La rue où est située l'ambassade de Chine à Washington pourrait être rebaptisée du nom du dissident chinois Liu Xiaobo. Pékin dénonce "une farce absolue".
La rue où se situe l'ambassade de Chine à Washington pourrait être rebaptisée du nom du dissident chinois Liu Xiaobo.
Les États-Unis ont-ils fait preuve de provocation délibérée à l'égard de la Chine ? L'initiative lancée fin mai par certains élus américains laisse en tout cas l'Empire du Milieu perplexe, relate le blog du Monde "Big Browser". Ces derniers ont en effet eu une idée originale pour exprimer le soutien des États-Unis aux défenseurs des droits de l'Homme en Chine, à l'occasion du 25e anniversaire de la répression de la place Tiananmen.
Leur suggestion ? Rebaptiser du nom du dissident chinois Liu Xiaobo, Prix Nobel de la paix en 2012, la section de l'artère qui mène à l'ambassade de Chine à Washington. Pour l'heure, le Congrès a voté mardi un amendement rendant possible le changement de nom. Si la municipalité de Washington entérine le changement de nom, l'ambassade chinoise sera désormais sise au 1, "Liu Xiaobo Plaza".
Un hommage au dissident que n'a guère apprécié Pékin, qui a réagi dès mercredi. Selon une porte-parole du ministère des affaires étrangères, Hua Chunying, cette affaire relève d'une "farce absolue". Et pour cause : Liu Xiaobo est considéré par son pays avant tout comme un criminel qui n'a pas respecté la loi chinoise et a été condamné en conséquence.
"Rue Snowden" ou "route Oussama Ben Laden"
Reste à savoir si la Chine compte riposter en rebaptisant la rue où se trouve l'ambassade américaine à Pékin. Si Hua Chunying a évincé la question, d'après le blog "Sinospere" du New York Times, les internautes chinois ne se sont pas privés d'imaginer le nouveau nom de la rue en question. De "rue des prisonniers torturés" à "rue Snowden" en passant par "route Oussama Ben Laden" ou encore "Lewinsky", les propositions n'ont pas manqué.
Faire de la topographie un acte politique n'est pas une première Outre-Atlantique. La dernière initiative remarquable en la matière visait un autre grand ennemi communiste de l'Oncle Sam. En 1980, la rue où se trouvait l'ambassade de l'Union soviétique avait en effet été renommée Andreï Sakharov, physicien et défenseur des droits de l'homme qui avait reçu le prix Nobel de la paix en 1975.
Washington accuse nommément ces militaires d'avoir dérobé des secrets industriels d'entreprises américaines. Pékin a convoqué l'ambassadeur américain et dénonce des charges «fabriquées».

C'est la première fois que les Etats-Unis poursuivent des employés gouvernementaux étrangers pour cyber-espionnage. Le département américain de la Justice a annoncé ce lundi qu'un grand jury avait inculpé cinq officiers de l'armée chinoise, accusés d'avoir piraté les systèmes informatiques de six entreprises américaines des secteurs du nucléaire, des métaux et de l'énergie solaire. Parmi ces sociétés hackées figurent notamment United States Steel Corp, producteur d'acier, Alcoa, leader dans l'aluminium, ou encore Allegheny Technologies, spécialisé dans les métaux. Ces officiers chinois «membres de l'Unité 61398 du Troisième département de l'Armée de libération du peuple», risquent donc la prison, jusqu'à 15 ans par exemple rien que pour «espionnage économique», comme l'indique le document délivré par le ministère de la justice.
Le gouvernement chinois a répliqué mardi par la convocation de l'ambassadeur américain à Pékin. La veille au soir, le vice-ministre des Affaires étrangères Zheng Zeguang a transmis à l'ambassadeur Max Baucus une «protestation solennelle» de la Chine. Le ministère de la Défense chinois accuse de son côté les Etats-Unis d'«hypocrysie». «Son recours à deux poids deux mesures en matière de sécurité informatique [a] depuis longtemps clairement été mis en évidence», commente le ministère qui renvoie à WikiLeaks et l'affaire Snowden. La diplomatie chinoise a fait savoir que les charges étaient «fabriquées» et qu'elles porteraient «atteinte à la coopération et à la confiance mutuelle» entre les deux États. La Chine a demandé d'«immédiatement rectifier cette erreur» en abandonnant cette procédure «infondée et absurde» contre ses militaires et a suspendu les activités d'un groupe de travail bilatéral sur la sécurité informatique.
«Cambriolage du 21e siècle» et «cyber-menaces»: les accusations portées lundi par le gouvernement américian sont lourdes, les propos virulents. «La gamme secrets commerciaux et autres informations sensibles volée dans ce dossier est importante et exige une réponse agressive. Le succès sur le marché mondial devrait être fondé uniquement sur la capacité d'une entreprise à innover et être compétitive, et non pas sur la capacité soutenue par un gouvernement d'espionner et de voler des secrets d'affaires», a ainsi déclaré le ministre américain de la justice Eric Holder.
Selon les informations reprises dans la presse américaine, les cinq officiers chinois, Wang Dong, Sun Kailiang, Wen Xinyu, Huang Zhenyu et Gu Chunhui, auraient opéré depuis Shanghai, entre 2006 et 2014, via des installations militaires et appartenant au renseignement chinois. L'existence de l'Unité 61398 à laquelle ils sont soupçonnés d'appartenir avait été révélée en février 2013 par la société américaine de sécurité sur internet Mandiant. Cette dernière avait alors décrit un immeuble de 12 étages dans les faubourgs de Shanghaï, abritant des centaines, voire des milliers d'employés» de l'armée chinoise. Aujourd'hui, la justice américaine accuse ces cinq hackers d'avoir - entre autres - volé les plans de conception provenant des ordinateurs de la compagnie Westinghouse, spécialisée dans le nucléaire, alors que celle-ci était en pleine négociation avec une société d'État chinoise pour la construction d'une centrale.
Un pillage informatique chiffré à 120 milliards de dollars par an
Le gouvernement américain «ne tolérera pas les actions d'aucun Etat qui cherche à saboter illégalement des sociétés américaines et à miner l'intégrité d'une compétition équitable» sur le marché, a martelé Eric Holder. L'espionnage chinois d'entreprises américaines est un secret de polichinelle, mais ce haussement de ton illustre l'inquiétude des États-Unis face au pillage informatique qui coûterait, selon Washington Post , entre 24 milliards et 120 milliards de dollars par an à son économie. Il y a un an déjà, le Pentagone avait confirmé que des pirates informatiques installés en Chine avaient réussi à pénétrer des systèmes américains dans lesquels étaient stockés les plans de plus de trente types d'armements sensibles.
Ces accusations risquent d'accroitre les tensions entre ces deux pays qui n'ont cessé de s'accuser mutuellement d'espionnage industriel ces dernières années. Les révélations d'Edward Snowden sur l'ampleur de la collecte de renseignement par l'agence de surveillance américaine (NSA), n'a fait qu'aggraver la situation. Washington s'en doute bien: il y a peu de chances que Pékin lui remette ces officiers pour qu'ils soient jugés sur le territoire américain. C'est sans doute pour cela, souligne le Wall Street Journal, que la justice américaine a, dans un geste rare, publié les photos des suspects: une façon de les discréditer publiquement, faute de pouvoir les atteindre
From : le Point ,le Figaro ,............