Etats-Unis
En novembre 1997, Bill Clinton révise la doctrine nucléaire américaine en élaborant la Presidential Decision Directive 60 (PDD) (Directive décisionnelle présidentielle 60) qui fait suite à la Nuclear Posture Review de 1994. Non publiée, cette directive marque une réaffirmation en même temps qu'une reformulation du rôle de l'arme nucléaire dans la dissuasion. Mais les Etats-Unis n'adoptent pas le principe de non-emploi en premier, ne s'interdisent pas de recourir au nucléaire en réponse à des attaques chimiques ou biologiques et autorisent le ciblage d'Etats «parias» ayant un " accès potentiel» aux armes nucléaires. Ils réaffirment l'importance des armes nucléaires pour leur sécurité nationale, et ce jusqu'à un "avenir indéterminé". Le 8 janvier 2002, le Pentagone remet au Congrès un rapport, tenu secret, sur la posture nucléaire militaire américaine. Le Secrétaire d'Etat à la défense, Donald H. Rumsfeld en présente les grandes lignes dans une préface rendue publique dans laquelle il souligne que la dissuasion des Etats-Unis ne sera plus seulement fondée sur des armes nucléaires stratégiques offensives mais sur une panoplie d'autres moyens classiques, notamment d'armes de précision et sur la défense antimissile ("nouvelle triade").
En septembre 2002 est publiée par l'administration américaine la stratégie nationale de sécurité "The National Security Strategy of the United States". Tout en réaffirmant le maintien par les Etats-Unis de forces de dissuasion nucléaires et conventionnelles robustes, le document met l'accent sur la conviction des Etats-Unis que la menace de représailles ne suffirait pas à empêcher des Etats hostiles tels que l'Iran, l'Irak et la Corée du Nord d'utiliser des armes de destruction massive contre l'Amérique. En conséquence, il fait état de la résolution des Etats-Unis à être prêts à utiliser la force pour empêcher leurs adversaires d'acquérir des armes de destruction massive ou de les utiliser s'ils en possèdent.
C'est sur ces arguments que le président Bush a justifié l'intervention en Irak en mars 2003.
En décembre 2002, est publié un nouveau document "National Strategy to Combat Weapons of Mass Destruction". qui se situe dans le prolongement des deux documents précédents. Il souligne que les Etats-Unis se réservent le droit de riposter par tous les moyens appropriés, y compris en utilisant les armes nucléaires, à toute attaque chimique, biologique, nucléaire ou radiologique contre les Etats-Unis, les forces américaines déployées à l'étranger, ou les pays amis et alliés des Etats-Unis.
Barack Obama le pragmatique semble avoir choisi la tactique du milieu du terrain. La doctrine nucléaire stratégique de 80 pages que son secrétaire à la Défense, Robert Gates, sa secrétaire d'État, Hillary Clinton, son chef d'état-major, Michael McMullen, et son secrétaire à l'Énergie, Steven Chu, ont officiellement rendue publique ce mardi dessine une doctrine américaine novatrice qui réduit substantiellement les circonstances dans lesquelles l'arme atomique peut être utilisée.
Elle fait aussi de la lutte contre la prolifération et le terrorisme nucléaire sa priorité. Mais elle vise à avancer pas à pas, pour ne pas insulter l'avenir, en maintenant intacte la capacité de dissuasion de l'Amérique, notamment face à la menace iranienne ou nord-coréenne. «Je vais préserver tous les instruments nécessaires à ce que le peuple américain soit en sécurité», explique dans le New York Times de ce mardi le président, qui s'est toujours défendu d'être «un naïf» en matière de politique étrangère et de défense.
Décidé à promouvoir un monde sans armes nucléaires, projet de long terme qu'il a passionnément défendu dans son discours de Prague il y a un an, Barack Obama bannit, dans sa doctrine, toute utilisation de l'atome contre des pays non nucléaires respectueux du traité de non-prolifération, même en cas d'attaque biologique ou chimique, rapporte le quotidien américain. Il s'agit là d'un changement important par rapport à l'ère Bush qui, dans sa «revue» de 2002, n'excluait pas d'attaque nucléaire contre des États non nucléaires.
Mais dans le cas d'une «attaque bactériologique dévastatrice», l'Amérique se réserve le droit de revenir sur ses engagements. Le président a pris soin de préciser que sa stratégie impliquerait aussi la mise en place d'une riposte graduée conventionnelle capable d'assurer la protection des intérêts américains et de ses alliés. Les États-Unis entendent notamment avancer sur un projet de missiles intercontinentaux équipés de charges non nucléaires, lancé sous George W. Bush, tout en développant leur défense antimissiles.
Persuadé qu'il serait impossible de convaincre l'Iran ou les autres pays de renoncer au feu nucléaire sans une marche concomitante de l'Occident vers un monde dénucléarisé, il s'est engagé dans des négociations de désarmement avec les Russes qui ont fini par accoucher d'un nouveau traité, qui doit être signé ce mercredi à Prague.
Russie
La doctrine nucléaire russe a été révisée le 10 janvier 2000 par la signature par le président russe alors par intérim Vladimir Poutine, du texte sur le nouveau concept de sécurité nationale dans lequel la Russie annonce qu'elle envisage le recours à toutes les forces mises à sa disposition, y compris l'arme nucléaire, si tous les autres moyens pour régler une situation de crise sont épuisés ou se sont révélés inefficaces. Est ainsi abandonné le cadre étroit de recours à l'arme nucléaire en cas d'agression menaçant l'existence même de la Fédération de Russie, qui sous-tendait les textes du 17 décembre 1997 et août 1998 signés par Boris Eltsine. L'objectif final est de garantir la permanence des moyens nucléaires, en contractant le dispositif pour une meilleure crédibilité et flexibilité. Pour Moscou, le rôle du nucléaire reste essntiel, surtout face à la volonté américaine de développer un système antimissile et face à la perception de la menace venant du Sud.
Source : Concept de Sécurité nationale de la Fédération de Russie, Moscou, 2000
L'une des évaluations les plus récentes fournit, pour les les Usa et la Russie, les estimations suivantes :
- Russie : 13 000 armes nucléaires, dont 4 850 armes opérationnelles ou actives et 8 150 armes en réserve ou en attente de démantèlement ;
- Etats-Unis : 9 400 armes nucléaires, dont 5 200 déployées ou en réserve (2 200 armes stratégiques et 500 armes non stratégiques opérationnelles déployées ; 2 500 armes en réserve) et 4 200 en attente de démantèlement (avant que le président Obama ait arrêté la Nuclear Posture Review de 2010).
Le volume des deux arsenaux a ainsi été réduit d'un peu plus des deux tiers par rapport à son maximum historique de la moitié des années 1980, mais il représente encore 96 % du stock mondial d'armes nucléaires. Ni l'accord américano-russe « post-START » en cours de négociation, ni les réductions unilatérales annoncées par le président Obama ne modifient substantiellement la disproportion des arsenaux entre les deux « superpuissances » de la guerre froide et les autres.
Royaume-Uni
"Eviter la guerre plutôt que la faire, tel est le but de la dissuasion. Toutes nos forces ont un rôle dissuasif important à jouer, mais la dissuasion nucléaire soulève des problèmes particulièrement délicats liés à la nature même de la guerre nucléaire. Le gouvernement aspire à un monde plus sûr dans lequel l'arme nucléaire n'aura pas lieu d'être.
Royaume-Uni : 200 Armes nucléaires
L'un des grands objectifs de la politique étrangère et de défense est donc de renforcer le contrôle des armements. Néanmoins, tant que subsistent de grands arsenaux nucléaires et des risques de prolifération, la dissuasion minimale dont nous disposons demeure un élément essentiel de notre sécurité."
Source : Livre blanc : Strategic Defence Review (Rapport sur la défense stratégique), Secrétariat d'Etat à la Défense, Londres, juillet 1998
Extrait traduit de Problèmes politiques et sociaux, L'avenir du nucléaire militaire, André Dumoulin, La Documentation française, n°854, 16 mars 2001
France
"La stratégie nucléaire française est une stratégie de dissuasion, rejetant toute confusion entre dissuasion et emploi.[...]La nécessité de disposer d'armes nucléaires dans le nouveau contexte stratégique demeure, au plan politique comme un élément majeur de l'indépendance de la France, au plan militaire face à des risques moins immédiats que naguère, plus diffus et variés, mais persistants ou peut-être croissants sur la période prévisible.[...] Le concept français continuera de se définir par la volonté et la capacité de faire redouter à un adversaire, quel qu'il soit et quels que
soient ses moyens, des dommages inacceptables, hors de proportion avec l'enjeu d'un conflit, s'il cherche à s'en prendre à ses intérêts vitaux. Seules les armes nucléaires ont aujourd'hui une telle capacité en raison de leur pouvoir destructeur et imparable."
France : 300 Armes nucléaires
Source : Livre blanc sur la défense, collection des rapports officiels, 1994
Chine
"La Chine dispose d'une petite quantité d'armes nucléaires, pour son autodéfense. Elle s'engage à ne pas être la première à utiliser l'arme nucléaire, à ne pas l'utiliser, ou menacer de l'utiliser contre les pays qui ne détiennent pas d'armes nucléaires. La Chine ne participe pas à la course aux armements nucléaires, ni n'a réparti ses armes nucléaires à l'étranger. La Chine possède une force de contre-attaque nucléaire habile et efficace, ceci dans le but de repousser une attaque nucléaire éventuelle contre la Chine : toutes actions menées contre la Chine seront sujettes à des attaques nucléaires de représailles."
Chine : 400 Armes nucléaires
Source : La défense nationale de la Chine en l'an 2000, Office d'information du Conseil des affaires d'Etat de la République populaire de Chine, Pékin, septembre 2000
Extrait traduit de Problèmes politiques et sociaux, L'avenir du nucléaire militaire, André Dumoulin, La Documentation française, n°854, 16 mars 2001
Dans la stratégie de défense de la Chine, telle qu'elle est officiellement présentée, les forces nucléaires sont destinées à assurer une dissuasion minimale exclusivement défensive. Dès son accession à l'arme nucléaire, en 1964, la Chine a adopté une posture déclaratoire de « non-emploi en premier » assignant à ses forces nucléaires l'unique fonction de représailles en cas d'attaque.
Le budget militaire de la Chine n'atteint, de source officielle, que 57 milliards d'euros (en augmentation de 7,5 % cette année contre 15,9 % par an en moyenne dans la dernière décennie), contre une estimation du Pentagone comprise entre 77 et 110 milliards d'euros.
La Chine a développé ses capacités nucléaires militaires sur une base essentiellement nationale, la coopération engagée avec l'URSS ayant été rompue dès la fin des années 1950.
Les autorités chinoises ne fournissent aucune indication sur le volume et la structure de leur arsenal nucléaire, qui comporte des armes stratégiques et des armes tactiques. Les estimations retiennent des chiffres compris entre 250 et 400 têtes nucléaires, incluant des armes non déployées.
Les évaluations du renseignement américain et les experts s'accordent néanmoins pour considérer que la Chine est engagée dans un vaste programme de modernisation et de renforcement de ses capacités nucléaires militaires.
Ce programme nucléaire militaire vise à garantir la capacité de seconde frappe, en réduisant la vulnérabilité de la composante terrestre et en réalisant une véritable composante océanique qui lui faisait jusqu'ici défaut. Il prévoit le développement du nombre de vecteurs à portée intercontinentale tout en conservant des moyens de portée plus réduite limités à des frappes continentales. Il faut noter que la Chine est l'un des pays les plus actifs dans le domaine balistique, avec de nombreux développements et essais dont la finalité peut être tout autant nucléaire que conventionnelle, voire antisatellites.
La Chine est aujourd'hui engagée dans un programme de réalisation de quatre à cinq SNLE de classe Jin et a construit à Sanya, à l'extrême Sud du pays, sur l'île de Haïnan, une base navale pour les accueillir. Ces SNLE, dont les premiers exemplaires seraient en cours d'admission en service, sont dotés de 12 missiles balistiques Julang-2.
Enfin, la Chine disposerait d'un certain nombre d'armes nucléaires « tactiques », notamment sur des missiles balistiques à courte portée ou des missiles de croisière.
Il devrait résulter de ce programme une augmentation du nombre d'armes nucléaires, dont la variété répondra aux différentes préoccupations de la Chine : disposer, à l'image des deux autres puissances nucléaires moyennes, d'une dissuasion crédible à l'égard d'une puissance majeure ; répondre à différents scénarios de conflits régionaux, soit à propos de Taïwan, considéré comme partie intégrante du territoire chinois, soit avec des pays voisins disposant, directement ou sous couvert de l'alliance américaine, d'une couverture nucléaire.
Inde
Après ses essais nucléaires en 1998 et par là même la mise au grand jour de son potentiel nucléaire, l'Inde a éprouvé la nécessité de développer une doctrine nucléaire, élaborée par le Bureau consultatif pour la sécurité nationale, institut indépendant mais proche du pouvoir, qui définit les « principes de développement et de déploiement des forces nucléaires indiennes ». La doctrine indienne repose sur deux principes : la dissuasion minimale et l'engagement de non-emploi en premier. Par le premier principe, l'Inde n'envisage pas d'accroître le nombre de ses armes et de les
diversifier pour être en mesure d'anéantir les capacités de ses adversaires, cependant la force nucléaire indienne sera constituée d'une triade, aérienne, terrestre et maritime. Le second principe est l'engagement de ne pas être le premier à utiliser ses armes nucléaires et de n'y avoir recours que contre un ennemi qui utiliserait contre elle des armes nucléaires ou menacerait de les employer. Mais le texte ajoute que l'Inde "ripostera par des représailles punitives si la dissuasion échoue"
Inde : 60 Armes nucléaires
Source : La doctrine nucléaire de l'Inde, National Security Advisory Board (NSAB) (Bureau consultatif pour la sécurité nationale), 1999
Pakistan
L'histoire de l'arme nucléaire pakistanaise est étroitement liée à celle de sa relation conflictuelle avec son voisin, l'Inde, avec qui le Pakistan est opposé depuis leur indépendance respective en 1947, et considérée comme une menace permanente pour sa sécurité et pour son intégrité nationale.
Pakistan : 60 Armes nucléaires
Le problème du Cachemire et sa coopération avec la Chine qui lui a permis à partir de 1976 de progresser rapidement dans l'acquisition d'une capacité nucléaire n'ont pas facilité leurs relations. Dès ses essais nucléaires de 1998, en réaction à ceux de l'Inde effectués une semaine plus tôt, le Pakistan a exprimé clairement la vocation dissuasive de ses armes nucléaires : "Ces armes sont faites pour dissuader une agression" a déclaré le Premier ministre Nawaz Sharif le 28 mai 1998. Quelques déclarations publiques sur le refus du non-emploi en premier, ou sur l'emploi de l'arme nucléaire si l'"intégrité nationale était menacée" (général Moucharraf en 2000) " peuvent faire office de doctrine nucléaire, pas officiellement formalisée.
From : Doc frse , le Figaro , ...