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Bayrou présente ses remèdes contre le «mal français» UDF A l'issue d'un colloque de deux jours, le leader centriste a vivement pris à partie hier Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy.

Charles Jaigu
[21 octobre 2005]

POUR CLORE le colloque de l'UDF consacré aux «racines du mal français», François Bayrou a braqué le tir de ses batteries sur ses rivaux de droite. Et, pour mieux dessiner, en creux, sa vision, il a «pilonné» les positions de Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin. Sans jamais nommer le président de l'UMP, il a dénoncé le projet de «rupture» de Nicolas Sarkozy, un projet qui n'entend pas, selon lui, rompre seulement avec «vingt ans de pratique politique», mais «avec les valeurs mêmes du modèle républicain français». Entendez : Nicolas Sarkozy veut l'américanisation de la France. Et mettre le modèle républicain à l'heure de Londres et Washington.


La France va mal, c'est entendu, avance François Bayrou. C'est «une France inquiète, sombre, épuisée. Nous arrivons au bout d'une époque, époque de l'épuisement politique». Mais, pour sortir de la sinistrose, il n'est pas question de céder aux sirènes de la tentation communautaire, celles que l'on prête à Nicolas Sarkozy. François Bayrou a rappelé que l'essentiel de valeurs républicaines tenait en l'affirmation de «l'égalité des chances et la solidarité : à chacun selon ses mérites ; et non pas : selon ses relations, selon son quartier». Tout le contraire de «la discrimination positive», a-t-il indiqué, visant, là encore, le ministre de l'Intérieur, qui doit animer un colloque sur ce thème le 26 octobre. Il s'est aussi employé à brocarder le projet sarkozien de «G 6 européen», censé réunir seulement les grands pays du Vieux Continent : «Nous sommes passés de l'idéologie de la grandeur à celle de la grosseur. C'est exactement comme si la Chine, l'Inde et les Etats-Unis décidaient de parler de l'avenir de la planète sans nous». Pour lui, il s'agit d'une faute diplomatique, «humiliante» pour les petits pays.


«Maladie de l'Etat»

François Bayrou s'est ensuite fait le procureur de «la guerre des chefs», cette chronique des tensions qui compliquent les relations du ministre de l'Intérieur et du premier ministre, «les deux dauphins de Chirac». Le premier, «fils rebelle», et le second, «resté loyal», et aux convictions de «nationaliste français».


Si la liste est longue des causes de la sinistrose hexagonale, François Bayrou en retient quelques-unes. La «maladie de l'Etat», qu'il faut réformer, celle des syndicats, qui doivent, comme l'Etat, apprendre la «transparence». Mais la plus cardinale, à ses yeux, est la monarchie élective dans laquelle la France, selon lui, s'est installée. Citant un passage féroce du «Cri de la gargouille» de Dominique de Villepin – «la cour» qui entoure «le Prince» –, il a retourné contre celui-ci l'argument : «est-ce un raffinement de fin de règne que l'auteur de ces lignes ait été précisément celui qui, en expert, a tiré toutes les ficelles de ce théâtre de marionnettes, pour le compte de Jacques Chirac ?», s'est-il interrogé, égratignant ainsi l'ex-«conseiller aulique du président». Selon François Bayrou, il y a bien pire. C'est le moment où «le souverain, atteint par l'âge, par un accident de santé, par la perte de crédit», laisse place, après les manoeuvres de cour, à «la guerre de succession, la guerre à bas bruit». Alors, «toutes les capacités de l'Etat sont ordonnées en un affrontement des clans, pour régler une succession qui par ailleurs n'est pas encore ouverte».

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Après une semaine d'émeutes, la violence continue DÉLINQUANCE Parties de Clichy-sous-Bois, les émeutes ont gagné la Seine-Saint-Denis, puis plusieurs cités d'autres départements franciliens.

Christophe Corvevin, Laurence de Charette, Cécilia Gabizon , le Figaro
[04 novembre 2005]


La banlieue explose. Pas moins de 315 voitures ont été brûlées en Ile-de-France entre mercredi et hier. Soit trois fois plus qu'une nuit «ordinaire» sur l'ensemble du territoire. La Seine-Saint-Denis, épicentre des émeutes qui a connu une huitième nuit de violences consécutive plus limitées, a été le théâtre de 177 incendies de véhicules. Cette nuit, une grande partie du trafic de la RATP a été interrompue à la suite de caillassages de bus. A Epinay-sur-Seine, un feu a été rapidement maîtrisé dans une école. Les CRS ont été la cible de deux tirs à balles réelles à La Courneuve où un étui de chasse de calibre 12 a été retrouvé, les pompiers ont essuyé un autre coup de feu à Noisy-le-Sec tandis qu'un tir a également été signalé à Saint-Denis. Dans le nord d'Aulnay-sous-Bois, les casseurs ont mis à sac l'antenne du commissariat situé aux abords du quartier des 3 000. Des bâtiments ont été incendiés dans une dizaine de communes.

La contagion gagne les cités et la province. Cités du Chêne Pointu de Clichy-sous-Bois, des Bosquets à Montfermeil (Seine-Saint-Denis), du Val-Fourré de Mantes-la-Jolie (Yvelines), des Hautes-Mardelles à Brunoy (Essonne) ou encore Danton à Sèvres (Hauts-de-Seine)... «Par un phénomène classique de proximité géographique, les bandes d'une cité donnent l'exemple aux jeunes des villes environnantes qui relèvent le gant dès le lendemain soir», analyse un spécialiste policier des violences urbaines. Par ailleurs, les renseignements généraux ont remarqué que les émeutiers se lancent des défis via Internet. Les portables permettent de signaler les policiers, afin de monter des guets-apens ou de frapper ailleurs. Pour la première fois, les habituelles rivalités entre bandes de cités s'estompent au profil d'une lutte anti-institutionnelle plus globale. Et «décrocher le 20 heures est le succès suprême», déplore enfin un officier. Des incidents ont notamment été signalés à Dijon.

Des bandes d'émeutiers mobiles. Le nombre de fauteurs de troubles est difficile à déterminer. Très mobiles, en petits groupes de dix à quinze, le visage masqué, ils multiplient les attaques avant de se replier en terrain connu. Ce ne sont plus les batailles rangées des premières nuits.
Une quarantaine d'inconnus ont incendié aux cocktails Molotov une concession automobile d'Aulnay-sous-Bois. Parmi eux, «il y avait des jeunes de 10-12 ans», ont remarqué les policiers. Mercredi soir, les violences ont commencé dès la fin du match de football Lille-Manchester. Depuis le début des violences, 89 personnes ont été interpellées.


Le dispositif policier monte en puissance. Hier soir, pas moins de 17 compagnies de CRS, soit 1 360 policiers, ont été mobilisés. La Seine-Saint-Denis sera encore au coeur du dispositif (1 300 fonctionnaires). Mais, par le jeu des roulements de services, seuls 500 hommes quadrillent le secteur à un instant donné. Depuis lundi, 25 policiers ont été blessés, dont un CRS qui a été hospitalisé.

Une instruction ouverte après un rapport de l'Inspection générale des services (IGS). Une information judiciaire contre X pour «non-assistance à per
sonnes en danger» dans l'affaire des deux adolescents électrocutés le 27 octobre a été ouverte hier. Selon le procureur de Bobigny, François Molins, le «gros travail d'enquête» de la PJ confirme qu'il n'y a «pas eu de course-poursuite» par la police. Cependant, des questions subsistent. 
 

L'enquête administrative du ministère de l'Intérieur révèle qu'un policier avait prévenu par radio du risque que deux jeunes qu'il venait d'apercevoir ne se réfugient dans le transformateur EDF. A 17 h 30, jeudi dernier, des policiers indiquent à leur commandement avoir vu deux jeunes enjamber une clôture proche du transformateur EDF. A 17 h 36, un policier tente de voir si des jeunes se trouvent dans l'enceinte du local. L'instruction devra donc déterminer si les policiers ont fait le nécessaire pour assurer la sécurité des jeunes, indique le parquet.

Par ailleurs, 27 personnes ont été placées en garde à vue dans la nuit de mercredi à jeudi pour des faits de violences, après les 31 de la veille. Mercredi, le tribunal de Bobigny a prononcé plusieurs peines de prison, allant jusqu'à cinq mois fermes.


L'implication des musulmans. C'est l'explosion d'une grenade lacrymogène dimanche soir devant la mosquée Bilal de Clichy-sous-Bois, dans des circonstances qui restent à éclaircir, qui a notamment fait monter la tension. «On a attaqué une mosquée, commente Samir, animateur sportif à Clichy-sous-Bois, et vous pensez que cet acte ignoble allait rester sans réponse ? C'est ensuite que les émeutes se sont étendues», affirme ce travailleur de terrain. Les rumeurs se sont rapidement propagées parmi la large population musulmane de la ville, gagnant les communes voisines de la Seine-Saint-Denis. Certains accusent les policiers d'avoir tiré délibérément. «Si une grenade lacrymogène avait explosé dans une synagogue, tous les ministres y seraient allés», s'emporte Abdel, animateur à Aulnay-sous-Bois. Tandis que certains musulmans s'agitent au nom de l'islam offensé, les responsables de la mosquée de Clichy-sous-Bois ont cherché à calmer le jeu, en déployant quelques dizaines de fidèles dans les rues. Les associations musulmanes «sont devenues incontournables en Seine-Saint-Denis», constate un policier.

La tension politique baisse d'un cran. Sur le plan politique, le débat a été moins vif hier que la veille. Au sein de la majorité, Dominique de Villepin s'est efforcé de calmer jeu en affichant à la fois son entente avec Nicolas Sarkozy et son écoute des élus UMP (lire ci-dessous). A gauche, pas de critique virulente. Quant au président de l'UDF, François Bayrou, il a en appelé à la constitution d'un «pacte national pour essayer tous ensemble de faire front commun». A droite, l'ancien ministre de l'Intérieur Charles Pasqua a demandé à Jacques Chirac de «venir devant le pays», tandis que Jean-Marie Le Pen a estimé que «c'est la France elle-même qui est attaquée par des hordes étrangères».

Les étrangers s'inquiètent. Tandis que la presse internationale rend compte dans le détail des «scènes d'émeutes» dans une banlieue à feu et à sang, le Portugal propose à ses résidents en région parisienne une protection consulaire... La diplomatie russe a, quant à elle, invité ses ressortissants à éviter la banlieue parisienne.

 


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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
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