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La fuite qui menace Bush
L'éditorial par Pierre Rousselin  , Le figaro
[27 octobre 2005]

Le second mandat aux Etats-Unis est, en règle générale, fort chahuté pour l'homme qui termine son séjour à la Maison-Blanche. Dans un passé récent, les présidents Nixon, Reagan et Clinton ont chacun été pris dans les filets de scandales plus ou moins graves datant de leurs premiers quatre ans.


L'Administration de George W. Bush est arrivée, à son tour, à l'heure de vérité, à ce moment où les méthodes hasardeuses qui ont fonctionné un temps peuvent se retourner contre leurs auteurs. L'enquête sur la divulgation, par de hauts responsables, du nom d'un agent de la CIA, Valerie Plame, paraît, à première vue, assez dérisoire. La fuite est, toutefois, de ces affaires apparemment bénignes qui peuvent gravement affecter la prise de décision dans le pays le plus puissant de la planète.


Karl Rove, le stratège politique de George W. Bush, et Lewis Libby, directeur de cabinet du vice-président Dick Cheney, seraient à l'origine de l'indiscrétion. Ils sont, aujourd'hui, sous la menace d'une inculpation du procureur indépendant Patrick Fitzgerald.


Dévoiler le nom d'un espion n'est pas, en soi, une très bonne idée quand on assume de hautes fonctions. Cela met en danger d'autres agents, dont la couverture est aussitôt réduite à néant. C'est surtout idiot quand cela vise à discréditer le mari de ladite espionne, au motif qu'il a eu le tort de dénoncer les mensonges de l'Administration au sujet des prétendues armes de destruction massive de Saddam Hussein. 
 

Voilà que, par ce biais, la tromperie qui a servi de prétexte à la guerre en Irak revient hanter la Maison-Blanche. Si des inculpations sont effectivement prononcées ces prochains jours, la polémique ne manquera pas d'enfler. Elle est déjà alimentée, dans l'impitoyable microcosme washingtonien, par le vif ressentiment qu'éprouve la CIA d'avoir été instrumentalisée par «une cabale» d'idéologues proches du vice-président Cheney et du chef du Pentagone Donald Rumsfeld.


Pour la Maison-Blanche, l'affaire s'additionne à bien d'autres soucis. A la gestion ratée de l'ouragan Katrina, s'ajoutent les difficultés en Irak – où les Américains en sont à 2 000 morts –, les critiques de la droite religieuse après la nomination de l'avocate de Bush, Harriet Miers, à la Cour suprême et, surtout, la chute de popularité du président, qui ne recueille plus que 39% d'opinions favorables.


C'est un paradoxe que l'«affaire Plame» intervienne alors que George W. Bush a remis de l'ordre dans son équipe, en s'appuyant sur le professionnalisme d'une Condoleezza Rice au département d'Etat. Dans un tout autre domaine, la nomination de Ben Bernanke pour succéder à Alan Greenspan à la Réserve fédérale a été saluée comme un choix consensuel et dénué du parti pris idéologique qui lui a longtemps été reproché. Sans doute George W. Bush est-il devenu plus sage depuis qu'il se sent menacé.

 

 

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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
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