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Jacques Chirac, président de la République
"Protéger nos intérêts vitaux"

LE MONDE | 19.01.06 | 13h57 

 
C 'est un réel plaisir de me retrouver aujourd'hui parmi vous, à l'île Longue. Je suis heureux de pouvoir rencontrer les femmes et les hommes, militaires et civils, qui participent à l'accomplissement d'une mission fondamentale pour notre indépendance et notre sécurité : la dissuasion nucléaire.

La création d'une force nationale de dissuasion a constitué, pour la France, un véritable défi qui n'a pu être relevé que par l'engagement de tous. Elle a imposé de mobiliser toutes les énergies, de développer nos capacités de recherche, de trouver des solutions innovantes à de nombreux problèmes. La dissuasion nucléaire est ainsi devenue l'image même de ce qu'est capable de produire notre pays quand il s'est fixé une tâche et qu'il s'y tient.

 
Je tiens ici à rendre hommage aux chercheurs et ingénieurs, du CEA et de toutes les entreprises françaises, qui nous permettent d'être toujours en pointe dans des secteurs vitaux comme les sciences de la matière, la simulation numérique, les lasers, et notamment le laser Mégajoule, les technologies nucléaires et celles de l'espace. Je veux prolonger cet hommage à tous ceux qui soutiennent, d'une façon ou d'une autre, nos forces nucléaires : personnel de la DGA, cadres et ouvriers des sociétés et groupes industriels, gendarmes du contrôle gouvernemental, militaires de toutes les armées.

Mais mes pensées vont bien sûr en premier lieu aux équipages des composantes océanique et aéroportée qui, en permanence, dans la discrétion la plus totale, assurent la plus longue et la plus importante des missions opérationnelles. J'ai fixé un taux de posture exigeant qui correspond aux besoins de sécurité de notre pays. Je sais quelles contraintes il impose. On parle rarement de vous, mais je veux saluer votre valeur et votre mérite. La permanence de la posture de dissuasion, remarquablement tenue depuis quarante ans, est en soi un éloge.

Je tiens à associer vos familles à cet hommage, et tout particulièrement les familles des équipages de sous-marins. Je mesure combien les patrouilles opérationnelles représentent d'éloignement, de solitude, et parfois de souffrances.

Mesdames, Messieurs, cette mission, vous l'effectuez dans un environnement en constante mutation.

Avec la fin de la guerre froide, nous ne faisons actuellement l'objet d'aucune menace directe de la part d'une puissance majeure.

Mais la fin du monde bipolaire n'a pas fait disparaître les menaces contre la paix. Dans de nombreux pays se diffusent des idées radicales prônant la confrontation des civilisations, des cultures et des religions. Aujourd'hui, cette volonté de confrontation se traduit par des attentats odieux, qui viennent régulièrement nous rappeler que le fanatisme et l'intolérance mènent à toutes les folies. Demain, elle pourrait prendre d'autres formes, encore plus graves, impliquant des Etats.

La lutte contre le terrorisme est l'une de nos priorités. Nous avons pris un grand nombre de mesures pour répondre à ce danger. Nous continuerons sur cette voie, avec fermeté et détermination. Mais il ne faut pas céder à la tentation de limiter l'ensemble des problématiques de défense et de sécurité à ce nécessaire combat contre le terrorisme. Ce n'est pas parce qu'une nouvelle menace apparaît qu'elle fait disparaître toutes les autres.

Notre monde est en constante évolution, à la recherche de nouveaux équilibres politiques, économiques, démographiques, militaires. Il est caractérisé par l'émergence rapide de nouveaux pôles de puissance. Il est confronté à l'apparition de nouvelles sources de déséquilibres : le partage des matières premières, la distribution des ressources naturelles, l'évolution des équilibres démographiques notamment. Cette évolution pourrait être cause d'instabilité, surtout si elle devait s'accompagner d'une montée des nationalismes.

Certes, il n'y a aucune fatalité à voir, dans le futur, la relation entre les différents pôles de puissance sombrer dans l'hostilité. C'est d'ailleurs pour prévenir ce danger que nous devons oeuvrer à un ordre international fondé sur la règle de droit et la sécurité collective, un ordre plus juste, plus représentatif. Que nous devons aussi engager tous nos grands partenaires à faire le choix de la coopération plutôt que celui de la confrontation. Mais nous ne sommes à l'abri ni d'un retournement imprévu du système international ni d'une surprise stratégique. Toute notre Histoire nous l'enseigne.

Notre monde est également marqué par l'apparition d'affirmations de puissance qui reposent sur la possession d'armes nucléaires, biologiques ou chimiques. D'où la tentation de certains Etats de se doter de la puissance nucléaire, en contravention avec les traités. Des essais de missiles balistiques, dont la portée ne cesse d'augmenter, se multiplient partout dans le monde. C'est ce constat qui a conduit le Conseil de sécurité des Nations unies à reconnaître que la prolifération des armes de destruction massive, et de leurs vecteurs associés, constituait une menace pour la paix et la sécurité internationale.

Enfin, il ne faut pas ignorer la persistance des risques plus traditionnels d'instabilité régionale. Ils existent partout dans le monde.

Mesdames, Messieurs,

Face aux crises qui secouent le monde, face aux nouvelles menaces, la France a toujours choisi, d'abord, la voie de la prévention, qui demeure, sous toutes ses formes, le socle de notre politique de défense. S'appuyant sur le droit, l'influence et la solidarité, la prévention passe par l'ensemble des actions de notre diplomatie qui, sans cesse, s'efforce de dénouer les crises naissantes. Elle passe aussi par toute une gamme de postures relevant des domaines de la défense et de la sécurité, au premier plan desquelles se trouvent les forces repositionnées.

Mais ce serait faire preuve d'angélisme que de croire que la prévention, seule, suffit à nous protéger. Pour être entendu, il faut aussi, lorsque c'est nécessaire, être capable de faire usage de la force. Nous devons donc disposer d'une capacité importante à intervenir en dehors de nos frontières, avec des moyens conventionnels, afin de soutenir ou de compléter cette stratégie.

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Chirac se réserve le droit
d'une risposte nucléaire

NOUVELOBS.COM | 19.01.06 | 18:43

Le terrorisme, mais aussi "la garantie de nos approvisionnements stratégiques et la défense de pays alliés", sont des cas où l'utilisation de la force nucléaire est désormais envisageable, a affirmé jeudi le chef de l'Etat.   
  
L a France se réserve le droit de riposter de façon "non conventionnelle", donc nucléaire, face aux "dirigeants d'Etats qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous", a déclaré jeudi 19 janvier Jacques Chirac à la base nucléaire de l'Ile Longue.
La lutte contre le terrorisme est une priorité, mais cette menace n'a pas fait disparaître les autres, avait souligné peu auparavant dans le même discours le chef de l'Etat.
"La lutte contre le terrorisme est évidemment l'une de nos priorités" et "nous continuerons sur cette voie avec fermeté et détermination", a-t-il déclaré.
Il a cependant estimé qu'"il ne faut pas céder à la tentation de limiter l'ensemble des problématiques de défense et de sécurité à ce nécessaire combat contre le terrorisme".
Jacques Chirac a précisé que "ce n'est pas parce qu'une nouvelle menace apparaît qu'elle fait disparaître toutes les autres", rappelant sans citer de pays, que "notre monde est marqué par l'apparition d'affirmations de puissance qui reposent sur la possession d'armes nucléaires, biologiques ou chimiques".
Il a fustigé "la tentation de certains Etats de se doter de la puissance nucléaire, en contravention avec les traités".  

"Intérêts vitaux"

Les approvisionnements stratégiques et la défense des alliés sont des intérêts qui, le cas échéant, peuvent être considérés comme "vitaux" et donc justifier le recours à la dissuasion nucléaire, a ajouté Jacques Chirac.
"La garantie de nos approvisionnements stratégiques et la défense de pays alliés sont, parmi d'autres, des intérêts qu'il convient de protéger", a-t-il déclaré.
La France considérait jusqu'à présent que les intérêts vitaux qui peuvent justifier, en cas de menace, le recours à l'arme nucléaire, sont l'intégrité du territoire, la protection des populations et le libre exercice de sa souveraineté.
Mais, a souligné le chef de l'Etat en citant l'hypothèse de menaces contre les approvisionnements stratégiques et la défense des alliés, "il appartiendrait au président de la République d'apprécier l'ampleur et les conséquences potentielles d'une menace ou d'un chantage insupportables à l'encontre de ces intérêts".
Cette analyse pourrait, selon lui, "conduire à considérer qu'ils entrent dans le champ de nos intérêts vitaux".

Réponse "flexible"

La France a configuré ses forces nucléaires pour pouvoir répondre de façon "flexible" à une menace, alors que selon sa doctrine, le recours à l'arme nucléaire doit être total et définitif, a par ailleurs annoncé Jacques Chirac.
Le président a expliqué que "contre une puissance régionale, notre choix n'est pas entre l'inaction et l'anéantissement".
Pour mettre en oeuvre "la flexibilité et la réactivité de nos forces stratégiques", Jacques Chirac a annoncé que "le nombre de têtes nucléaires a été réduit sur certains des missiles de nos sous-marins".
Chaque sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE) est équipé de seize missiles comprenant chacun six têtes.
Selon un responsable du ministère de la Défense, ce retrait de têtes nucléaires est une option dont dispose la France depuis quelques années mais n'avait jamais été annoncée.
A la différence des Etats-Unis, la France se refuse à développer des mini-bombes nucléaires destinées à frapper des cibles précises et non pas un pays dans son ensemble.

Défense européenne commune

Insistant sur le fait que la France consacre à la dissuasion nucléaire 10% de son budget de Défense, ce qui équivaut environ 3,3 milliards d'euros, Jacques Chirac a estimé que la dissuasion nucléaire constitue "un élément incontournable de la sécurité du continent européen".
Il a estimé que l'Europe devra, "le moment venu", se poser "la question d'une défense européenne commune qui tiendrait compte des forces de dissuasion existantes dans la perspective d'une Europe forte, responsable de sa sécurité".

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Nucléaire
La Russie et l'Iran liés par une relation privilégiée
Associated Press (AP)  Jim Heintz  Canoe Canada
19/01/2006 09h59  

Entre Moscou et Téhéran, la relation de coopération sur le très controversé dossier nucléaire est une vieille histoire. Elle remonte à 1995, lorsque la Russie post-soviétique cherchait désespérément à remplir ses coffres et que l'Iran sortait difficilement d'une décennie de révolution islamique et de guerre avec l'Irak.
Depuis dix ans, Moscou et Téhéran ont renforcé leurs liens, suscitant l'irritation des États-Unis et l'inquiétude des Européens. Leurs échanges commerciaux se sont ainsi développés, y compris en matière d'armement.

Outre ses intérêts commerciaux, la Russie considère ses relations avec l'Iran comme une carte importante pour réaliser son objectif de «multipolarité» en politique étrangère, destiné à contrebalancer l'influence des États-Unis dans le monde.

Les liens entre Moscou et Téhéran «répondent aux intérêts de nos pays et contribuent à la paix et à la stabilité mondiale», affirmait le président russe Vladimir Poutine l'an dernier en félicitant l'ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad pour son élection à la présidence iranienne.

L'Iran semble sur la même longueur d'onde. Son ambassadeur à Moscou Gholamreza Ansari a déclaré hier que les spéculations sur un éventuel renvoi du dossier nucléaire iranien au Conseil de sécurité de l'ONU «visent à saper le facteur de stabilisation dans la région».

La Russie se dit convaincue que le programme iranien poursuit des objectifs uniquement pacifiques. Alors que les États-Unis et d'autres accusent Téhéran de vouloir se doter de l'arme atomique sous couvert de nucléaire civil.

L'Occident avait fait pression sur la Russie en 1995 pour qu'elle renonce à achever la construction d'un réacteur nucléaire à Bushehr (sud iranien). Mais Moscou a signé le contrat, et les 800 millions de dollars à la clé ont sans doute pesé dans sa décision, à l'heure des graves difficultés économiques d'après l'éclatement de l'URSS.

Pour l'Iran, ce contrat était un pas vers la crédibilité internationale. Commencée par une entreprise allemande, la construction du réacteur de Bushehr a cessé durant la révolution islamique en 1979 et a ensuite avancé au ralenti.

Sur fond de protestations américaines, Moscou a passé l'an dernier un accord prévoyant que le combustible usagé provenant du site sera renvoyé en Russie afin d'empêcher une éventuelle utilisation en Iran à des fins militaires.

Mais de nouvelles complications sont apparues. La semaine dernière les Iraniens ont retiré les scellés de leur centre d'enrichissement d'uranium de Natanz (centre), provoquant un regain de tension avec les Occidentaux.

Avant même ce nouveau défi, Moscou avait proposé de transférer les activités iraniennes d'enrichissement en Russie, pour sortir de l'impasse. À ce jour, Téhéran n'a pas accepté l'offre russe, ce qui n'a pas manqué d'irriter le Kremlin. Mais la Russie refuse pour le moment de se rallier à la menace brandie par les Américains et les Européens d'une saisine du Conseil de sécurité en vue d'éventuelles sanctions.

Des sanctions économiques contre l'Iran pourraient porter préjudice à la Russie: le commerce entre les deux pays représente un montant annuel de deux milliards de dollars américains.

Moscou espère également tirer profit de ses bonnes relations avec l'Iran pour s'entendre à terme avec Téhéran sur une répartition des gisements de pétrole de la mer Caspienne, dont les deux pays sont riverains. Enfin, ses liens avec Téhéran permettent à Moscou d'être perçu favorablement dans le monde musulman, malgré le conflit en Tchétchénie.

 

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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
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