Crise au PS : « Un parti qui a toujours été capable des synthèses les plus extrêmes »
Alors que la crise couve chez les socialistes depuis l'abstention des anciens ministres socialistes Benoît Hamon et Aurélie Filippetti lors du vote sur le volet recettes du budget 2015, Nicolas Chapuis, journaliste au service politique du Monde, a répondu à vos questions.
Hervé : Y a-t-il une réelle différence de fond entre ceux qui se battent au PS ? Qu'est-ce qui différencie Manuel Valls ou François Hollande et les frondeurs ? Y a-t-il deux socialismes ?
Nicolas Chapuis : Oui, il y a des différences de fond qui s'expriment sur la politique économique. Manuel Valls et François Hollande veulent mener une politique visant à réduire les déficits pour rester dans les clous de Bruxelles (même si nous en serons loin en 2015). Ils envoient donc des signaux en aidant les entreprises, en donnant l'impression d'assouplir le marché du travail etc. A l'inverse, les frondeurs plaident pour une relance de la croissance par l'investissement et par l'aide à la consommation.
Mais derrière ces deux lignes se cachent une division plus traditionnelle au sein du PS entre l'aile droite et l'aile gauche. Cette division s'est exprimée plus ou moins fortement selon les époques, mais elle a toujours existé. Il est difficile de cerner aujourd'hui la profondeur du fossé qui les sépare.
Jemy : Est ce que le PS pourra survivre encore longtemps avec des courants aux idées politiques totalement opposées ?
Le PS a toujours été un parti capable des synthèses les plus extrêmes. Mais certains pensent que nous sommes arrivés à un moment où le PS va devoir faire une clarification idéologique. C'est le cas par exemple de l'historien Gérard Grunberg, qui considère qu'il y a une contradiction entre la doctrine du PS et sa pratique du pouvoir dans une économie de marché.
On reproche souvent au PS de ne pas avoir fait sa révolution idéologique, son « Bad Godesberg » (l'abjuration du socle idéologique marxiste), comme les autres partis sociaux démocrates européens. C'est en partie faux. Le PS semble plutôt le faire continuellement. Et il est, selon la formule de Jacques Julliard, « semblable à ces ivrognes qui prétendent que rien n'est plus facile que d'arrêter de boire puisqu'eux-mêmes le font chaque semaine ».
Frankie : Peut-on envisager une alliance entre certains députés PS « opposés » à la politique actuelle du gouvernement, les Verts et le Front de gauche?
Oui, cela a déjà eu lieu sur certains amendements. Mais cela ne forme pas une majorité alternative pour autant. Les Verts sont 17, le PCF a 15 députés et les frondeurs sont une petite quarantaine. Il faut qu'ils associent leurs votes à la droite pour faire tomber des textes. D'où la complexité de leur stratégie.
Habo : Quelle personnalité du PS pour faire une synthèse de ces deux sensibilités sans risquer la scission au sein du parti ?
C'est l'un des problèmes actuels du PS. Personne ne réalise cette synthèse. François Hollande n'est pas en position de la réaliser. Manuel Valls est considéré comme beaucoup trop libéral pour une partie du PS, la stratégie de Martine Aubry n'est pas claire de l'autre côté. Reste Jean-Christophe Cambadélis à Solférino, qui est chargé de tenir un parti avec tout ce petit monde. Mission compliquée...
Visiteur : Y a-t'il des enquêtes pour savoir comment se positionnent les militants socialistes dans cette guerre fratricide ?
Non. Pour savoir ce que pensent les militants, il faudrait faire un congrès. C'est l'une des grandes questions. Un certain nombre de socialistes réclament un congrès rapide pour résoudre ces problèmes. Mais l'exécutif n'est pas pressé d'aller se frotter aux militants, qui sont très remontés.
Cependant, les ressentis que j'ai du terrain (visite dans les sections, dans les fédérations) c'est que les militants sont surtout désabusés. Ils viennent de moins en moins aux réunions. Il y a plus grave que de faire face à la colère des siens, il y a l'indifférence.
K.L.C : Certains expliquent que le terme « frondeur » n'est qu'une invention de ceux qui ne comprennent pas que le débat puisse exister au sein du Parti socialiste. Qu'en pensez-vous ?
Non, le terme de « frondeurs » est apparu pour la première fois (si je ne m'abuse) dans les colonnes du JDD. Au début, un certain nombre de députés le rejetait parce que la fronde fait à l'origine référence à une révolte aristocratique sous Louis XIV. Mais devant le succès « marketing » du terme, ils ont fini par l'accepter et par s'appeler eux-mêmes comme ça. C'est un nom qui se retient bien...
Charlie : L'idée de Stéphane Le Foll que Benoît Hamon quitte le PS ne reflète-t-elle pas la crainte des « Hollandais » de le voir en prendre la tête lors du prochain congrès ?
Il ne faut pas négliger la part de réelle exaspération dans les propos de M. Le Foll. Il faut bien voir que le vote du budget est un élément déterminant d'appartenance à une majorité. Beaucoup de socialistes sont réellement outrés que des anciens ministres ne votent pas un budget qu'ils ont contribué à préparer. Ce n'est pas qu'une affaire de posture.
Néanmoins, vous avez évidemment raison, même s'ils s'en défendent, le congrès est dans toutes les têtes. Mais je ne connais aucun socialiste qui se risquerait à prévoir ce qui va s'y passer. Les choses sont tellement désorganisées qu'il est difficile de lire la situation. C'est valable pour la majorité mais aussi pour la gauche du parti, qui aura du mal à se rassembler.
Visiteur : Bonjour, S'il ne doit y avoir que « 40 » frondeurs, pourquoi ne pas pousser le débat jusqu'a la scisson ?
En terme de stratégie, la majorité du PS n'a aucun intérêt à exclure les frondeurs. Ils en feraient des victimes et risqueraient de braquer tous les députés du « marais », ces élus légitimistes, qui peuvent également trouver que les frondeurs soulèvent des questions importantes.
Manbu : Manuel Valls a dit aujourd'hui qu'il fallait reconstruire le PS et peut-être même en changer le nom. Pensez-vous que c'est dans le but d'une mainmise sur le parti en vue de sa probable candidature à l'Elysée en 2017 ?
Manuel Valls n'a jamais développé de réel courant au sein du PS. Il semble compliqué aujourd'hui pour les vallsistes de prendre le parti sans l'appui des hollandais et des autres courants de la majorité. L'une des stratégies peut être en effet de casser le parti en disant aux socialistes : « l'avenir de la gauche, c'est moi, suivez-moi dans une formation rénovée à tendance social-démocrate ou social-libérale ». Mais on en n'est pas encore là. Il ne faut pas sous-estimer l'attachement des socialistes à leur identité et à leur parti.
VD : Pourquoi reprocher à Benoît Hamon son vote, alors qu'il a démissionné car il était en désaccord avec la préparation du budget ?
Sans le dérapage incontrôlé de Frangy, Benoît Hamon aurait-il démissionné du gouvernement avant le vote du budget ? Pas si sûr.
Yann : Des états généraux du PS sont en cours. Que peut-il en sortir ?
Un texte unique que les socialistes voteront ou non. Cela ne suffira pas à calmer les esprits, même si beaucoup saluent l'initiative. Mais à quoi ressemblera le texte final, qui est censé faire une synthèse entre toutes les contributions ? Comment rédiger une contribution qui fasse une synthèse entre les positions de Martine Aubry et de Manuel Valls ? L'essentiel du texte est en réalité déjà fixé.
Jacques Militant : Socialiste, je suis en pleine opposition à la politique menée par le gouvernement. Militant socialiste, je me suis engagé pour une réduction des inégalités. Militant socialiste, je me suis engagé pour une politique de transformation écologique de la société. Et je pourrais continuer comme cela pendant longtemps.
Faut-il une scission pour clarifier le débat ?
A vous de nous le dire lors du prochain congrès. Moi, je ne suis pas militant.
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Le ministre sortant de l'Économie a d'ores et déjà annoncé son départ, après des propos critiquant les orientations économiques de François Hollande et mettant le feu aux poudres. 'Le monde entier nous presse, nous supplie même de faire cesser ces politiques d'austérité absurdes qui continuent d'enfoncer la zone euro dans la récession et bientôt dans la déflation, a déclaré Arnaud Montebourg. (...) Il faut donc avoir le courage intellectuel et politique de dire que les politiques d'austérité aggravent les déficits là où elles devraient précisément les réduire.' Selon Arnaud Montebourg, le ministre sortant de l'Education Benoît Hamon, autre figure de l'aile gauche du Parti socialiste aurait aussi choisi de partir. L'ex-ministre de la Culture Aurélie Filippetti avait déjà annoncé un peu plus tôt qu'elle ne ferait pas partie du gouvernement Valls II. Ce nouveau gouvernement de Manuel Valls sera le quatrième de l'ère Hollande. Ce remaniement intervient à quelques semaines des débats sur la loi des finances pour 2015. Des débats qui s'annonçaient déjà houleux en raison de la fronde menée par plusieurs députés PS.
Dans le Gard, Montebourg se pose en leader d’une autre voie socialiste
Il est ravi d'être « redevenu un citoyen ordinaire », qui prend le métro « avec plaisir » et parle désormais « d'égal à égal » avec les Français qu'il croise dans la rue. Fidèle à son style primesautier et flamboyant, Arnaud Montebourg a surjoué dimanche 5 octobre son nouveau statut d'ancien ministre « profondément heureux » d'avoir quitté le gouvernement le 25 août et de « vivre en accord avec (ses) convictions ».
Pour sa rentrée politique à l'université d'automne de son mouvement « Des idées et des rêves », ce week-end à Laudun-l'Ardoise (Gard), l'ancien patron de Bercy est revenu sur la « crise politique majeure » de la fin de l'été pour en donner sa version. Il l'affirme, il a moins été démissionné par Manuel Valls et François Hollande qu'il n'est parti de son propre gré. « Avec Benoît Hamon et Aurélie Filippetti, nous avons pris la décision collective dans le bureau de Christiane Taubira de quitter le gouvernement pour des raisons politiques », a-t-il expliqué.
En désaccord sur la ligne économique du gouvernement, Arnaud Montebourg estime que le « divorce à l'amiable » avec le duo exécutif était « inéluctable » et aurait eu lieu tôt ou tard, sans doute « au moment du vote du budget ». Le sortant fait mine d'avoir tourné la page, mais il considère en réalité avoir été bel et bien trompé par le premier ministre. Dans son esprit, le contrat entre les deux hommes était « clair » : Manuel Valls était « d'accord » pour infléchir la politique économique gouvernementale dans le sens souhaité par son ministre. « L'accord n'a pas été respecté », affirme-t-il.
les « erreurs » de Hollande
L’ancien ministre Arnaud Montebourg s’est livré dimanche à un « droit d’inventaire » du quinquennat Hollande. Jugeant les réformes timides et partielles, il dit vouloir « réinventer la gauche ».
Il n’y a pas eu, cette fois, d’attaque nominative, mais le réquisitoire n’en a pas moins été acerbe. Concluant dimanche matin, à Laudun-l’Ardoise, l’université d’automne de son club Des idées et des rêves, Arnaud Montebourg s’est livré à un véritable « droit d’inventaire » avant l’heure du quinquennat Hollande.
« Oui, c’était une erreur de n’avoir pas, comme promis, renégocié le traité [européen de discipline budgétaire], de n’avoir pas fédéré les opposants à l’austérité dans l’Union européenne… », a lancé l’ancien ministre de l’Economie, limogé fin août pour avoir moqué le président et réclamé une inflexion majeure de la politique économique. Après cette « erreur » commise dès son élection en 2012, le chef de l’Etat en a, selon lui, commis une autre (« l’erreur fondamentale du quinquennat ») : avoir fait – jusqu’à cette année – de la baisse des déficits « une obsession, une obstination » qui aurait asphyxié la croissance sans rétablir les comptes publics dans « un cercle vicieux absurde ». Face à Manuel Valls qui récuse l’idée d’austérité pour la France, son ex-ministre a persisté : il y a « une politique d’austérité à la française, par les hausses d’impôts massives des gouvernements Fillon puis Ayrault » qui ont ponctionné le pouvoir d’achat. S’il doit bien reconnaître que l’exécutif vient de lâcher sur les déficits, Arnaud Montebourg aurait voulu aller plus loin : « Il reste encore 14 milliards d’effort à faire [en faveur des ménages, NDLR] pour que nous puissions relancer l’économie française ! »
L’ex-ministre avait déjà développé cet argumentaire, mais c’est la première fois qu’il met aussi directement en cause la responsabilité de l’exécutif français dans « l’explosion du chômage » : « Ce n’est pas la crise qui est en cause, mais les dirigeants politiques par leurs mauvaises décisions. » Les réformes engagées sont qualifiées de « timides, partielles et homéopathiques » ; le gouvernement est jugé « incapable » de supporter le débat, donc « de lutter contre sa propre arrogance » ; et François Hollande est implicitement portraituré en représentant d’« une certaine classe politique » finissante, issue d’« une alliance entre les barons locaux et une technocratie arrogante ».
Le ressentiment d’Arnaud Montebourg à l’égard du président est fort. Quand on lui demande s’il le soutiendra en 2017, sa réponse fuse : « Je ne crois pas avoir dit une chose pareille. » L’ancien ministre nourrit une ambition présidentielle et dit vouloir « réinventer la gauche ». L’ennui est qu’il ne sait pas avec quels moyens. Il n’a plus de travail – il veut créer sa propre entreprise – mais, surtout, il n’aura bientôt plus aucun mandat électoral – il ne se représente pas aux cantonales de mars 2015. Or deux ans et demi, c’est très long, surtout lorsqu’on n’a pas un bilan évident (à part le made in France et le décret sur le patriotisme économique) et qu’on ne compte qu’un petit nombre de fidèles au PS (une dizaine de parlementaires étaient là ce week-end). « Aujourd’hui, je ne vois pas comment on peut gagner en 2017… même avec un autre que François Hollande », reconnaît la présidente de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée, Catherine Lemorton, proche d’Arnaud Montebourg. S’il y a des convergences avec Benoît Hamon et les « frondeurs », qui ont fait cause commune ce week-end dans les Landes, ceux-ci ne sont pas prêts à se ranger sous sa bannière. Et le retour annoncé de Martine Aubry pourrait bien éclipser l’ancien ministre. Même s’il a eu de mauvaises relations avec la maire de Lille, Arnaud Montebourg a lancé dimanche : « Sa voix nous manque. » Pour se sentir moins seul ?
From : le Monde ,...............