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Kiev, « au bord de la catastrophe », perd le contrôle de la Crimée

L'Ukraine s'est déclarée, dimanche 2 mars, « au bord de la catastrophe » à la suite des opérations de l'armée russe sur son territoire, et semblait perdre rapidement le contrôle de la Crimée, alors que l'Occident cherchait une issue à l'un des plus graves conflits avec Moscou depuis la guerre froide. Des milliers de soldats russes, sans insignes, bloquaient les militaires ukrainiens dans leurs casernes dans cette péninsule russophone du sud de l'Ukraine, qui abrite la flotte russe de la mer Noire.

« Ce n'est pas une menace, c'est en fait une déclaration de guerre à mon pays », a lancé le premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk. Alors que le président par intérim, Olexandre Tourtchinov, a répété dimanche que Kiev espérait parvenir à une solution « pacifique » à la crise, un haut responsable a annoncé en parallèle la mobilisation des réservistes ukrainiens afin d'assurer « la sécurité et l'intégrité du territoire ».

A Kiev, environ 50 000 personnes se sont rassemblées dimanche sur le Maïdan, la place de l'indépendance, épicentre des violentes manifestations qui ont abouti au départ du président Ianoukovitch. « Nous ne nous rendrons pas ! », ont-ils scandé à l'adresse de la Russie. Des manifestations pro-Ukraine rassemblant entre 1 000 et 10 000 personnes ont aussi eu lieu à Kharkiv, Odessa, Dnipropetrovsk ou Zaporijia, selon les médias ukrainiens.

 

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DÉFECTION DU CHEF DE LA MARINE UKRAINIENNE

Coup dur pour les nouvelles autorités de Kiev, le chef de la marine ukrainienne, l'amiral Denis Berezosvki, a prêté allégeance aux autorités prorusses de Crimée, livrant le quartier général  de Sébastopol aux forces russes, dès le lendemain de sa nomination par le président par intérim Olexandre Tourtchinov.

 Le premier ministre pro-russe de Crimée, Serguiï Axionov, que Kiev considère comme illégitime, a salué un « événement historique ». « Durant le blocus par les forces russes du quartier général central de la marine, il a refusé de résister et rendu les armes », a déclaré de son côté la vice-secrétaire du Conseil de sécurité ukrainien. « Le bureau du procureur a engagé des poursuites criminelles contre Denis Berezovski en vertu de la clause 111 : trahison d'Etat », a-t-elle réagi.

LE NAVIRE AMIRAL SOUS PAVILLON RUSSE

Plus tôt, c'est le fleuron de la marine ukrainienne et son navire amiral, la frégate Hetman-Sahaydachniy, qui aurait fait défection, selon les médias russes, une information démentie par le ministère de la défense ukrainien. Selon la chaîne d'information en continu Russia Today, cette frégate aurait refusé de suivre les ordres du gouvernement de Kiev, et aurait hissé le pavillon russe après une patrouille dans le golfe d'Aden.

Deux frégates anti-sous-marins russes ont pris position aux larges des côtes de Crimée, en violation de l'accord régissant le bail dont bénéficie la Russie pour sa flotte installée dans la base navale de Sébastopol, selon une source militaire ukrainienne. Ces deux navires de guerre feraient partie de la flotte de la Baltique et ont été signalés dans la baie de Sébastopol.

OPÉRATIONS CONTRE L'ARMÉE UKRAINIENNE EN CRIMÉE

La tension semblait monter en Crimée entre les deux camps, même si aucun affrontement n'a été rapporté. Dimanche soir, une forte explosion, d'origine inconnue, a été entendue dans toute la ville de Simféropol, la capitale de Crimée. Et plusieurs sites stratégiques de la péninsule, bases militaires, aéroports ou bâtiments officiels, ont fait l'objet de blocages par des hommes en armes, dont l'uniforme ne porte aucun signe distinctif, mais que les observateurs assimilent à des soldats russes.

Ainsi, la base militaire de Perevalne, qui abrite une unité des gardes-côtes ukrainiens, à vingt kilomètres de Simféropol, a été cernée par des centaines d'hommes armés de fusils automatiques. Selon le ministère ukrainien de la défense, qui a estimé leur nombre à un millier, les assaillants voulaient contraindre les gardes-côtes à rendre leurs armes.

Près de la ville de Soudak, le ministère de la défense ukrainien rapporte, selon l'agence Interfax, que les Russes ont pris des pistolets, des fusils et des cartouches dans le poste radar. Ils auraient aussi pressé le personnel du site de prendre le parti des dirigeants prorusses de Crimée. Ailleurs, dans un centre de formation de la marine ukrainienne à Sébastopol, un autre groupe de soldats russes a également confisqué des armes.

En outre, Evgueni Savtchenko, le gouverneur de la région russe de Belgorod, rapporte que des groupes armés ont tenté de bloquer une route qui relie les deux pays. « Des hommes armées parcourent la région, a dit M. Savtchenko, cité par Interfax. Il y a eu une tentative de blocage de la route de Moscou à la Crimée. C'est vraiment inquiétant. »

 

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Offensive diplomatique après la « déclaration de guerre » de la Russie à l'Ukraine


Alors que Kiev condamne la « déclaration de guerre » faite par la Russie à l'Ukraine, et perd le contrôle de la Crimée, les Occidentaux multipliaient les manœuvres diplomatiques, dimanche 2 mars, pour tenter de résoudre cette crise majeure.
Moscou a en effet obtenu samedi le feu vert du Parlement pour un recours à l'armée en Ukraine, particulièrement dans cette péninsule du sud du pays et dans les régions de l'Est, où le Kremlin veut « protéger ses intérêts et les populations russophones ». En Crimée, le chef de la marine ukrainienne a d'ores et déjà prêté allégeance aux autorités locales prorusses, tandis que bases militaires, aéroports ou bâtiments officiels ont été bloqués par des milliers d'hommes en armes, identifiés comme des soldats russes.

  ■Poutine accepte la proposition de dialogue de Merkel
Lors d'un entretien téléphonique dimanche soir, la chancelière allemande, Angela Merkel, a « reproché au président russe d'avoir violé le droit international », notamment le mémorandum de Budapest de 1994, dans lequel la Russie s'était engagée à respecter l'indépendance et la souveraineté de l'Ukraine dans ses frontières existantes, et le traité sur la flotte russe de la Mer noire de 1997.

Selon le gouvernement allemand, Vladimir Poutine a accepté une proposition de la chancelière sur la création d'une « mission d'enquête » et d'un « groupe de contact » pour entamer « un dialogue politique » sur l'Ukraine. Cette mission pourrait être dirigée par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.

■Le G8 à Sotchi remis en cause
Condamnant également la « claire violation » de la souveraineté de l'Ukraine par Moscou, les dirigeants de sept pays membres du G8 – Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni – ont annoncé la suspension de leurs préparatifs en vue du sommet du groupe prévu à Sotchi, en Russie, en juin. Les sept pays se sont aussi dits prêts à assister toute médiation internationale en vue de négociations entre Kiev et Moscou.

Plus tôt dimanche, le secrétaire d'Etat américain John Kerry avait prévenu que la Russie pourrait perdre sa place à la table du G8 – où elle siège depuis 1998 aux côtés des sept pays les plus industrialisés. Le président russe « pourrait ne pas avoir de [sommet du] G8 à Sotchi, il pourrait même ne pas rester au sein du G8 si cela continue », a menacé le chef de la diplomatie à la télévision américaine.

■Le G7 prêt à fournir « un solide soutien financier »
Le G7 s'est aussi engagé à « fournir un solide soutien financier à l'Ukraine »

les ministres du G7 estiment que la transition gouvernementale dans le pays « offre une opportunité unique de mettre en place des réformes urgemment nécessaires, favorables au marché, qui vont restaurer la stabilité financière », et se disent prêts à « aider l'Ukraine à s'attaquer à ses problèmes macroéconomiques, de régulation et de lutte contre la corruption ».

■Washington évoque des sanctions économiques

Ces annonces font suite à la montée au créneau de Washington, qui n'a pas eu de mots assez forts pour condamner les opérations russes. Après avoir fustigé samedi « l'invasion et l'occupation » de l'Ukraine par la Russie, qui mettent en péril « la paix et la sécurité » dans la région, le secrétaire d'Etat John Kerry s'est encore montré très ferme dimanche :

« Au 21e siècle, vous ne vous comportez tout simplement pas comme au 19e siècle en envahissant un autre pays ! » « Le G8 et quelques autres sont prêts à aller jusqu'au bout pour isoler la Russie en raison de cette invasion. Ils sont prêts à mettre en place des sanctions, ils sont prêts à isoler la Russie économiquement. »M. Kerry, qui doit se rendre mardi à Kiev, a assuré vouloir avant tout « une résolution pacifique » de la crise. Il a évoqué, comme moyen de pressions, des sanctions économiques, le gel des avoirs de certains dirigeants russes, des interdictions de visa, ou encore le boycottage des investissements.

■L'OTAN appelle au dialogue et au repli des troupes russes
L'Alliance atlantique a de son côté invité la Russie et l'Ukraine au dialogue. « Nous exhortons les deux parties à rechercher sans tarder une solution pacifique par un dialogue bilatéral, via une médiation internationale (..) et le déploiement d'observateurs internationaux sour les auspices du Conseil de sécurité de l'ONU ou de l'OSCE », a déclaré l'OTAN à l'issue de près de huit heures d'une réunion d'urgence des vingt-huit ambassadeurs de l'Alliance atlantique.

Son secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen, a également invité la Russie à ordonner le repli de ses troupes dans leurs bases en Ukraine et à s'abstenir d'intervenir davantage dans le pays.

■Boycott des Jeux paralympiques de Sotchi

Le premier ministre britannique David Cameron a par ailleurs annoncé que son gouvernement allait boycotter les Jeux paralympiques de Sotchi. Il a en revanche rappelé qu'il « soutenait pleinement la participation » des athlètes britanniques.

Le chef de la diplomatie britannique William Hague s'est quant à lui rendu à Kiev pour rencontrer les nouveaux dirigeants ukrainiens, les assurer du soutien de Londres et les inciter à la retenue.

 

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Crise ukrainienne : ce que nous coûterait vraiment un clash Russie/Europe
La France et le Royaume-Uni ont suspendu leur participation aux réunions préparatoires du G8 de Sotchi (Russie), en réaction aux événements en Ukraine. Mais si le divorce entre la Russie et l'Union européenne était réellement consommé, l'impact économique serait insoutenable pour plusieurs pays de l'union.


La France et le Royaume-Uni ont suspendu leur participation aux réunions préparatoires du G8 de Sotchi (Russie), en réaction aux événements en Ukraine Crédit Reuters
Atlantico : Le monde occidental et notamment les pays européens ont vivement réagit à l'incursion russe en Ukraine. La France et la Grande-Bretagne ont notamment annoncé avoir "suspendu" sa participation aux réunions préparatoires du G8 de Sotchi. Quel impact pourrait avoir sur l'Europe une rupture des relations de ses relations avec la Russie ?
Nicolas Mazzucchi : Ce serait très compliqué, car ces deux ensembles sont interconnectés. Ils ont tous les deux annoncé depuis de nombreuses années leur volonté de coopérer et ont tissé un certain nombre de lien, diplomatiques ou économiques. Cette relation s’est beaucoup développée depuis les années Eltsine et a continué sous Poutine, qui voit l’UE comme un de ses partenaires, notamment économique.

L’Europe au sens large est le débouché économique naturel de la Russie. Imaginez le nombre de liens qui se sont tissés depuis 25 ans ! Une rupture aurait donc des conséquences extrêmement fortes, et je ne vois pas comme cela pourrait arriver, sur le plan diplomatique ou économique.

Quel serait l’impact sur l’approvisionnement énergétique de l’UE si les situations venaient à se tendre ? Quels pays sont les plus dépendants de l’énergie russe ?
L’impact serait énorme, et pour certains pays insoutenable. La Russie exporte la majeure partie de son gaz et de son pétrole vers l’ouest. L’Union européenne et les pays européens sont ses premiers clients au niveau des matières premières énergétiques.

Si l’on rajoute la partie technologique de ce volet énergétique, énormément de pays européens sont équipés de centrales nucléaires russes, ont des contrats d’approvisionnement avec la Russie pour l’uranium ; Atomener-goprom l’entreprise russe de construction de centrales nucléaires, opère en République-Tchèque, en Slovaquie…  Cette société a aussi passé des contrats de fourniture d’uranium avec Areva, pour alimenter des centrales au Royaume-Uni.

L’Allemagne est le pays le plus dépendant à la Russie. Elle s’est construite depuis les années 1990 comme le hub énergétique de la Russie en Europe. Le siège de Gazprom Europe est en Allemagne et le pays est le premier client en export-pétrole de la Russie. L’Allemagne, au tout premier chef, serait le pays d’Europe le plus affecté. Mais tous les pays qui se situent entre elle et la Russie, c’est-à-dire toute l’Europe centrale et orientale, sont aussi extrêmement dépendants. Ces pays, comme la Pologne, la Slovaquie ou la République tchèque avaient déjà extrêmement souffert lors des guerres gazières entre la Russie et l’Ukraine en 2006-2008.

La Russie a aussi diversifié ses voies d’approvisionnement vers l’Europe, en construisant le gazoduc North Stream et actuellement le gazoduc South Stream, ce qui veut dire que des pays qui étaient peu dépendants de la Russie le deviennent de plus en plus. Pour la France, par exemple, on est passé de 12% à 15% d’approvisionnement gazier russe en 5 ans. Ce n’est pas énorme, mais on voit que la Russie renforce son poids dans les relations.

Pour l’Union, une rupture des relations aurait donc un impact majeur – ce qui accrédite l’idée que cela ne se produira pas – et cet impact serait vraiment dramatique pour l’Allemagne et l’Europe orientale.

La relation énergétique entre Européens et Russes date maintenant d’il y a plus de 30 ans, avec les accords de 1981 prévoyant des livraisons de gaz soviétique à des Etats de la CEE. Ces accords ont résisté à toutes les crises, notamment à la colère de l’administration Reagan, dès leur mise en place. Peut-on envisager une rupture diplomatique qui ne toucherait pas au sujet énergique, trop sensible pour les deux parties ?
Les deux volets sont interconnectés. La Russie fournit de l’énergie à des tarifs préférentiels en fonction des relations qu’elle entretient avec les pays. Elle fournit très peu à court marché, mais plutôt à long marché, avec des facilités pour des pays qui lui sont proches, comme l’Allemagne. Si demain elle décide de vendre à court marché, on n’aura pas une rupture des relations énergétiques, mais l’impact sera tout de même très important. Ça a été parfaitement compris par Vladimir Poutine dès son arrivée au pouvoir, et c’est l’un des éléments de son « arme diplomatique gazière ».

Et ça ne s’entend pas que dans l’énergie. La Russie est un champion des matières premières toute catégorie : métaux rares ou stratégiques – la Russie est l’un des premiers fournisseurs de titane d’Airbus – ou matières premières agricoles, comme le blé. Pour toutes les industries agro-alimentaires européennes qui vont se fournir en Russie, il peut y avoir un problème.

Tout ce système d’exportation de matières premières est tenu de manière plus ou moins directe par le Kremlin. VSMPO-Avisma, le producteur de titane, appartient ainsi aux deux-tiers à l’Etat russe.

Malgré ces interconnections, comment expliquer que les relations entre l'Union européenne (UE) et la Russie patinent depuis plusieurs années, notamment depuis le retour de Vladimir Poutine au Kremlin ? Par exemple, le dossier de l’abrogation des Visas n’a jamais été réglé.
Chacun est un peu sous la menace de l’autre. L’Union européenne est dépendante de la Russie au niveau énergétique, mais la Russie s’est énormément désindustrialisé depuis la chute de l’URSS et a de plus en plus besoin non seulement des produits finis européens mais aussi des coopérations technologiques. On le voit dans l’aéronautique, où des sous-filiales d’Airbus sont obligées d’aider des entreprises russes ; Renault ou Fiat ont aussi noué des partenariats avec des constructeurs russes…

Chacun a besoin de l’autre et joue là-dessus. Ce jeu de dépendance croisée fait que la relation a parfois du mal à se mettre en place de manière sereine car chacun soupçonne l’autre d’instrumentaliser le volet économique et de vouloir accroître sa puissance au détriment de l’autre.

Par ailleurs, l’Union européenne n’est pas un bloc unifié. On a le bloc des pays moins orientés vers la Russie, pour des raisons historiques – les pays baltes – ou géo-économiques – comme le Royaume-Uni. Il y a ensuite le bloc pro-russe (Allemagne, Slovaquie, certains pays du Caucase) et un troisième groupe (France, Portugal, Espagne…) qui ont peu de liens. Ils jouent un peu le rôle de tampon et c’est souvent le basculement de la France qui décide de la relation.

Il y a donc un éclatement des opinions européennes vis-à-vis de la Russie. Si on y ajoute le jeu des Etats-Unis via l’Otan, ça complexifie encore l’affaire.

On le sait peu, mais 2014 est "l’année de la science UE-Russie". Y-a-t-il d’autres secteurs où la coopération Europe-Russie pourrait souffrir d’une rupture des relations ?
La Russie a toujours considéré la science comme l’un de ses pôles de savoir-faire, particulièrement les sciences dures. Et Vladimir Poutine a voulu reprendre, depuis plusieurs années, remettre les universités russes au premier plan. Il fait appel pour cela à la coopération culturelle, éducative et scientifique avec l’Europe. Un certains nombres de programmes pourraient donc être touchés.

Il y a aussi une volonté russe de se réindustrialiser, avec une visée dans les domaines de pointe comme l’industrie nucléaire, l’aéronautique, le spatial et les nanotechnologies. Pour cela, les Russes comptent sur le savoir-faire des industries européennes. Une rupture des relations sur ce point ferait aussi mal à la Russie.

C’est un peu un équilibre de la terreur, finalement ?
Oui, mais les deux ont des portes de sortie… complexes. Dans le domaine énergétique, les Etats-Unis se présentent de plus en plus comme un futur exportateur de gaz et incitent certains pays à venir se fournir chez eux plutôt que chez les Russes. Les pays baltes et les pays d’Europe du Nord sont très intéressés.

Côté russe, il y a aussi une possibilité de diversification vers la Chine – même si les relations russo-chinoises sont encore plus marquées par la défiance que les relations avec l’Europe. Les Chinois sont de plus en plus demandeurs de matières premières, de gaz russe, et la Russie a un peu tendance à brandir cette menace à l’UE : « si vous arrêtez d’acheter notre pétrole, on le vendra à la Chine ».

Ceci dit, ces voies de sortie ne se feront qu’à moyen ou long terme, et il y a très peu de chances que la Chine remplace l’Europe demain ou après-demain dans la balance économique russe. Idem pour les Etats-Unis remplaçant la Russie dans la balance européenne.

 

 

La menace de sanctions contre la Russie est loin de faire l'unanimité à Bruxelles

Quelques heures seulement après l'adoption de menaces de sanctions contre la Russie par les ministres des affaires étrangères de l'Union européenne (UE), lundi 3 mars à Bruxelles, la virulente sortie de l'ambassadeur russe aux Nations unies, Vitali Tchourkine, a douché les espoirs de tous ceux qui tablaient sur une inflexion de la rhétorique guerrière du Kremlin en Ukraine.
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Ses propos inflexibles pouvaient se lire comme une réponse à la mise en garde adressée au Kremlin à l'issue de la réunion de Bruxelles, organisée à la demande de la Pologne, qui tire depuis plusieurs mois la sonnette d'alarme sur la détérioration de la situation chez son voisin ukrainien.

Pendant qu'ils débattaient des mesures à prendre, les ministres européens suivaient avec inquiétude l'évolution en Crimée et dans l'est de l'Ukraine. Au terme de leur rencontre de cinq heures, ils ont condamné « la violation manifeste de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine par des actes d'agressions des forces russes ». Sans toutefois utiliser le terme « d'invasion », préféré par les anciens pays de l'Est.

 

DOUTES SUR LA PORTÉE DES MESURES

Si la Russie ne prend pas des « mesures de désescalade » en ordonnant le « repli » des forces russes dans « leurs zones de stationnement permanentes » en Crimée, l'Union européenne menace de prendre des sanctions contre Moscou lors du sommet extraordinaire des chefs de l'Etat et de gouvernement des Vingt-Huit, convoqué jeudi 6 mars, à Bruxelles.

Pour l'instant, les premières sanctions évoquées par l'UE dans son communiqué sont mesurées : menace de suspension des négociations sur les visas russes, report de celles portant sur un accord de coopération économique et interruption des préparatifs liés au G8 de Sotchi, prévu au mois de juin.

Plusieurs ministres européens ont cependant émis des doutes sur la portée de ces mesures et leur capacité à infléchir la position de Moscou. Didier Reynders, ministre belge des affaires étrangères, s'est dit « pessimiste » sur l'évolution de la situation en Ukraine et son homologue luxembourgeois, Jean Asselborn, ne cachait pas non plus son inquiétude. « J'ai bien peur qu'on ne soit qu'au début d'un processus plutôt qu'à sa fin », a-t-il déclaré.

 

LA POLOGNE ET LES PAYS BALTES SATISFAITS

Toutefois, le texte adopté lundi par les Européens n'est qu'un premier pas. « S'il n'y a pas de mesures rapides et concrètes de désescalade », a prévenu Laurent Fabius, le chef de la diplomatie française, « les ponts seront coupés sur beaucoup de sujets ».

Mais la menace de recours à des sanctions, dont l'adoption est différée jusqu'à jeudi, est loin de faire l'unanimité au sein de l'UE. L'Allemagne, notamment, qui s'est imposée comme le principal interlocuteur de Vladimir Poutine, est réticente à s'engager sur cette voie, dont elle redoute les retombées sur ses nombreux intérêts commerciaux en Russie.

En revanche, les pays scandinaves, et surtout la Pologne et les pays baltes, traditionnellement plus revendicatifs vis-à-vis de la Russie, se sont montrés satisfaits de la réunion de Bruxelles, alors qu'ils se sont longtemps plaints de la « mollesse » de leurs partenaires européens vis-à-vis de Moscou. La Russie pourrait faire face « à de sérieuses conséquences » si elle poursuit son intervention en Crimée, s'est félicité Radoslaw Sikorski, le ministre polonais des affaires étrangères

 

« RESTER GRADUEL DANS LE LANGAGE »

A ce stade, fait-on savoir au Quai d'Orsay, il est encore nécessaire de « rester graduel dans le langage et les mesures de rétorsions envisagées. Elles seront calibrées en fonction de l'évolution sur le terrain ».

Si la Russie se montre intransigeante d'ici à jeudi, les Européens disent disposer de « toute une gamme de ripostes » qui pourraient être mises à l'ordre du jour lors de la réunion du 6 mars à Bruxelles : sanctions économiques, notamment dans le secteur bancaire, embargo sur les armes, gel des avoirs des institutions et des individus, suspension des négociations sur le régime des visas, etc.

La logique, note un diplomate européen, consiste à « envoyer des flèches sur les deux talons d'Achille » de la Russie : sa fragilité économique et son souci de respectabilité sur la scène mondiale. « Il n'est pas certain que Poutine ait envie de devenir un nouveau Mugabe », souligne-t-on au Quai d'Orsay, en référence au président du Zimbabwe, paria de la communauté internationale.

 

L'ARGUMENT ÉCONOMIQUE

A supposer que la Russie recherche encore le compromis, l'argument économique pourrait être le plus pertinent. Les menaces de sanctions et d'isolement proférées, dimanche, par John Kerry, le secrétaire d'Etat américain, ont semé un vent de panique sur les marchés russes et fait plonger la Bourse de Moscou, lundi.

En attendant les décisions que prendront les dirigeants européens, jeudi à Bruxelles, la pression diplomatique contre la Russie va se poursuivre, mardi 4 mars, avec la convocation d'une deuxième réunion de crise de l'OTAN sur l'Ukraine.

Elle est, à nouveau, convoquée par la Pologne, qui a invoqué l'article 4 du traité de l'OTAN, qui permet à chaque membre de l'Alliance atlantique de consulter ses partenaires chaque fois qu'il estime que sa « sécurité est menacée ». L'onde de choc du conflit ukrainien n'en est qu'à ses débuts

 

 

 

 

 

From : le Monde , Atlantico,......

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tag(s) : #Stratégie - Défense - Relations Internationales
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