Appartement de Lepaon : la CGT a «trahi la classe ouvrière», estime Philippot ?
Le numéro un de la CGT, Thierry Lepaon, devra répondre mardi devant son «parlement» de la CGT de «l'affaire» qui secoue la centrale depuis une semaine: les travaux coûteux réalisés aux frais de la CGT dans son appartement de fonction.
La CGT traverse une «tempête, militants et syndiqués sont en émoi» depuis que le Canard enchaîné a révélé mercredi dernier que 130.000 euros de travaux ont été effectués dans un appartement de location en bordure du bois de Vincennes pour héberger M. Lepaon, souligne un cadre. «L'affaire ne passe pas, plusieurs fédérations ont déjà interpellé la direction lui demandant des explications», affirme de son côté une source interne.
Lors du Comité central national (CCN, «parlement» de la CGT), qui regroupe les numéros un des Fédérations et des Unions départementales, «des explications seront demandées, par exemple pourquoi on a fait des travaux de cette ampleur dans un logement de location et à qui appartient cet appartement», selon cette source.
La rénovation aurait coûté 130 000 euros à la CGT
Ces cadres dirigeants auront le souci «d'éteindre l'incendie» et ne vont probablement «pas demander la démission» de Thierry Lepaon, mais le trésorier, Eric Lafont, est sur la sellette, estime cette source. «Pour l'instant, il fait le dos rond» et reste avare de précisions, à ceci près que l'appartement est «bien moins grand» que les 120 mètres carrés cités par l'hebdomadaire satirique.
La CGT dénonce «la pression médiatique»
«Soit Thierry Lepaon sera capable d'apporter des explications claires pour rétablir la confiance» et donner «des gages de transparence à l'avenir» soit «on sort divisés avec un secrétaire général encore plus affaibli et une crise qui ira en s'amplifiant», prévoit cette source. Le «parlement» de la CGT n'a pas toujours été tendre avec M. Lepaon. Ainsi en mai il a rejeté son projet de restructuration de la NVO, magazine de la centrale.
Pour sa défense, la direction a déjà expliqué avoir été confrontée à une situation inédite: trouver un logement de fonction pour le numéro un, élu en mars 2013, qui ne résidait pas en région parisienne. «Et mettre à disposition du secrétaire général un appartement en bon état n'est pas un scandale», argue-t-elle, en dénonçant «la pression médiatique». Mais le montant des travaux, le choix d'un beau quartier, «posent un problème de moralité, c'est indécent», s'emporte un cadre. Il juge «catastrophique» la déclaration de M. Lafont au Canard enchaîné selon laquelle il n'avait pas osé loger le secrétaire général «à Aubervilliers ou à Clichy», ces quartiers populaires où résident nombre de militants cégétistes.
L'affaire fait polémique au sein du syndicat
Il est aussi reproché à Thierry Lepaon l'absence de transparence. Les instances dirigeantes - bureau confédéral, commission exécutive, CCN - n'ont apparemment été
ni consultées, ni informées, de cette opération, indique-t-on en interne. C'est un corbeau qui, il y a deux semaines, a adressé aux Fédérations un devis pour les travaux, ans doute dérobé aux services du trésorier, selon ce dernier. «Le but était de discréditer la direction», déplore un cadre dirigeant. C'est dans ce contexte de tension qu'une délégation de la CGT, conduite par Thierry Lepaon, participera mardi à Matignon au comité de suivi des aides publiques que mettra en place le Premier ministre Manuel Valls.
«On cherche le coupable idéal»
L'affaire attise la crise qui secoue la CGT depuis la guerre de succession de 2012. Thierry Lepaon a eu du mal à s'imposer et à fixer un cap dans un syndicat déchiré par des conflits de personnes et des divergences d'orientation entre les courants réformistes et les radicaux proches du PCF. La direction a lancé une enquête pour trouver l'origine de la fuite, ce qui a envenimé encore plus les relations. «Une frange interne est en train de chercher le coupable idéal», résume un cadre.
La note envoyée mercredi aux militants, inspirée par la théorie du complot et dénonçant ceux qui attaquent la CGT «parce qu'elle dérange», n'a pas eu l'effet escompté.
«Cette note est pathétique, on a l'impression d'être en Corée du nord et que la terre entière en veut à Thierry Lepaon et à la CGT!», se désole un cadre.
From : le Parisien ,............