettra certainement pas fin à toutes les formes de cumul. Mais pour ces élus, ce sera tour de même une vraie révolution.
L'Express vient de lui décerner la palme des cumulards. Avec trois mandats électifs et 23 fonctions, Michel Delebarre occupe la première place du classement réalisé par l'hebdomadaire. Sénateur socialiste du Nord, maire et président de la communauté urbaine de Dunkerque, l'homme préside également, entre autres fonctions, le conseil de surveillance du Centre hospitalier de Dunkerque, une télé locale, une société HLM ainsi qu'une myriade de syndicats mixtes et d'agences publiques de développement…
Suit, en 2e position, le sénateur PS de l'Indre-et-Loire et maire de Tours Jean Germain. A la tête de la communauté urbaine, il dirige également neuf structures locales, comme l'office HLM ou le conseil de surveillance du CHU. Vient ensuite le président du Parti radical de gauche et PDG de La Dépêche du Midi Jean-Michel Baylet: sénateur et président du conseil général du Tarn-et-Garonne, il cumule au total quatre mandats et six fonctions. En quatrième position: l'UMP Christian Estrosi, député, maire et président de la communauté urbaine de Nice, qui cumule également sept autres fonctions. Suivent encore Gérard Collomb (trois mandats et six fonctions), Yves Jégo (trois mandats et dix fonctions) et Jean-François Copé (trois mandats et deux fonctions, dont celle de président de l'UMP).
Les sénateurs réticents, y compris à gauche
L'enquête menée par L'Express entre avril et août concerne 1573 personnalités politiques: les 38 ministres, les 577 députés, les 348 sénateurs, les 74 députés européens, les 26 présidents de conseil régional, les 106 présidents de conseil général ou collectivité d'outre-mer, les 483 maires de villes de plus de 20.000 habitants et les 245 présidents d'intercommunalités qui dépassent 50.000 habitants en 2013. L'hebdomadaire a réalisé son classement en calculant pour chacun un indice de cumul basé sur un système de points, qui évolue en fonction de l'importance de la fonction et du nombre d'administrés que l'élu a sous sa responsabilité.
Promesse de campagne de François Hollande, le non-cumul des mandats doit s'appliquer à partir de 2017, après le renouvellement des deux assemblées. Le projet de loi du gouvernement prévoit d'interdire aux élus de cumuler un mandat de parlementaire (député, sénateur, eurodéputé) avec une fonction dans un exécutif local. Déjà voté à la majorité absolue par l'Assemblée, le texte doit désormais être étudié par les sénateurs, beaucoup plus réticents, y compris à gauche.
Auditionné mardi par la commission des Lois du Sénat, Manuel Valls a appelé les élus du palais du Luxembourg à «prendre (leurs)responsabilités». «Personne ne peut douter de la détermination du président de la République à mettre en œuvre son engagement», a affirmé le ministre de l'Intérieur, en charge de l'organisation territoriale et des élections. Avant de mettre en garde les sénateurs: «Vous avez le choix: soit vous êtes seulement dans l'opposition au sens de l'histoire, soit vous participez à ce beau mouvement de modernisation et de changement».
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