Incapable d'élire démocratiquement son président, l'UMP se retrouve dans une situation de blocage complet, avec un président non unanimement reconnu. Que peut-il maintenant arriver ? François Fillon ira-t-il en justice ? Alain Juppé viendra-t-il à la rescousse ? Va-t-il falloir re-voter ?
L'UMP était au bord l'implosion: François Fillon, qui semblait avoir accepté sa défaite pour la présidence de l'UMP, a de nouveau contesté les résultats et demandé qu'Alain Juppé prenne la direction transitoire du mouvement pour "sortir de l'impasse".
Les proches de Fillon contestent l’élection de Jean-François Copé à la tête du parti au motif que les résultats des fédérations de Nouvelle-Calédonie, de Wallis et Futuna et de Mayotte ont été oubliés.
L'UMP est de nouveau plongé dans la tourmente par un énième rebondissement dans le feuilleton débuté dimanche soir après le vote des adhérents pour départager François Fillon et Jean-François Copé.
« Il faut que chacun comprenne bien que j’irai jusqu’au bout […] Si personne n’écoute ce que je demande, si on ne met pas en place une équipe provisoire pour diriger l’UMP » et dirigée par Alain Juppé, « alors, oui, je déposerai un recours devant la justice », a menacé François Fillon au journal télévisé de TF1.
Selon le camp Fillon, c’est la non prise en compte de trois départements et territoires d’outre-mer (Nouvelle-Calédonie, Mayotte, Wallis-et-Futuna) dans les résultats proclamés lundi soir qui change le visage de l’élection.
« Leur réintégration conduit donc à ce résultat : François Fillon, 88 004 voix. Et Jean-François Copé, 87 978 », a annoncé à l’Assemblée le directeur de campagne de François Fillon, Eric Ciotti, flanqué de deux autres lieutenants de l’ex-Premier ministre, Laurent Wauquiez et Valérie Pécresse.
« Il s’agit d’une erreur manifeste et grave », a asséné M. Ciotti, document à l’appui. « Elle doit évidemment être réparée. Nous demandons donc à la Cocoe », la commission de contrôle de l’UMP, « que les résultats soient simplement rétablis », a-t-il ajouté.
Quelques minutes plus tard, dans un communiqué, M. Fillon a affirmé que le président de la Cocoe, le sénateur Patrice Gélard, lui avait « confirmé » cette « erreur ». Du coup, il a assuré ne vouloir que « la vérité ». Sur TF1, il a ajouté qu’il « renonçait à la présidence » du parti.
Le président de la Cocoe a opposé une fin de non-recevoir à toute demande de proclamer de nouveaux résultats. « Je ne suis plus saisi. Dorénavant, toute contestation doit être adressée, le cas échéant, à la commission des recours », distincte de la Cocoe, a expliqué M. Gélard. Selon lui, c’est le camp Fillon « qui déclare que ça inverse les résultats ».
Sur TF1, François Fillon a ajouté qu'il "renonçait à la présidence" du parti. L'appel à Alain Juppé a été réitéré en fin d'après-midi par quelque 134 parlementaires et ex-ministres UMP pro-Fillon.
"L'initiative de François Fillon de faire appel à Alain Juppé est dans l'intérêt de tous", a renchéri François Baroin.
M. Juppé s'est dit "prêt" à "organiser une médiation", "mais à la condition absolue qu'elle se fasse avec l'accord et la collaboration des deux parties" et "cette condition n'est à l'évidence pas remplie aujourd'hui".
Quant à M. Copé, il a mis au défi François Fillon d'intenter un recours en bonne et due forme devant la commission des recours de l'UMP, en le prévenant qu'"alors seront réexaminés la totalité des bureaux". Notamment ceux des Alpes-Maritimes, fief des fillonistes Christian Estrosi et Eric Ciotti, où le camp Copé avait dit avoir relevé des irrégularités.
"Je redis à M. Fillon ma disponibilité totale pour le voir, parce qu'en vérité, le problème il n'est pas juridique, il est politique (...) J'appelle François Fillon et ceux qui le conseillent, surtout ceux qui le conseillent, à retrouver le sens des responsabilités et de l'intérêt général", a insisté M. Copé.
"Je souhaite que l'on sorte de ce psychodrame le plus vite possible (...) Un président (M. Copé) a été proclamé, je souhaite qu'on se rassemble derrière lui", a réagi pour sa part Bruno Le Maire, qui n'avait pris parti pour aucun des duellistes durant la campagne.
La nouvelle offensive de M. Fillon intervient alors que ce dernier semblait s'être résolu à accepter le verdict du scrutin.
"J'ai pris acte du résultat. L'unité de l'UMP m'est apparue plus importante que les critiques qui entourent l'organisation d'un scrutin qui a révélé ses défaillances", écrivait-il mardi soir dans une lettre aux militants.
Selon M. Ciotti, c'est justement mardi soir que l'équipe Fillon se serait aperçu de l'erreur.
98 contre 26 ; ce n’est pas le résultat d’un match de rugby, mais le nombre de voix d’avance de Jean-François Copé et François Fillon au scrutin de dimanche dernier, selon le mode de calcul des résultats. Dans les deux cas un score tellement serré qu’il n’en finit de provoquer des contestations. Un score qui illustre la fracture qui sépare désormais les deux camps, car dix ans après sa création, l’UMP est en voie d’implosion ; trouvera-t-elle un ou plusieurs sauveurs pour éviter la désintégration ? Désormais tout peut arriver.
1ère hypothèse, le sursaut avec Juppé à la rescousse
Les miracles sont rares -surtout en politique ; mais on dit aussi qu’en politique tout est possible. Aujourd’hui, personne, pas même ceux qui ont refusé de s’engager derrière l’un ou l’autre protagoniste, n’ose imaginer Fillon et Copé sur une même tribune pour mener le combat qui est censé les unir, c’est-à-dire contre la politique de la Gauche. Et cet antagonisme dépasse le périmètre de leurs gardes rapprochées, puisque plus de cent trente parlementaires menacent de faire scission si l’appel de François Fillon à constituer une direction collégiale autour d’Alain Juppé n’était pas entendu. Pour l’heure le nouveau président de l’UMP résiste au nom de sa légitimité. Mais si le nombre de parlementaires appelant à la rescousse du Président fondateur du Parti continuait de croître, et si la base militante, lassée de ce lavage de linge sale venait à proteste, Jean-François Copé serait contraint d’opérer un repli tactique et d’accepter que le Maire de Bordeaux, qui a proposé ses bons offices, vienne jouer les médiateurs. On ne peut pas non plus exclure que face à cette situation inextricable, Nicolas Sarkozy sorte de sa réserve pour appeler Jean-François Copé et François Fillon à la raison. Pendant la campagne interne à l’UMP les deux hommes se sont réclamés de leur fidélité à l’ancien Président. Mais Nicolas Sarkozy ne pourra tenter ce pari qu’en s’étant assuré auparavant de ne pas se heurter à une fin de non recevoir de l’une des parties. Car cet épisode risque aussi d’éveiller d’autres rancœurs à l’encontre de celui qui a perdu la présidentielle, et qui a aujourd’hui maille à partie avec la Justice à propos de l’affaire Bettencourt . Sans même parler de droit d’inventaire, l’UMP n’a pas mené la moindre réflexion sur les causes de son échec. Parce que Nicolas Sarkozy a perdu de peu, on a considéré que cette démarche était inutile. Les évènements actuels ne vont-ils pas susciter quelques remises en question ?
2e hypothèse : Fillon va en Justice
Considérant que les résultats ont été proclamés, Jean-François Copé refuse de céder aux injonctions de François Fillon et le défie de faire un recours devant la Commission prévue à cet effet. Mais l’ancien Premier Ministre n’a pas confiance en cette instance. S’il n’obtient pas la mise en place d’un Comité des Sages, il préfèrera se tourner vers la Justice en portant plainte contre son adversaire. Jean-François Copé a déjà fait savoir que «tout sera alors mis sur la table», visant implicitement les élus niçois, Christian Estrosi et Eric Ciotti, soupçonnés par le camp Copé d’avoir bourré les urnes. L’éclatement de l’UMP serait alors difficilement évitable, avec, en premier lieu la création de deux groupes parlementaires distincts. Car il serait illusoire de croire que les députés UMP déçus iraient rejoindre l’UDI de Jean-Louis Borloo en rangs serrés. Cependant entre la menace et l’acte, il y a de la marge ; ce mercredi soir, quelques députés fillonistes rappelaient déjà le vieil adage : « le premier qui tire (ou claque la porte) est mort » (politiquement s’entend). Cette affirmation vaudrait-elle également pour un départ groupé ? Partir ou tenir, tel sera le dilemme à résoudre pour les amis de François Fillon qui affichent une détermination sans faille. Une UMP éclatée ferait bien sûr l’affaire du pouvoir, et attise les convoitises au Front National , prêt à recueillir les suffrages des électeurs exaspérés par la guerre des chefs
3e hypothèse : re-voter
On ne peut exclure que la Justice, une fois saisie, se déclare dans l’impossibilité de trancher et ordonne de procéder à un nouveau scrutin .Tout le monde serait alors bien embêté car l’organisation de ce scrutin a coûté cher … en huissiers : un huissier facture 400 euros de l’heure .On ne sait pas exactement combien de ces auxiliaires de Justice ont été sollicités pour constater le déroulement du scrutin de dimanche, mais on parle d’un coût d’un million d’euros pour le financement de ces opérations de constat. Or les finances de l’UMP ne sont pas au beau fixe, puisque sa dotation publique va baisser après son échec aux élections. Le feuilleton de l’UMP n’en est qu’à ses débuts .
4e hypothese : la solution d'une commission
Alain Juppé se place en médiateur de la crise de l’UMP. Le maire de Bordeaux prendra, dès le début de la semaine prochaine, la tête d’une commission chargée de réexaminer les résultats de l’élection à la présidence de l’UMP qui opposent Jean-François Copé et François Fillon. Alain Juppé devrait rencontrer les deux candidats avant la fin de la semaine.
Dans l’affaire qui oppose Jean-François Copé à François Fillon, l’UMP semble jouer sa dernière carte en la personne d’Alain Juppé.
Des résultats sous 15 jours
L’ancien ministre a annoncé, jeudi 22 novembre au soir dans un communiqué, que sa proposition de commission pour réexaminer les résultats de l’élection à la présidence de l’UMP « a été acceptée par Jean-François Copé et François Fillon. » Cette commission se réunira « dès le début de la semaine prochaine » et devrait rendre ses conclusions publiques « sous 15 jours ».
Cinq membres devraient composer cette commission, selon le communiqué du maire de Bordeaux. Alain Juppé devrait être entouré d’un membre choisi par Jean-François Copé, un autre par François Fillon ainsi que de deux autres membres, choisi par Alain Juppé, « en accord » avec toutes les parties.
En outre, Alain Juppé a annoncé qu’il « souhaite rencontrer ensemble » François Fillon et Jean-François Copé, « dès la fin de cette semaine ».
La commission réexaminera les résultats de l’élection
La commission d’Alain Juppé devrait également s’entretenir avec le président de la Commission d’organisation et de contrôle des opérations électorales de l’UMP (Cocoe), afin « d’apprécier les conditions dans lesquelles cette commission a proclamé les résultats. »
L’audition de la commission des recours sera également organisée, Alain Juppé compte fixer avec cette dernière « un calendrier de travail et les conditions dans lesquelles cette commission rendra ses travaux. »
Alors qu’il s’exprimait devant la presse, jeudi 20 novembre à Bordeaux, Alain Juppé a pour sa part affirmé qu’il « n’attend » ni « ne demande rien » à titre personnel. « Je n’ai pas envie d’être président de l’UMP, » a-t-il déclaré.
From :Atlantico , les Nlles Calédoniennes ,Jol Press,...