Ce que nous montrent les avancées de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), par-delà l'ampleur des massacres et l'intensité de la barbarie, est, une fois de plus, la complexité infinie de l'Orient ; nulle diplomatie ne peut la saisir, nulle stratégie militaire ne peut la réduire, et les meilleures volontés elles-mêmes, érudites et tolérantes, savent qu'elle rend insoluble l'actuelle équation géopolitique.
Autour de la Mésopotamie, les siècles ont emmêlé trop de conflits pour que s'impose notre conception binaire du monde : stabilité/chaos, ordre/désordre, sécurité/danger, bien/mal sont des dichotomies ici inopérantes.
Ainsi, les yézidis sont aujourd'hui les proies des intégristes sunnites, comme ils le furent en août 2007... en représailles de la lapidation d'une jeune fille accusée de vouloir se convertir à l'islam afin d'épouser un musulman. La spirale de l'obscurantisme achève de rendre indéchiffrable cette région, les événements y sont une tempête de sable, qui nous aveugle et change les paysages...
Plus puissant que ne le fut jamais Al-Qaeda
Mieux qu'avec des idées simples, il faut avancer avec des idées claires face aux sicaires du califat autoproclamé. Avant tout, nous devons nous persuader que l'EIIL est plus puissant que ne le fut jamais Al-Qaeda, car il a beaucoup d'argent, une administration et du pétrole. Il est aujourd'hui concentré sur la conquête de son territoire, mais rien ne l'empêchera demain de jeter la guerre terroriste dans nos villes. C'est donc en son nid qu'il faut l'écraser, et la France a tort de ne pas procéder dès maintenant à des frappes aériennes.
Ensuite, il faut acter la fin des frontières héritées des accords Sykes-Picot, en 1916 : jamais plus nous ne reverrons, homogènes et soumis à une autorité centrale, la Syrie et l'Irak découpés il y a près de cent ans. Muée en mosaïque fulminante ou en quelques vastes blocs entrechoqués, la région oubliera la notion d'Etat organisé. L'Occident, qui a découvert à ses dépens la tribalisation afghane et affronte déjà la dispersion sahélienne, va expérimenter la diffraction du Levant.
Néanmoins, des puissances vont s'affirmer aux pourtours du maelström, qui seront nos interlocutrices et, si possible, nos alliées. La France doit ainsi oeuvrer pour que naisse enfin un vrai grand Kurdistan, et en parler sans tarder avec Recep Erdogan, consacré "sultan" de Turquie. Elle doit aussi aider et consolider le Liban plus qu'elle ne le fait. Elle doit enfin négocier avec l'Iran, que sa lutte contre l'EIIL va doter d'un nouveau statut international ; si nous ne le faisons pas, les Etats-Unis en prendront seuls l'initiative et en tireront seuls les bénéfices. Nucléaire, Syrie, EIIL, Palestine : il faut discuter de tout avec Hassan Rohani, maintenant.
Enfin, il faut garder à l'esprit qu'un conflit majeur surplombe tous les autres et ne pas confondre les guérillas avec la guerre : yazdanisme, yézidisme, christianisme assyrochaldéen ou surgeons du zoroastrisme sont persécutés avec la même cruauté par les djihadistes sunnites, mais leur ennemi suprême, c'est le chiisme. Le front de cette guerre de religion trace, dans la paume d'Allah, la ligne du destin - de notre destin, aussi. Comment protéger nos intérêts alors que nous avons des alliances et des inimitiés dans chaque camp, fondées sur les relations politico-diplomatiques, et surtout économiques?
Face à cet orage de périls, deux décisions devraient déjà avoir été prises par François Hollande : augmenter le budget de l'armée française, car demain sera guerrier ; provoquer un clash européen afin que l'Union en finisse immédiatement avec sa diplomatie ectoplasmisque et désigne avant la mi-août les remplaçants de Catherine Ashton et de Herman Van Rompuy. Mais si le paon est le chef des anges pour les yézidis, et une figure du diable pour l'islam, il il demeure visiblement, en Occident, un totem politique
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Le 4 juillet, dans la grande mosquée de Mossoul, Abou Bakr al-Baghdadi, 43 ans, l'imam de l'Etat islamique, se laisse pour la première fois filmer. Il se proclame calife de tous les musulmans. Pendant une douzaine de minutes, il harangue les fidèles prosternés à ses pieds. Son message est relayé par les sites jihadistes du monde entier : « Je suis le wali (chef) désigné pour vous diriger .
Un trésor de guerre au service du jihad Un trésor de guerre au service du jihad
Etat islamique : un arsenal impressionnant Etat islamique : un arsenal impressionnant
Obéissez-moi. » L'homme n'a apparemment rien d'un fou. Mais son art oratoire enveloppe un discours moyenâgeux. Que sait-on d'Al-Baghdadi ? Peu de chose. Même son nom -- « l'homme de Bagdad » -- n'est que l'un de ses pseudonymes. Resté volontairement pendant longtemps dans l'ombre, il sera aussi surnommé al-Shabah, le fantôme. Né à Samarra, au nord de Bagdad, Al-Baghdadi aurait étudié à l'université coranique de la capitale irakienne. Sa famille descendrait du Prophète. Devenu salafiste (la branche fondamentaliste de l'islam), il fait le coup de feu contre les soldats américains, ce qui lui vaudra plusieurs années d'emprisonnement. Croyant avoir affaire à un second couteau, les Américains le relâchent. Grave erreur : ultraviolent, l'homme qui n'hésite pas à exécuter de ses mains ceux qu'il considère comme ses ennemis, va devenir le lieutenant d'Al-Zarkaoui, à qui il va succéder. Son projet, la guerre sainte, notamment contre les chiites, qu'il met froidement à exécution.
Comment expliquer la progression de l'Etat islamique ?
Jean-Pierre Filiu. C'est une organisation aguerrie par une dizaine d'années d'activité armée en Irak et deux années en Syrie. L'EI (Etat islamique) a aussi été rejoint par des officiers importants de l'ancienne armée de Saddam Hussein. Cela lui a permis de bénéficier des caches et des réseaux que Saddam avait préparés dans l'ensemble du pays, notamment à Mossoul. Et l'Etat islamique est une machine de guerre qui vit par la guerre et grossira tant qu'on ne l'arrêtera pas.
De combien d'hommes l'organisation dispose-t-elle ?
Face à l'armée irakienne, qui a un million d'hommes, les forces constituées de l'EI, c'est tout au plus 20 000 combattants mais ce n'est pas le problème. Ils sont dans une dynamique guerrière avec une logique de razzia, un management de la terreur, et des gens qui lorsqu'ils arrivent se payent sur la bête. Quand les minorités sont expulsées, c'est pour récupérer leurs biens et les distribuer. A partir du moment où ceux qui participent aux opérations savent qu'ils auront un butin de guerre, cela crée des vocations.
Ils ont quel armement ?
Les razzias alimentent les stocks d'armes et à Mossoul, les jihadistes ont saisi un matériel américain considérable. Et ils disposent de toute la panoplie : missiles, blindés, mortiers... Depuis la prise de Mossoul, ils ont changé de dimension.
Comment l'organisation se finance-t-elle ?
L'organisation est aujourd'hui complètement autofinancée. Ils ont plus de 1 Md$ (750 M€) de trésor de guerre. Dans les banques de Mossoul, l'EI a récupéré près d'un demi-milliard. Et puis il y a la manne des zones de production pétrolières qu'ils contrôlent dans la vallée de l'Euphrate. La comparaison qu'il faut avoir en tête, c'est que les attentats du 11 Septembre avaient coûté un demi-million de dollars. Aujourd'hui, on a quelque part entre la Syrie et l'Irak un calife de la terreur qui a les moyens de faire mille 11 Septembre.
Il y a un changement fondamental par rapport à Al-Qaïda ?
Al-Qaïda avait des camps d'entraînement terroristes. L'Etat islamique, lui, veut s'implanter territorialement pour semer la terreur. C'est une fabrique de terroristes avec cette logique de guerre et des milliers de volontaires étrangers qui peuvent être envoyés sur le continent européen ou ailleurs en cellules dormantes.
Al-Baghdadi est donc plus dangereux que Ben Laden ?
On est dans une situation infiniment plus dangereuse. La proclamation du califat a pu faire sourire, mais le calife peut décréter le jihad offensif, lancer des opérations ou des attentats comme il l'entend. Ben Laden était obligé de dire qu'il agissait en légitime défense. C'est pour cela qu'il n'a jamais revendiqué publiquement le 11 Septembre. Al-Baghdadi, demain, peut user de son autorité de calife pour revendiquer je ne sais quelle horreur sur la planète.
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L'Irak, terme qui vient du perse erak qui signifie littéralement « basse terre », est parfois appelé Bilad ar-Rafidain, littéralement « le pays des deux fleuves ». Pourtant, étymologiquement, "l'Eraq (ou Irak) veut dire plutôt, Iran bas ou bas Iran. Mot qui désigne en persan, Mian do Roodan (entre deux fleuves). Il est en opposition avec une autre ville iranienne ou plutôt région qui se trouve dans le nord de l'Iran (à l'époque antique, situé dans le nord ouest de l'Iran)près de Téhéran : Arak, qui signifie Iran Centre tout en considérant que ce centre se situe dans le nord ouest de l'Iran dans l'Antiquité"7.
Dans la tradition arabe son étymologie est souvent associé au mot arabe "araqa" qui signifie fertile. En Arabe le mot "Irak" ( عراق ) peut signifier "bord", "bordure" ou encore "escarpement"
La monarchie dure jusqu'en 1958, puis plusieurs gouvernements se succèdent par des coups d'État, l’Irak oscillant entre les influences antagonistes occidentales et anti-occidentales dans le contexte de la guerre froide. Le parti Baas prend de plus en plus d’importance et permet l’arrivée au pouvoir de Saddam Hussein en 1979.
Depuis, l’Irak a connu trois guerres meurtrières, des répressions sanglantes dont celles des Kurdes et des chiites et plus de dix ans d’embargo. Son régime laïque, fondé à la fin des années 1960 par le Baas, a été aboli par l’invasion de la coalition menée par les États-Unis en 2003. Ce régime, en dépit de son caractère dictatorial présent dans la majorité des États du Moyen-Orient, semble avoir été populaire chez la plupart des sunnites, traditionnellement nationalistes, mais minoritaires au sein de la population irakienne. Depuis l’invasion, l’Irak a été de facto sous tutelle de la coalition internationale, les Kurdes ont obtenu l’autonomie d’une région au nord du pays, la laïcité a disparu et la politique a été dominée par les affrontements inter-communautaires, ponctués de nombreux attentats et cause de l’émigration des minorités chrétiennes.
Le gouvernement est actuellement dirigé par Nouri al-Maliki, à la tête d'une coalition chiite. Dans un effort de répartition des rôles entre les trois principales communautés, l'exécutif est partagé entre trois personnes : le président Fouad Massoum est kurde, le Premier ministre est chiite, et le président du parlement sunnite. Chacune de ces têtes est entourées de deux adjoints, appartenant aux deux autres communautés. On note l'influence déterminante de deux personnalités religieuses issues de la communauté chiite : l’ayatollah Ali al-Sistani et Moqtada al-Sadr.
La population de l'Irak lors de sa création en 1920 est estimé à 3 millions d'habitants, les estimations actuelles sont 28 221 181 habitants en juillet 2008 selon le factbook de la CIA26. En 2009, le Fonds monétaire international estime sa population à 31 234 00027.
*Arabes (88 %) (sunnites : 17 %, chiites : 77 %, minorité chrétienne)
*Kurdes (11%, sunnites en majorité et minorité yézidie)
*Turkmènes, Assyriens et autres (1 %)
Un recensement devait avoir lieu en octobre 2009 (le premier depuis 22 ans) mais il a été reporté à une date ultérieure non précisée.
Le nombre d'Irakiens ayant quitté leur pays à la suite de la guerre d'Irak (depuis 2003) est estimé à deux millions début 200730 (1,8 million fin 200631).
L'Irak est un pays majoritairement musulman. Les chiites constituent la communauté la plus nombreuse, présente surtout dans le sud et dans le quartier de Sadr City à Bagdad. Les sunnites sont présents quant à eux dans le centre (région de Bagdad ainsi qu'au Kurdistan), auxquels il faut rajouter des groupes yézidites et mandéistes.
Les chrétiens (notamment la communauté chaldéenne), estimés à plus d'1 million avant 2003, sont depuis l'objet de nombreuses persécutions, et les deux tiers d'entre eux ont émigré32.
From : l'Express , le Parisien ,.....