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La droite désavouée

 

La gauche prend de nombreuses villes dont Strasbourg, Reims, Amiens, Caen, Périgueux et Toulouse. En dépit de Marseille, qui reste à droite, le scrutin sanctionne le Président et sa politique.
Nathalie Raulin
Libération  lundi 17 mars 2008


      
L’UMP voulait croire à la bourrasque, c’est une tornade qui s’est abattue hier sur le parti présidentiel. Pour la deuxième semaine consécutive, les électeurs de Nicolas Sarkozy ont massivement boudé les urnes. Les appels à la mobilisation des états-majors parisiens et du Président lui-même sont restés lettres mortes. Le taux de participation, historiquement faible au premier tour (66,54 %), s’est encore effrité au second pour finalement s’échouer aux alentours de 65,5 %, le plus bas niveau enregistré pour ce type de scrutin sous la Ve République. Déjà perceptible le 9 mars, le vote sanction a donné sa pleine mesure. Et le gros temps n’épargne pas le Modem. 

 
 
La défaite de Xavier Darcos, ministre très en cour à l’Elysée et maire sortant, fait oublier les victoires éclairs de ses collègues du gouvernement le 9 mars : Périgueux, qui ces deux dernières semaines a vu défiler dans ses rues la crème de la sarkozie, l’a finalement congédié.

 

Au terme du dépouillement, 7 des 10 premières villes françaises sont passées à gauche. Après Lyon, tombé dès le 9 mars dans l’escarcelle du PS, Paris renouvelle massivement sa confiance à Bertrand Delanoë. Point chaud de ces municipales : quatrième du classement avec ses 443 000 habitants, Toulouse bascule à son tour, le socialiste Pierre Cohen l’emportant sur le maire sortant, Jean-Luc Moudenc. Victorieux sans surprise à Rennes, Nantes et Lille, le PS s’ empare également de Strasbourg. A Saint-Etienne, la triangulaire avec le Modem est fatale au sortant UMP. Bordeaux qui a plébiscité Alain Juppé dès le 1er tour, Nice où le secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer, Christian Estrosi, s’offre une victoire laborieuse, et le numéro 3 de l’UMP, Jean-Claude Gaudin, à Marseille résistent néanmoins à la vague rose.

 

Même au-delà des villes symboles, la droite perd de sa superbe. Le léger avantage numérique dont elle disposait à l’issue des municipales de 2001 dans les villes de plus de 30 000 habitants (sur 236, 124 étaient à droite) a disparu hier. Au total, quand la gauche est défaite quatre fois, la droite baisse pavillon dans 37 de ces villes, dont Colombes, Asnières, Evreux et Brive. A Reims, la guerre fratricide entre deux anciens ministres UMP a fait le jeu de la socialiste Adeline Hazan : avec 56,07 % de voix, la PS balaie facilement Catherine Vautrin, investie par l’UMP entre les deux tours en lieu et place de Renaud Dutreil. A Metz, les dissensions entre le maire sortant, Jean-Marie Rausch, 78 ans, et Marie-Jo Zimmermann, qui après avoir été désavouée entre les deux tours par l’UMP a rejoint le Modem, ont aussi tourné à l’avantage du PS Dominique Gros. A Amiens, l’ancien ministre UDF Gilles de Robien est aussi battu.

 


Dans l’Ouest, la gauche fait une razzia. Allié aux Verts, le PS Bernard Poignant l’emporte facilement à Quimper. A Caen, le président PS de la région Basse-Normandie, Philippe Duron, enlève la mairie à la sortante UMP, Brigitte Le Brethon. A contrario, Angers, ville cible de l’UMP, confirme son ancrage à gauche. Faute de réserve à droite, le président UMP du conseil général du Maine-et-Loire, Christophe Béchu, s’est incliné face au PS sortant, Jean-Claude Antonini (49,5 % contre 50,5 %).

La victoire à Calais de l’UMP Natacha Bouchart à la tête d’une liste d’ouverture contre le maire sortant communiste est une maigre consolation.

 

Le Nouveau Centre tire son épingle du jeu malgré sa défaite à Blois, en emportant les duels engagés à Châtellerault et Agen.

Le Modem, en revanche, se délite. Battu à Pau, son leader, François Bayrou, voit s’assombrir un peu plus ses ambitions nationales....


Les Verts, eux, ont le sourire : à Montreuil, la sénatrice Dominique Voynet met au tapis le communiste dissident Jean- Pierre Brard.

Victorieuse aux municipales, la gauche l’est aussi aux cantonales. Le PS, qui gérait 51 départements sur 101, conforte sa majorité en emportant au moins huit départements dont la Somme, les Deux-Sèvres, le Lot-et-Garonne, la Corrèze, l’Indre-et-Loire et le Val-d’Oise.

 





La droite, lourdement sanctionnée, sauve Marseille
Sophie Louet  Le Point


La majorité présidentielle a été lourdement sanctionnée dimanche au second tour des élections municipales et cantonales, avec notamment la défaite symbolique de Xavier Darcos à Périgueux, ville qui bascule à gauche comme Strasbourg, Toulouse, Caen, Amiens, Reims ou Quimper. 



La droite a été lourdement sanctionnée dimanche au second tour des élections municipales et cantonales, avec notamment la perte de Toulouse et Strasbourg mais la déroute est atténuée par sa victoire à Marseille, où l'UMP Jean -Claude Gaudin est reconduit pour un troisième mandat.

 

Autre défaite symbolique, celle du ministre de l'Education Xavier Darcos à Périgueux, ville qui bascule à gauche comme Caen, Amiens, Reims, Metz, Saint-Etienne, Blois, Angoulême, Quimper, Roanne, Evreux, Dax, Mende, Valence, Saint- Chamond, Thionville, ou encore Brive-la-Gaillarde, fief chiraquien.

 

La gauche, qui détenait 51 des 101 départements et devrait en remporter 7 à 9, contrôle désormais sept des premières grandes villes de France, contre trois à la droite (Marseille, Bordeaux, Nice).

 


A Paris, le maire sortant socialiste Bertrand Delanoë est réélu avec 57,7% sans toutefois remporter de nouveaux arrondissements (la gauche en détenait douze sur vingt).


A Pau (Pyrénées-Atlantiques), François Bayrou (38,81%) a été battu de 342 voix par la députée socialiste Martine

Lignières-Cassou (39,76%) dans une triangulaire qui l'opposait aussi au maire sortant Yves Urieta, soutenu par l'UMP. Le président du Mouvement Démocrate, parti qui a troublé le scrutin dans nombre de grandes villes en pratiquant des alliances à géométrie variable ou en se maintenant, jouait dans la cité d'Henri IV une part de son avenir politique et de ses ambitions élyséennes pour 2012.

Le MoDem est mis en échec à la suite d'une stratégie difficilement lisible. "Il y aura d'autres batailles, il y aura d'autres combats et je vous le promets, il y aura d'autres victoires", a assuré François Bayrou.

 


Xavier Darcos a annoncé sa défaite à Périgueux face au socialiste Michel Moyrand avec un écart de 113 voix. Il a laissé entendre qu'il resterait au gouvernement. "Je mènerai ce combat avec le président de la République", a-t-il dit sur France 2.

Elu à Nice au terme d'un combat difficile, le secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer, Christian Estrosi, a annoncé sa démission du gouvernement. Il serait le seul à faire ce choix.

 

La secrétaire d'Etat aux droits de l'homme Rama Yade, 3e sur la liste de l'UMP Nicole Goueta à Colombes (Hauts-de- Seine), la ministre de l'Economie Christine Lagarde, 2e sur la liste de Jean-Marie Cavada dans le 12e arrondissement de Paris, la ministre de la Culture Christine Albanel, numéro 2 de la liste UMP dans le 4e, sont battues.

La ministre de la Justice Rachida Dati et la secrétaire d'Etat à l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet sont élues, respectivement dans le VIIe à Paris et à Longjumeau (Essonne).

 

"Ce soir est un soir de défaite", a souligné Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale. "Ce soir, vous prenez une pile", a résumé sans détour l'ancien Premier ministre socialiste Laurent Fabius.

François Fillon, qui avait pris acte dans l'entre-deux-tours de la "déception" des Français, a jugé "malvenu" de tirer des "leçons nationales" d'un scrutin dont la gauche ambitionnait de faire un vote sanction contre Nicolas Sarkozy.

Le Premier ministre a réaffirmé que l'exécutif maintiendrait le cap des réformes malgré cet avertissement. "Nous allons poursuivre cette politique parce qu'il faut de la ténacité pour réformer notre pays et parce que le respect de la démocratie exige le respect des engagements pris", a-t-il dit.

 


Pour l'opposition de gauche, le message des urnes est sans ambiguïté.

François Hollande a demandé à Nicolas Sarkozy de "corriger" la politique conduite depuis dix mois et de changer de style et de méthode, une réponse déjà mûrie à l'Elysée.

Ségolène Royal a salué "un vote d'espérance" et demandé au gouvernement de "renoncer aux mesures fiscales injustes et d'augmenter les retraites et les salaires".

Pour la secrétaire nationale du Parti communiste, Marie-George Buffet, les réformes "font du mal aux Français, donc il faut changer de politique".

 


Anticipant le revers du 16 mars, Nicolas Sarkozy avait assuré mardi qu'il "tirerait les leçons" du scrutin mais que les réformes seraient poursuivies, voire accélérées.

Des ajustements sont prévus au gouvernement, avec la création de trois ou quatre postes de secrétaire d'Etat et l'équipe communication de la présidence sera remaniée. Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, annonce dans La Croix "un remaniement technique".

 


Le second tour des municipales et des cantonales est marqué par un taux d'abstention record, supérieur à 35%, malgré les appels à la mobilisation de la droite et de la gauche.

La gauche est créditée à l'échelle nationale de 49,5% des suffrages contre 47,5% à la droite (47%-45% au premier tour), soit un rééquilibrage par rapport à 2001.

Le Parti socialiste affermit ainsi son ancrage local dans une forme de cohabitation territoriale avec la droite au pouvoir, mais ses bons résultats ne règlent en rien la question de son redressement national et de la succession de François Hollande au poste de premier secrétaire.

 

 

 

St-Etienne: cuisante défaite pour l'UMP Thiollière
Olivier le Naire


La liste du candidat PS Maurice Vincent arrive largement en tête du second tour avec 46% des voix, devant les listes du maire sortant UMP Michel Thiollière et du MoDem Gilles Artigues.
 
 
  
Saint-Etienne où, traditionnellement, les élections municipales se jouent à 1000 voix, la large victoire du socialiste Maurice Vincent n’est pas un mince événement. Battu par 46% des voix contre 41%, le sénateur maire sortant UMP Michel Thiollière subit en effet une cuisante défaite. Avec un bilan loin d’être négatif, ce dernier paie au prix fort deux erreurs majeures.

 


D’abord la rupture avec son ancien collaborateur Gilles Artigues ( MoDem), qu’il a contribué à faire battre aux dernières législatives, et beaucoup malmené au conseil municipal. Sans surprise, Gilles Artigues, qui laboure le terrain stéphanois depuis des années, a répliqué en présentant une liste qui emportait 20% des voix au premier tour. Après avoir choisi de se maintenir au second tour, il tient aujourd’hui sa revanche en contribuant à la victoire de Maurice Vincent.

 


Autre erreur manifeste du maire sortant : son exercice de plus en plus solitaire du pouvoir, qui l’amenait à privilégier les grands travaux – quitte à alourdir les déficits – plutôt que de se pencher sur la vie quotidienne des Stéphanois.

Pas étonnant, dans ces conditions, que Maurice Vincent déclare aujourd’hui à l’Express: "Je dirigerai la ville dans un esprit d’ouverture et d’écoute. Et, sans renoncer à une véritable ambition pour la ville, je serai extrêmement attentif aux soucis concrets des Stéphanois." Rendez-vous dans six ans pour savoir s’il saura tenir ce pari.

 

 

 

A Périgueux, Xavier Darcos cède son fauteuil de maire au socialiste Michel Moyrand
Le Monde 16.03.08


C'est une défaite "cruelle", selon les mots de Xavier Darcos. Le maire sortant UMP de Périgueux a été battu de justesse, dimanche 16 mars, au second tour des élections municipales, par le socialiste Michel Moyrand. Le ministre de l'éducation obtient 49,58 % des voix contre 50,42 % pour la liste d'union de gauche.

 

M. Darcos, qui en 2001 avait éliminé haut la main M. Moyrand dès le premier tour, a lui-même annoncé sa défaite à la télévision, sur France 2. "Une défaite, c'est toujours cruel. Je ne cache pas ma déception, bien sûr, mais je pense surtout à ceux qui se sont battus avec moi, les militants, les citoyens", a-t-il déclaré. "Je vais leur dire à tous qu'une bataille perdue n'est pas la fin d'un combat, qu'il y aura d'autres rendez-vous et que ces rendez-vous seront victorieux", a-t-il ajouté.

 


Depuis les résultats du premier tour, le chef-lieu de la Dordogne était sous les feux des projecteurs. Maire de Périgueux depuis 1995, Xavier Darcos s'est retrouvé en difficulté avec seulement 56 voix d'avance sur le candidat socialiste. A tel point que le premier ministre, François Fillon, et Alain Juppé, tout juste réélu à la mairie de Bordeaux, sont venus à son secours, tandis que le même jour, François Hollande était au meeting de M. Moyrand. Le ralliement un peu tardif de Jean-Louis Demaret (DVD), fort de 6 % au premier tour, a dû redonner du baume au cœur à M. Darcos, mais il a été relativisé par la présence de nombreux colistiers de M. Demaret au meeting du challengeur socialiste, rendant l'issue du scrutin d'autant plus incertaine.

Lors de son passage à Périgueux, François Fillon avait longuement rendu hommage à son ministre, rappelant que "le service minimum à l'école, c'est Xavier qui l'a proposé". Il faut croire que les habitants de Périgueux n'ont pas été sensibles aux paroles du premier ministre.

 

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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
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