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La gauche renforce sa majorité dans les départements
Le Monde 21.03.08

 

Le "troisième tour" des élections cantonales a eu lieu, jeudi 20 mars, avec la mise en place des exécutifs départementaux. La gauche détient désormais 58 conseils généraux (y compris le Conseil de Paris) et la droite 43 (en comptant la présidence du conseil général de la Réunion, dont l'élection a été reportée au 23 mars).

 

Jean-Yves Gouttebel (PS) réélu contre l'avis des militants Alors qu'elle avait été désignée, mercredi 19 mars, par 924 militants socialistes du Puy-de-Dôme - contre 897 - pour prendre la succession du président (PS) sortant, Jean-Yves  Gouttebel, la sénatrice Michèle André a été battue, jeudi, lors du vote des conseillers généraux. 26 des 44 élus du groupe "socialistes et apparentés" ont voté en faveur de M. Gouttebel.


Bénéficiant du renfort de 4 élus du groupe "communistes et apparentés", ainsi que de l'apport de 10 voix de droite, le  président sortant a été réélu avec 40 voix contre 18 à Mme André, et 4 bulletins blancs.

Le premier secrétaire du PS, François Hollande, avait pourtant demandé le respect des statuts du parti, qui prévoient que "la désignation du candidat du parti à la présidence d'un conseil général se fait au scrutin direct des adhérents".

"Jean-Yves Gouttebel s'est de lui-même mis en dehors du PS", a commenté Pierre Sabatier, premier secrétaire de la  fédération du Puy-de-Dôme. 16 partisans de Mme André ont décidé de créer leur propre groupe.

Le pays est majoritairement de gauche, au niveau des départements, des communes, des régions", a souligné Claudy Lebreton (PS), qui a été réélu à la présidence des Côtes-d'Armor, et compte solliciter un nouveau mandat à la tête de l'Assemblée des départements de France (ADF).


"Est-ce que le gouvernement va prendre en compte cette nouvelle majorité ?", s'interroge M. Lebreton, en livrant cette mise en garde : "Nous voulons être acteurs mais, si nous ne sommes pas entendus, nous durcirons le ton et nous saurons nous faire entendre."

L'élection des présidents de conseils généraux consacre le succès remporté par l'opposition lors des scrutins des 9 et 16 mars. La gauche conquiert 8 départements : Ain, Allier, Corrèze, Indre-et-Loire, Lot-et-Garonne, Deux-Sèvres, Somme, Val-d'Oise. La droite reprend les Hautes-Alpes, où elle était déjà majoritaire en sièges mais dont la présidence lui avait échappé, en 2004, à cause de la défection de trois élus centristes. Elle gagne également Mayotte, où une coalition inédite de l'UMP, du Mouvement départementaliste mahorais (MDM) et du PS a porté à la tête de la collectivité un président UMP.

 


La fin d'une époque

Le principal vainqueur de ces élections est le Parti socialiste, qui gagne 9 départements et n'en perd aucun. Le PS prend en effet les Hautes-Pyrénées au détriment du Parti radical de gauche (PRG) et enlève la Seine-Saint-Denis, désormais présidée par le fabiusien Claude Bartolone, au PCF. Celui-ci conserve néanmoins deux présidences de conseils généraux, avec le Val-de-Marne et l'Allier, conquis sur la droite.

L'élection de François Hollande en Corrèze parachève ce succès. Le premier secrétaire du PS a été élu à la tête de ce département, géré depuis vingt-trois ans par la droite et ancien fief de la "Chiraquie", où l'épouse de l'ancien chef de l'Etat reste conseillère générale. "Je mesure le caractère symbolique de l'événement", a souligné M. Hollande, qui a vu dans son élection la "fin d'une époque".

 


L'UMP, qui perd 9 départements, essuie un sérieux revers. Le parti présidentiel perd la Haute-Savoie et le Jura au profit de "divers droite". En Côte-d'Or, la majorité départementale dépendait du vote du seul conseiller MoDem. Ce dernier a choisi le président du groupe Nouveau Centre de l'Assemblée nationale, François Sauvadet, obligeant Louis de Broissia, sénateur (UMP), à céder une présidence qu'il détenait depuis 1994.

 


Le parti sarkozyste inflige un camouflet à François Bayrou en reprenant les Pyrénées-Atlantiques : le président sortant (MoDem), Jean-Jacques Lasserre, qui avait succédé à la tête du département à M. Bayrou, a dû s'effacer au troisième tour de scrutin au profit de Jean Castaings (UMP), élu au bénéfice de l'âge.

Le MoDem conserve trois présidences, dans le cadre d'alliances avec la droite : Mayenne, Morbihan et Rhône, où Michel Mercier, après avoir un temps espéré entrer au gouvernement, a été réélu.

 

Au total, 25 conseils généraux changent de président. Le cumul des mandats a encore de beaux jours devant lui : sur les 101 présidents d'exécutif, 20 sont députés, 22 siègent au Sénat. Un député européen, Philippe de Villiers (MPF), a été réélu en Vendée, et un secrétaire d'Etat, Dominique Bussereau (UMP), élu en Charente-Maritime. Parmi les personnalités politiques élues figurent également l'ancien ministre de l'économie Hervé Gaymard (UMP), en Savoie, et Arnaud Montebourg (PS), en Saône-et-Loire.

La grande perdante de ces élections cantonales reste la parité. Seules quatre femmes - contre trois auparavant - président un département. Anne d'Ornano (div. d., Calvados), Marie-Françoise Pérol-Dumont (PS, Haute-Vienne) conservent leur présidence, alors que Nassimah Dindar (UMP) devrait la perdre à la Réunion. Josette Durrieu (PS), dans les Hautes-Pyrénées, et Claude Roiron (PS), en Indre-et-Loire, sont les deux seules femmes à conquérir une présidence. Martine Finiels, première femme élue conseillère générale dans l'Ardèche (Le Monde du 10 mars), devient deuxième vice-présidente du département.
Patrick Roger

 

 

 

 


Les grandes manœuvres s'intensifient au PS 
le Figaro   Nicolas Barotte 21/03/2008

 

Lionel Jospin souhaite quelqu'un «d'expérience» comme futur leader.
DEUX camps se forment-ils au PS ? Les partisans de Ségolène Royal, qui avancent leurs pions en direction du congrès, et les autres, qui freinent et s'opposent. Dernier de ceux-là à s'être exprimé : Lionel Jospin. « Parmi leurs dirigeants actuels, les socialistes doivent choisir pour la porter à leur tête une personnalité dotée d'une culture et d'une expérience politiques indiscutables. Qui connaisse le PS et respecte ses militants. Qui ait la volonté de redonner tout le sens de la réflexion et de l'action collectives pour faire des propositions cohérentes au pays », écrit l'ancien premier mi­nis­tre, hier dans Le Monde . À ses yeux, Royal ne correspond pas à cette description.

 


De son côté, l'ex-candidate ne dissimule plus son ambition. Dans son agenda, elle fait désormais figurer les réunions d'un « conseil politique », le mardi matin, c'est-à-dire de ses proches. Mercredi, elle a regretté le « calendrier tardif » du PS, fixant le congrès en novembre.

À défaut de pouvoir accélérer le processus, puisqu'ils sont minoritaires dans les instances de direction, les « royalistes » redoublent de critiques. Hier, le député européen Vincent Peillon a accusé le premier secrétaire François Hollande de diviser le PS en ayant sollicité un appel des premiers fédéraux. Jeudi, 45 d'entre eux ont signé un appel, publié par Libération, à un « débat serein ». «  Dire aux uns et aux autres “soyez responsables” et soi-même, à ce moment-là, poser un texte qui est un texte de fraction  puisque 45 sur 100 ça fait quand même une minorité  ça m'étonne » , a déclaré Peillon.

 


Ségolène Royal veut aller vite avant qu'une concurrence puisse émerger. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, qui n'a pas encore dévoilé ses intentions précises. Ou bien le maire de Lille, Martine Aubry, décidée à revenir dans le jeu. Un sondage CSA paru hier dans Le Parisien la place en troisième position des candidats préférés des sympathisants de gauche pour conduire la rénovation du PS, derrière Royal et Delanoë.

 

 

 


Le PS se déchire à nouveau
Le Figaro

 
A qui profitera la victoire du PS aux municipales et cantonales? Cette question provoque visiblement une certaine tension dans le parti. Le ségoliste Vincent Peillon a ainsi appelé vendredi François Hollande, potentiel candidat à la présidentielle de 2012, à ne pas utiliser la victoire à des fins personnelles. Il reproche au numéro un du PS d'avoir fait signer, à l'appui de sa stratégie, un texte par plus de quarante premiers secrétaires fédéraux.
 
«Cette victoire, c'est celle de tous les socialistes, il ne faut pas l'utiliser à titre personnel, a déclaré le député PS. Ségolène Royal ne le fait pas, Bertrand Delanoë ne le fait pas, il ne faudrait pas que le Premier secrétaire le fasse. Il est le Premier secrétaire de tous les socialistes, pas de 45 premiers fédéraux. (…) C'est un texte de fraction», a ajouté l'élu, remonté.


 
Vincent Peillon a affirmé par ailleurs que le calendrier choisi par François Hollande et fixant le congrès chargé de désigner son successeur au début novembre ne gênait pas Ségolène Royal, même si ses proches espéraient une date plus avancée, avant l'été.


 
Jospin à la rescousse de Delanoë
 
Et tandis que Vincent Peillon monte au créneau pour que Ségolène Royal puisse prendre la tête du parti, Lionel Jospin s’exprime dans une tribune dans «Le Monde». «Parmi leurs dirigeants actuels, les socialistes doivent choisir pour la porter à leur tête une personnalité dotée d'une culture et d'une expérience politiques indiscutables», écrit-il. Une critique implicite contre Ségolène Royal. Pour ce proche de Bertrand Delanoë, il faut au contraire «un chef de file reconnu qui mette chacun au travail». Il affine le portrait du leader souhaité «qui connaisse le PS et respecte ses militants. Qui ait la volonté de redonner à tous le sens de la réflexion et de l'action collectives pour faire des propositions cohérentes au pays». «Il faut au prochain Congrès, sans déchirements, mais après débat, choisir un leader, une équipe, une orientation», écrit-il, réfutant «un Premier secrétaire de transition».


 
Dans «Le Monde» daté de mercredi, Jean-Christophe Cambadélis, un des chefs de file du groupe des «reconstructeurs», alliance de strauss-kahniens, de fabiusiens et d’amis d'Arnaud Montebourg et de Martine Aubry, avait déjà tendu la main à Bertrand Delanoë «s'il ne fait pas de sa candidature un préalable».

 

 

 


Au PS, la victoire déchire
Par Maud Pierron JDD  21/03/08

 
Après la victoire électorale, les couteaux sont de nouveaux tirés au Parti socialiste. Vendredi, Vincent Peillon a accusé François Hollande de vouloir s'arroger ce succès électoral au dépens des autres leaders socialistes, Ségolène Royal en tête. Et dans une tribune publiée par Le Monde, Lionel Jospin dresse le portrait du leader idéal du PS, qui, sans surprise, a les traits de Bertrand Delanoë.

 


Après la claque à la présidentielle et aux législatives au printemps 2007, le PS renaît à l'orée de ce printemps 2008, élevé au grain de la victoire. Des bastions historiques de droite basculant à gauche, huit départements tenus par la droite tombant au mains des socialistes: assez pour attiser les appétits... Et pour s'attribuer la paternité de ces succès pour prendre de l'avance dans la course au leadership socialiste. Si dès lundi, François Hollande convoquait toute la presse à Solférino pour disserter sur cette "victoire collective", le Premier secrétaire l'a joué un brin plus individualiste jeudi. Il a fait signer par 45 patrons de fédérations départementales socialistes un texte où ils réclament avant le congrès de novembre "un débat serein" pour définir des "objectifs précis engageant l'avenir du Parti socialiste". Un document reprenant les grandes orientations de François Hollande, qualifié par Vincent Peillon de "texte de fraction".

 


Ce soutien convaincu de Ségolène Royal a alors sonné la charge, s'interrogeant faussement: "On fait déjà des contributions? On est déjà dans des motions? C'est le contraire de ce qu'on avait décidé ensemble." Et de marteler que cette victoire est "celle de tous les socialistes, il ne faut pas l'utiliser à titre personnel". Car la page électorale à peine tournée, les regards convergent désormais vers la course au leadership socialiste. Ségolène Royal, qui s'est autodésignée, s'est placée en occupant le terrain durant la campagne. L'ambition non-avouée de Bertrand Delanoë est renforcée par son joli succès à Paris. Un Delanoë qui a reçu ce vendredi un appui de taille en la personne de Lionel Jospin, qui, au détour d'une tribune publié dans Le Monde de samedi, a dressé le portrait robot du Premier secrétaire idéal du PS.

 


Jospin: "Un premier secrétaire de transition forcément faible"

Se disant inquiet par "l'écart entre son potentiel collectif et sa panne de leadership", l'ancien Premier ministre a écrit: "Parmi leurs dirigeants actuels, les socialistes doivent choisir pour la porter à leur tête une personnalité dotée d'une culture et d'une expérience politiques indiscutables." Il faut, continue-t-il, "un chef de file reconnu qui mette chacun au travail". Un leader "qui connaisse le PS et respecte ses militants. Qui ait la volonté de redonner à tous le sens de la réflexion et de l'action collectives pour faire des propositions cohérentes au pays." Pour ce proche de Delanoë, il faut éviter l'écueil de désigner "un Premier secrétaire de transition forcément faible". "Ce serait vouer le parti à la paralysie et à la stagnation", argue-t-il. En substance, Lionel Jospin dresse ce que l'on comprend être l'anti portrait de Ségolène Royal, pour qui il n'a jamais caché son mépris.

 


Mardi prochain doit se tenir le Conseil national du PS, qui devra notamment entériner le calendrier de rénovation. François Hollande souhaiterait que "son" calendrier soit adopté: convention nationale cet été, congrès début novembre. Les ségolenistes penchent pour une accélération du calendrier, afin de prendre vite la tête du PS quand les anti-Royal se rangent derrière le plan du Premier secrétaire, histoire d'avoir du temps pour préparer le front contre l'ancienne candidate à la présidentielle. Dans Libération de vendredi, Razzy Hammadi, secrétaire national du PS, proche de François Hollande soulignait:" Le parti ne doit pas devenir un fan-club", une attaque limpide contre la présidente de la région Poitou-Charentes.

 

Dans Le Monde daté de jeudi, le député Jean-Christophe Cambadélis, présenté comme le chef de file des "reconstructeurs" (constitué de Strauss-kahnien, de Fabiusiens, d'amis d'Arnaud Montebourg et de Martine Aubry), a proposé une alliance au maire de Paris, sous certaines conditions. "S'il ne fait pas de sa candidature un préalable, nous pourrions lui tendre la main pour travailler ensemble à un texte de fond." Le même jour, dans un entretien à Paris-Normandie, Laurent Fabius affirmait, avec un brin de mauvaise foi, que le PS doit "préparer un projet différent" de celui de Ségolène Royal lors de l'élection présidentielle, car celui-ci "a été rejeté". Dans la victoire ou la défaite, au PS, la rengaine est toujours la même: manoeuvres et déchirement.

 

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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
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