Un député UMP justifie la colonisation devant le Club de l'Horloge
LE MONDE | 25.11.05 | 14h30 • Mis à jour le 25.11.05 | 14h30
'Assemblée nationale examinera le 29 novembre une proposition de loi socialiste visant à supprimer la disposition de la loi du 23 février 2005 sur les rapatriés stipulant que les programmes scolaires "reconnaissent en particulier" le "rôle positif de la présence française en outre-mer, notamment en Afrique du Nord".
Cette mention avait été ajoutée à la suite d'un amendement de Christian Vanneste, député (UMP) du Nord. M. Vanneste qui participait, le 20 novembre, à l'université annuelle du Club de l'Horloge, un groupe de réflexion réunissant des représentants de la droite et de l'extrême droite, a dénoncé les critiques qui lui sont faites. Elles procéderaient d'un "terrorisme intellectuel" visant à "instaurer une pensée unique". "Nous sommes dans la médiacratie", a-t-il lancé. Selon lui, "l'extrême gauche" essaierait d'imposer "une lutte des races comme elle l'a fait pour la lutte des classes", et ferait de "l'immigré un colonisé de l'intérieur".
En voulant imposer une version rose du colonialisme, Christian Vanneste s'inscrit entièrement dans la démarche du Club de l'Horloge dont il suit les travaux depuis sa création. En mai 1986, le Club avait organisé un colloque dont le thème était déjà "L'Occident sans complexe". Dans l'ouvrage publiant les interventions, on peut lire une défense de "la colonisation blanche" en Afrique du Sud qui aurait permis de "mettre un terme au génocide interafricains". Se trouve, de ce fait, justifié un régime imposant la ségrégation raciale et faisant des Africains des citoyens de seconde zone. Pas un mot sur les violentes répressions des Noirs et des Indiens se soulevant contre ce régime.
Dimanche 20 novembre, M. Vanneste s'en est également pris au Syndicat national des entreprises gaies, Act Up Paris et SOS Homophobie qui le poursuivent en justice pour avoir déclaré au quotidien La Voix du Nord que l'homosexualité "était inférieure à l'hétérosexualité". A l'Assemblée, en décembre 2004, il avait qualifié le "comportement homosexuel" de "menace pour la survie".
Christiane Chombeau
Article paru dans l'édition du 26.11.05
________________________________________________________________
LE PS CONTRE LA LOI SUR LA COLONISATION
"Une responsabilité grave
du gouvernement"
NOUVELOBS.COM | 29.11.05 | 18:07
par Nicolas Bancel,
historien, professeur
à l’Université Strasbourg II,
co-auteur notamment de
"La fracture coloniale"
(La Découverte, 2005)
Quel regard portez-vous sur le réveil tardif du PS pour contester la loi de février 2005, qui impose aux programmes scolaires de reconnaître le "rôle positif de la présence française, notamment en Afrique du Nord" ?
- Cette réaction tardive est troublante. Surtout que lorsqu'on lit les délibérations, on s'aperçoit que le PS n'a pas été interloqué par les termes de l'article 4: "Les programmes de recherche universitaire accordent à l'histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, la place qu'elle mérite". Le fait d'imposer une perception de l'histoire est pourtant inédit dans l'histoire des pays démocratiques.
Bien évidemment, mieux vaut tard que jamais, mais cela montre que le PS a encore beaucoup de chemin à faire sur le fait colonial, comme traumatisme et comme éclairage du présent.
En revanche, le refus de la majorité UMP de modifier la loi, ne doit pas vous étonner…
- J'avais pourtant l'espoir qu'un sursaut de lucidité ait lieu dans les rangs de l'UMP. Je ne sais pas si la droite réalise que le monde entier nous regarde avec des yeux étonnés! Il n'y a que le Japon qui agit de la sorte de nos jours.
Cette situation est symptomatique du malaise très profond qui existe dans notre pays par rapport à l'histoire coloniale. On ne peut tout de même pas nier que la colonisation n'a pu se bâtir que sur la domination.
Pensez-vous qu'un meilleur enseignement du fait colonial favoriserait l'intégration des jeunes dont les parents ou grands-parents viennent de pays anciennement colonisés ?
- L'enseignement de histoire de la colonisation apporterait quelque chose pour l'ensemble de la société française dont les 9 millions de personnes qui par filiation sont issues de pays ex-coloniaux. Il y a une négation de leur histoire en commun avec la France et de l'histoire de l'immigration. On a peur de parler de ce qui n'est pas une page rose. Pendant cinquante ans déjà, on a nié Vichy. Pourtant le mythe gaulliste d'une France unie contre l'Allemagne ne tenait pas face à une analyse historique. La vérité de la collaboration et de l'attentisme des Français a été bénéfique.
Avec cette loi, le gouvernement porte une responsabilité grave. Il nie la vérité historique de la colonisation et ses conséquences sociologiques.
Propos recueillis par Laure Gnagbé
__________________________________________________________________
Colonisation
La loi qui fait débat
La loi sur les rapatriés qui évoque dans son article 4 les «aspects positifs» de la colonisation sans parler des pages les plus sombres de cette période historique, n’en finit pas d’être critiquée depuis son adoption en février 2005. Dans les ex-colonies, et en Algérie surtout, elle a été très mal ressentie. En France, les partis de gauche, les associations et un certain nombre d’historiens estiment que la formulation de l’article 4 est en contradiction avec la réalité historique. C’est pourquoi le groupe socialiste a décidé de déposer, à l’Assemblée nationale, une proposition de loi visant à abroger cet article. Elle est examinée mardi 29 novembre par les députés.
L’histoire aux historiens. C’est un peu le sens de la démarche du groupe socialiste à l’Assemblée nationale qui a déposé une proposition de loi pour supprimer de la législation sur les rapatriés, adoptée en février 2005, l’article qui indique que «les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’Histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit». Jean-Marc Ayrault, le président du groupe, est d’ailleurs particulièrement sévère lorsqu’il explique les motivations de cette demande : «L’article que nous voulons abroger est une faute politique et une aberration éducative. Il n’aide pas notre pays à regarder lucidement son histoire. Il réhabilite ‘le bon vieux temps de la Coloniale’ et occulte les violences, les exactions». Et d’ajouter : «Il n’appartient pas au législateur d’écrire l’histoire».
Au départ, la formulation de l’article était plus nuancée. Elle ne faisait pas mention «du rôle positif» de la France mais demandait simplement que les programmes scolaires «accordent à l’histoire de la présence française outre-mer, en Afrique du Nord notamment, la place qu’elle mérite». Le dépôt d’un nouvel amendement a finalement modifié les termes du texte suscitant la naissance d’une véritable polémique.
Pouvoir et histoire
Le débat se situe à, au moins, deux niveaux. Tout d’abord, il pose la question de l’influence du pouvoir politique sur l’élaboration des programmes scolaires, voire sur le travail pédagogique des enseignants. Et sur ce point, ces derniers ont fait part de leur indignation. Ils ont même lancé une pétition contre la loi qui ne retient que le côté «positif» de la colonisation et impose une histoire «officielle». Tant et si bien que le ministre de l’Education nationale, Gilles de Robien, a fait une mise au point destinée à les rassurer. Il a déclaré notamment que «l’article 4 de la loi du 23 février 2005 n’implique aucune modification des programmes actuels d’histoire qui permettent d’aborder le thème de la présence française outre-mer dans tous ses aspects et tous ses éclairages». Il a aussi précisé qu’il n’y avait aucune volonté d’imposer «une histoire officielle».
D’autre part, la formulation de l’article 4 de la loi peut, selon ses détracteurs, être interprétée comme une tentative de nier tout ce que la colonisation a eu de néfaste et de violent pour les populations indigènes. Aucune mention n’étant faite, en effet, des aspects négatifs la présence française dans les ex-colonies. Jean-Marc Ayrault estime que cela «marque un mépris inacceptable à l’égard des populations des pays autrefois colonisés» mais aussi, du coup, que cela «met en cause l’image et le rayonnement politique de la France».
Bouteflika parle de «cécité mentale»
En Algérie, l’adoption de la loi a été ressentie comme le signe d’un refus de Paris de reconnaître son passé colonial. Le président Bouteflika n’a d’ailleurs pas hésité à attaquer le texte avec des mots très durs parlant de «cécité mentale confinant au négationnisme et au révisionnisme». Il a ensuite poursuivi dans la voie de la virulence à l’occasion du soixantième anniversaire des émeutes de Sétif, le 8 mai, en comparant les fours utilisés par les Français pour incinérer les corps des Algériens tués dans les affrontements «aux fours crématoires des nazis».
Dans le contexte des relations toujours difficiles entre la France et l’Algérie, l’adoption de la loi sur les rapatriés a donc engendré un nouveau refroidissement. Tout comme elle a vraisemblablement contribué à retarder la signature d’un traité d’amitié entre les deux pays, pourtant envisagée depuis 2003. D’autant qu’au-delà de l’évocation des «aspects positifs» de la colonisation, la loi fait aussi état de la «reconnaissance» de la France aux harkis (ces Algériens qui ont combattu pour elle), toujours considérés comme des traîtres par Alger. Reste que malgré ces tensions, les discussions en vue de la signature du traité se poursuivent. Le président Chirac a d’ailleurs, de nouveau, fait part lors du Sommet Euromed, à Barcelone, de son souhait de voir ce projet destiné à sceller la réconciliation entre les deux pays, aboutir avant la fin de l’année 2005.
Valérie Gas
Article publié le 28/11/2005 ( Rfi )
(le mardi 29 novembre 2005)