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L’expansionnisme maritime de Pékin inquiète ses voisins et exacerbe les tensions dans la région.La nouvelle crise provoquée par les menaces guerrières de la Corée du Nord risque par contrecoup de mettre en péril les ambitions chinoises dans la région Asie-Pacifique. Depuis des années, Pékin s’efforce d’agrandir sa sphère d’influence maritime et territoriale. Elle se confronte à ce qu’elle perçoit comme une «politique d’endiguement» des Etats-Unis qui, eux-mêmes, profitent des craintes régionales soulevées par les nouvelles percées maritimes chinoises pour renforcer leur présence diplomatique et militaire en Asie-Pacifique - une stratégie que Barack Obama a qualifiée de «pivot vers l’Asie».


Or, la crise qui menace la péninsule coréenne offre, du point de vue chinois, un nouveau «prétexte» aux Etats-Unis et à leurs alliés japonais et sud-coréen et pour contrer son émergence.

 

Conquête. Les intérêts stratégiques de Pékin s’inscrivent dans le cadre du «rêve chinois» que le président Xi Jinping a proposé à la nation de réaliser dans son discours d’accession au pouvoir, en mars. Xi a associé ce «rêve» à la notion de «renaissance nationale» - ce qui suppose de retrouver la gloire et les frontières de l’empire chinois de naguère. Pour y parvenir, Pékin s’est déjà lancé dans une lente et progressive entreprise de conquête des territoires qu’il estime lui revenir, usant de tactiques qui semblent tirées de l’antique Art de la guerre de Sun Zi.

 

Les îles Senkaku (ou Diaoyu pour les Chinois), revendiquées par Pékin mais actuellement territoire japonais, ont été en novembre au cœur d’une crise diplomatique et commerciale entre le Japon et la Chine. Les produits de l’archipel ont fait l’objet d’un boycott et l’ambassade du Japon dans la capitale chinoise a été assiégée par des manifestants hostiles. Depuis, Pékin envoie tous les jours des navires harceler les gardes-côtes nippons autour de cet archipel. L’un d’eux aurait même braqué son radar de tir sur une vedette japonaise, ce que Pékin dément.

Ces joutes maritimes comportent un fort risque de dérapage, selon les experts. Le 13 décembre, pour la première fois depuis un demi-siècle, un avion de reconnaissance chinois a violé l’espace aérien nippon. Une escadre aérienne a été envoyée à sa poursuite, faisant craindre un affrontement. La zone a été classée «territoire souverain essentiel» (au même titre que le Tibet), ce qui implique que sa propriété n’est pas négociable.

 

Autre îlot revendiqué par la Chine : le récif Scarborough, situé à 160 km des Philippines et à 800 km des côtes chinoises. Au printemps dernier, des navires de la République populaire ont bloqué l’accès au lagon principal, et empêchent depuis les pêcheurs philippins de s’y rendre. En réaction, Tokyo et Manille font front commun et coopèrent désormais dans le domaine de la défense maritime. De semblables confrontations ont aussi fréquemment lieu avec le Vietnam autour des archipels Paracels (occupés par la Chine) et Spratleys (qui sont également revendiqués, en partie ou en totalité, par la Malaisie, Brunei, les Philippines et Taiwan).

Ces escarmouches ne seraient que le premier chapitre d’une stratégie de grignotage qui voit beaucoup plus grand, car Pékin revendique une souveraineté entière sur l’ensemble de la mer de Chine du Sud, qui s’étend jusqu’aux côtes de l’Indonésie et de la Malaisie… à 2 000 km des côtes méridionales de la Chine continentale. Affirmant en avoir hérité de l’empire, le pouvoir communiste a réaffirmé symboliquement cette souveraineté en produisant l’an dernier des nouveaux passeports comportant en filigrane une carte délimitant ces revendications par des pointillés. La semaine dernière, une escadre amphibie chinoise s’est entraînée à un débarquement sur un récif situé à à peine 80 km de la Malaisie. Kuala Lumpur, d’habitude placide à l’égard de la Chine, a froncé les sourcils.

«Espace vital». A n’en pas douter, Pékin effraie ses voisins. «Depuis les années 80, la stratégie militaire chinoise repose sur le concept de "frontière stratégique", expliquait en 2010 Shinzo Abe, devenu entre-temps Premier ministre du Japon. Cette idée stipule que les frontières et les zones économiques exclusives sont déterminées par le pouvoir d’une nation. Plus l’économie chinoise grandit, plus sa sphère d’influence doit donc s’élargir. Certains associent cette vision au concept allemand du "Lebensraum" ["espace vital", ndlr].»

Deuxième budget militaire au monde, la Chine a mis à flot l’an dernier son premier porte-avions, le Liaoning. Mais, officiellement, elle campe sur son concept de «l’émergence pacifique», et ce sont presque toujours des navires civils qu’elle envoie en première ligne pour occuper les portions maritimes qu’elle revendique. «C’est une stratégie brillante, expliquait récemment au Los Angeles Times Stéphanie Kleine-Ahlbrandt, de l’International Crisis Group (ICG), car la Chine parvient ainsi à établir son contrôle sur une zone sans tirer le moindre coup de feu.» Il semble parfois en aller autrement : la semaine dernière, le Vietnam a accusé Pékin d’avoir tiré sur l’un de ses navires de pêche près des Paracels. La Chine a démenti, et rien ne vient étayer les propos de Hanoï. Seule certitude, Pékin a encore gagné du terrain.

 

 

John Kerry en mission pour calmer l'appétit territorial

 

Des manifestants clament l'appartenance chinoise des îles Senkaku, devant l'ambassade du Japon à Budapest le 24 septembre 2012. (Photo Attila Kisbenedek. AFP)ANALYSELe secrétaire d'Etat, en visite ce vendredi à Pékin, va tenter de refréner les prétentions de la République populaire qui représentent une menace pour Tokyo ou Manille mais aussi pour la suprématie américaine.


La visite en Chine du secrétaire d’Etat américain, John Kerry, prévue ce vendredi à Pékin, s’annonce tendue. Les revendications territoriales chinoises sur la quasi-totalité de la mer de Chine du sud (3,5 millions de km2) et sur les îles japonaises Senkakus (Diaoyu, en chinois), doivent en effet être au cœur de ces pourparlers sino-américains. Washington a laissé entendre la semaine dernière, par la voix du numéro 2 du Département d’Etat, Danny Russel, que ces prétentions chinoises enfreignent le droit international et sont provocatrices. L’émergence de la Chine en tant que puissance militaire maritime en Asie-Pacifique menace la suprématie américaine, qui en conséquence renforce depuis deux ans ses alliances diplomatiques et militaires sur l’échiquier asiatique, du Japon à l’Australie en passant par les Philippines, la Birmanie et le Vietnam. Barack Obama doit lui aussi se rendre bientôt dans la région, dans le sillage de John Kerry.


Ce «grand jeu» stratégique entre la Chine et les Etats-Unis se déroule sur fond de tensions entre Pékin et ses voisins. Tokyo et Manille n’hésitent plus à évoquer ouvertement le risque d’un conflit. «A quel moment doit-on dire "trop c’est trop" ? Eh bien le monde doit le dire. Souvenez-vous que les Sudètes ont été abandonnées pour apaiser Hitler et tenter d’éviter la Seconde Guerre mondiale», a déclaré fin janvier le président philippin, Benigno Aquino, au New York Times. Il traçait une comparaison entre l’annexion du territoire Tchécoslovaque par le Reich en 1938, et les revendications territoriales de la Chine sur des îles situées au large des Philippines. La marine chinoise s’est emparée par surprise en 2012 du récif Scarborough, qu’elle occupe désormais. Manille a entamé une procédure d’arbitrage auprès de l’ONU, en s’appuyant sur la convention onusienne sur les droits de la mer de 1982. Pékin, bien que signataire, refuse de se soumettre à cette procédure.

 

Eaux poissonneuses riches en hydrocarbures
Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, a lui aussi évoqué, dernièrement au sommet de Davos, la possibilité d’une guerre, mais en traçant cette fois un parallèle avec 14-18. «L’Allemagne et la Grande-Bretagne entretenaient des liens économiques forts et cela n’a pas empêché la guerre», a-t-il dit en réponse à une question que lui posait un journaliste sur l’éventualité d’un conflit sino-japonais. «Si une telle chose venait à se produire, cela infligerait des pertes sévères au Japon et à la Chine, mais aussi au monde. Nous devons faire absolument en sorte que cela n’arrive pas», a ajouté le Premier ministre japonais, qui a par ailleurs pour ambition affichée d’amender la Constitution pacifiste de l’archipel. Il invoque pour justifier cette mesure la croissance accélérée du budget militaire chinois devenu, selon lui, une «source d’instabilité dans la région». Le Japon et la Chine se disputent âprement la souveraineté des îles Senkakus. Tokyo affirme qu’il ne lâchera jamais ces eaux poissonneuses riches en hydrocarbures, tandis qu’il ne se passe guère de jours sans que Pékin envoie sa flotte narguer les gardes-côtes nippons au large du petit archipel inhabité. «L’expansionnisme militaire ne permettra pas à la Chine de devenir plus prospère économiquement», ponctuait fin janvier Shintaro Abe sur CNN.

 

Aquino et Abe ne sont pas les seuls à redouter une tempête à l’horizon. «C’est en Asie que la mémoire de la guerre de 1914 soulève le plus d’inquiétudes, écrit dans une récente tribune, consacrée au centenaire de 14-18, l’ancien ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer. Tous les ingrédients d’un désastre similaire y sont réunis : l’arme atomique, la montée de la Chine au rang de puissance mondiale, les rivalités territoriales non résolues, la division de la péninsule coréenne, les ressentiments historiques, l’obsession du statut et du prestige, et l’absence quasi totale de mécanisme de résolution des conflits. L’ordre du jour est dominé par la méfiance et les politiques de pouvoir.»

Le pouvoir communiste, héritier du trône impérial
Le mélange subtil de complexes d’infériorité et de supériorité qui caractérisent les relations sino-japonaises, allié à la puissante charge des mythes patriotiques, porteraient-ils en eux les germes d’un conflit futur ? La réponse de Pékin à l’audacieux parallèle historique tracé par Shintaro Abe a en cela un côté inquiétant. Qin Gang, le porte-parole chinois a rétorqué que le tout jeune empire prussien de 1914 n’était «pas digne» d’être comparé à la Chine comme l’a fait le Premier ministre nippon «car, en fait, la Chine est depuis longtemps déjà une grande puissance. A l’époque des dynasties Han [de 206 av. JC à 220 ap. JC, ndlr] et Tang [618-907], la Chine était déjà une grande puissance mondiale. Le prétendu problème d’une Chine qui émergerait pour devenir une grande puissance n’existe donc pas».


Les revendications territoriales chinoises, une vidéo sur YouTube de l'hebdomadaire britannique The Economist.

Se présentant comme l’héritier du trône impérial, le pouvoir communiste ne ferait donc, en sorte, que reprendre la place légitime que lui a léguée l’histoire… Les Etats-Unis ne voient pas les choses de cet œil. La situation a été résumée au début du mois de manière plus sobre par Matt Salmon, un représentant républicain du congrès américain cité par l’agence Associated Press : «Les Chinois veulent s’emparer de tout ce qu’ils peuvent, et voir si nous, les Américains, on aura assez de couilles pour les en empêcher.»

 

 

From : Libération (  Philippe GRANGEREAU ),......

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tag(s) : #Stratégie - Défense - Relations Internationales
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