Comprendre les stress tests en cinq questions
En quoi consistent les stress tests auxquels ont été soumises 130 banques européennes? A quoi servent-ils? Le Figaro fait le point.
La Banque centrale européenne (BCE) a dévoilé ce dimanche les résultats des «stress tests» réalisés sur 130 banques de la zone euro, après un exercice inédit de revue des bilans (AQR) qui fait enfin la lumière sur les bilans des banques du Vieux Continent. C'est une crise bancaire, la faillite de Lehman Brothers, aux États-Unis, en 2009, qui a déclenché la crise économique et financière en Europe. La crise de la dette souveraine de la zone euro en 2011 a également alimenté une défiance dans les banques européennes, à laquelle la BCE tente de mettre fin en devenant le superviseur unique du système financier européen à partir du 4 novembre.
• En quoi consistent ces «stress tests» de la BCE?
Les «stress tests» visent à tester la solidité des bilans bancaires en cas de «choc» économique ou financier. Il s'agit de passer les bilans des banques à la moulinette de scénarios plus ou moins «stressant» (crise obligataire, récession, envolée du chômage), qui font bouger les prix des actifs bancaires, les comptes de résultats, et, in fine, les ratios de fonds propres des banques - le fameux Core Tier One (CET1), qui rapporte les capitaux propres apportés par les actionnaires à la taille du bilan. D'après la réglementation européenne, ces fonds propres doivent représenter 8 % du total des engagements (crédits, positions de marché). Les «stress tests» 2014 ont été conçus par l'EBA, l'Autorité bancaire européenne, basée à Londres. Ils concernent les 130 banques les plus importantes de la zone euro: celles dont le total du bilan dépasse 30 milliards d'euros ou les trois premières de chaque pays, ce qui englobe 85 % du système bancaire en zone euro. Les banques anglaises, suédoises et ou polonaises sont également soumises à ces «stress tests» dont les résultats sont dévoilés par leur banque centrale respective. Dans la zone euro, ces «tests» ont été réalisés sous la houlette de la BCE de novembre 2013 à octobre 2014. L'opération a mobilisé plus de 6 000 inspecteurs et auditeurs. L'objectif de cette «opération vérité des bilans» est triple: jouer la transparence, assainir les bilans, et restaurer la confiance dans les banques de la zone euro.
• Que prévoit le scénario catastrophe français?
Le scénario le plus «stressé» appliqué aux 13 groupes bancaires français supervisés par la BCE envisage deux années de récession en 2014 et 2015, une année complète de déflation en 2016. Le chômage grimperait à 12,2 % en 2016. Les taux d'intérêt à 10 ans tripleraient, passant de 1,2 % aujourd'hui à 3,8 % en 2016. Et, plus intéressant: les prix de l'immobilier chuteraient de 30 %! «En France, nous ne sommes pas à l'abri d'une correction des prix importante», confie un régulateur. Ce qui impacterait fortement les banques dont les actifs sont en grande partie constitués de prêts hypothécaires.
• Quelles conséquences de l'échec d'une banque?
Si une banque ne respecte pas les ratios de solvabilité par temps calme, ou si elle échoue aux «stress tests», elle ne manquera pas d'être chahutée sur les marchés lundi matin. Les banques épinglées disposent de deux semaines pour présenter à la BCE un programme de recapitalisation détaillant comment elles entendent combler leur manque de capitaux propres dans les six mois à venir. Si les besoins en capitaux propres ne peuvent être comblés rapidement par les marchés, il y aura crise, les actionnaires seront mis à contribution, ainsi que les créanciers subordonnés. S'il devait y avoir des aides publiques, elles devront être validées par Bruxelles, qui applique des règles très strictes pour les aides d'État aux banques. Si la banque n'est pas jugée viable, elle sera mise en faillite ordonnée ou restructurée, ce fut le cas pour la première banque portugaise Banco Espirito Santo. L'heure n'est pas encore aux fonds de résolution européens (55 milliards d'euros d'argent des banques mutualisés) qui n'entrera en vigueur qu'à partir de 2016 et très progressivement.
• Pourquoi cet exercice serait-il plus crédible que les précédents?
Parce qu'il a été précédé d'un examen des bilans bancaires très rigoureux, et inédit, piloté par la BCE. La Banque centrale européenne joue sa crédibilité dans cet exercice. Avant de prendre en main la supervision directe de 130 banques de la zone euro, le 4 novembre 2014, une étape essentielle de l'union bancaire, la BCE exigeait une transparence totale des bilans des institutions de crédit dont elle aura la charge. Elle a mis en place des moyens humains et financiers exceptionnels pour effectuer cette revue des bilans détaillée. C'est bien ce qui fait la spécificité de ces «stress tests», version 2014. Les précédents tests de résistance, réalisés en 2010 et en 2011, étaient sujets à caution, car ils reposaient sur les superviseurs nationaux, souvent juge et partie. En Espagne, et au Portugal, ils ont été décrédibilisés avec l'affaire Bankia et l'affaire Banco Espirito Santo. La supervision par la BCE est censée restaurer cette confiance perdue.
• Cela empêchera-t-il une prochaine crise bancaire?
La peur du gendarme, incarnée par Danièle Nouy, responsable de la supervision des banques à la BCE, devrait obliger les banques à mieux se tenir. Dans la perspective des «stress tests» 2014, les banques de la zone euro ont déjà renforcé leur bilan à la hauteur de 203 milliards d'euros. Des «stress tests» similaires auront lieu tous les ans. La supervision par la BCE devrait éviter les erreurs du passé. Les bilans seront en principe «réparés» plus en amont ; la restructuration d'une banque devrait être plus sereine, et la faillite, si nécessaire, plus ordonnée. La BCE entend également renforcer les fusions transfrontalières.
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Banques européennes : les vraies leçons des "stress tests"
Les grandes banques françaises ont réussi les "stress tests". En revanche, 25 banques sur les 130 testées par la Banque centrale européenne (BCE) vont devoir présenter un plan de redressement. Que cachent en fait ces résultats ?
À quoi correspondent ces tests ?
Les "stress tests" menés par la BCE sur les 130 plus grandes banques européennes ont pour objectif de s’assurer que ces banques européennes ont suffisamment de fonds propres pour faire face à une potentielle nouvelle crise économique.
La BCE a donc fixé des ratios à atteindre et s’est particulièrement penchée sur la revue de la qualité des actifs des banques, plus connus sous sa terminologie anglo-saxonne : "Asset Quality Review" (AQR). Afin de s’assurer de la fiabilité des résultats, elle a fait appel à de nombreux acteurs externes : cabinets d’audit et de consultants en sus de ses équipes internes qui ont épluché les comptes des banques et revu la qualité des actifs bancaires.
Un des ratios clés analysés est le Core Tier One (CET1) qui correspond aux capitaux propres apportés par les actionnaires rapportés à la taille du bilan. Selon la réglementation européenne, ce ratio devrait s’élever à 8 %. En d’autres termes, cela signifie que les fonds propres d’une banque doivent représenter 8 % du total de ses engagements.
En complément, les tests ont été menés en envisageant des scénarios catastrophes, à savoir pour la France une récession en 2014 et 2015 puis une année déflationniste en 2016 et un chômage atteignant les 12,2 %. Rajoutons à cela une chute des prix de l’immobilier de 30 % et des taux d’intérêt qui triplent pour atteindre 3,8 % en 2016 (contre 1,2 % aujourd’hui).
Treize banques françaises ont été passées au peigne fin. Nos principales banques françaises (BNP Paribas, BPCE, Crédit Agricole, Société Générale...) apparaissent comme solides. Seule la peu connue Caisse de refinancement de l’habitat (CRH) n’aurait pas réussi les tests. Au total, 105 banques ont atteint les ratios exigés, mais il serait intéressant de se demander comment elles y sont parvenues, car plusieurs explications sont possibles.
Des mécanismes subtils
Si l’on revient au ratio CET1, puisque celui-ci correspond aux capitaux propres sur les engagements (prêts notamment), l’objectif peut être atteint de plusieurs façons :
- Premièrement grâce à une augmentation des fonds propres qui dans le meilleur des cas sera consécutive à l’amélioration du produit net bancaire ou résultat de la banque. Ce fut le cas pour Deutsche Bank, mais aussi pour la banque Santander, banque espagnole avec la plus importante capitalisation financière de la zone euro. Ou encore pour la Société Générale, dont les résultats ont été largement positifs ces derniers exercices notamment suite à un programme de réduction des coûts drastique.
- Deuxièmement, grâce à une augmentation de capital. Par exemple, Deutsche Bank a réalisé une augmentation de capital de 8,5 milliards d’euros entre 2013 et 2014 et sur la même période les bénéfices de la banque ont également progressé.
- Enfin et n’excluant aucune des possibilités déjà évoquées, une troisième explication peut-être la réduction de l’encours de prêts par la banque.
Le revers de la médaille
Afin d’atteindre les règles européennes, les banques ont dû minimiser les risques liés aux "prêts non performants". Elles ont alors mis en place des analyses très sélectives avant l’octroi de nouveaux prêts. Malheureusement, ces pratiques ont conduit un grand nombre de banques à diminuer leurs encours de prêts. Pour ne citer que quelques exemples, Deutsche Bank a ainsi réduit ses encours de prêts de 8 % entre 2010 et 2013 ce qui a représenté un "manque" de financement bancaire de 31 milliards d’euros dans l’économie. Sur la même période, Santander a également restreint ses encours de prêts de 10 % et la Société Générale d’environ 4 %.
On assiste donc à une situation paradoxale où les banques, pour atteindre les objectifs fixés, ont pour la plupart réduit le montant de leurs prêts. Les banques jouent-elles alors totalement leur rôle ? En effet, les banques, censées financer l’économie, ont en fait limité leurs prêts pour réduire leurs propres risques. Or, cette situation n’est pas sans conséquence lorsque l’on sait que l’essentiel de l’économie en Europe repose sur les performances des petites et moyennes entreprises et que celles-ci demeurent majoritairement financées par les banques. Un rapport de la BCE d’août 2013 faisait apparaître qu’en moyenne 31,4 % des PME finançaient leurs actifs par des prêts bancaires. Comment une entreprise peut-elle se développer si elle n’a plus de financement ?
Un effet pervers à plus long terme
Des études menées par la BCE elle-même ont montré une forte corrélation entre l’évolution des prêts et celle du PIB. Lorsque l’encours des prêts est en augmentation, le PIB est en croissance par contre lorsque les prêts sont en chute, le PIB est aussi affecté à la baisse.
En plus, les principales banques qui n’auraient pas réussi les tests (BCP au Portugal, Österreichische Volksbanken en Autriche, TSB en Irlande, Hellenic Bank en Grèce et quatre banques en Italie : Monte Dei Paschi, Banca Carige, Banco Popolare di Vicenza et Banco Popolare di Milano) devront présenter des plans de redressement ou de recapitalisation sous neuf mois. Qu’elles soient sauvées par leurs actionnaires ou par leurs États, au bout du compte, ce sont tous les contribuables qui d’une manière directe ou indirecte devront mettre la main au panier.
Au vu de ces éléments, on peut se demander si l’atteinte de ratios ne fragiliserait pas plutôt l’économie d’une certaine façon, notamment avec la constriction des encours de prêts, plutôt que de nous rassurer sur la capacité des banques à faire face à une nouvelle crise financière
From : le Figaro , Isabelle Chaboud GEM / les Echos ,....