Après une brève introduction de Pouria Amirshahi, député frondeur, Jérôme Guedj, président du Conseil général de l'Essonne, prend la parole et reçoit une salve d'applaudissements quand il déclare : « Nous sommes le Parti socialiste ! ». Par ces mots simples, l'élu entend inverser la charge de la preuve.
Car les frondeurs sont soumis à un chantage : leur loyauté envers le parti est mise en doute par les proches du Premier ministre. Non les « irresponsables », comme Manuel Valls a pu qualifier les frondeurs, ne sont pas ceux que l'on croit : « Notre démarche est responsable, et s'est voulue constructive dès le départ. Nous, nous n'oublions pas que nous avons perdu 150 villes ! Car les militants et les élus ont vu le ciel leur tomber sur la tête ». Même son de cloche du côté du député des Landes, Henri Emmanuelli, qui rappelle que les frondeurs ne sont « pas dans un esprit de rupture ». Avant d'ajouter : « Ce n'est pas nous qui essayons d'imposer une ligne politique minoritaire ».
Macron dans toutes les têtes
Car au-delà des ambitions personnelles des uns ou des autres, au-delà même de ce qui peut apparaître pour certains esprits chagrins comme des petits coups de politique salement politicienne, le débat en cours à la Rochelle est bel et bien idéologique. Hier soir, à la réunion du courant « Un monde d'avance » (celui de Benoît Hamon, situé à la gauche du parti), Henri Emmanuelli faisait d'ailleurs référence au congrès de Metz de 1979 qui avait vu s'affronter la ligne Mitterrand d'union de la gauche et la ligne réformiste Rocard. « Cette histoire de politique de l'offre et politique de la demande est stupide. Il faut les deux, tranche ce matin Henri Emmanuelli, Le social-libéralisme, c'est l'idiot utile de la droite ».
Le nouveau ministre de l'Economie est dans toutes les têtes. « Je n'accepterai jamais les propos d'Emmanuel Macron qui a dit que pour aider les pauvres, il faut enlever aux salariés leurs droits et leurs statuts », tacle la sénatrice de Paris Marie-Noëlle Lienemann, du courant « Maintenant la gauche ». Le député Jean-Marc Germain rappelle quant à lui que lorsque l’on « est héritier des combats ouvriers, on ne renonce pas aux 35 heures. On ne renonce pas aux droits sociaux des salariés. (…) Notre tort, c'est de ne pas avoir appliqué notre feuille de route ». On ne pouvait pas en attendre moins d'un proche de Martine Aubry. Mais la salle conquise, se lève et applaudit le parlementaire durant plusieurs minutes.
Standing ovation pour Taubira
Déjà chauffée à blanc, la réunion des frondeurs, désormais rassemblés sous le mot d'ordre « Vive la gauche ! », prend une autre ampleur lorsque la garde des sceaux, Christiane Taubira, débarque dans l'amphi, accueillie notamment par les députés Christian Paul et Jean-Marc Germain. La nuée des caméras fond alors littéralement sur elle. C’est une standing ovation. Avant de s'asseoir sagement, elle lâche avec un brin bravache : « Je ne vois pas où est le problème. Je viens là pour écouter. Vous faites de la dramaturgie ! »
Une visite amicale, rien de plus ? Ce n'est qu'à la sortie que la garde sceaux assumera clairement cet acte politique, qui s'apparente à un véritable pied de nez à Manuel Valls, quelques jours à peine après la décision du remaniement : « La politique, c'est la raison. C'est le choix de ma présence ici ce matin. J'y prend toute ma part, et j'en assume toutes les conséquences ». Face à cet affront gouvernemental, comment le Premier ministre, Manuel Valls, attendu à La Rochelle dans l'après-midi, avant son discours de dimanche matin, va-t-il réagir ?
Sur Twitter, le bruit court qu'il aurait appelé sa ministre dès son arrivée dans la salle. Mais à quelques heures du dernier remaniement, peut-il se permettre de gérer maintenant la sortie de Christiane Taubira du gouvernement ? En tout cas, la triangulation façon Hollande a encore frappé : car c'est le président de la République qui a personnellement veillé lundi dernier à conserver Taubira dans ce qui apparaît encore comme « son » gouvernement. Et que cherche Christiane Taubira ? Entre deux gitanes blondes, le député landais Henri Emmanuelli confie à Marianne son analyse sur la venue de Taubira : « Il y a une logique quand même. Elle n’est pas idiote Christiane ».
Surtout que, l'un des organisateurs du rassemblement nous glisse que « sa venue était prévue bien avant le remaniement ». À la tribune, les frondeurs tentent de reprendre la main face à l'effervescence médiatique causée par la ministre de la Justice. Le député Laurent Baumel, animateur de la Gauche populaire, lâche : « On pourra dire qu'on était à cette réunion d'août à la Rochelle ! » Et la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann réagit également dans l'émotion : « C'est un moment important pour la gauche, mais sans le dire avec trop de grandiloquence, c'est aussi un moment important pour la France ».
Les aubrystes en force
Incontestablement, si le collectif des frondeurs – rassemblant différentes sensibilités du parti, ainsi que des militants déboussolés – veille à conserver leur autonomie, faisant ainsi passer des messages dès mercredi pour que Benoît Hamon et Arnaud Montebourg ne viennent pas à leur rassemblement, l'ombre de Martine Aubry était bien présente ce samedi matin dans la salle. Si Hamon a déclaré, hier soir, devant ses partisans, « Si je viens, on ne va parler que de moi. Si je ne viens pas, on va parler du mouvement, donc c'est mieux », les proches d'Aubry, eux, ont fait le déplacement en force.
Ainsi, en plus des députés frondeurs Christian Paul et Jean-Marc Germain, étaient présents l'ancien ministre de la Ville, François Lamy, le député de l'Ardèche, Olivier Dussopt, mais surtout le Premier fédéral du Nord, le puissant Gilles Pargneaux, mais aussi les « yeux de Martine au PS lillois », Mathieu Bourgasser.
En off, certains confirment d'ailleurs que la maire de Lille est en train de préparer son retour dans les semaines qui viennent... En attendant, au-delà de cette démonstration de force médiatique et militante, les frondeurs ne peuvent plus faire l'économie d'une grande réflexion stratégique et idéologique pour pouvoir peser dans le parti dans les mois qui viennent alors que Jean-Christophe Cambadélis a annoncé l'organisation des Etats généraux du PS : « Quelle place prend-on dans les Etats généraux et comment prépare-t-on le Congrès ? », se demande l'un d'entre eux.
En attendant, le refus de la politique gouvernementale semble être suffisant pour cristalliser tous les mécontentements au sein du parti. Et c'est bien ce qui doit inquiéter Manuel Valls et François Hollande à l'heure qu'il est...
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« Ça devrait se faire dès 2015. » Elle peut être satisfaite, la députée PS Audrey Linkenheld. Les loyers lillois seront bien plafonnés, comme le prévoit la loi ALUR, dont elle a été le co-rapporteure à l’Assemblée nationale. Une victoire arrachée par Martine Aubry, à la faveur d’une passe d’armes en trois temps avec le Premier ministre. Vendredi, Manuel Valls annonce que l’encadrement des loyers, disposition phare de la loi Duflot, sera limité à Paris. Samedi, Martine Aubry réclame de pouvoir appliquer la mesure à Lille. Dimanche, le Premier ministre socialiste accède à la requête.
« Vendredi, j’étais tombée des nues », avoue Audrey Linkenheld, qui est aussi, à Lille, conseillère municipale en charge de l’habitat. Dans le communiqué qu’elle a cosigné avec Martine Aubry, l’élue justifiait la demande par « l’anticipation (par la ville de Lille) des obligations légales ». « Sur les 28 agglomérations concernées par l’encadrement des loyers, une dizaine étaient plus avancées, dont Lille, explique la parlementaire. Il y a près de deux ans que nous avons commencé à mettre sur pied un observatoire des loyers. »
Un observatoire à l’œuvre depuis plus d’un an Outil statistique réunissant pouvoirs publics, représentants d’agents immobiliers et de propriétaires, l’observatoire est un prérequis obligatoire avant tout encadrement des loyers, selon la loi ALUR. La critique de Manuel Valls – « les conditions techniques ne seront pas réunies avant des mois, voire des années » – n’était donc pas recevable à Lille, aux yeux de Martine Aubry.
La ville est dans les starting-blocks. « D’ici six mois, l’observatoire pourra transmettre les loyers médians au préfet, qui à partir de là définira les plafonds », détaille Audrey Linkenheld. Les relocations et les nouveaux baux devront alors passer à la toise… et être revus à la baisse s’ils sont hors des clous. « Ce sera plus raisonnable pour les locataires, tout en restant rentable pour les bailleurs », assure la députée, qui ne croit pas à une asphyxie de l’investissement locatif. « Je ne suis pas inquiète.
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