"Sarkozy, c'est le règne de la terreur"
Nommé conseiller à l'Elysée en 2007, Georges-Marc Benamou a vécu l'enfer. Il raconte. Interview en partenariat avec "La Revue Civique".
Georges-Marc Benamou est l’auteur de "Comédie française" (Fayard), grande fresque décrivant de l’intérieur la haute sphère du pouvoir élyséen, ce qu’il appelle la "Cité interdite", où il a été appelé à "conseiller le Prince", Nicolas Sarkozy, au début de son mandat présidentiel. Il s’exprime aujourd'hui, sans langue de bois, sur les leçons de son expérience au sommet de l’Etat et ce qu’il tire comme enseignements quant à la personnalité de l'ancien président et sa conception de la politique.
Vous faites découvrir à vos lecteurs la brutalité parfois extrême du jugement porté par Nicolas Sarkozy sur des personnalités de sa propre famille politique. Par exemple, Jean-Pierre Raffarin, un moment comparé à "une hyène" !
- Oui, il y a la violence verbale, c’est vrai. Il y a cette conception brutale, une violence autour de Nicolas Sarkozy pour lequel il n’y a pas de "famille politique", il y a simplement le règne de la terreur et l’idée que c’est la force qui prime. [...] Il n’y a plus de "grande famille", les gens se haïssent, des clans se sont constitués. [...] Avec lui c’est la violence, la violence, et encore la violence, rien que du rapport de force.
Vous racontez que Nicolas Sarkozy évite tout entretien, seul, avec François Fillon.
- Derrière l’affiche du tandem au pouvoir, il y a cette confidence, qui m’arrive fin novembre 2007 : le Premier ministre n’avait pas réussi à voir le Président de la République en tête à tête depuis six mois ! Tous les rendez-vous prévus normalement avant les Conseils des Ministres avaient été annulés. Parce que Nicolas Sarkozy ne le supportait plus.
Il ne consentait à voir François Fillon qu’en présence d’un homme clé, voire lige, Claude Guéant…
- Oui. Claude Guéant, cet étrange Richelieu du 21e siècle [...].
Personnage à travers lequel tout le système Sarkozy s’est construit ?
- Oui. Sachant qu’entre Sarkozy et Guéant, cela n’a pas été tout le temps rose : j’ai assisté à des scènes d’humiliation très fortes, Sarkozy s’est même montré menaçant à l’égard de Guéant. [...] Mais ils formaient un vrai couple politiquement : une confiance absolue, une information constante, ils s’appelaient quinze fois par heure, une relation père-fils, maître-esclave. Claude Guéant est d’ailleurs encore, selon moi, à la fois le maillon faible et le pivot par lequel tient la Sarkozie.
On a l’impression aussi que le système Sarkozy repose sur des policiers…
- [...] Je ne suis pas sûr que Clemenceau, au Ministère de l’Intérieur, ait été entouré d’autant de flics. Cela correspond peut-être à une vision policière du monde, un peu à la Alexandre Dumas, avec des corridors, des stratagèmes, des affaires, des assassinats… hypothèse romanesque, bien sûr, qu’il y a peut-être dans la tête de Sarkozy.
Il y a aussi une méfiance de tout. Et une vision vraiment policière de la politique. Chercher à être informé sur tout. Mais il y a aussi dans cet entourage policier un manque évident de flair politique. [...] Une déconnexion de la société, un assèchement politique par son entourage.
Autre homme clé de la Sarkozy : Patrick Buisson. Comment ce personnage s’est-il installé au sommet du pouvoir auprès de Sarkozy ?
- [...] Sarkozy cherche une idée, comme le cycliste fourbu cherche la bonne dope. Il tombe sur l’idée du ministère de l’identité nationale ! Devant la réussite sondagière de cette idée, pragmatique, Sarkozy, à partir de ce moment, choisit presque aveuglément de suivre les conseils de Buisson.
[...] Il joue la carte du régalien, sur des thèmes qui flirte avec l’extrême droite : l’ordre, l’ostracisme des étrangers, des Roms, la xénophobie, tout cela, c’est pour lui faire de la politique et "ça coûte pas cher"…
Comment Sarkozy a-t-il pu suivre cet homme, et l’instrumentalisation des sondages ?
- C’était le summum du marketing sondagier : celui qui marque des points (dans l’opinion, d’après les sondages sur commandes) a raison ! Peu importe les moyens, si les sondages sont bons ! Plus on fait du gros rouge, plus on fait du Buisson, plus ça semble marcher, alors pourquoi se priver ?!
Plus ça tache, plus ça marche… vision sur le court terme, non ?
- Oui, c’est cela qui a fasciné Sarkozy mais fait aussi son extrême fragilité, éthique. Sa faiblesse, car Sarkozy a besoin d’un cadre. Cela a été Cécilia. Cela a été Buisson. Demain, on ne sait pas. On voit qu’il n’y a personne, ça flotte donc en Sarkozie, on ne sait pas trop où la barque va aller. C’est un bric à brac.
Ce marketing court-termiste semble en effet à l’œuvre, on l’a vu lors du meeting face à une salle qui l’intimait d’annoncer "l’abrogation" de la loi sur le mariage pour tous…
- Cette séquence est en effet le résumé, en 15 secondes, de mon livre. Ces images, il paraît qu’Alain Juppé les a d’ailleurs repassé plusieurs fois, c’est la quintessence du marketing à très courte vue, qui "ne coûte pas cher" [...] Où l’on voit un matamore qui cède devant des gueulards : celui qu’on avait pris pour un grand réformateur est en fait un grand démagogue.
La dureté apparente de Sarkozy ne cache-t-elle pas en réalité une faiblesse, politique et psychologique ?
- Oui, fausse dureté, vraie fragilité. Dépendance à la mère, dépendance à la femme, celle qui est dans son lit a toujours raison. Vraie faiblesse, en fait. La placidité du Président "normal" Hollande est finalement plus solide, psychologiquement, quoi qu’on pense par ailleurs de sa politique. Sarkozy est plus fébrile, complexé, versatile.
Pendant presque un an, au début de son mandat, l’obsession Cécilia va occulter tout le reste. Plus rien n’a d’importance… ce qui montre une conception, finalement assez pathétique, du pouvoir et de la politique.
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Sarkozy veut enterrer les courants de l'UMP
Nicolas Sarkozy a répété mardi soir sa volonté de supprimer les "courants" au sein de l'UMP, une fois qu'il sera élu président du parti. Mais ceux qui ont créé ces mouvements en 2012 ne sont pas tous favorables à cette proposition.
Nicolas Sarkozy en est persuadé depuis longtemps : l'instauration de courants, à l'occasion de l'élection interne de novembre 2012, a divisé davantage le parti que l'inverse. Aussi, le 22 octobre dernier, lors d'un meeting à Toulon (Var) en vue du scrutin pour la présidence de l'UMP, l'ancien chef de l'Etat a officialisé sa proposition de "supprimer les courants". Une idée qu'il a résumée ainsi à la tribune : "Je ne veux plus de la droite molle, de la droite forte, de la droite sociale, la droite ceci ou cela..."
Depuis, il répète cette formule à tous ces meetings, comme mardi soir à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Lors de cette réunion publique dans le département où il a été élu il y a 35 ans, l'ex-Président candidat s'est fait plus disert. "On n'a trop souffert des chapelles depuis 2012", a-t-il constaté avant d'assurer vouloir "intégrer les différences" à la future équipe dirigeante de l'UMP. "Je ne choisirai personne parce qu’il est sarkozyste, juppéiste ou filloniste. Je choisirai des hommes et des femmes qui ont envie de diriger une formation républicaine."
Des courants qui n'ont jamais fonctionné
Assis au premier rang, Laurent Wauquiez, le leader de la Droite sociale, jettait un œil à son téléphone portable. Quelques chaises derrière lui, Geoffroy Didier, l'un des fondateurs de la Droite forte avec Guillaume Peltier, ne souriait plus. Au contraire, Marc-Philippe Daubresse, l'un des fondateurs de la motion "humaniste" aux côtés de Jean-Pierre Raffarin, opinait du chef. Egalement présents, Roger Karoutchi, Christian Estrosi et Patrick Ollier, trois membres du courant Gaullistes en mouvement, ne bronchaient pas.
En 2012, tous soutenaient l'idée des courants, promue par Jean-François Copé quand il était secrétaire général de l'UMP. Le principe? Permettre aux différentes chapelles de l'UMP d'être mieux représentées au sein des instances du parti. Le système se calquait sur celui des motions, présentées à chaque congrès du Parti socialiste. Mais, dans une formation où la culture du chef s'est toujours imposée, les courants n'ont jamais vraiment fonctionné. D'autant que les dotations promises à chaque motion, à condition qu'elle recueille plus de 10% des votes des militants UMP, n'ont jamais existé. La guerre Copé-Fillon et le scandale Bygmalion ont en effet gelé un certain nombre d'initiatives. Les militants ne sont d'ailleurs même pas amenés à se prononcer sur les courants lors du scrutin interne de samedi.
"Un devoir vis-à-vis des militants de continuer"
Interrogés par leJDD.fr après le meeting de mardi soir, les représentants des courants accueillent diversement la proposition de Nicolas Sarkozy. Pour Marc-Philippe Daubresse, ce sera "une libération" : "Les courants ne servaient à rien." Laurent Wauquiez, lui, évacue le sujet. Le président de la Droite sociale a fait son deuil des courants : "Aujourd'hui, nous avons besoin plus d'unité que de divisions." La Droite sociale continuera toutefois d'exister dans le débat d'idées, promet-il. Le député-maire du Puy-en-Velay (Haute-Loire) n'a plus la tête à défendre son courant : il pourrait prétendre au poste de secrétaire général en cas d'élection de Nicolas Sarkozy.
Le député Thierry Mariani, qui pilote la Droite populaire, a d'ores et déjà pris les devants et assuré la survie de sa motion. Début novembre, il a transformé son "courant" en "association politique", statut qui lui permet de revendiquer des adhérents et d'obtenir des financements. Geoffroy Didier, de son côté, est circonspect. "Il faut discuter de ce sujet après l'élection du président de l'UMP", indiquait le fondateur de la Droite forte au JDD.fr mardi soir. "Si Nicolas Sarkozy souhaite que le courant n'existe plus, on le fera vivre autrement. C'est un devoir vis-à-vis des militants de continuer", défendait-il encore.
Sans doute en conséquence de sa prise de position, l'élu francilien a annoncé, mercredi matin, son départ en tant que salarié de l'UMP dans Le Figaro. "J'ai une conviction : parallèlement à leurs fonctions ou à leurs mandats politiques, les responsables publics doivent avoir un métier", justifie dans les colonnes du quotidien Geoffroy Didier, qui deviendra avocat. Et d'indiquer qu'il "poursuivra sa mission de dirigeant de la Droite forte". Nicolas Sarkozy dressait en meeting le constat d'un parti "trop pollué par des considérations personnelles que les courants ont pu favoriser". Mais il n'a pas encore convaincu toutes ses troupes.
From : l'Obs ,JDD,................