Sur le discours du président américain dans la nuit de mercredi à jeudi sur la lutte contre les jihadistes en Irak et en Syrie.
«Ceci est notre stratégie». La phrase est tombée au milieu du discours de Barack Obama consacré mercredi soir à la lutte contre les jihadistes de l’Etat islamique. Ces quelques mots résument le mieux l’esprit de cette allocution solennelle, prononcée en quinze minutes à peine depuis la Maison Blanche, visait avant tout à faire oublier sa petite phrase désastreuse du 28 août, avouant au sujet de cette même lutte contre l’Etat islamique en Syrie: «Nous n’avons pas encore de stratégie.»Comme le souligne aussi Jim Sciutto, de CNN, le discours de ce mercredi se voulait «l’antidote» de cette bourde.
Si la «stratégie» énoncée ce mercredi soir est ainsi née d’une négation, c’est surtout parce qu’elle repose sur un faisceau de contradictions fondamentales, qui ont fait la trame même de ce nouveau discours. En voici au moins huit.
Les 8 contradictions de la stratégie d'Obama face à l'Etat islamique
I. La menace terroriste «L’Amérique est plus sûre», s’est félicité Barack Obama en introduction, avant d’ajouter dans la phrase suivante: «Mais nous continuons d’affronter une menace terroriste». Les historiens pourront bientôt, de discours en discours, d’attentats déjoués en nouvelles menaces, refaire une passionnante lecture des présidences américaines à l’aune du baromètre terroriste
II. Un air de 2003 La menace qui justifie aujourd’hui le réengagement des Etats-Unis au Moyen-Orient ne vise pas vraiment les Etats-Unis, elle n’est que régionale encore, mais risque de s’étendre : «Si on les laisse faire, ces terroristes pourraient poser une menace croissante au-delà de cette région, y compris pour les Etats-Unis.» Pour Zack Beauchamp, un des analystes de Vox, c’est là la phrase la plus «révélatrice» et ironique du discours : elle rappelle la guerre préventive de George W. Bush en Irak, en 2003.
III. Le rapatriement des troupes Barack Obama se veut toujours le Président du rapatriement des troupes américaines, tout en annonçant nouvelles frappes et nouveau déploiement… 140 000 soldats ont été rapatriés d’Irak et les troupes d’Afghanistan sont aussi sur le départ, a-t-il rappelé en introduction, avant d’annoncer que les bombardements américains sur l’Irak pourraient être maintenant étendus à la Syrie et que 475 militaires américains vont être renvoyés en Irak (en plus du millier qui y a été redéployé ces dernières semaines).
IV. Le leadership américain Les Etats-Unis «dirigent» encore… mais seulement une coalition. D’un point de vue rhétorique, c’est le tour de passe-passe le plus amusant du discours. Très attaqué aux Etats-Unis pour son fameux «leading from behind» («mener depuis l’arrière», une expression qu’il n’a d’ailleurs jamais prononcée mais qui est attribuée à son entourage pour définir le style diplomatique de son premier mandat), Obama a placé trois fois dans son bref discours de ce mercredi le «leadership américain», pour assurer qu’il est bien encore vif et présent. Avec tout de même une belle nuance en milieu de discours : ce que les Etats-Unis vont «diriger» maintenant, c’est une «large coalition» de «partenaires», notamment arabes.
V. Les «partenaires» Comme l’a relevé aussi Amy Hawthorne, chercheuse à l’Atlantic Council, parler de «partenaires» des Etats-Unis au Moyen-Orient est un autre bel oxymoron. L’Iran, qui a dépêché aussi ses conseillers militaires en Irak pour combattre l’Etat islamique, de facto aux côtés des Américains, a été purement et simplement omis dans ce discours à la Maison Blanche. La collaboration avec son allié syrien, le régime de Bachar al-Assad, qui le premier a mis en garde contre les «terroristes» sur son territoire mais a tout fait pour les encourager, est-elle explicitement rejetée : «Nous ne pouvons pas compter sur le régime Assad qui terrorise son peuple.» Pour faire simple, les «partenaires» de cette coalition n’ont pas été nommés : ni l’Arabie Saoudite, grande décapiteuse elle aussi devant l’Eternel, ni la Turquie qui s’inquiète pour ses otages aux mains de l’Etat islamique, ni les émirats du Golfe qui se disputent entre eux
VI. Le congrès Le Congrès, qui ne voulait pas des frappes en Syrie en août 2013 et qui pose toujours problème à Obama, n’aura pas besoin d’approuver cette nouvelle «stratégie» et cette nouvelle possibilité de bombardements en Syrie. Barack Obama, qui dispose d’une certaine marge d’interprétation constitutionnelle, a seulement invité le Congrès à signaler son soutien en approuvant un nouveau paquet d’aide aux rebelles «modérés» syriens.
VII. Les rebelles syriens Ces rebelles syriens qu’Obama lui-même en février décrivait comme des fermiers, charpentiers ou ingénieurs, peu aptes au combat, sont maintenant dignes du titre de «meilleur contrepoids aux extrémistes de l’EI». Jeffrey Goldberg, l’analyste de Bloomberg, qui avait recueilli en février ces propos d’Obama sur les opposants syriens, a relevé lui-même la contradiction sur Twitter.
VIII. Les «succès» Le Yémen et la Somalie, nouveaux modèles de l’ordre américain dans le monde ? Obama a cité ces deux pays en exemples de «succès» de la stratégie américaine d’élimination de terroristes par la combinaison de frappes ciblées et de soutien à des «partenaires» sur le terrain. Pas besoin d’être très cynique pour constater que ces «succès» sont relatifs. Dans ce faisceau de contradictions, il est facile de voir l’incohérence d’un président qui réagit de plus en plus au coup par coup, ballotté de crise en crise. Les plus optimistes rappelleront que c’est le Moyen-Orient qui est compliqué ou contradictoire, et que Barack Obama le gère avec autant de nuance, pragmatisme ou subtilité que possible.
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Une trentaine de pays sont réunis, lundi 15 septembre, à Paris pour décider des moyens à mettre en œuvre dans la lutte contre l'Etat islamique, deux jours après que le mouvement djihadiste sunnite a revendiqué dans une vidéo l'assassinat d'un troisième otage occidental. Une annonce qui confère une forme d'urgence à ce rendez-vous international
Pour le secrétaire américain à la défense, le groupe djihadiste « allie idéologie et sophistication militaire. Il est incroyablement bien financé. Cela va au-delà de tout ce qu'il nous a été donné de voir ».
Pour les Etats-Unis, l’EI, qui sévit actuellement en Irak et en Syrie, est « plus qu'un groupe terroriste ». Comme le résume le secrétaire américain à la défense, Chuck Hagel, il « allie idéologie et sophistication militaire. Il est incroyablement bien financé. Cela va au-delà de tout ce qu'il nous a été donné de voir. » ◾Quelles sont les origines de l'Etat islamique ?
C'est dans l'invasion de l'Irak par les Etats-Unis en 2003 que l'organisation connue aujourd'hui sous le nom d'Etat islamique trouve ses racines. Le Jordanien Abou Moussab Al-Zarqaoui en est vraisemblablement à l'origine lorsqu'il réunit autour de son mouvement Tawhid wal Djihad des combattants venus lutter dans le pays pour chasser les Américains, mais aussi ceux qu'il perçoit comme leurs alliés, les chiites irakiens. Dès 2004, le sunnite prend la tête de la branche locale d'Al-Qaida. En 2007, un an après sa mort, le mouvement djihadiste prend pour appellation l'Etat islamique en Irak (EII). Affaibli par l'offensive américaine, celui-ci bénéficie d'un nouvel élan en 2010 avec l'arrivée à sa tête d'Abou Bakr Al-Baghdadi.
En avril 2013, l'EII s'émancipe de la nébuleuse Al-Qaida et annonce sa fusion avec le Front Al-Nosra, groupe djihadiste présent en Syrie, pour devenir l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Mais Al-Nosra refuse cette alliance, et les deux groupes s'engagent dans une guerre fratricide. Néanmoins, comme le souligne Christophe Ayad, chef du service internationale du Monde : « Face à une menace extérieure, ils se retrouveront sans problème. On observe d'ailleurs le ralliement de certains groupes d'Al-Nosra à l'EI depuis les victoires de ce dernier en Irak. »
Quel est son objectif ? Comme le nom du groupe djihadiste le suggère, son objectif prioritaire – territorial – est la création d'un califat. En d'autres termes, il souhaite la mise en place d'un Etat gouverné par un chef politique et religieux unique, ici Abou Bakr Al-Baghdadi, selon la loi islamique, la charia. Le 29 juin, l'EI a proclamé le rétablissement de ce dernier dans les zones de Syrie et d'Irak qu'il contrôle, détruisant notamment à coup de bulldozers la frontière irako-syrienne. C'est à ce moment que l'Etat islamique en Irak et au Levant a officiellement pris le nom d'Etat islamique.
Même s'il est actuellement limité à une partie de l'Irak et de la Syrie, le groupe a promis de « briser les frontières » de la Jordanie et du Liban et de « libérer la Palestine ». Ainsi, l'actuel djihad local pourrait s'étendre plus largement, y compris à l'Occident. Le porte-parole de l'Etat islamique, Abou Mosa, a par ailleurs expliqué à Medyan Dairieh, journaliste pour le magazine américain Vice : « Si Dieu le veut, (...) nous lèverons le drapeau d'Allah sur la Maison Blanche. »
Combien d'hommes compte-t-il dans ses rangs ? Il est extrêmement compliqué de déterminer le nombre de combattants enrôlés au sein de l'Etat islamique. La première difficulté réside dans le décompte des véritables membres de l'EI et de ses alliés ou sympathisants. Ainsi, en Irak, d'anciens membres du régime baasiste se sont alliés aux djihadistes dans la lutte contre le régime actuel. Selon des experts du renseignement, cités par le New York Times, « entre 10 000 et 17 000 combattants » seraient actuellement « affiliés à l'EI ».
Mais cette estimation est considérée comme basse par d'autres spécialistes, qui évoquent une montée en puissance depuis l'offensive de juin. « Avant la prise de Mossoul, l'EI comptait environ 20 000 hommes, en Syrie et en Irak, expliquait fin juillet dans La Croix Romain Caillet, chercheur et consultant en affaires islamiques, installé au Liban. Etant donné qu'il a libéré de nombreux prisonniers et qu'il a bénéficié de ralliements, il a sans doute environ 25 000 hommes à l'heure actuelle. » La CIA estime quant à elle que le groupe djihadiste compte quelque 31 000 combattants en Irak et en Syrie. Une des plus grandes craintes des observateurs réside par ailleurs dans la forte capacité de recrutement de l'EI, tant dans les zones conquises qu'à l'étranger
Quelles sont ses sources de financement ? L'Etat islamique est souvent présenté comme le groupe terroriste le plus riche du monde. Il revendique une fortune de près de deux milliards de dollars, soit 1,2 milliard d'euros rapporte The Guradian. Dans un premier temps, les dons des pays du Golfe auraient été sa principale source de financement, selon les accusations des autorités irakiennes. Aujourd'hui, l'EI est largement autofinancé. Ses ressources proviennent avant tout du racket (une forme d'impôt révolutionnaire) dans les zones qu'il contrôle en Irak. Puis de la saisie de puits pétroliers et du pillage des territoires conquis. Il a par ailleurs pu aussi bénéficier de l'argent des rançons versées pour libérer des otages.
Comment organise-t-il sa propagande ? Le groupe sunnite ultraradical a fait de la guerre des images l'un des pivots de sa stratégie de conquête. Depuis plus d'un an, l'EI a peaufiné sa stratégie de communication et se révèle particulièrement présent sur Internet. L'organisation a même développé des techniques pour contourner les blocages de ses contenus imposés par certains réseaux sociaux.
http://www.lemonde.fr/pixels/article/2014/08/22/l-etat-islamique-contourne-la-censure-sur-les-reseaux-sociaux_4475199_4408996.html
C'est par ce biais qu'il a diffusé les vidéos montrant l'assassinant des trois otages occidentaux, des images qui occupent une place stratégique dans la campagne de propagande macabre à laquelle se livrent les djihadistes. Ils jouent notamment sur une mise en scène esthétique de la violence destinée à frapper les esprits, que ce soit pour recruter des sympathisants ou pour effrayer leurs ennemis. Cette stratégie de communication repose ainsi également sur des clips qui mettent en avant les actions des combattants sur le terrain, glorifiant la ferveur et la détermination des militants qui sont prêts à mourir en martyrs. L'EI dispose d'ailleurs d'un label officiel, Al-Furqan Media Production, qui fait de la production vidéo.
From : Libération ,le Monde ,...........
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/09/15/origine-nombre-financement-l-etat-islamique-en-cinq-questions_4487306_3218.html?
