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Existe-t-il une " police secrète" autour du Président Sarkozy ?

« L'espion du président », écrit par trois journalistes, vise Bernard Squarcini, le patron du renseignements, proche de Nicolas Sarkozy. Il est supposé diriger une police parallèle.

 

Selon « L'espion du président », il existe au sein de la direction centrale du renseignement intérieur, une sorte de police secrète, chargée de surveiller journalistes et membres de l'opposition.

Le livre, qui s'appuie notamment sur des sources anonymes présentées comme des enquêteurs, affirme que des pratiques illégales telles que les « sonorisations » de logements, les intrusions informatiques et les écoutes téléphoniques en dehors de tout cadre légal, sont devenues systématiques. Des fouilles illégales de logements seraient aussi menées.

 

 

Joël Bouchité, ancien patron des RG porte lui aussi des accusations. « Squarcini a recréé à son côté une petite cellule presse. Des mecs chargés de se rancarder sur ce qui se passe dans les journaux, les affaires qui vont sortir, la personnalité des journalistes.

Pour cela, comme pour d'autres choses, ils usent de moyens parfaitement illégaux. Leur grand truc, c'est de voler des adresses IP, la carte d'identité des ordinateurs. Ils épient les échanges de mails, les consultations de sites. Ils sont alors au parfum de tout. »

Des accusations que Bernard Squarcini rejette en bloc : « Je ne suis l'espion de personne » clame-t-il haut et fort. « Je démens tout à fait que la DCRI soit un instrument politique au service du pouvoir. C'est absolument faux.

La DCRI n'écoute pas de personnalités politiques, évidemment non ». Claude Guéant, ministre de l'Intérieur, lui apporte son soutien total.

Mais d'autres pointent le doigt sur des pratiques curieuses au sommet de la police française. C'est le cas d'Yves Bonnet, dont nous donnons ici l'interview exclusive. Cet ancien directeur de la DST vient de publier « Le Grand Complot ». Pour lui, « Squarcini ne peut avoir agi de son propre chef. »

 

Ancien directeur de la Direction de la surveillance du territoire (DST), le contre-espionnage français, Yves Bonnet vient de publier, le 12 janvier dernier, un livre intitulé « Le Grand Complot ». Dans cet ouvrage, l'auteur s'interroge sur une manipulation du gouvernement français par les services secrets iraniens, évoque des affaires « liées à des intérêts privés et notamment ceux de Nicolas Sarkozy ». Nous lui avons demandé de réagir sur les récentes affaires qui touchent au pouvoir.

 

Question : L'affaire Squarcini mobilise aujourd'hui l'attention. Votre réaction ?

Je pense que la DCRI devrait se débarrasser de tout ce côté « police politique » qui n'a plus rien à faire dans notre système de sécurité et a fortiori dans des institutions véritablement démocratiques. La police politique, la collecte de renseignements, d'informations sur du personnel politique, syndical voire journalistique, c'est absolument intolérable. Ça ne sert à rien et ça empoisonne l'atmosphère. Les moyens de l'état, la police, la gendarmerie, l'ensemble des services de sécurité mobilisés au service d'une cause qui n'est pas seulement mauvaise mais qui est effectivement une cause politique était indéfendable en 2003 pour les Moujahidines du peuple, elle l'est toujours aujourd'hui dans les nombreux dossiers qui gênent le pouvoir. Mais à ce niveau-là de décision, M. Squarcini ne peut pas avoir agi de son propre chef, sans ordres.

 

Comment opère cette « police politique » que vous dénoncez ? Quels sont ses moyens ?

Il existe deux sortes de moyens, humains et techniques. Sur le plan technique, les méthodes employées sont exactement les mêmes que celles en usage dans les services du contre-espionnage. On utilise notamment les écoutes téléphoniques, les visites à domicile en l'absence des habitants, les ouvertures de courrier et le piratage informatique des adresses internes. Il y a également les moyens humains, qui ont un coût. Le personnel utilisé en particulier dans ce genre d'investigation domestique n'est plus disponible ailleurs, notamment pour remplir les missions premières qui relèvent de la lutte antiterroriste. Lorsqu'on espionne un syndicaliste par exemple, cela n'a strictement aucun intérêt pour la sécurité de l'État, mais cela a un coût puisqu'il faut payer le traitement des fonctionnaires.

 

Claude Guéant a démenti le fait que la DCRI, l'ex-DST, soit un instrument politique au service du pouvoir. Comment réagissez-vous ?

Sans commentaires. Quand il dément, il est dans son rôle.

 

Dans son livre, Yves Bonnet dénonce également le recours abusif au secret défense dans les dossiers qui impliquent le sommet de l'État. « Que ce soit pour les frégates de Taïwan ou l'affaire Karachi, on a fait interférer le secret défense alors qu'il n'a rien à voir avec ces dossiers dans lesquels, à tort ou à raison, des hommes politiques sont impliqués. Je pense que c'est pour des raisons exclusivement politiques et non pour des questions liées au renseignement, à la protection des sources. On a tendance en France à vouloir masquer les opérations avec ce foutu « secret défense » qui en fait ne protège rien d'autre que des intérêts politiques particuliers. C'est d'autant plus grave que dans le cas de Karachi, il y a eu des morts ».

 

Mais n'est-ce pas une constante, en France, que cette « privatisation » de fait de certains services du renseignement national ?

Je pense que le pouvoir politique manque de recul tant par rapport à ces opérations que l'on veut absolument médiatiser, que par rapport à ces affaires d'espionnage de journalistes, de personnalités que l'on veut garder secrètes mais qui finissent toujours par se savoir. Une bonne opération de maintien de la sécurité est une opération discrète qui vise à protéger l'intérêt collectif. J'ai toujours défendu cette idée que le bon service de sécurité est celui dont on ne parle pas et qui fait en sorte qu'il n'y ait pas d'attentat, ni de dommages aux biens et aux personnes.

 

 

 

 

"La DCRI est au service de Nicolas Sarkozy" ?

Didier Hassoux, coauteur du livre « L'Espion du président » et journaliste au Canard Enchaîné, répond à nos questions.

Qu'est-ce qui vous a conduit à enquêter sur la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) et tout particulièrement sur son « patron » Bernard Squarcini ?

 

« En 2008, Nicolas Sarkozy a décidé de fusionner la Direction de la surveillance du Territoire et les Renseignements généraux pour créer la DCRI, une structure qu'il disait vouloir transparente et qui couperait net avec toutes les « barbouzeries » du passé. Alors, on a voulu vérifier. Et ça ne l'est pas du tout ! Si la plupart des 4000 fonctionnaires de la DCRI font bien leur boulot pour lutter contre le terrorisme, un groupe d'une quinzaine de personnes menées par Bernard Squarcini a dévoyé l'institution, l'a mise au service de Nicolas Sarkozy pour mener des opérations qui ne sont pas de son ressort et illégales.

 

Quelles sont ces opérations illégales ?

Il y a, bien sûr, l'histoire des « fadettes » du Monde. Bernard Squarcini s'est procuré ces relevés téléphoniques pour savoir qui renseignait les journalistes sur l'affaire Bettencourt à un moment où certains mettaient en cause Nicolas Sarkozy dans ce dossier. Il s'est aussi chargé de faire écouter des personnalités politiques pour savoir qui faisait courir des rumeurs de liaison entre Carla Bruni-Sarkozy et le chanteur Benjamin Biolay. Bien avant l'affaire du Sofitel à New York, la DCRI travaillait sur DSK. Plusieurs de ses « espions » avaient déjà en février 2011 des enregistrements téléphoniques de discussions entre lui et ses « amis » du Nord. à quelles fins et pour qui ?

Avez-vous subi des pressions ?

Oui. L'appartement où nous travaillions a été cambriolé deux fois. Nous avons pris d'énormes précautions, comme cacher les données que nous avions recueillies et écrites ou téléphoner depuis des cabines publiques pour ne pas « griller » nos sources, c'est-à-dire ces membres de la DCRI qui nous ont parlé par envie de voir leur institution enfin débarrassée de ce genre de pratiques.

 

 

 

L'ouvrage vise indirectement Nicolas Sarkozy, censé avoir laissé s'installer des pratiques douteuses au sein de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI).

 

Le ministre de l'Intérieur Claude Guéant a été contraint de réagir face à la polémique :« Je démens tout à fait que la DCRI soit un instrument politique au service du pouvoir. C'est absolument faux. La DCRI n'écoute pas de personnalités politiques, évidemment non, a aussitôt déclaré Claude Guéant sur les ondes. La DCRI, c'est un instrument qui est à la disposition des Français pour lutter contre les menaces qui pèsent sur notre pays au service de l'intérêt général », a-t-il ajouté.

Il a ensuite pris la défense de Bernard Squarcini, le patron du renseignement intérieur, et dénoncé une campagne contre les hommes de confiance de Nicolas Sarkozy. « C'est un directeur qui est extrêmement compétent. Vous ne m'empêcherez pas d'observer qu'en ce moment, il y a une sorte de mise en cause systématique de ceux qui sont censés avoir la confiance du président de la République », a martelé le ministre de l'Intérieur.

 

 

 

 

La parution du livre a surtout déclenché une guérilla judiciaire, M. Squarcini promettant des poursuites en diffamation tandis que Mediapart va saisir la justice sur des soupçons d'espionnage. L'avocat de Bernard Squarcini, Patrick Maisonneuve, a ainsi annoncé que des poursuites en diffamation seraient engagées contre les auteurs du livre, l'éditeur ainsi que le site Mediapart et son fondateur, Edwy Plenel, auteur d'un article sur l'ouvrage. Ce dernier a de son côté assuré que Mediapart allait saisir la justice pour faire la lumière sur l'« enquête poussée » de la DCRI sur le site d'informations en 2010 qu'évoque le livre. « Le principe de la plainte est acquis, reste à en déterminer les modalités », a précisé Me Jean-Pierre Mignard, avocat du site.

 

Mediapart prépare sa riposte ...

Le patron de Mediapart Edwy Plenel est aussi visé par Bernard Squarcini . Il écrit que "les méthodes d'espionnage des rédactions par la DCRI, telles qu'elles sont décrites dans le livre, ne relèvent pas d'un dérapage occasionnel mais d'une violation systématique des libertés". Pour Me Maisonneuve, "on est au-delà de la polémique. Accuser de façon aussi ferme et définitive, ce n'est plus possible". Edwy Plenel estime par ailleurs que ce livre apporte "de nouvelles révélations sur l'ampleur de cette surveillance attentatoire aux libertés fondamentales" dont Mediapart dit avoir été l'objet.

L'ouvrage affirme que "Mediapart, qui était en pointe sur l'affaire Karachi, a fait l'objet en 2010 d'une enquête poussée du renseignement intérieur". Le site a donc décidé de porter plainte "afin que toute la vérité soit faite sur cet espionnage et que ses auteurs en répondent, ceux qui l'ont ordonné, comme ceux qui ont exécuté cet ordre illégal", écrit Edwy Plenel. Mediapart pourrait se joindre à l'enquête conduite par la juge d'instruction Sylvia Zimmermann sur les fadettes de journalistes du Monde ou déposer une plainte autonome, a précisé l'avocat du site, Jean-Pierre Mignard.

Dans l'affaire des fadettes, le patron de la DCRI a été mis en examen en octobre, soupçonné d'avoir tenté de découvrir illégalement les sources d'un journaliste du quotidien travaillant sur l'affaire Bettencourt. "Le code de déontologie de la police prévoit qu'un policier doit refuser un ordre illégal. Espionner des journalistes qui font légitimement leur travail est un ordre illégal", a commenté Edwy Plenel

 

 

On a fait un travail extrêmement sérieux et extrêmement recoupé", a réagi pour sa part Christophe Labbé, journaliste au Point et l'un des trois auteurs de l'ouvrage. "C'est son droit. C'est l'occasion de lancer un débat démocratique autour du renseignement en France et autour du rôle de son chef", a renchéri Didier Hassoux, du Canard enchaîné, en mettant en avant "une habitude de Bernard Squarcini d'attaquer systématiquement" les journalistes en justice.

 

From : TF1 , la Dépêche ,...

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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
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