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Pourquoi la NSA aspire chaque jour des millions de photos de visages sur le web

 On sait, notamment grâce aux révélations d'Edward Snowden, que les agences de renseignement américaines se servent largement d'Internet et des réseaux sociaux pour leurs activités de surveillance.

De nouveaux documents de la NSA (National Security Agency), fournis par Snowden et analysé par le New York Times dans un article paru le 1er juin, se concentrent sur un aspect précis de l'utilisation par les services secrets américains des données numériques disponibles en ligne : les photos publiées chaque jour par les individus, ou échangées grâce aux outils de communication.

Le quotidien américain publie des extraits d'une présentation PowerPoint, utilisée par la NSA en 2011 pour un usage interne et présentée comme top secrète, qui l'assure : « l'image fait tout ».

 Extrait du PowerPoint de la NSA consacré aux images, révélé par le New York Times le 1er juin. | New York Times
Selon le New York Times, ces documents indiquent qu'en 2011, la NSA était capable d'intercepter en une journée « des millions d'images » dont environ « 55 000 dont la qualité suffit pour une reconnaissance faciale ». Ces images seraient récupérées dans les emails, courriels, textos, mais aussi sur les réseaux sociaux, grâce à des outils de vidéo-conférences, ou encore, dans les bases de données de photos utilisées par les administrations des pays étrangers.


RECONNAISSANCE FACIALE

Un porte-parole de l'agence, interrogé sur la question par le New York Times, n'a pas voulu commenter et confirmer ces informations. L'article du New York Times rappelle par ailleurs que les autorités américaines (département d'Etat, FBI, etc.) ont déjà recours à des banques d'images très fournies, incluant les photos de passeport, de permis de conduire, mais aussi, dans le cas des autorités locales, des photos trouvées sur Facebook.

Mais les documents analysés par le New York Times décrivent aussi comment la NSA a ensuite recours à des logiciels permettant d'analyser et exploiter toutes ces photos, grâce à des outils de reconnaissance faciale de plus en plus évolués. Leur développement se serait accéléré sous l'administration Obama : collecter un maximum de photos, et pouvoir analyser précisément toutes les informations qui s'y trouvent, permettrait, ainsi, de repérer au plus vite des cibles potentielles.

« Il ne s'agit pas d'en avoir après les communications traditionnelles. Il s'agit de déployer tout un arsenal pour exploiter numériquement les indices qu'une cible laisse derrière elle dans ses activités courantes sur Internet, afin de recueillir des informations biographiques et biométriques », explique un document de la NSA datant de 2010, cité par le quotidien.

 

RECOUPER LES BANQUES D'IMAGES

C'est à partir de cette année là que l'agence de renseignement aurait réussi à recouper les photos d'une de ses banques d'images (appelée Pinwale) avec celles contenues dans une liste du gouvernement américain dédiée à la surveillance d'individus liés au terrorisme. A partir de là, plusieurs équipes se seraient constituées au sein de l'agence pour construire des profils précis des individus recherchés, à partir des informations contenus sur les photos dans lesquelles ils apparaissent.

Les tentatives d'identifications se seraient ensuite multipliées, selon le New York Times, qui raconte comment la NSA a, en 2011, tenté de localiser plusieurs cibles, dont Oussama Ben Laden. Ceci avec plus ou moins de succès : les recherches lancées auraient montré des photos d'hommes qui n'étaient pas les cibles recherchées, en raison des limites de l'époque en ce qui concerne l'identification faciale sur des fichiers numériques.

Toutefois, les progrès dans ce domaine sont spectaculaires, assure le New York Times, qui détaille aussi des exemples d'identifications réussies présentées dans les documents que le journal a pu obtenir, dont celle d'un homme chauve, présent dans un parc d'attraction, identifié grâce à d'autres images de lui où il avait pourtant des cheveux.

 

VIDE JURIDIQUE

Le journal précise que personne n'est en mesure combien de dire combien d'individus, aux Etats-Unis ou dans le monde entier, ont été capturés grâce à ces méthodes. Une porte-parole de la NSA a souligné par ailleurs auprès du New York Times que l'agence aurait besoin d'une approbation au niveau judiciaire pour l'utilisation de photos d'Américains qu'elle aurait recueillies grâce à ces programmes de surveillance.

Mais en ce qui concerne les limites liées à la reconnaissance faciale, le quotidien évoque un « vide juridique » que les lois sur la défense de la vie privée aux Etats-Unis n'ont pour l'instant pas comblé

 

 

Des images de millions de webcams collectées par les espions britanniques

Ce coup-ci, le GCHQ, l'agence de surveillance des télécommunications britannique, aura du mal à jouer la carte de la lutte contre le terrorisme et la prolifération nucléaire.
Le Guardian révèle, sur la base de documents d'Edward Snowden, que les espions britanniques ont intercepté de manière massive, entre 2008 et 2012, les images des caméras utilisées par les internautes dans les salons de chat de Yahoo!. Pendant six mois, en 2008, ce sont 1,8 millions de titulaires de comptes Yahoo! qui ont fait les frais de cette surveillance.

Ce programme de collecte, baptisé « Optic Nerve » (« nerf optique »), puisait dans les données collectées sur les câbles sous-marins, par lesquels transitent l'essentiel des informations sur Internet, et copiait les images interceptées dans les serveurs du GCHQ, à raison d'une toutes les cinq minutes pour chaque conversation vidéo.


UNE INTERCEPTION INDISCRIMINÉE, INNOCENTS COMPRIS

A l'inverse de certains autres programmes de la NSA et du GCHQ, « Optic Nerve » n'est pas conçu pour une interception ciblée des communications, mais bien pour une copie en masse des données, tel un grand chalut remontant tout ce qui passe dans ses filets.

C'est d'ailleurs ce que reconnaît un document interne du GCHQ reproduit par le Guardian, qui évoque une « interception sans distinction ». Cela signifie également que ne parviennent pas dans les bases de données du GCHQ les seules images de suspects de terrorisme, mais littéralement tout ce que peut attraper le GCHQ, soit les images de millions de parfaits innocents.

Yahoo a vivement réagi à ces informations, dénonçant « un niveau inédit d'atteinte à la vie privée de [ses] utilisateurs qui est totalement inacceptable ».

Le GCHQ a mis en place ce système, car l'agence a remarqué que certaines de ses cibles utilisaient les salons de discussion de Yahoo! pour communiquer. L'agence en a aussi profité pour expérimenter des technologies de reconnaissance faciale.

 

DE NOMBREUSES IMAGES D'INTERNAUTES DÉNUDÉS

Le GCHQ, avec de telles images dans ses bases de données, doit faire face à un problème évident pour qui a déjà fréquenté un chat vidéo pendant plus de cinq minutes : la nudité. Un des documents du GCHQ le note placidement : « Il semblerait qu'un nombre surprenant de gens utilisent des discussions vidéo pour montrer des parties intimes de leur corps. » L'agence chiffre même ce « nombre » : entre 3 % et 11 % des images interceptées.

Ainsi, le problème qui se présente aux espions britanniques ne semble pas tant être la dimension légale de leur collecte – les mailles de la loi sont de toute façon suffisamment lâches pour permettre une telle interception – ou le caractère moral de celle-ci, mais bien la manière dont ils vont se dépêtrer de ce tombereau d'internautes dénudés. Un document du GCHQ avertit ainsi les agents : « Ceux qui seraient gênés à l'idée d'un tel matériau sont priés de ne pas les ouvrir. »

 

UNE VAINE LUTTE CONTRE LE NU

A la lecture des documents reproduits par le Guardian, le GCHQ ne semble pas être parvenu à relever le défi technique de la nudité : les outils de détection automatique ne semblent pas fonctionner suffisamment bien pour expurger les images indésirables.

Le Guardian note que les documents auxquels il a eu accès montrent que le GCHQ a limité l'accès de ses agents aux images interceptées et stockées, notamment en ne donnant accès qu'aux métadonnées des conversations (leur date ou leur durée, par exemple). Mais certains espions se sont quand même servis des images collectées, notamment celles d'individus dont le pseudonyme ressemblait à celui d'une cible déjà connue.

 

 

 

 

 

From : le Monde ,...............

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tag(s) : #Stratégie - Défense - Relations Internationales
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