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L'Europe démunie face à l'Iran L'éditorial par Pierre Rousselin
[24 novembre 2005] le Figaro

Pendant tout l'été dernier, la diplomatie européenne a menacé de transférer le dossier du nucléaire iranien au Conseil de sécurité de l'ONU, si Téhéran ne respectait pas ses engagements. Trois mois plus tard, il n'en est plus question.


Pourtant, rien n'a changé dans l'attitude iranienne. Les activités de conversion de l'uranium se poursuivent depuis le 8 août à Ispahan, au mépris de l'accord de Paris de novembre 2004, qui fixait les conditions de la négociation avec les Européens. Français, Allemands et Britanniques vont même reprendre leurs discussions avec l'Iran le 6 décembre, sans même exiger que Téhéran fasse semblant de se plier à la règle du jeu. Dans l'intervalle, le président Mahmoud Ahmadinejad s'est permis d'affirmer qu'«Israël devrait être rayé de la carte», ne suscitant que quelques réactions horrifiées dans les chancelleries.


On se consolera en se disant qu'en diplomatie, le ridicule ne tue pas. En espérant que le dialogue à tout prix avec Téhéran servira, au moins, à retarder le moment où la République islamique sera en mesure de se doter de l'arme atomique.


Si les Européens sont obligés d'avaler tant de couleuvres, c'est tout simplement qu'ils n'ont pas les moyens de leur politique. Leurs interlocuteurs à Téhéran savent très bien que les décisions qui comptent sont prises par les Etats-Unis.


La médiation qui vient d'être proposée à Moscou n'a de chance de réussir que parce qu'elle a le soutien de Washington. Il s'agit d'obliger les Iraniens à effectuer en Russie l'enrichissement de leur uranium, qui sera ainsi étroitement contrôlé. En échange de quoi, ils seront autorisés à poursuivre à Ispahan la phase moins sensible du processus, celle de la conversion.


Compte tenu des intérêts convergents des Russes et des Iraniens, il n'est pas impossible que cette proposition aboutisse. La diplomatie russe aura réussi là où notre diplomatie, décidément inopérante, aura échoué.


Ce nouveau camouflet, s'il a lieu, ne doit pas pour autant condamner l'initiative européenne. Elle a eu le grand mérite, en 2003, d'établir le contact avec Téhéran sur le dossier nucléaire, au moment où Washington ne parlait que de «changement de régime» et de menaces militaires. Depuis, le programme iranien est beaucoup mieux connu. Les inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique ont accumulé des données sur toutes les activités que les Iraniens avaient dissimulées depuis vingt ans.


Paradoxalement, les choses se sont compliquées, pour les Européens, à partir du moment où les Américains ont publiquement appuyé leur démarche, au début de cette année. Depuis lors, on a le sentiment que le vrai marchandage a lieu entre Téhéran et Washington et concerne aussi l'avenir de l'Irak, auquel l'Iran attache évidemment le plus vif intérêt. Il ne resterait plus, alors, aux Européens qu'à jouer leur rôle avec la plus grande humilité.

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  Courrier international - 10 janv. 2006 
 
 Revue de presse  
 
 NUCLÉAIRE - L'Iran défie la communauté internationale  
 
 Téhéran a entrepris de rouvrir son site nucléaire à Natanz, qui avait été mis sous scellés par l'Agence internationale de l'énergie atomique. Un acte annonciateur d'une grave crise opposant l'Iran au reste du monde.  
    
 Le site nucléaire de Natanz - DR 
  
"Dans un acte défiant les Nations unies et l'Union européenne (UE), l'Iran a brisé, ce mardi 10 janvier au matin, les scellés posés par les Nations unies sur son site nucléaire de Natanz. Cette information a été confirmée par les observateurs onusiens relevant de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA)", rapporte le Financial Times. La veille, l'UE et les Nations unies avaient vivement conseillé à l'Iran de ne pas relancer ses activités nucléaires, estimant qu'un tel geste compromettrait plus de deux ans de négociations entre l'Iran et les pays occidentaux, poursuit le quotidien britannique.

"Les représentants des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies – Etats-Unis, France, Chine, Russie, Royaume-Uni – avaient entrepris des démarches diplomatiques auprès de la mission iranienne à Vienne [au siège de l'AIEA] afin de convaincre Téhéran de renoncer à reprendre ses activités 'de recherche et développement' sur le combustible nucléaire. En effet, l'Iran avait confirmé lundi 9 janvier qu'il mettrait son projet à exécution et reprendrait ses recherches, tout en affirmant que ses programmes nucléaires n'étaient qu'à usage civil", souligne le Financial Times.  
 

Le journal signale que le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, a indiqué que les ministres des Affaires étrangères de la troïka européenne – France, Allemagne et Royaume-Uni – chargée des négociations avec Téhéran devraient tenir une réunion d'urgence d'ici au 12 janvier afin de discuter des suites à donner à cette initiative. Le directeur de l'AIEA, Mohamed El-Baradei, a expliqué de son côté que "la communauté internationale commençait à perdre patience". L'initiative iranienne aura pour conséquence l'annulation des discussions qui étaient prévues pour le 18 janvier avec la troïka européenne. En revanche, le dossier du nucléaire iranien pourrait être soumis au Conseil de sécurité, qui est habilité à imposer des sanctions à l'encontre de l'Iran, poursuit le Financial Times, citant des sources diplomatiques européennes.

A Washington, le porte-parole de la Maison-Blanche, Scott McClellan, a affirmé "qu'il existe au sein de la communauté internationale une majorité claire pour envoyer cette affaire au Conseil de sécurité, si l'Iran ne respecte pas ses obligations et ses engagements", rapporte The New York Times. Le journal signale cependant que, jusqu'à maintenant, la Chine et la Russie ont accueilli avec réserve l'idée d'appliquer des sanctions à l'encontre de l'Iran.

A Téhéran, le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, "a minimisé l'importance d'éventuelles sanctions qui seraient imposées à l'Iran à cause de ses activités nucléaires, soulignant que de telles menaces n'avaient pas d'influence sur la volonté des Iraniens", rapporte Al-Hayat. Le quotidien saoudien édité à Londres signale que cette déclaration a été faite le 9 janvier, alors que les pays occidentaux multipliaient les mises en garde à l'adresse de Téhéran.  
 
 Hoda Saliby

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L’Iran pourrait disposer de l’arme nucléaire en 2009
AFP Libre Belgique

Mis en ligne le 13/01/2006
L’Iran a indiqué à l’AIEA qu’il comptait entreprendre des opérations à l’échelle industrielle dans l’une des autres usines d’enrichissement 
L’Iran pourrait disposer de sa première bombe nucléaire en 2009, ont estimé cette semaine deux experts américains réputés en ajoutant qu’en quelques années ce pays pourrait ensuite être capable de produire 25 à 30 bombes par an.

Dans une étude publiée jeudi, les deux experts de l’Institut pour la science et la sécurité internationale à Washington, son président, David Albright et son directeur adjoint Corey Hinderstein, examinent les obstacles techniques que les spécialistes atomiques de l’Iran auront à régler pour se lancer dans la production d’uranium hautement enrichi par la méthode retenue par ce pays, l’ultracentrifugation.

L’Iran a cette semaine levé les scellés de trois centres de recherche nucléaire dans le but d’entreprendre des activités d’enrichissement d’uranium à Natanz, selon le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei.

Cette initiative a entraîné un vif émoi dans le monde. Chargée des pourparlers avec Téhéran dans cette crise, la troïka européenne (France, Allemagne, Grande-Bretagne - UE3) a réagi jeudi en déclarant qu’elle cessait ses négociations avec l’Iran, et choisissait désormais la voie du Conseil de sécurité de l’Onu pour l’empêcher de se doter de l’arme nucléaire.

«Il est difficile de prédire combien de temps il faudra à l’Iran pour acquérir l’arme nucléaire si telle est son intention. La clé, ajoutent les deux experts, réside dans les progrès de leur programme de centrifugeuses ».

Si l’on se base sur les rythmes de production antérieurs de 70 à 100 de ces machines par mois, «l’Iran pourrait avoir sa première arme nucléaire en 2009 », disent-ils.

Les deux experts notent toutefois que les avis divergent parmi les analystes, et que dans une étude récente les services de renseignements américains avaient estimé qu’il faudrait dix ans à l’Iran pour rejoindre le club des puissances nucléaires.

Selon les deux experts, l’Iran a installé fin 2003 à Natanz une batterie de 164 centrifugeuses et procédé à des tests sur une petite batterie de 19 machines, durant lesquels les Iraniens avaient rencontré plusieurs problèmes.

Selon l’AIEA, environ 30% des centrifugeuses avaient été endommagées à la fin des tests. En outre, ajoutent les experts, depuis l’interruption de ces activités en novembre 2003, certaines des installations ont pu souffrir de corrosion.

Des tests à petite échelle pourraient reprendre rapidement, mais la mise en route de l’ensemble de la batterie demandera au moins deux mois et «il faudra environ ensuite six mois à un an à l’Iran pour prouver le succès de cette batterie », à condition que de nouveaux problèmes techniques ne viennent pas retarder ce calendrier, estiment les deux experts.

Une fois ces tests grandeur nature achevés, l’Iran pourrait alors augmenter son parc de centrifugeuses, ajoutent-ils en précisant que l’usine de Natanz est en mesure d’abriter six batteries de 164 machines chacune, soit un millier de centrifugeuses. Mais, sans modification majeure, l’usine ne sera pas en mesure de produire des quantités importantes d’uranium hautement enrichi à usage militaire, précisent-t-ils.

Selon eux, l’Iran a indiqué à l’AIEA qu’il comptait entreprendre des opérations à l’échelle industrielle dans l’une des autres usines d’enrichissement, où il pourrait installer jusqu’à 50.000 centrifugeuses par batteries de 3.000 pour produire de l’uranium faiblement enrichi.

Il lui suffirait alors d’installer 1.500 centrifugeuses configurées pour l’extraction d’uranium hautement enrichi pour fabriquer une bombe nucléaire par an, ajoutent-ils. L’usine pourrait alors produire 500 kilos d’uranium hautement enrichi «soit assez pour 25 à 30 bombes par an », estiment les deux experts.

 

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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
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