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Le plan de Macron pour (enfin) "débloquer la France"


Professions réglementées, grande distribution, marché du travail… Le ministre de l'Economie dévoile le projet de loi qu’il présentera le 10 décembre en Conseil des ministres.

La loi Macron, qui veut déverrouiller la concurrence, peut-elle doper la croissance Découvrez la définition de ce terme avec Saxobanque et l’emploi ?

Il n’y a pas de loi Macron. C’est une loi portée par tout le gouvernement, car nous avons fait un travail collégial. Il ne faut pas faire croire que cette loi va créer des centaines de milliers d’emplois demain matin. Elle va en créer, par exemple grâce aux réformes du transport en autocar –en Allemagne, une réforme similaire en a créé plus d’une dizaine de milliers. Mais ne vous inquiétez pas il y aura un chiffrage, et il y aura également une évaluation précise de toutes ses mesures une fois qu’elles seront mises en œuvre. Le plus important, c’est que cette loi va surtout apporter de l’activité nouvelle et de l’innovation, et donc doper notre croissance potentielle. C’est donc d’abord une série de réformes concrètes et une vraie révolution culturelle.


*En quoi la loi sera-t-elle une révolution ?

Parce qu’il s’agit de débloquer le pays, de libérer les énergies, de faciliter la vie, de briser les plafonds de verre les plus insupportables. Cette loi vise à redonner des droits et des opportunités à tous, mais surtout aux outsiders, à celles et ceux qui ne font pas partie du système et doivent se battre pour entrer dans la forteresse qui protège tous les autres, ceux pour qui tout est toujours plus facile. C’est un texte qui vise à réconcilier efficacité économique et justice sociale.

*Certaines situations de rente, comme les pharmacies, semblent épargnées, pourquoi ?

La modernisation des pharmacies sera portée par la loi de santé que prépare Marisol Touraine. L’idée de sortir les médicaments des pharmacies et de les vendre en grande surface ne m’a pas parue souhaitable parce que les Français sont attachés à la sécurité sanitaire. Elle est en outre économiquement contestable, parce que le niveau des prix comme le nombre de points de vente ne sont pas déraisonnables comparés aux autres pays européens.

Il y a aussi le marché des pièces automobiles, largement protégé, et où sévit une impressionnante inflationDécouvrez la définition de ce terme avec Saxobanque…

C’est un cas intéressant. On a fait le choix d’un objectif de politique industrielle assumé. Ce marché est dominé par les constructeurs, qui sont en train de remonter la pente grâce notamment au soutien des pouvoirs publics, mais restent encore fragiles, et je ne veux pas d’un plan socialDécouvrez la définition de ce terme avec Saxobanque dans six mois chez l’un d’eux. Nous ne légifèrerons donc pas. Mais l’Autorité de la Concurrence et les services de Bercy vont être très vigilants pour limiter les abus sur ce marché. Sur ce point comme sur d’autres, le débat parlementaire pourra aussi enrichir nos propositions.

A l’inverse, sur les notaires, vous allez plus loin que prévu…

Nous avons décidé de maintenir le monopole sur les actes notariés, un élément fondamental de la sécurité juridique. Mais le notariat est aussi une activité économique, qui doit être plus ouverte. Aujourd’hui les conditions d’installation sont malthusiennes : il y a 600 offices notariaux de moins depuis 1980, alors que le nombre de ménages a augmenté de 50% depuis ! Il faut introduire une liberté d’entreprendre dans ce secteur, tout en améliorant les équilibres territoriaux.

*Pourquoi vous attaquez-vous à la grande distribution ?

Parce que nous avons besoin de concurrence et pas de connivence ! Les six grands acteurs, qui sont en train de regrouper leurs centrales d’achat, sont un puissant oligopoleDécouvrez la définition de ce terme avec Saxobanque, alors que les fournisseurs sont beaucoup plus éparpillés. C’est un rapport de force qu’il convient de surveiller de très près. Et certaines zones ont été en quelque sorte réparties entre grandes enseignes. Nous allons donner à l’Autorité de la Concurrence le pouvoir de leur demander de céder des magasins.

*La loi va-t-elle permettre de gagner du pouvoir d’achat ?

La concurrence n’estni une fin en soi, ni une valeur. Elle permet dans certaines occasions de baisser les prix, ce sera donc le cas. Elle est un moyen pour débloquer l’économie, pour qu’il y ait plus de mobilité. Dans une période où l’inflation reste basse, il s’agit surtout de créer de l’innovation et de l’emploi.

Sur le travail du dimanche, vous semblez forcer la main à Anne Hidalgo, très réticente sur le sujet…

Pas du tout, seules les zones d’attractivité touristique internationale que cette loi permettra à l’Etat de créer seront définies par décret. La mission d’étude lancée sur le sujet par la Maire de Paris comme la délibération qu’elle a prévue en février prochain auront abouti avant la prise de ces décrets, et je m’engage à ce que nous nous concertions avec elle.

*Travailler le dimanche, cela va créer beaucoup d’emplois ?

Il y a un vrai gisement d’emplois dans les zones aujourd’hui fermées, et où des hommes d’affaires et des touristes ne peuvent pas consommer. A Bordeaux, le maire, Alain Juppé, a décidé de créer des zones touristiques il y a deux ans : cela a par exemple accru le chiffre d’affaires de la FNAC dans cette ville de 6 % et cela a donc évidemment créé des emplois. Il ne faut pas avoir une vision fermée de l’économie. N’oublions pas qu’Amazon fait 25 % de son activité le dimanche sans créer beaucoup d’emplois, ni payer beaucoup d’impôts en France... On a trop tergiversé sur ce sujet, maintenant il faut avancer ! La réforme se fera dans le respect des uns et des autres et, bien sûr, sur la base du volontariat des salariés et avec compensation salariale.

Jean Tirole, le prix Nobel, propose de créer un contrat de travail unique. Adhérez-vous à cette idée ?

Je ne pense pas qu’on puisse agir efficacement aujourd’hui sur le contrat de travail de cette manière. Ce n’est pas une voie de réforme praticable car la solution technique n’est pas claire, et son acceptabilité sociale encore moins. L’important est de réduire les insécurités juridiques et d’améliorer le fonctionnement du marché de l’emploi, sans rogner les droits des salariés.

* Comment ?

Je n’ai pas la martingale, mais j’écoute les patrons des PME-TPE. Ils me disent que s’ils n’embauchent pas en CDI, c’est en partie en raison du manque de prévisibilité pour les procédures de licenciement, si jamais ça se passe mal. La loi va donc par exemple réformer les prud’hommes avec comme objectif de réduire le temps de la procédure qui est aujourd’hui de 27 mois en moyenne, 4 ans à Paris. On peut moderniser cette institution en formant mieux les juges et en encadrant les délais. Et sur les pénalités, je souhaite qu’employeurs et salariés sachent mieux à quoi s’en tenir, avec un barème indicatif par exemple On concilie beaucoup plus vite quand les choses sont transparentes.

Votre projet de loi est un fourre-tout, on y trouve aussi l’interdiction des retraites chapeaux des grands patrons…

Ce n’est pas fourre-tout : ce sujet est parfaitement cohérent avec la réforme de l’épargne et de l’actionnariat salarié prévue par la loi. Là aussi, il faut favoriser la prise de risque. Les retraites chapeaux des dirigeants de grandes entreprises, c’est l’inverse car elles s’apparentent à des revenus différés, voir à des rentes. Quand les chiffres atteignent des niveaux exorbitants, cela devient une question citoyenne.

*Vous utilisez des arguments éthiques…

Si on ne remet pas de l’éthique dans le capitalisme, on aura de graves problèmes. On ne peut pas avoir une société qui diverge autant, avec d’un côté une précarisation accrue du travail et de l’autre des rémunérations qui continuent de s’envoler. Quand on ne sait plus expliquer à tous ceux qu’on croise combien on gagne et pourquoi on gagne autant, c’est qu’il y a un problème. Et je crois que certains ne sauraient pas le faire, car ils sont sur une autre planète ! Il faut retrouver un esprit civique collectif. Il existe d’ailleurs des dirigeants de grandes entreprises qui savent se montrer à la fois raisonnables et responsables !

Votre texte est un monstre qui fera plus de 200 articles, la discussion parlementaire va tourner à la foire aux lobbies. Pourquoi ne pas utiliser des ordonnances ?

Le texte est un bloc à la fois ambitieux et cohérent et il faut l’adopter vite car nous sommes dans une situation d’urgence économique. Il sera discuté dès le début de l’année 2015 par la représentation nationale en qui j’ai toute confiance pour prendre ses responsabilités. Ce texte sera partagé, discuté et amélioré. Pas question de passer par un coup de force via un train d’ordonnances car il faut pouvoir débattre en toute transparence. Il en va de l’intérêt général : je suis donc optimiste. Les Français sont plus éclairés que ce que ne le croient certains. On s’est trop mis de tabous, de barrières psychologiques. Lorsqu’on dit des choses concrètes, de bon sens, on est entendu et on peut agir.

*Le rapporteur de la Commission Attali est-il fier ou déçu du ministre ?

L’exercice et le contexte sont différents. Le rapporteur que j’étais était à l’abri de mes contraintes actuelles. C’est la confrontation au réel des Français qui est aujourd’hui mon quotidien. La volonté de rendre la France plus forte et plus juste pour les Français est la même. L’urgence est encore plus grande.

From : Challenges ,.....

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Dans une tribune sur le Monde, la maire de Lille s'est opposée à l'extension du travail dominical. Etienne Neuville salue cette initiative, et voit

dans la loi Macron une imposture ultra-libérale.

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Etienne Neuville est le vice-président du Collectif des Amis du Dimanche.

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Les débats font rage au sujet du travail du dimanche, à l'occasion de la présentation de la loi Macron, ce mercredi.

Terrain d'expression d'une revendication de la grande distribution - tout un chacun peut remarquer qu'elle seule demande à faire travailler le dimanche - portée dès 2008 par la commission Attali (dont Emmanuel Macron était rapporteur, juste avant son entrée dans la banque Rothschild), ces débats sont marqués par une grande malhonnêteté.


L'expérience confirme ces études : personne n'a vu les « dizaines de milliers d'emplois » promis par le député Mallié en 2009.

Les chiffres publiés par diverses organisations politiques ou patronales vont de la suppression de 225.000 emplois à la création de 300.000 postes. Ne citant jamais leurs sources, pas plus que n'explicitant leurs calculs, ils relèvent au mieux de l'imagination, au pire de la propagande.

En revanche, les travaux économiques (Etudes CES 1993, CREDOC 2008, OFCE 2008 et 2014) arrivent unanimement aux mêmes conclusions: dans une économie atone, le travail du dimanche ne produit ni emploi ni croissance, mais simplement un transfert d'activité de la distribution de proximité vers la grande distribution. Et des dégâts collatéraux dans le modèle social.

L'expérience confirme ces études: personne n'a vu les «dizaines de milliers d'emplois» promis par le député Mallié en 2009. Pas plus que Bricorama n'a vu s'envoler le nombre de perceuses vendues par ses enseignes, depuis qu'il a obtenu l'autorisation d'ouvrir le dimanche autant que Leroy-Merlin. Les expériences menées par l'Espagne et l'Allemagne vont également dans ce sens.

Les grandes enseignes poursuivent cependant une politique agressive de communication sur ce sujet. Après que les enseignes de bricolage ont organisé et financé des manifestations présentées outrageusement comme «spontanées», celles du boulevard Haussmann martèlent qu'une ouverture dominicale augmenterait leur CA de 5 à 7 % (bien loin des 25% évoqués par M. Macron pour le CA d'Amazon). Mais sans jamais dire que cette augmentation se traduira, mécaniquement, par une baisse de CA dans les magasins qui ne pourront, faute d'une taille suffisante, ouvrir 7/7. Pour ces grandes enseignes, une des rares voies de croissance dans un marché aux limites de la décroissance est juste cela, phagocyter les parts de marché des autres secteurs.

Ces grandes enseignes trouvent facilement des soutiens complaisants dans les milieux politiques. Ainsi certains, qui s'accommodent fort bien de plombiers polonais, s'inquiètent des touristes chinois, qui fuiraient notre pays pour acheter à Londres! Argument infirmé par les agences de voyage, ainsi que par le bon sens: les touristes chinois viennent essentiellement en France pour son patrimoine socioculturel, et non pas pour acheter des produits bien souvent disponibles aussi chez eux. La respiration dominicale, sachant que les musées sont fermés le mardi, ne pose pas de problème d'organisation au tourisme international, excepté peut-être, si l'on s'intéresse aux effets marginaux, pour quelques centres de transit aéroportuaires ou ferroviaires. Peanuts.

Avant de vouloir transformer la France en une galerie commerciale mondialisée, sous prétexte de vouloir améliorer son attractivité touristique, il semble beaucoup plus pertinent d'améliorer l'offre sur les motifs actuels qui font que la France est déjà la première destination mondiale: l'excellence de l'offre culturelle et artistique, la qualité de l'accueil, la sécurité des touristes, le caractère spécifique du pays.


Céder à des mirages consuméristes pour engager la France dans un choix de société imaginée par des lobbyistes de grandes enseignes, ou des banquiers d'affaire, est une régression à tous niveaux : économique, humains, culturels, sociétaux.

Hier soir, Radio Classique évaluait entre 40 et 60.000 emplois le nombre total d'emplois qui pourraient, peut-être, découler de la loi Macron. Si ce chiffre est exact, le manque d'ambition de ce projet de loi, dans un pays qui produit 30.000 chômeurs par mois, serait un aveu flagrant d'impuissance économique. Mais dans ce fourre-tout de mesures disparates, des groupes de pression idéologique ou commerciaux ont glissé un paragraphe dominical, sans aucun autre intérêt que le leur, pas supplémentaire sur la voie de la dérégulation initiée par le député Mallié. Ce qui est un aveu d'impuissance politique, ou de compromission.

La respiration dominicale est un marqueur de notre histoire, de notre physionomie propre. Depuis Constantin, il est investi pour les activités de la sphère humaine, non consumériste, qu'elles soient familiales, sportives, associatives, culturelles ou religieuses. Et pour une homorythmie de repos. C'est ce qui contribue, en grossissant le trait, à faire que la France n'est pas la Corée du Nord, et qu'il reste un peu de temps de cerveau humain disponible qui n'a pas encore été vendu à Coca-Cola, chacun se souvenant de la phrase de M. Le Lay.

Céder à des mirages consuméristes pour engager la France dans un choix de société imaginée par des lobbyistes de grandes enseignes, ou des banquiers d'affaire, est une régression à tous niveaux: économique, humains, culturels, sociétaux. Il s'agit, toujours plus avant, de transformer les hommes en machines à consommer sans cesse davantage, sans réfléchir.

Ces arguments sont connus: ils ont été très finement défendus par M. Ayrault, au cours de la discussion sur la loi Mallié, en 2009. Ils ont été réaffirmés par le Président de la République, en mai 2012 «Le combat de 2012, c'est de préserver le principe du repos dominical, c'est-à-dire de permettre aux travailleurs de consacrer un jour de leur semaine à leur famille, au sport, à la culture, à la liberté. Et j'y veillerai.» Un article de Mme Aubry dans le Monde d'aujourd'hui en fait une remarquable synthèse.

Est-ce bien le rôle d'un gouvernement de gauche que d'emprunter les pires voies du gouvernement précédent?

From : le Figaro ,.......

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Tag(s) : #Economie Commerce Finances Monnaie, #Politique Intérieure - Extérieure
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