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M. Balladur soupçonné d'avoir détourné les fonds spéciaux de Matignon


L'équipe de campagne d'Edouard Balladur aurait payé un consultant américain par le biais de rétrocommissions sur les ventes d'armes au Pakistan et à l'Arabie Saoudite.

Pour Edouard Balladur, le spectre de la Cour de justice de la République (CJR) se rapproche inexorablement. En délivrant, le 18 juillet, un réquisitoire supplétif pour "détournement de fonds publics" et "recel" aux juges chargés du volet financier de l'affaire de Karachi, Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire, le parquet de Paris a conforté les soupçons de malversations entourant le financement, en 1995, de la campagne présidentielle de l'ancien premier ministre. Nicolas Bazire, l'ex-directeur de son cabinet à Matignon, qui dirigea aussi sa campagne, est déjà poursuivi dans ce dossier.
Le délit de "détournement de fonds publics", dont sont désormais saisis les juges, vise le recours, par le premier ministre-candidat, aux fonds secrets, qui auraient abondé de manière illicite sa campagne présidentielle. Le réquisitoire du parquet répondait à une ordonnance du 26 juin des juges. Outre les fonds spéciaux, la campagne de M. Balladur aurait également bénéficié de "rétrocommissions" issues de ventes d'armes fin 1994 au Pakistan et à l'Arabie saoudite.

 

AVEUX TARDIFS DE L'INTERMÉDIAIRE ZIAD TAKIEDDINE

Homme-clé du dossier, l'intermédiaire Ziad Takieddine, écroué le 31 mai, a réitéré les 5 et 8 juillet ses accusations de financement illicite. Les juges viennent de lui accorder sa remise en liberté contre une caution de 4,3 millions d'euros.

Les aveux – tardifs – de l'intermédiaire Ziad Takieddine, reconnaissant avoir reversé aux proches de M. Balladur une partie des sommes perçues en marge de la vente, fin 1994, de sous-marins au Pakistan et de frégates à l'Arabie saoudite, s'ajoutant aux témoignages attestant le recours illicite aux fonds spéciaux pour subvenir aux dépenses de la campagne du premier ministre en 1995, les magistrats instructeurs ne devraient donc avoir d'autre choix, à la rentrée, que de se dessaisir au profit de la Cour de justice de la République (CJR). Cette juridiction est en effet la seule habilitée à enquêter – puis, le cas échéant, juger et condamner – sur un ministre pour des faits commis dans l'exercice de ses fonctions.

Lire aussi : M. Takieddine réitère ses accusations sur le financement de la campagne de Balladur en 1995

Le cas de M. Balladur pourrait lui être soumis, de même que celui de son ancien ministre de la défense, François Léotard, ouvertement suspecté d'avoir tout fait pour imposer les intermédiaires Ziad Takieddine et Abdul Rahman El-Assir dans plusieurs contrats d'armement, en contrepartie du versement de rétrocommissions. L'homme-lige de M. Léotard, Renaud Donnedieu de Vabres, conseiller à la défense entre 1993 et 1995, est déjà poursuivi pour "abus de biens sociaux et recel".

 

TÉMOIGNAGES ACCRÉDITANT L'UTILISATION DE FONDS "SECRETS"

Depuis son déclenchement, fin 2010, l'enquête des juges Van Ruymbeke et Le Loire a accumulé les documents et témoignages accréditant l'utilisation par l'équipe de M. Balladur, lors de la campagne présidentielle, de ces fameux fonds "secrets" mis à la disposition des ministres, dont le gouvernement de Lionel Jospin décida la suppression en 2001.

Par exemple, en novembre 2011, Frédéric Aucher, un ancien gendarme, militant RPR de longue date, avait expliqué aux policiers de la division nationale d'investigations financières et fiscales (DNIF) dans quelles conditions il était devenu, début 1995, secrétaire général de la campagne de M. Balladur. "Lorsque l'on m'a demandé de venir à la campagne et que M. Pierre Mongin m'a demandé de quitter mon poste du ministère de la coopération, il m'a dit qu'il compenserait ma perte de salaire par une enveloppe de fonds secrets de Matignon, avait-il révélé. En fin de mois, Pierre Mongin me remettait des espèces. Le montant a évolué au fil des mois. Le premier mois, j'ai eu 30 000 francs, puis 50 000 francs à deux reprises."

M. Aucher s'est dit certain qu'il s'agissait des fonds secrets, car cela lui avait "été présenté comme cela par M. Mongin", précisant que " tous les billets étaient d'un montant de 500 francs". En décembre 2012, l'ex-trésorier de la campagne de M. Balladur, René Galy-Dejean, avait été encore plus explicite s'agissant d'un dépôt suspect de plus de 3 millions de francs en liquide, en avril 1995, sur le compte de l'AFICEB (Association de financement de la campagne d'Edouard Balladur). Il avait assuré avoir été convoqué par Pierre Mongin à Matignon en ces termes : "Arrivé dans son bureau, avait rapporté M. Galy-Dejean, il me montre plusieurs boîtes en carton et me dit : 'Voilà 3 millions en petites coupures'. C'est cette somme que j'ai apportée à la cellule trésorerie."

 

DE FORTES SOMMES EN LIQUIDE SUR LE COMPTE DE CAMPAGNE

Concernant l'origine de ces fonds, l'ancien trésorier avait confié : "Je garde en tête la phrase plusieurs fois publiquement prononcée par M. Balladur : 'J'ai utilisé tous les moyens légaux qui étaient à ma disposition'." En clair, il s'agissait selon M. Galy-Dejean de fonds spéciaux.

La publication de ce témoignage dans Le Monde du 10 janvier avait provoqué une vive réaction de M. Mongin. L'actuel PDG de la RATP avait démenti "vigoureusement" avoir "jamais remis cet argent à M. Galy-Dejean", et annoncé le dépôt d'une plainte contre l'ex-trésorier pour "dénonciation calomnieuse". Les révélations de M. Galy-Dejean avaient toutefois valu à M. Mongin d'être reconvoqué par les juges, le 16 janvier, cette fois en qualité de témoin assisté, statut entre celui de témoin et de mis en examen.

Autre témoignage gênant pour M. Balladur, celui de l'ancien chauffeur de M. Galy-Dejean. Jean-Louis le Guevel a déclaré à la police, le 19 mars, s'être rendu début 1995 à Matignon chercher des fonds secrets. "Nous sommes rentrés par l'accès livraisons de Matignon. J'ai garé la voiture en marche arrière, devant l'entrée de service, à l'abri des regards. M. Galy-Dejean et [son assistant] M. Alexandre Galdin (...) sont restés à Matignon environ une demi-heure. Ils sont sortis et, je m'en souviens précisément, avec quatre sacs en jute provenant de la Banque de France (...). J'ai tout. de suite compris qu'ils venaient de récupérer une somme d'argent à Matignon et que c'était pour la campagne de M. Balladur."

Un récit qualifié de "faux" devant les policiers par M. Galdin, qui a toutefois fait part de ses doutes sur l'arrivée de fortes sommes en liquide sur le compte de campagne. M. Balladur, lui, a toujours nié tout financement illicite : le 28 avril 2010, il avait affirmé devant une mission d'information parlementaire que la plupart des fonds en espèces dont sa campagne bénéficia avaient été recueillis "lors de centaines de meetings", auprès "des militants, des sympathisants", via notamment la vente de pin's et autres t-shirts à sa gloire...

 

 

Karachi: un témoin met en cause Balladur
Un célèbre consultant politique américain, Paul Manafort, a reconnu devant les juges français enquêtant sur l'affaire Karachi et le financement de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995 avoir été payé par un intermédiaire dans les contrats d'armement pour des conseils en communication, selon Libération.

Un témoignage qui pourrait faire avancer l'enquête des juges Van Ruymbecke et Le Loire, qui s'intéressent à un circuit de corruption présumé autour de la vente de sous-marins par la France au Pakistan par le gouvernement Balladur. Ils cherchent à vérifier si d'éventuelles rétro-commissions ont pu financer en 1994-1995 la campagne présidentielle de l'ancien premier ministre.

 

En quête de preuves, les enquêteurs ont été mis sur la piste de Paul Manafort par Nicola Johnson, l'ex-épouse de Ziad Takieddine, l'un des deux intermédiaires imposé à la dernière minute dans la signature des contrats d'armement de la France avec l'Arabie saoudite (Sawari II) et le Pakistan (Agosta). Lors de son audition, elle a confié : «Ziad m'avait dit que Paul Manafort donnait des conseils par rapport à la campagne présidentielle de M. Balladur».

 

200.000 dollars versés entre 1994 et 1995

Entendu en Virginie dans le cadre d'une commission rogatoire envoyée par le juge Van Ruymbecke, le consultant, qui a notamment travaillé pour les Républicains lors des présidentielles américaines des années 80, a confirmé avoir fourni des sondages et des notes stratégiques au camp Balladur. Il dit avoir été payé par Abdul Rahman El-Assir, l'autre intermédiaire imposé par le gouvernement français dans les contrats d'armement. Les sommes en jeu sont importantes : entre septembre 1994 et août 1995, au moins 200.000 dollars auraient été versés par El-Assir à Paul Manafort et sa société.

Pendant son audition, Paul Manafort a aussi reconnu avoir rencontré des membres de l'équipe de campagne d'Edouard Balladur en 1995, ce que l'entourage de l'ancien premier ministre a toujours nié. Selon le consultant américain, Ziad Takieddine était alors présent et chargé de traduire ses propos. Placé en détention provisoire il y a deux mois, l'intermédiaire franco-libanais a reconnu lors d'une récente audition l'existence de sondages fournis par Manafort à l'équipe Balladur, mais n'a pas évoqué la fameuse réunion.

Selon Libération, les juges espèrent désormais obtenir l'audition d'Edouard Balladur devant la Cour de justice de la République (CJR), seule habilitée interroger un premier ministre sur des faits commis pendant l'exercice de ses fonctions. Dans une tribune au Figaro, en 2010, Edouard Balladur avait nié toute malversation, expliquant avoir «eu recours à l'ensemble des moyens légaux» pour financer sa campagne

 

 

 

From : le Monde , le Figaro ,....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
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