Selon notre sondage OpinionWay, 86 % des Français ne veulent pas que le président se représente.
C'est «mi-temps» à l'Élysée, selon les mots d'un conseiller. Dans quelques jours, François Hollande en sera à mi-mandat: deux ans et demi après son arrivée à l'Élysée, à deux ans et demi de la prochaine élection présidentielle. Jusqu'à présent, les socialistes se rassuraient en rappelant qu'ils avaient «plus de mois encore au pouvoir que de mois dans le rétroviseur» ,comme s'en félicitait il y a peu un ancien ministre de François Hollande. Dans quelques jours, ce sera l'inverse.
Ce n'est pas une bonne nouvelle pour un président contesté dans son propre camp (lire p. 6 et 7) et qui n'a de cesse de décrocher avec l'opinion. Selon notre sondage OpinionWay pour Le Figaro, seules 15 % des personnes interrogées (- 2 depuis avril) se déclarent satisfaites de l'action du chef de l'État depuis son élection, contre 85 % (+ 2 depuis avril) qui se disent mécontentes.
Parmi ceux qui avaient voté Hollande au deuxième tour de la présidentielle, 74 % sont mécontents, plus de deux ans après. «Le changement de premier ministre après les municipales ou la “clarification” au sein du gouvernement à la fin août n'ont eu aucun effet positif, analyse le directeur des études politiques d'OpinionWay, Bruno Jeanbart. La présence du président sur la scène internationale n'a pas eu d'effet non plus sur l'opinion. La situation de François Hollande est extrêmement compliquée. On assiste à une vraie rupture entre lui et les Français.» Logiquement, 86 % des sondés ne souhaitent pas que le chef de l'État se représente en 2017 contre 13 % seulement qui le désirent.
Le premier sondage à poser la question aussi crûment s’avère terrible: 80% des sondés estiment que François Hollande n’est pas un bon Président. Ils sont 61% à le penser pour Manuel Valls.
La réponse se montre encore plus cinglante en raison de la formulation de la question. 80 % des sondés estiment que « François Hollande n’est pas un bon Président ». Avec une première énonciation de ce type (lire ci-contre), ce sondage vient souligner l’extrême défiance des Français à l’égard de leur Président. Et ce jugement abrupt, s’il atteint des sommets auprès de ceux se déclarant sympathisants de droite (98 %), s’avère aussi très marqué dans son électorat. En dehors des sympathisants du PS (39 % de « pas bon »), son score global à gauche est négatif avec 51 % de « pas bon » au total. Néanmoins, « ce niveau de popularité pathétique consacre déjà une assez nette amélioration » par rapport au précédent sondage (réalisé les 10 et 11 octobre et non publié) avec alors 85 % de « pas bon » précise Gaël Sliman, président de l’Institut Odoxa, auteur de cette mesure pour le syndicat de la presse quotidienne régionale, L’Express et France Inter.
En comparaison, les 61 % de sondés estimant que « Manuel Valls n’est pas un bon Premier ministre » seraient presque un score valorisant… Toutefois, le sort du locataire de Matignon étant lié, en dehors des périodes de cohabitation, à celui de l’Élysée, sa popularité ne peut que se rapprocher de celle de François Hollande au fil du temps.
Aucun candidat ne s'impose
En revanche, aucun candidat ne s'impose au PS pour le remplacer: seuls 21 % des sondés souhaiteraient que Manuel Valls se présente en 2017 si François Hollande n'y va pas ; 14 % misent plutôt sur Martine Aubry tandis que 8 % jugent que Ségolène Royal ou Arnaud Montebourg feraient de bons candidats de substitution. «C'est la chance du président, poursuit Bruno Jeanbart. L'opposition est en difficulté et son propre camp est divisé. Aucun concurrent alternatif ne s'impose.»
Sans surprise, c'est sur la lutte contre le chômage que le taux de mécontentement est le plus fort (88 %). Les sondés sont aussi 86 % à se dire assez ou très mécontents quand on évoque les engagements de campagne ou la fiscalité. Hollande n'est pas crédité non plus des réformes ou de son action contre les déficits: seuls 16 % des Français s'en disent satisfaits, contre 83 % qui en sont au contraire mécontents. Mais il y a plus inquiétant encore pour le chef de l'État: ces traits d'image restent négatifs.
Selon notre enquête, une infime minorité de Français jugent que Hollande est à l'écoute des préoccupations des Français (18 %), dit la vérité (16 %), sait prendre des décisions difficiles (16 %) ou sait où il va (14 %). Alors qu'il avait fait campagne sur le rassemblement, seuls 10 % des sondés jugent, deux ans et demi après son élection, qu'il est capable de rassembler les Français. Las. Et cela dans un contexte de profond pessimisme des Français, qui sont 69 % à penser que la situation du pays se détériore depuis 2012, soit 12 points de plus qu'en avril dernier.
«Modifier une image qui a fini par s'installer n'est pas facile et très, très long, analyse encore Bruno Jeanbart. Or, le temps lui est compté. Si l'on retire les mois qui seront consacrés à la prochaine campagne présidentielle, il ne reste qu'un an et demi à François Hollande pour redresser la barre.»
Sarkozy et Le Pen, les clivants
En dehors de la tête de l’exécutif, ce baromètre politique vient mesurer l’adhésion et le rejet qu’engendrent nos personnalités politiques, plutôt que les traditionnelles « bonnes » et « mauvaises » opinions. Du coup, les personnages les plus clivants se retrouvent en tête des deux catégories.
À ce jeu-là, Nicolas Sarkozy, qui figure généralement entre la 5e et 10e place des classements de popularité, se retrouve cette fois en 2e position avec 35 % d’adhésion. Dans le même temps, il suscite fortement l’antipathie, se plaçant au 3e rang en termes de rejet avec 46 %. L’autre homme politique à afficher une réaction aussi tranchée est une femme, Marine Le Pen. Souvent reléguée au-delà de la 10e place des classements habituels de popularité, la présidente du FN pointe cette fois en 4e position avec 31 % d’adhésion. À l’inverse, elle monte sur la première marche du podium du rejet avec 51 % des sondés. Voilà de « redoutables champions pour leurs camps et/ou candidats d’un premier tour de présidentielle , relève Gaël Sliman, mais plus difficilement de bons candidats de second tour susceptibles de rassembler. »
Juppé, le rassembleur
Dans cette catégorie des personnes de consensus, les regards se tournent depuis un petit moment vers Alain Juppé. De fait, le maire de Bordeaux relève le double challenge de figurer en tête de ce palmarès en matière d’adhésion (44 %) et au rang le plus bas en matière de rejet (20 %). Alain Juppé se permet même le luxe de se montrer plus unificateur que le centriste François Bayrou (35 % d’adhésion et 21 % de rejet). Tournez la question dans tous les sens, attirer la sympathie tout en ne faisant pas l’objet d’un bannissement marqué de l’autre frange de l’électorat, voilà le secret pour enfiler le costume de président de la République ! À trente mois de l’élection présidentielle, l’histoire de la Ve République regorge néanmoins de retournements de situation encore plus spectaculaires…
Un baromètre innovant
Fini, « la confiance », « la capacité à résoudre », la « bonne opinion » ! Odoxa a décidé de poser très simplement la question au sujet du président de la République et du Premier ministre : « Est-il un bon Président ? » ; « Est-il un bon Premier ministre ? »
Concernant les autres personnalités politiques, la question posée permet de mesurer l’adhésion et le rejet qu’elles suscitent : « Dites si vous la soutenez, si vous éprouvez de la sympathie pour elle, si vous ressentez de l’indifférence à son égard ou si vous la rejetez ? »
Sarkozy largement en tête des batailles de l’UMP
À la vue des résultats de ce sondage, Nicolas Sarkozy a tué l’opposition pour l’élection à la présidence de l’UMP (cet automne) comme pour la primaire à droite (en 2016) dans la course à l’Élysée.
Les pincettes à employer font prendre ces résultats avec de nombreuses précautions. Il est impossible de ne sonder que des adhérents de l’UMP et, pour la primaire, d’ici 2016, les modalités n’étant pas définies, les tendances peuvent évoluer. Ces précautions avancées, Nicolas Sarkozy arrive largement en tête pour la présidence de l’UMP, tant auprès des sympathisants du parti (73 %) que de ceux se déclarant de droite (72 %). L’ancien Président de la République devance largement Bruno Le Maire (26 % des sympathisants UMP comme à droite). S’il parvient ainsi à réunir un quart des suffrages, « Bruno Le Maire pourra se targuer de ternir le succès annoncé de Nicolas Sarkozy » relève Gaël Sliman, le président de l’institut Odoxa. Néanmoins, cet « affront » ne pénaliserait pas Nicolas Sarkozy pour la primaire. Quel que soit le corps électoral retenu (ouvert ou réservé aux adhérents de l'UMP), Nicolas Sarkozy devance Alain Juppé avec 42 à 52 % des suffrages contre 29 à 30 % pour le maire de Bordeaux. Les autres postulants sont largués : François Fillon (8 à 14 %), Bruno Le Maire (4 à 8 %) et Xavier Bertrand (0 à 1 %)…
From : le Figaro ,........