Le livre noir du nucléaire militaire
Depuis sept décennies, la bombe atomique est une réalité. Dans un livre, Jacques Villain revient sur l'histoire destructrice et meurtrière de sa mise au point.
Installée dans le paysage stratégique international depuis les tirs d'Hiroshima et de Nagasaki, les 6 et 9 août 1945, la bombe atomique continue à régir les relations entre les États. Ceux qui l'ont maîtrisée les premiers (États-Unis, Russie, Royaume-Uni, France et Chine) demeurent des États leaders en occupant les cinq sièges permanents du Conseil de sécurité de l'ONU. Deux autres États possèdent officiellement la bombe, à savoir l'Inde et le Pakistan. Israël en dispose également, mais ne l'a jamais reconnu. Quant à la Corée du Nord, elle prétend l'avoir et la communauté internationale la croit sans en avoir la preuve. Enfin, l'Iran est au seuil de la possession et participe depuis plusieurs années à des négociations internationales sur le sujet.
Dans les pays pionniers, le développement de cette arme d'apocalypse ne s'est pas fait sans de très sérieuses difficultés. Ni sans provoquer d'énormes dégâts, environnementaux et humains. Car à ceux provoqués par les essais sur des terres occupées par des populations non préparées s'ajoutent les accidents d'une autre technologie nucléaire militaire, la propulsion des sous-marins atomiques. Historien de la conquête spatiale et du nucléaire, Jacques Villain publie un Livre noir du nucléaire militaire*, dans lequel il recense, sous une forme accessible, les déboires et les dérives qui ont accompagné les premières années de ces aventures industrielle, militaire et politique.
Dégâts incommensurables
En Occident, on n'a connu que très tard les extrémités auxquelles ont été conduits les Soviétiques pour acquérir la bombe et étudier ses effets. L'URSS a choisi d'avancer à marche forcée pour parvenir à son premier tir nucléaire en 1949, n'hésitant pas à tuer à la tâche des centaines de milliers de prisonniers du goulag. Ces hommes ne sont pas protégés contre les radiations et les descriptions des accidents qui se sont multipliés, et dans les centres où l'on essaie les réacteurs de sous-marins, l'alcool est considéré comme un antidote aux radiations !
En 1957, l'explosion d'un dépôt de déchets nucléaires à Kychtym (Oural) contaminera 413 000 personnes dont 8 000 mourront dans les trente années suivantes. Quant aux dégâts à l'environnement provoqués en URSS par les essais atmosphériques dans les deux régions où se sont produits les plus nombreux le Kazakhstan - aujourd'hui indépendant - et la Nouvelle-Zemble (archipel de l'océan Arctique russe), ils sont incommensurables.
Bikini, atoll sacrifié
L'autre superpuissance nucléaire n'est pas en reste. Les États-Unis ont eux aussi procédé à des essais sans sécurité sérieuse, avant se d'engager contre l'URSS dans une course aux armements qui n'est toujours pas terminée. Et ils ont quasiment vitrifié deux atolls du Pacifique, Bikini et Eniwetak, en y faisant exploser 138 mégatonnes de bombes. Bikini est aujourd'hui classée au patrimoine mondial de l'Humanité. À partir de 1962, l'URSS et les États-Unis ont cessé leurs essais atmosphériques, rejoints par la France en 1973. Celle-ci a également interrompu les essais nucléaires souterrains en 1996.
Pour autant, les essais atmosphériques français n'ont pas été sans conséquences, eux non plus. Jacques Villain rappelle que plusieurs associations se battent pour obtenir que d'anciens militaires ou civils ayant été irradiés soient convenablement indemnisés et qu'elles poursuivent en 2014 un "difficile dialogue" avec l'État. Il n'a à ce jour indemnisé que 13 victimes sur 850, l'ensemble de ces affaires se heurtant depuis des décennies aux obstacles du secret défense.
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